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Le Tableau Numérique en passant par le périphérique


 

La violence routière est un grave sujet, mais c’est ici un tout autre qui est abordé, celui de la notion de périphérique informatique prise à rebours par un nouvel outil des salles de classes, le tableau interactif.

 

Le périphérique à contre-sens ?

En informatique, un périphérique est, selon Wikipédia, « un dispositif connecté à un système informatique (ordinateur ou console de jeux) qui ajoute à ce dernier des fonctionnalités. […]On classe généralement les périphériques en deux types : les périphériques d’entrée et les périphériques de sortie. ». En ce sens, le tableau interactif est à ce titre un périphérique à double-sens, puisqu’il est à la fois un périphérique d’entrée comme souris hypertrophiée et un dispositif de sortie comme écran de très grande dimension.

On s’arrête généralement à cela et on classe donc gentiment le tableau interactif comme un périphérique. Cependant, il convient d’y voir de plus près…

Sortons du périphérique

En quittant le périphérique, nous avons toute chance d’arriver dans la périphérie, c’est-à-dire dans la banlieue, ce qui est autour, aux environs. Ce changement de perspective nous oblige à nous demander la périphérie de quoi. Sur le périphérique Parisien, nous sommes à la périphérie de la capitale de la France. Mais dans sa salle de classe, l’enseignant peut avoir une vision toute autre.

En effet, ce qui est périphérique pour lui, est ce qui est accessoire, un peu en dehors de son sujet principal. Ce sujet focal, ce n’est pas l’informatique, mais la pédagogie. La salle de classe n’est pas une église à la glorification du sacro-saint ordinateur. C’est un lieu de circulation de la parole, un échangeur d’idées, un endroit riche d’entrées et sorties, où chaque élève doit pouvoir suivre sa file, faire le plein quand le besoin s’en fait sentir.

Donc, ce qui est accessoire pour l’enseignant, ce sont les outils qu’il utilise pour guider ses élèves. Depuis plus de deux siècles, c’est le tableau de classe, mais aussi les livres, les images, les films, les documents sonores, les outils de dessin et d’écriture, en un mot, tout ce qui peut aider à rouler sur la grande route, ou les chemins de la connaissance.

 

Un autostoppeur encombrant

Un leurre a habité quelques générations d’enseignants, celui de l’ordinateur. En effet, si certains ont fait entrer les nouvelles technologies de façon raisonnée dans leur classe ; c’est le cas d’Élise et Célestin Freinet, d’autres ont introduits ces outils sans autant de réflexion sur leur usage.

Utiliser un projecteur de cinéma peut-être la meilleure ou la pire des choses dans une classe. L’ordinateur, par ses possibilités démultipliées, peut-être bon ou mauvais, à une vitesse surmultipliée.

Depuis une bonne décennie, voire deux ou trois, des ordinateurs se sont engagés sur les voies de circulation de la classe. Certains ont servi de nounou numérique pour les élèves les plus rapides, d’autres d’occupateurs de créneaux de salle informatique et il faut le reconnaître, très peu ont réussi à être un véritable outil au service de la fluidité de la circulation pédagogique dans la classe.

Ces quelques ouvreurs ont été utilisés pour réaliser des journaux de classe, des sites Internet, des courriers et quelques autres activités porteuses de sens. Gardons-nous bien sûr de généraliser, mais reconnaissons que le gros du trafic s’est englué dans des embouteillages monstres et que les applications qui ont dégagé la voie aux élèves ont été largement minoritaires.

 

Chemin de traverse

Lors du lancement du plan ENR, en 2009, la question qui revenait le plus souvent était « si on ne prend pas le TBI, peut-on avoir plus d’ordinateurs ? ». Heureusement, la police de l’éducation a bien tenu le cap et n’a généralement pas autorisé cette sortie à contre-sens. Bien lui en a pris, puisque lors du lancement de la seconde vague, la question la plus fréquente est devenue « si on ne prend pas tous les ordinateurs, est-il possible d’avoir plusieurs TBI ? ».

Que s’est-il passé en quelques mois pour expliquer un tel revirement ? En fait, les enseignants des écoles rurales ont très vite fait le chemin qui conduit à l’impasse de comment utiliser l’ordinateur en classe. Ils se sont rendu compte que c’était beaucoup de travail et pas toujours beaucoup de résultat alors que le TBI permettait, avec beaucoup moins de préparation, des accélérations beaucoup plus efficaces. Ils avaient découvert le TBI comme suppresseur de bouchon.

