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par Rémi Boyer (son site) mercredi 14 mars 2012 -

Tout fonctionnaire peut devenir enseignant !

Mais tout enseignant a-t-il le droit à une seconde carrière ?

Le BOEN du 1er mars 2012 est quelque peu passé inaperçu pour tous ceux qui étaient en vacances…mais pendant ce temps, là, rappelez-le vous bien, la machine ne chôme pas, car les échéances présidentielles se rapprochent à grands pas…

 

Alors qu’y apprend-on ? Va-t-on enfin faciliter la mobilité des enseignants tout au long de l’année comme le demande Aide aux Profs depuis sa création en 2006 ? Que nenni…faciliter les mobilités professionnelles des enseignants n’est pas à l’ordre du jour, puisque ce métier peine à recruter depuis quelques années, du fait des économies réalisées sur la formation des jeunes professeurs.

 

Alors, comme beaucoup d’agents administratifs s’imaginent que le métier d’enseignant est de tout repos, qu’on n’y travaille « que 15h ou 18h » et qu’il y a quatre bons mois de congés scolaires, la note de service n° 2012-028 du 21-2-2012 leur propose de venir voir ça d’un peu plus près…en leur proposant tout simplement ce que l’EN n’arrive toujours pas à déployer de manière naturelle et systématique pour les enseignants vers les autres fonctions de catégorie A des autres ministères : le détachement.

 

La loi du 3 août 2009 l’avait promis : les passerelles entre les fonctions publiques seront désormais possibles pour toutes et tous, mais elle avait oublié de spécifier que, pour l’instant, c’est à sens unique pour l’Education nationale : les portes sont grandes ouvertes à tous les titulaires d’une licence, qu’ils soient actuellement employés dans tout ministère, mais aussi à la Poste, dans un autre Etat membre de la communauté européenne, etc, mais elles peinent à s’ouvrir lorsqu’il s’agit de vouloir en sortir…puisque tout ce qui ressemblait de près ou de loin à des secondes carrières pour les enseignants est peu à peu supprimé. Sans aucun état d’âme, puisqu’il faut faire des économies.

 

Alors que les emplois en mise à disposition sont devenus une denrée rare, car éliminés les uns après les autres entre 2002 et 2011, la magie fait qu’il devient possible d’être mis à disposition pour venir enseigner.

 

Alors que les agrégés ont réussi un concours de haut niveau, il est possible de se faire détacher dans leur grade dès la détention d’un Master 2 ou d’un titre reconnu équivalent… et l’article 44 du décret n° 2010-1006 du 26 août 2010 prévoit que, par dérogation aux statuts particuliers des professeurs certifiés (article 42), des professeurs d’EPS (article 20), des PLP (article 33), des CPE (article 13) et des professeurs des écoles (article 28), les personnels appartenant à un corps enseignant ou d’éducation pour lesquels la détention du master 2 est exigée comme condition de recrutement peuvent être détachés dans les corps énoncés ci-dessus s’ils sont au moins titulaires d’une licence ou d’un titre ou diplôme au moins équivalent (une mesure qualifiée de transitoire, valable jusqu’au 1er septembre 2016, comme si, entretemps, finalement, l’échéance électorale de 2012 ne changerait rien à cette politique, simple formalité…).

 

Que retenir de ce nouvel appel pour tenter de combler la pénurie d’enseignants, faute de ne pouvoir encore tous les recruter au Bon Coin (http://www.lepoint.fr/societe/un-prof-de-college-recrute-sur-le-bon-coin-12-03-2012-1440432_23.php) ou à Pôle Emploi (http://www.pole-emploi.fr/actualites/recrutement-d-enseignants-le-26-mai-a-paris-@/suarticle.jspz?id=49106 ), en attendant que chaque chef d’établissement (si le candidat Nicolas Sarkozy est réélu pour 5 ans) puisse recruter lui-même ses équipes au niveau local, faisant du nouveau Master des métiers de l’enseignement un simple accès à une liste d’aptitude, comme dans la Fonction Publique Territoriale, pour devenir enseignant ?

