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II. Environnement numérique de travail dans les collèges : un choix judicieux ?

Deuxième partie

Première partie

II. Si une collectivité (Département ou Région) devait demain se lancer dans un ENT, il lui reviendra d’assurer la qualité de service offert au public (= quand on fait quelque chose on le fait bien) ; or, justement s’il est possible de garantir des services d’hébergement et de maintenance informatique, et dans une certaine mesure un paiement des ressources numériques aux établissements, on sait bien avec l’opération des portables, que ce n’est ni la détention d’un outil logiciel ou la fourniture d’un accès à des ressources qui impliquent les usages ; OR précisément, il est quasi impossible de garantir un/des usages et des fréquences d’usages de l’ENT dans les établissements scolaires.

 

A. Pourquoi ? Car il ne s’agit pas de nos salariés, la collectivité ne peut dans le cadre des usages et des pratiques imposer quelque chose aux personnels administratifs, ni aux enseignants d’un établissement du second degré ; le partenariat ou la contractualisation sont de vains mots quand on rentre dans le domaine des usages et des pratiques pédagogiques (où notre présence reste encore mal interprétée, quand elle n’est pas simplement rejetée).

 

1. Cela fonctionnerait avec le volontariat des enseignants et des personnels administratifs, mais que faire de ceux qui ne sont pas volontaires ? Nous (les collectivités) n’avons aucun moyen de pression sur eux…

 

2. Contrairement au primaire où règne l’unicité de professeur et où un ENT même déployé sur la base du volontariat a ses chances, au collège ou au lycée, un service utilisé par seulement 3 enseignants sur 12 serait contre productif. L’intérêt, d’avoir quelques champions qui sont moteurs dans leur établissement, est limité si les autres ne suivent pas. Comment expliquer aux parents et aux élèves que Mme MICHU mette à disposition ses cours sur l’ENT mais qu’elle soit la seule à le faire ? Comment les parents peuvent-ils se dire avec cet enseignant, je vais communiquer avec lui par la messagerie intégrée de l’ENT, celui-là ne l’utilise pas ? C’est kafkaïen comme situation.

 

3. Les moyens mis en œuvre pour l’accompagnement, la formation continue, la conduite au changement que nécessiterait la mise en place d’un projet ENT sont « LES » facteurs de réussite incontournables, mais ils sont inexistants du côté de l’État. Le Département ne pourra pas réglementairement et économiquement se substituer à l’EN dans ces missions-là.

 

B. Depuis 2001, nous avons acquis une certaine expérience du travail avec l’Institution « Éducation nationale » dans le dossier du numérique scolaire : elle est incapable de travailler en "mode projet", de s’imposer des délais raisonnables, ainsi que d’évaluer, corriger et contraindre ; la gouvernance partagée sur les établissements scolaires rend ce type de projet périlleux, nous l’avons vécu avec les portables.

 

La gestion du temps dans l’EN n’est pas compatible avec celle des élus politiques. Les collectivités qui se sont lancées dans de telles opérations verront donc les résultats une décennie au moins après la mise en place effective de la plateforme. Pendant ce temps-là, elles paient et assurent la partie technique, même si les usages sont faibles ou progressent peu d’une année sur l’autre. En moyenne, pour les collectivités le coût s’élève à 10 € par élève et par année civile, hors abonnements aux ressources numériques et hors accompagnement des établissements. Les appétences pour l’usage de l’ENT se développent « à géométrie variable », ce qui préoccupe tout le monde au Ministère et dans les Rectorats puisque l’objectif de 2003 était bien d’atteindre 30 millions de comptes potentiels. En avril 2010, on était loin de ce chiffre puis que 300 000 comptes étaient répertoriés par le Ministère au niveau national. L’expression « expérimenter la généralisation » serait donc plus juste.

 

C. Avec l’opération « un collégien un ordinateur portable », nous avons également beaucoup appris sur la psychologie des enseignants eux-mêmes. Par exemple, que la liberté de choix, puis d’utilisation des matériels, logiciels et manuels numériques par les enseignants est le corollaire de la liberté pédagogique, acquise en 1875, qui leur est reconnue et qui se trouve rappelée notamment dans la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école (art. L. 912-1-1 du code de l’éducation) :

 

« La liberté pédagogique de l’enseignant s’exerce dans le respect des programmes et des instructions du ministre chargé de l’éducation nationale et dans le cadre du projet d’école ou d’établissement avec le conseil et sous le contrôle des membres des corps d’inspection. Le conseil pédagogique prévu à l’article L. 421-5 ne peut porter atteinte à̀ cette liberté. »

 

Aucune recommandation officielle, émanant des corps d’inspection ou figurant dans les programmes, n’indique comment faire mieux son cours avec les outils numériques, ou bien encore quels seraient, pour les professeurs, les critères d’une « bonne » utilisation des matériels informatiques, logiciels ou manuels numérique. De sorte que pour la collectivité qui met en place un projet d’équipement elle n’a aucune assurance qu’ils seront utilisés, ni aucune certitude que l’Education nationale mettra à l’ordre ses enseignants pour le faire.

