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Robots, intelligence artificielle, réseaux sociaux, logistique, finances, santé, education....Ils sont aujourd'hui partout, et parfois même cachés là où on ne les imagine pas et c'est peut être pour cela qu'ils fascinent et qu'ils inquiètent.

De bonnes raisons pour que Gilles Dowek et Serge Abiteboul tous deux chercheurs à l'Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique et professeurs à l'ENS Paris Saclay publient aux éditions le Pommier Le temps des algorithmes .

 

74651175 0On s'est aperçu affirment-ils dans cet entretien réalisé lors de la rencontre organisée par le Think Tank Renaissance Numérique et l'agence Spintank, "qu'il y avait beaucoup d'approximations voire de bêtises qui se propagent au sujet des algorithmes dont tout le monde parle en ce moment. On s'est dit qu'il serait bien d'expliquer un peu ce que c'est, ce qu'ils peuvent faire, ce qu'ils ne peuvent pas faire et en quoi ils sont en train de transformer notre société."

Afin de faire comprendre la nature et surtout l'ancienneté de la notion d'algorithmes les auteurs imaginent dans cet ouvrage très pédagogique, comment la recette de la fabrication du pain a été inventée par un lointain ancêtre il y a des millénaires..
" face à un problème nous inventons des solutions , nous les essayons, nous tâtonnons, en comptant un peu sur la sérendipité , jusqu'à réussir.. ou non."
Cette recette du pain a bien sûr été reproduite et améliorée depuis ; comme d'ailleurs la culture du blé qui permet de faire du pain. Cette recette qui se transmet et ne nécessite pas depuis d'être réinventée dans chaque boulangerie constitue un algorithme .


Mais si le mot apparaît aujourd'hui dans le débat Public c'est parce que ce ne sont plus les humains mais les machines que sont les ordinateurs ou les robots qui utilisent les algorithmes symboliques - qui portent sur des symboles écrits comme des lettres et de chiffres - dans des programmes pour fonctionner. Et ce qui effraie, c'est que ces machines puissent..penser.

Algorithmes, code, programmes

Certes l'école commence à initier aux langages algorithmiques, au code, à l'écriture de programmes. Mais est-ce suffisant ?
Les auteurs clarifient les concepts : Le monde est numérique, la Science qui permet cela est informatique.

Il y a tout un tas de questions éthiques, de questions de rapport entre l'informatique et la société qui doivent être abordées quand on enseigne l'informatique

Il ne s'agit pas seulement d'apprendre à programmer, il faut comprendre toutes les bases de l'informatique nécessaire pour vivre dans une société numérique

 

Algorithmes , pensée algorithmique

La révolution informatique constitue-t-elle alors une nouvelle façon de penser ?

En fait, précisent les auteurs, on a toujours résolu des problèmes et on a toujours trouvé des solutions . Mais on n'avait pas besoin jusque là de les formaliser autant. Avec le monde numérique d'aujourd'hui, on est capable de traiter des problèmes qui sont tellement compliqués que l'on n'arrive même pas à les expliquer avec quelques phrases.

Si l'on prend l'exemple du problème posé par la logistique d'un grand aéroport, c'est mieux d'utiliser une pensée algorithmique, pour exprimer la méthode utilisée pour le résoudre mais également décrire la solution choisie, Un des aspects de la pensée algorithmique c'est l'importance de la notion de langage. Il s'agit d'un langage que l'on peut comparer à celui nécessaire pour la lecture musicale ou la notation algébrique en Mathématiques.

La nouveauté c'est que la pensée algorithmique nous force à formaliser davantage les processus.

Une manière un peu nouvelle de penser consiste par ailleurs à voir un ensemble de processus comme des moyens d'échanger de l'information. C'est le cas d'un billet de banque, d'une clef de voiture, mais c'est également ..l'action d'un élu !

Intelligence artificielle .Un algorithme est-il intelligent ?

Les auteurs reconnaissent avoir fait dans cet ouvrage le choix d'une définition la plus banale et simple qui soit de l'intelligence artificielle. Plutôt que de répondre à la question de l'intelligence d'un algorithme on s'en est tenu à l'observation, reconnait Serge Abiteboul. Ce que l'on sait faire c'est définir les tâches que chez un humain on considère comme intelligentes. Compte tenu de la difficulté à définir l'intelligence nous nous sommes posé la question dans ce livre de savoir si un algorithme était capable ou non de résoudre des taches que chez un humain on considère comme intelligentes . Par exemple gagner au jeu d'échecs, traduire un texte , analyser les différentes phases d'une scène ...

Alors oui, on constate qu'un algorithme est aujourd'hui de plus en plus capable de simuler ces formes d'intelligence.

Et un algorithme amoureux ?

Passer de l'intelligence au sentiment amoureux pose le même type de problème .

Ne sachant pas répondre à la question de l'algorithme amoureux, les auteurs font la distinction avec cette question : est ce qu'un algorithme est capable DE FAIRE COMME s'il était amoureux ? Ils y répondent positivement .

On admet en effet que certaines machines peuvent simuler des émotions et par exemple exprimer de l'empathie à des malades. Mais nous faisons une claire distinction dans notre culture disent-ils entre RESSENTIR une émotion et SIMULER une émotion.

Pourtant on peut aussi poser la question, plutôt que de tenter de la résoudre, de savoir si une machine qui simule une émotion ne la ressent pas vraiment. Et cette question peut également se poser aux humains! Alors ?

Algorithmes et société

Les algorithmes sont avant tout des solutions, mais ces solutions sont à l'origine de transformations radicales des notions de travail, de propriété, de gouvernement, de responsabilité, de vie privée et même d'humanité.
Ce sont probablement les outils les plus sophistiqués que les hommes aient eu à leur disposition depuis les commencements de l'histoire de l'humanité.
Création de l'esprit humain ils sont ce que nous avons voulu qu'ils soient et ils seront ce que nous voulons qu'ils soient : à nous de choisir le monde que nous voulons construire.

Claude TRAN

Dernière modification le mercredi, 17 mai 2017
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'association Inversons la classe, consultant.