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par Bernard Desclaux (son site) vendredi 28 janvier 2011 -

Objectifs quantitatifs et fonctionnement des établissements


Depuis 1989, les deux lois d’orientation concernant l’éducation nationale comportent des objectifs chiffrés.

 

Où en sommes-nous ? Et quels sont les conséquences pour le management des établissements ?

 

La loi de 2005 a repris les deux objectifs quantitatifs de celle de 1989 :

 

· 100% de qualifiés. Selon les manières de compter, il y a entre 6 et 10% de sorties sans qualification soit entre 60 000 et 150 000 jeunes chaque années, avec la particularité que leur insertion est extrêmement difficile.

 

· 80% d’une génération atteignant le niveau du bac. Depuis 15 ans nous sommes dans un système bloqué à 63-64%.

 

Un troisième objectif fut rajouté par la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école du 24 mars 2005 : 50% d’une génération avec un diplôme de l’enseignement supérieur(à la mode européenne, cela veut dire du niveau L, Licence). Actuellement nous en sommes à 30%. Avec plus de 50% d’une génération qui entre dans l’enseignement supérieur, et 40% qui obtiennent un diplôme bac + 2.

 

Vous trouverez un commentaire concernant l’atteinte de ces objectifs dans mon post : Rappel des trois objectifs quantitatifs de l’Education nationale http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2011/01/24/rappel-des-trois-objectifs-quantitatifs-de-leducation-nationale/

 

 

Quelques en sont les conséquences ?

 

Conséquences sur le système

 

La dernière loi sur l’Université vise l’objectif des 50%. Il y a sûrement quelque chose à faire pour améliorer l’efficience de l’Université et réduire les sorties en cours de formation notamment pour la première année. Il s’agit également de créer des poursuites d’études possibles pour les détenteurs de BTS et de DUT (niveau bac+2) afin de les amener au niveau L.

 

La structuration de l’offre de formation post-bac fait problème. En particulier, le BTS créé en 1966 permettait à l’origine d’élever le niveau de formation des techniciens. Mais peu à peu cette formation s’est vue envahie par les bacs généraux », hésitant à s’engager dans des études universitaires. Plusieurs ministres et recteurs ont cherché à rétablir un flux « normal » en donnant une priorité d’affectation aux détenteurs de bacs de technologie. Mais le BTS est une formation de l’enseignement supérieur et à ce titre, ce sont les chefs d’établissement qui affectent et qui ont le dernier mot.

 

On voit également que certaines réflexions sur l’orientation se concentrent sur l’articulation Lycée-enseignement supérieur. Le dossier unique, l’orientation active (voir la circulaire sur l’orientation active, signée des deux ministres de l’époque), et la mise en place du système de gestion des inscriptions (Admission Post-Bac), vont théoriquement dans le même sens : assurer déjà l’inscription d’un maximum de lycéen dans l’enseignement supérieur en essayant de réguler la répartition du flux des bacheliers.

 

Mais il ne suffit pas de « régler » l’inscription dans le post-bac si les formes et les dispositifs pédagogiques des différents types de formation ne prennent pas en compte la diversité des publics qui s’y présentent aujourd’hui et demain. Assurer l’entrée en formation, c’est bien, mais faut-il encore que le cheminement soit sécurisé suffisamment pour amener le maximum des étudiants à la validation de leurs études.

 

Mais il est certain que cet objectif a également des conséquences sur l’ensemble des types d’établissements du secondaire, que ce soit les collèges, les lycées ou les lycées professionnels. Tous sont amenés à concourir d’une manière ou d’une autre à l’atteinte de cet objectif collectif. Ce n’est sans doute pas avec 60% d’une génération à l’entrée des études supérieures que l’on peut obtenir 50% de cette même génération sortant au niveau L. Ou il faudrait croire que subitement l’efficacité de cet enseignement deviendrait exceptionnelle !

 

Conséquences pour le management

 

Cet objectif des 50% niveau licence est aussi problématique pour les élèves, pour les enseignants, mais aussi pour les établissements.

 

On pourrait se dire qu’on fond il ne s’agit que d’une question de gestion des flux, et qu’il s’agirait simplement de s’arranger pour augmenter les taux de passage. Cela peut être une tentation. Mais cette question doit être prise sous un angle plus sérieux.

 

C’est une affaire de motivation, et d’aspiration qui sont à soutenir tant chez les élèves que chez les parents, notamment les plus défavorisés. Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement pas seulement d’une question de motivation, mais également de pouvoir financier.

 

C’est aussi une affaire de confiance et de préparation des élèves à être capables de faire des études supérieures. Autrement dit il ne suffit pas de les « faire passer ».

 

La mobilisation des équipes autour de cet objectif est donc essentielle. Et le problème des représentations se pose alors. Notre conception pédagogique est plutôt basée sur l’idée que la sélection fait la valeur. Passer du sélectionneur à l’accompagnateur ne se fait pas facilement.

 

La circulaire sur les parcours de découverte des métiers et des formations(dont j’ai déjà parlé ici) cherche à donner les moyens d’organiser cette mobilisation.

 

Le collège doit améliorer son efficacité pédagogique. Si on se réfère aux résultats de PISA, il y a encore une marge de progression comme on le dit en haut lieu. Sans doute faut-il que l’orientation post-troisième amène plus d’élève vers le lycée général et technologique, et que la seconde soit une classe de réussite (voir les taux de redoublement, cf la note en fin de ce billet). Mais le lycée professionnel est également concerné. Le passage de la structure BEP puis bac pro et une formation en 3 ans du bac pro oblige également à changer les attitudes et chercher à réduire les sorties scolaires.

 

Rajoutons que cet objectif est aussi à mettre en relation avec l’efficacité de l’établissement, et son nouveau mode de management.

Cela fait déjà quelques année que sont apparus le dialogue de performance (aussi difficile pour les chefs d’établissement que pour les instances académiques), la lettre de mission, le projet d’établissement (qui doit être beaucoup plus argumenté aujourd’hui), le conseil pédagogique (qui instaure un nouveau mode espérons le, plus collaboratif…). Les indicateurs de performance des académies et des établissements prennent en compte la participation de chacune des unités à l’atteinte des objectifs nationaux. Tout ceci étant lié à la mise en œuvre de la LOLF. Pour une discussion d’un petit aspect de la LOLF, voir mon billet Les arrangements avec la LOLF : le taux de redoublement en seconde

http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2011/01/05/les-arrangements-avec-la-lolf-le-taux-de-redoublement-en-seconde/

 

Conclusion

 

Il s’agit donc de prendre conscience de l’enjeu « orientation des élèves » (orientation pris au sens le plus large possible) à travers l’objectif des 50%.

Il concerne tous les acteurs de l’établissement, mais aussi tous les types d’établissement. Il s’agit, pour l’atteindre de mettre en place une stratégie d’établissement initiée par l’équipe de direction en développant une démarche de management à travers des processus de changement touchant l’organisation, les structures, les représentations, les conceptions des rôles professionnels.

 

Bernard Desclaux


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