 

L’Éducation nationale malgré sa hiérarchie (MEN, Rectorat, corps des inspecteurs, inspection d’académie, chef d’établissement) n’est pas capable de "mettre à l’ordre" ses personnels, de gérer ses enseignants, d’évaluer leurs pratiques, de les inciter et contraindre à utiliser un service tel que l’ENT (l’exemple des portables depuis 2001 peut être décliné comme exemple) ; il y a une autonomie des établissements scolaires, et à l’intérieur desquels chaque professeur reste libre dans son cours et sa salle de classe.

 

L’Éducation nationale ne dispose pas non plus de moyen de pression sur ces propres enseignants, il faut arrêter avec ce mythe : quand un inspecteur voit un professeur de lettres une ou deux heures tous les sept ans, de quel moyen de pression parlons-nous ? Un enseignant dispose d’une liberté pédagogique presque totale dans son cours du moment qu’il suit les grandes lignes du programme, lequel n’entre pas dans les moyens techniques mis en œuvre.

 

III. Pour gérer ses 252 agents techniques des collèges transférés par l’État, le Département les a raccordés à son réseau Intranet en 2010 ; il a donc respecté ses obligations vis-à-vis de ses salariés. Pour le reste des échanges, aujourd’hui, une collectivité comme un Conseil général n’est ni auteur-prescripeur, ni chargé des services de la communication au sein de l’établissement scolaire qui regroupe la communauté scolaire au sens large. La collectivité territoriale n’est pas responsable du bon ou du mauvais fonctionnement (sujets des informations, fréquence des informations, mise à jours des informations, etc.) de cette communication au sein de l’établissement ; et personne ne nous le reproche, je dirai même plus, personne ne vient nous chercher ; or,

 

A. si demain le Département devait endosser tout ou partie de ces charges, il devra procéder à la délégation des informations éditoriales aux chefs d’établissements, sauf à vouloir gérer les problèmes de mise à jour (fréquence et contenu),

 

B. on le sollicitera pour qu’il finance des prises en main, des formations et de l’accompagnement, et pour qu’il assume les charges liées aux problèmes techniques de maintien du service hébergé 24 heures sur 24. Tout cela aura un coût.

 

C. mais, si demain le Conseil général devait se lancer, comme la cinquantaine de collectivités qui ont démarré, alors, puisqu’il a procédé à la délégation éditoriale et que lui-même ne fournit pas ou très peu d’informations, ALORS il ne sera pas identifiable, ni visible par les parents-citoyens-électeurs, cela apparaîtra aux yeux de la population comme un service « normalement effectué » par l’établissement scolaire et non par la collectivité (= le Département ne sera pas visible comme il l’a été pour les ordinateurs portables qui rentrent chaque soir à la maison, ou encore pour reprendre une image quand on monte dans un TER peu de personne savent qu’elles montent dans un transport de la Région, dont le délégataire est la SNCF).

 

Nos recherches sur la "généralisation des ENT" laissent un étrange, mais persistant sentiment qu’on ne nous dit pas tout…

 

I. Les représentants du Ministère de l’Éducation ou de la CDC lorsqu’ils s’expriment sur Internet ou dans des réunions publiques usent du futur de l’indicatif, comme si l’expérience devait commencer demain et que l’on en était encore à l’exposé des vœux ce qui est contradictoire avec les chiffres de création de comptes puisqu’aujourd’hui 16 régions (sur 22), et 40 départements (sur 100) déclarent mettre en œuvre une telle démarche :

 

"…les parents pourront consulter cahier de texte de la classe, les notes de leurs enfants…" "…les enseignants pourront communiquer avec les familles et réciproquement…" "…les élèves absents pourront consulter le cahier de texte de la classe et récupérer des éléments pendant leur absence…" "…les enseignants pourront personnaliser le travail, et l’individualiser pour chaque élève…" "…les enseignants pourront indiquer les ressources numériques aux élèves…"

 

A. En 2003, le MEN qui s’est adjoint la Caisse des Dépôts et Consignation comme conseil et financeur ont intégré dans les plans de financement des ENT les collectivités pour la partie création de la plateforme, hébergement et assistance technique :

 

1. en leur faisant miroiter un accès direct aux familles (ramener les parents dans l’Établissement, afin qu’ils puissent à toute heure suivre la scolarité des élèves est le credo). Les premiers services qui ont été ouverts dans les ENT, sont des services électroniques pour les familles, payés, hébergées, maintenues par les collectivités.