 

- Un constat d’échec sur la réforme de la mastérisation, qui a diminué le nombre de candidats aux concours et surtout leur sélectivité (http://www.aideauxprofs.org/Index.asp?affiche=News_Display.asp&ArticleID=1804&rub=Notre_Actualite) , laissant craindre des enseignants moins compétents dans leur discipline d’enseignement qu’auparavant ;

 

- La primauté du savoir sur le savoir-faire et le savoir-être, puisque c’est grâce à la détention et la présentation du diplôme que les candidatures au détachement sont recevables pour venir enseigner (quid de leur formation et de leur accompagnement dans le contexte actuel ?) ;

 

- Qu’il est reconnu que les enseignants sont en catégorie A, ce qui semble nettement moins évident lorsque ceux qui le sont depuis belle lurette souhaitent faire le chemin inverse, en allant travailler dans l’administration, puisque dans bon nombre de cas ce sont des concours de catégorie B qui leur sont proposés ;

 

- Que cette première étape signe peut-être la fin de la distinction actuelle entre « certifiés », « plp », « agrégés », etc ; pour n’aboutir qu’à un seul corps, comme semble le souhaiter le candidat sortant qui propose aux volontaires de ce futur système « 500 euros de plus par mois », quitte, finalement, puisque cette augmentation n’est pas répercutée à chaque échelon, à payer tous les enseignants, au final, au même tarif, et pour longtemps… ;

 

- Que la mixité semble une voie nouvelle pour redonner de l’enthousiasme aux troupes : alors que le corps enseignant est souvent taxé de vivre en marge de la réalité économique ou de vivre dans son cocon, c’est une belle chenille qui va se mettre en marche : les nouveaux enseignants se feront-ils papillons au bout de quelques années pour s’en extraire aussi vite qu’ils y seront venus ? Toujours est-il qu’il sera sans doute vivifiant, pour les enseignants qui en ont assez de leur métier et veulent le quitter, de découvrir que d’autres en ont toujours rêvé, apportant des discussions très riches au sein des salles des profs, entre ceux qui n’ont connu que la vie d’étudiant puis le métier d’enseignant, et ceux qui auront eu un parcours très diversifié, leur permettant de mieux comparer les différents métiers qu’ils ont pu exercer ;

 

- Que la diversité des parcours professionnels va devenir la règle, avec des enseignants en 2e ou en 3e carrière, tandis que ceux devenus inaptes aux fonctions d’enseignant seront poussés vers la sortie (même si le reclassement des fonctionnaires de l’État reconnus inaptes à l’exercice de leurs fonctions est défini par un texte, le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984, Aide aux Profs constate depuis six ans qu’il est rarement appliqué, faute de postes disponibles dans les administrations, elles aussi touchées par le non renouvellement d’un fonctionnaire sur deux. Ainsi le reclassement de l’enseignant devenu inapte devient-il le plus souvent une disponibilité d’office avec une indemnité liée à son handicap (et basta, Aide aux Profs publiera bientôt des dizaines de témoignages sur ce sujet lié au manque de reconnaissance pour ceux qui auront consacré leur vie et leur santé à leurs élèves…) ;

 

- Que l’intégration dans le nouveau corps pour les agents administratifs de catégorie A tentés par cette belle aventure au pays des ZEP, ZUS, RAR, PEP IV et ECLAIR et autres établissements (permettant aux nouveaux venus de s’apercevoir que la pénibilité du métier d’enseignant n’est pas un mythe), entre les joyeusetés des TZR ou des Brigade ZIL en milieu rural, au hasard de leurs affectations, pourra s’effectuer dès la fin de la 1re année, ou entre la 1re et la 5e année : en cela, la loi du 3 août 2009 est respectée. Cependant, lorsqu’un enseignant part en détachement à l’extérieur de l’Education nationale, pour l’instant, il lui est très difficile d’obtenir son intégration dans son nouvel emploi : deux poids, deux mesures ;

 