 

Slalom

Une des façons de s’affranchir des bouchons est de disposer d’un véhicule rapide et agile. Cependant, cette pratique est dangereuse et seuls quelques élèves, ou enseignants, en sont capables. L’autre façon, est de proposer des parcours diversifiés, des infrastructures adaptées permettant d’absorber les flux en n’obligeant pas tous les élèves à suivre la même route. Si on revient sur la route de la pédagogie, l’outil qui permet de réaliser cela, c’est le tableau interactif.

Il permet de canaliser l’attention de tout un groupe classe en tirant parti des parcours individuels pour enrichir ce qui se construit sur sa surface. Par sa facilité de réaction et d’adaptation, le TBI, associé à un bon logiciel de gestion de cours (voir ci-dessous) permet de représenter les différents chemins possibles et envisagés par la classe. C’est presque irréalisable avec un tableau classique car il faudrait sans cesse effacer, réécrire et il est difficile de conserver les traces intermédiaires. C’est irréaliste avec un vidéoprojecteur associé ou pas à une tablette, car les élèves sont partagés entre l’écran de projection et la personne qui parle et l’attention est diluée, sans compter que les manipulations sont plus difficiles sur la petite surface de la tablette ou tu tapis de souris. Les autres outils de la classe sont plus à usage individuel et n’apportent donc pas d’aide dans ce parcours.

 

Code de la route

Pour que l’utilisation du tableau tienne la route, il faut donc respecter quelques codes. En voici quelques-uns :

  • Toute idée exprimée a de la valeur pour peu qu’elle soit argumentée et réfléchie. L’enseignant devra donc en tenir compte.
  • Toute idée peut être débattue, argumentée, adaptée, contredite. L’enseignant devra donc pouvoir animer le débat et conserver les traces nécessaires de l’évolution tout en gardant le cap.Bien menés, vingt-cinq cerveaux peuvent émettre plus d’idées qu’un seul. L’enseignant devra donc favoriser la parole argumentée.
  • Un élève qui ne dit rien peut apprendre. Pour favoriser cela, l’enseignant veillera à ce que la parole d’élève, plus accessible aux élèves en difficulté circule. En entendant les autres s’exprimer, se tromper, rebrousser chemin, l’élève un peu en retard trouvera de multiples occasions de se raccrocher au flot du trafic.
  • Le logiciel utilisé sur le tableau devra disposer de l’agilité nécessaire pour se frayer un chemin dans les idées des élèves. Il devra donc être intuitif et l’enseignant se gardera de ces logiciels conçus pour créer de magnifiques leçons figées dans l’asphalte (ou le marbre) mais qui ne permettent pas de tout réaménager en fonction des besoins. La véritable interactivité, c’est ce qui se passe dans la mobilité de la parole dans la classe, pas le fait de déclencher une action en cliquant sur tel ou tel élément affiché à l’écran.
  • Le TBI n’est pas un simple écran de projection. La priorité de l’enseignant sera de comprendre la différence entre un TBI et un vidéoprojecteur d’une part et un TBI et un tableau classique de l’autre. Fort de ces deux sésames, il pourra mieux l’utiliser et éviter le plus grand danger du TBI (qui est en fait celui du vidéoprojecteur) en ne projetant pas à ses élèves des parcours préconstruits.

Lecélèbre poèmed’Antonio Machado peut servir de fil directeur :
Caminante, son tus huellas
el camino y nada más ;
caminante, no hay camino,
se hace camino al
andar.
(Voyageur (élève), le chemin, c’est les traces de tes pas et rien de plus ; voyageur, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en avançant).

 

Revenons à notre périphérique

Fort de cette démarche, l’enseignant va donc utiliser son tableau interactif selon une direction propice à une évolution efficace de ses élèves. Sa préparation sera d’imaginer les chemins que ceux-ci pourraient prendre afin de leur aplanir, les difficultés, en prévoyant, par exemple, des ressources documentaires qui pourront être affichées en cas de besoin.

Progressivement, le TBI devient le véritable centre de gestion de la classe. Tout ce qui se passe va au final donner lieu à une trace sur sa surface. Trace qu’il sera possible de partager ou reprendre un autre jour.

Ce qui est le plus étonnant dans ces classes, c’est que l’enseignant en vient à oublier que c’est un ordinateur qui permet de réaliser ces parcours. Il est concentré sur le TBI, le merveilleux ordinateur devient alors, et c’est ce qui est le plus remarquable, le périphérique du Tableau Blanc Interactif, les rôles sont inversés et aucun gendarme, bien au contraire, ne viendra verbaliser la classe qui s’est lancée sur ce chemin.

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