 

2. en leur faisant miroiter un accès facilité aux établissements (gestion budgétaire des comptes, communication entre la collectivité et les établissements).

 

B. On déplore une certaine opacité sur ce dossier. Il n’existe pas de chiffres des usages réels des différentes solutions déployées : logs de connexion pour chacun des acteurs de la communauté scolaire, fréquences et récurrence des connexions, etc. Depuis 2003, soit huit années, et 300 000 comptes créés dans 56 collectivités, il devrait bien y avoir des chiffres réels des utilisations et de leurs fréquences et nous devrions savoir si :

 

OUI ou NON "…les parents consultent cahier de texte de la classe, les notes de leurs enfants…" Les parents utilisent-ils l’ENT ? Si oui, combien de fois (fréquence) ? tous les parents (CSP) ?

 

OUI ou NON "…les enseignants communiquent avec les familles et réciproquement par le biais de l’ENT…" Combien de fois (récurrence) ? Tous les enseignants ? qui prend l’initiative la famille ou l’enseignant ? Est-ce plus aisé, comme on le prétend, de communiquer via l’ENT plutôt que par simple mèl ou bien encore de prendre rendez-vous avec le professeur dans l’établissement ?

 

OUI ou NON "…les élèves absents consultent le cahier de texte de la classe et récupérer des éléments pendant leur absence…" Est-ce que tous les professeurs d’un établissement mettent bien le contenu à disposition ? Si ce n’est pas le cas comment cela se passe-t-il ? est-ce que les élèves absents usent ou non de ce service ?

 

OUI ou NON "…les enseignants personnalisent le travail, et l’individualisent pour chaque élève…" Tous les enseignants ? pour tous les élèves ou pour une partie ? Combien de temps cela leur fait-il gagner par rapport à avant la mise en place de l’ENT ?

 

OUI ou NON "…les enseignants indiquent les ressources numériques aux élèves…" Combien de ressources ? qui les a choisi ? qui les a financés ? quel taux de connexions et d’utilisation ? fait-on mieux que les ressources prépayées par l’État dans les années 1998-2004 où les usages étaient catastrophiques par rapport aux attentes du Ministère et au coût des ressources ?

 

Le Ministère semble avoir entendu une partie de ces remarques puisqu’il a enfin lancé en septembre 2010 un dispositif d’évaluation des usages des ENT dans le second degré. Ce dispositif s’adressera à l’ensemble des académies, afin de fournir un ensemble d’outils d’évaluation à destination des différents niveaux de pilotage (établissements, académies/territoires, national). Nous ignorons à l’heure actuelle la date à laquelle ces chiffres seront rendus publics. Ils seront importants sur la durée des opérations c.à.d qu’ils seraient bons qu’ils évoluent à la hausse d’une année sur l’autre, pour convaincre.

 

C. Lors d’une réunion en octobre 2010 avec les services informatiques du Rectorat de Bordeaux, nous avons appris que l’EN développait au niveau national tout une série de téléservices de vie scolaire destinés aux établissements (gestion des élèves, gestion financière, notes, absences, cahier de texte électronique, gestion de ressources et de stock). Ceux-ci seront proposés gratuitement et viendront concurrencer ceux que les collectivités payent dans le cadre des ENT. Lorsqu’ils seront opérationnels, il faudra expliquer aux collectivités qui ont mis parfois quelques millions d’euros dans les services vie scolaires des ENT, que leurs établissements disposeront de ces services fournis et promus par leur administration centrale.

 

D. La surprise finale provient des cartes de couvertures nationales publiées sur le site national Educnet : elles sont fausses. Elles mélangent couverture des territoires administratifs avec le nombre réel des établissements scolaires utilisateurs donnant l’impression d’une généralisation. Par exemple, en Ariège il n’y a que 6 établissements dotés de l’ENT depuis janvier 2007 sur une totalité de 33 (collèges + lycées). Dans la région Auvergne, c’est un peu mieux 71 établissements sur un total de 200. En Savoie, sur 38 collèges, il y en a 18 soit la moitié qui sont équipés d’un ENT. On peine à trouver un territoire où il y ait plus de la moitié des établissements équipés alors que la représentation cartographique représente la surface du territoire de la collectivité. Cela n’est donc pas une « généralisation ».

