Dans le rétroviseur cette semaine
Revue de presse de Philippe Watrelot
Mobilisation désespérée Dans Libération du mercredi 15/02, Véronique Soulé consacrait plusieurs articles aux mobilisations dans les écoles, les collèges et les lycées. Cette mobilisation un peu désespérée dans un contexte où tout le monde a les yeux déjà rivés sur la présidentielle est pourtant d’une urgence absolue car la rentrée 2012 va être terrible. Les mobilisations prennent des formes diverses et sont (pour l’instant ?) bon enfant. Ainsi, dans la Nièvre et la Sarthe, parents et enseignants ont organisé des soupes géantes (vu le froid, c’est une bonne idée…).
D’autres ont organisé des retraites aux flambeaux ou des nuits des écoles et des occupations d’établissement.
Avec notamment, la quasi disparition des RASED, ces enseignants spécialisés dans la difficulté scolaire. Sur un total de 12 000, 2 500 postes devraient disparaître à la rentrée. Sur un plan strictement comptable, ils offrent l’ « avantage” pour les gestionnaires cyniques de ne pas être devant une classe. Leur disparition est donc supposée être moins visibles. Mais les RASED se font entendre et se font voir avec leur gilets fluos qu’ils ont été les premiers à populariser dans les manifs.
Le Monde nous proposeun reportage à Nanterre dans un RASED. Dans Rue89, Sophie V. raconte elle aussi son quotidien de maître spécialisé. Pour Daniel Calin, ancien formateur de RASEDinterviewé par le Monde , les critiques de l’institution à l’égard des Rased ont "quelque chose de culturel : les Rased heurtent le mythe français selon lequel tous les élèves peuvent avancer au même rythme, il suffit de dérouler le programme." "La France sait très bien produire une élite, et sait aussi laisser sur le bord de la route beaucoup d’élèves", explique-t-i.l
Une vidéo tournée dans un lycée de l’Essonne que je connais bienrésume très concrètement la situation…. Il dresse un bilan (ou plutôt un réquisitoire) de la politique menée par le gouvenement dans le domaine de l’éducation depuis cinq ans. Retenons ce passage qui dit bien mieux que je ne pourrais le faire ce qu’il faut penser des discours ministériels “Après une saignée de 70 000 postes, les responsables de cette politique répètent à l’envi : « la quantité ne fait pas la qualité », « ce n’est pas en donnant plus de moyens à l’école qu’on lui permet de mieux réussir ». Ces « éléments de langage » des communicants de l’UMP me font irrésistiblement penser à une fripouille qui, ayant dérobé une bourse, dirait à sa victime, comme pour la consoler : « l’argent ne fait pas le bonheur ! »”. Mais il faut aussi citer le paragraphe suivant qui résume parfaitement la saignée que subit actuellement l’éducation nationale et qui justifie cette mobilisation désespérée : “Mais ces 70 000 postes n’ont pas été ôtés n’importe où. Ils l’ont été dans des secteurs de l’éducation nationale qui, précisément, conditionnent la qualité du service public et la lutte contre l’échec scolaire : les maternelles des quartiers populaires se voient pratiquement interdire d’accueillir les enfants de moins de 3 ans et sont obligées de surcharger les classes des plus grands ; les recteurs sont en train de faire subir aux RASED une nouvelle et indigne saignée ; deux tiers des postes supprimés dans le secondaire le sont dans les lycées professionnels et des établissements de proximité sont rayés d’un trait de plume ; les remplacements sont de plus en plus impossibles à garantir ; la formation initiale des maitres est saccagée, la formation continue est sinistrée, l’éducation prioritaire est décimée… Voyons bien que les premières victimes de ces suppressions de postes, ce sont, hélas, les élèves des milieux populaires, ceux qui n’ont que l’école pour apprendre, tout particulièrement les plus fragiles. Terrible constat ! Qui crierait à l’abandon d’enfants serait-il tout à fait dans l’excès ? ”
Profs Krach ?
Démissions
Ils ont publié une lettre ouverte (publié sur le blog Sciences2 de Libération) qui détailleles raisons de leur choix. Ils pointent bien sûr la baisse sensible du nombre de candidats. Et imputent cela à la “masterisation” qui “ a été imposée sans aucune concertation, contre l’avis quasi unanime de la communauté éducative ”. Celle ci a eu un effet pervers : “beaucoup des meilleurs étudiants, pour lesquels la deuxième année de master est une ouverture naturelle vers la recherche, ont déserté les préparations à l’agrégation. D’un autre côté, des étudiants moins brillants ont reculé devant la difficulté supplémentaire que représentait le master.” Mais ils dénoncent aussi les conditions de travail des enseignants stagiaires. “l’un des aspects les plus graves de la réforme en cours est l’attribution d’un service d’enseignement à temps plein aux lauréats, juste après le concours. Cette mesure n’a aucune autre justification que l’exigence d’économies budgétaires. Elle a d’ailleurs été désapprouvée par le Conseil d’État. La formation professionnelle est ainsi sacrifiée. Une réforme aurait dû avant tout motiver les étudiants et les mettre dans les meilleures conditions de préparation. C’est exactement le contraire qui s’est produit. ”
Payer les élèves
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