- Qu’il semble évident qu’avec une carrière de 41.5 annuités, il n’est plus souhaitable d’exercer le même métier toute sa vie, et que la mobilité peut vraiment être un vecteur de remotivation, tel un ballon d’oxygène pour rebondir ailleurs et retrouver un dynamisme perdu. Beaucoup trop d’enseignants, nous en sommes les témoins parfois impuissants, ne sont en effet laissés enfermer dans un métier qu’ils n’appréciaient pas dès le départ, puisqu’ils y étaient entrés par défaut, et en laissant passer les années, se sont sclérosés sur leur poste, en se rendant inemployables ailleurs, soit du fait de leur âge (après 50 ans s’ils n’ont jamais changé de poste), soit du fait de leur indice trop élevé (qui décourage toute administration ou entreprise de les embaucher), soit du fait d’un tempérament devenu tellement déprimé, frustré, ou défaitiste, qu’il leur devient impossible d’imaginer une mobilité sous un angle positif.

 

Cette note de service

(http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=59385) est bien plus importante qu’il n’y paraît : elle signe l’ouverture massive du métier d’enseignant à tous les agents publics intéressés, en complément des agents du privé que les académies et bientôt les chefs d’établissement pourront recruter au Pôle Emploi. L’Education nationale réussira-t-elle cette révolution du recrutement, et à quel prix pour les élèves, les parents, et le corps enseignant ?

 

Aide aux Profs ose espérer que pareil effort d’ouverture sera réalisé dans l’autre sens, sans que cela demeure symbolique du fait d’un manque de postes (l’accès désormais possible au grade d’attaché d’administration pour les enseignants n’en concerne pour l’instant qu’une poignée par an), afin que les enseignants du 1er comme du 2nd degré puissent eux aussi occuper directement, via une RAEP, un poste de catégorie A dans n’importe quel ministère, à tout moment de l’année, via le fameux préavis de 3 mois que prévoit la loi du 3 août 2009, et qui ne s’applique pour l’instant qu’aux seuls agents administratifs.

 

Nous avons récemment attiré l’attention de François Hollande

(http://www.aideauxprofs.org/Index.asp?affiche=News_Display.asp&ArticleID=1946&rub=Notre_Actualite)

et de Vincent Peillon (http://www.aideauxprofs.org/Index.asp?affiche=News_Display.asp&ArticleID=1945&rub=Notre_Actualite) sur cette problématique.

Le PS a été le seul parti, à ce jour (http://www.aideauxprofs.org/index.a...), à être très réceptif à nos idées (http://www.aideauxprofs.org/index.asp?affiche=News_Display.asp&rub=Vos_publications&ArticleId=1899)

sur les secondes carrières des enseignants, François Bayrou, Jean-Luc Mélenchon et Dominique de Villepin n’ayant pas souhaité exprimer leur point de vue sur ces questions pourtant essentielles.

 

Cependant, 14 candidats à la présidentielle ont répondu à une question de Sylvain Grandserre et d’Emmanuelle Daviet dans leur récent ouvrage Qui va sauver l’école ?

 

(http://www.aideauxprofs.org/Index.a...) sur les secondes carrières des enseignants : cela a permis de faire un tour d’horizon de l’opinion de chacun, mais malheureusement, la seconde carrière est toujours perçue comme "la fin de vie d’un enseignant", alors que notre expérience associative, unique en France et sur le web, a prouvé depuis plusieurs années que la seconde carrière, le désir de mobilité, survient de plus en plus tôt, la majorité des quelques 1500 enseignants qui nous ont contactés en 2011-2012 (sur ces 12 derniers mois, le nombre de contacts doublant au moins chaque année depuis 6 ans) ayant désormais moins de 15 ans d’ancienneté.

 

Alors que Josette Théophile, DGRH de l’EN, s’est beaucoup inspirée de nos idées très avant gardistes sur la question des secondes carrières (http://www.aideauxprofs.org/Index.a...), Aide aux Profs espère que le prochain parti au pouvoir saura créer réellement des possibilités de secondes carrières pour les enseignants, pour tenir compte de leurs compétences et de leurs souhaits personnels et professionnels, en facilitant leur mobilité tout au long de l’année scolaire car le dispositif actuel se révèle en la matière être un véritable rideau de fumée, et un miroir aux alouettes.

 

 

 


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