 

La carte de couverture de l’Aquitaine sur le site du ministère la fait apparaître comme la première région de France, lui attribuant des scores dignes de l’époque soviétique dans des départements où il n’y a pas d’ENT en se basant uniquement sur la création de compte effectué par le Rectorat, et pas sur les activations ou les usages réels. Par exemple pour les collèges landais, on peut lire que 94,28 % d’entre eux disposent de comptes sur l’ENT Argos… Et lorsqu’on signale cette « erreur » au Ministère, on nous répond que « cette carte a été élaborée à partir de données collectées en académie, auprès des CTICE en septembre 2010 ». Tout ceci n’est pas très sérieux, ni très transparent.

 

Pour ce qui concerne les usages scolaires ou pédagogiques des ordinateurs portables, nous avons connu des difficultés car le Conseil général des Landes n’a pas fixé d’objectifs à atteindre ou de productions à rendre. Le pouvions-nous, dans un contexte de gouvernance partagée où nous ne maîtrisons ni les programmes scolaires, ni les formations, ni les enseignants et où les différents niveaux hiérarchiques ne jouaient pas le jeu, je ne le crois pas. La collectivité a mis à disposition des outils, certains enseignants s’en sont emparés, d’autres pas. Mais a minima ce dont nous sommes certains c’est que ces ordinateurs portables ont été et sont encore utilisés à la maison par les jeunes landais que nous dotons chaque année depuis dix ans. Les parents interrogés par la Sofres en 2009 sont aux ¾ satisfaits de cette opération. Cet aspect « politique » compense le manque de motivation de certains enseignants.

 

Avec l’ENT, nous rentrerons de plain-pied dans un unique secteur éducatif où nous n’aurons pas la joie de constater d’autres usages personnels, nous serons moins visibles que l’établissement lui-même, et à l’instar des collectivités qui se sont déjà lancées nous rencontrerons les mêmes difficultés que nous avons toujours connues avec l’EN. Pour ces raisons et celles qui précèdent si l’ENT doit être un outil de communication et d’animation de la communauté scolaire, alors laissons l’État ou à défaut chaque établissement volontaire le mettre en place.

 

Bien que ce sujet soit réellement passionnant (pour en écrire 6 pages), je doute de notre système scolaire secondaire et de ses capacités à se transformer ou à être réformé indépendamment du contexte économique dont les contraintes s’additionnent à de réels problèmes structurels, mais cela relève davantage du champ de la politique nationale.

 

 Les premiers services qui ont été ouverts dans les ENT, sont des services électroniques pour les familles, payés, hébergées, maintenues par les collectivités.

 

2.en leur faisant miroiter un accès facilité aux établissements (gestion budgétaire des comptes, communication entre la collectivité et les établissements).

B. On déplore une certaine opacité sur ce dossier. Il n’existe pas de chiffres des usages réels des différentes solutions déployées : logs de connexion pour chacun des acteurs de la communauté scolaire, fréquences et récurrence des connexions, etc. Depuis 2003, soit huit années, et 300 000 comptes créés dans 56 collectivités, il devrait bien y avoir des chiffres réels des utilisations et de leurs fréquences et nous devrions savoir si :

 

OUI ou NON"…les parents consultent cahier de texte de la classe, les notes de leurs enfants…" Les parents utilisent-ils l’ENT ; ? Si oui, combien de fois (fréquence) ? tous les parents (CSP) ?

OUI ou NON"…les enseignants communiquent avec les familles et réciproquement par le biais de l’ENT…" Combien de fois (récurrence) ? Tous les enseignants ? Qui prend l’initiative la famille ou l’enseignant ? Est-ce plus aisé, comme on le prétend, de communiquer via l’ENT plutôt que par simple mèl ou bien encore de prendre rendez-vous avec le professeur dans l’établissement ?

 

OUI ou NON"…les élèves absents consultent le cahier de texte de la classe et récupérer des éléments pendant leur absence…" Est-ce que tous les professeurs d’un établissement mettent bien le contenu à disposition ? Si ce n’est pas le cas comment cela se passe-t-il ? Est-ce que les élèves absents usent ou non de ce service ?

OUI ou NON"…les enseignants personnalisent le travail, et l’individualisent pour chaque élève…" Tous les enseignants ? Pour tous les élèves ou pour une partie ? Combien de temps cela leur fait-il gagner par rapport à avant la mise en place de l’ENT ?

 

OUI ou NON …les enseignants indiquent les ressources numériques aux élèves…" Combien de ressources ? Qui les a choisies ? Qui les a financés ? Quel taux de connexions et d’utilisation ? fait-on mieux que les ressources prépayées par l’État dans les années 1998-2004 où les usages étaient catastrophiques par rapport aux attentes du Ministère et au coût des ressources ?

 

Le Ministère semble avoir entendu une partie de ces remarques puisqu’il a enfin lancé en septembre 2010 un dispositif d’évaluation des usages des ENT dans le second degré. Ce dispositif s’adressera à l’ensemble des académies, afin de fournir un ensemble d’outils d’évaluation à destination des différents niveaux de pilotage (établissements, académies/territoires, national). Nous ignorons à l’heure actuelle la date à laquelle ces chiffres seront rendus publics. Ils seront importants sur la durée des opérations c.à.d. qu’ils seraient bons qu’ils évoluent à la hausse d’une année sur l’autre, pour convaincre.

 

Lors d’une réunion en octobre 2010 avec les services informatiques du Rectorat de Bordeaux, nous avons appris que l’EN développait au niveau national tout une série de télé services de vie scolaire destinés aux établissements(gestion des élèves, gestion financière, notes, absences, cahier de texte électronique, gestion de ressources et de stock). Ceux-ci seront proposés gratuitement et viendront concurrencer ceux que les collectivités payent dans le cadre des ENT. Lorsqu’ils seront opérationnels, il faudra expliquer aux collectivités qui ont mis parfois quelques millions d’euros dans les services vie scolaires des ENT, que leurs établissements disposeront de ces services fournis et promus par leur administration centrale.

 

C.La surprise finale provient des cartes de couvertures nationales publiées sur le site national Educnet : elles sont fausses. Elles mélangent couverture des territoires administratifs avec le nombre réel des établissements scolaires utilisateurs donnant l’impression d’une généralisation.

 

Par exemple, en Ariège il n’y a que 6 établissements dotés de l’ENT depuis janvier 2007 sur une totalité de 33 (collèges + lycées).Dans la région Auvergne, c’est un peu mieux 71 établissements sur un total de 200. En Savoie, sur 38 collèges, il y en a 18 soit la moitié qui sont équipés d’un ENT. On peine à trouver un territoire où il y ait plus de la moitié des établissements équipés alors que la représentation cartographique représente la surface du territoire de la collectivité. Cela n’est donc pas une « généralisation ».

 

La carte de couverture de l’Aquitaine sur le site du ministère la fait apparaître comme la première région de France, lui attribuant des scores dignes de l’époque soviétique dans des départements où il n’y a pas d’ENT en se basant uniquement sur la création de compte effectué par le Rectorat, et pas sur les activations ou les usages réels.

 

Par exemple pour les collèges landais, on peut lire que 94,28 % d’entre eux disposent de comptes sur l’ENT Argos… Et lorsqu’on signale cette « erreur » au Ministère, on nous répond que « cette carte a été élaborée à partir de données collectées en académie, auprès des CTICE en septembre 2010 ». Tout ceci n’est pas très sérieux, ni très transparent.

 

Pour ce qui concerne les usages scolaires ou pédagogiques des ordinateurs portables, nous avons connu des difficultés car le Conseil général des Landes n’a pas fixé d’objectifs à atteindre ou de productions à rendre.

 

Le pouvions-nous, dans un contexte de gouvernance partagée où nous ne maîtrisons ni les programmes scolaires, ni les formations, ni les enseignants

et où les différents niveaux hiérarchiques ne jouaient pas le jeu, je ne le crois pas.

 

La collectivité a mis à disposition des outils, certains enseignants s’en sont emparés, d’autres pas. Mais a minima ce dont nous sommes certains c’est que ces ordinateurs portables ont été et sont encore utilisés à la maison par les jeunes landais que nous dotons chaque année depuis dix ans. Les parents interrogés par la Sofres en 2009 sont aux ¾ satisfaits de cette opération. Cet aspect "politique" compense le manque de motivation de certains enseignants.

 

Avec

l’ENT, nous

rentrerons de plain-pied dans un unique secteur éducatif où nous n’aurons pas la joie de constater d’autres usages personnels, nous serons moins visibles que l’établissement lui-même, et à l’instar des collectivités qui se sont déjà lancées nous rencontrerons les mêmes difficultés que nous avons toujours connues avec l’EN.

 

Pour ces raisons et celles qui précèdent si l’ENT doit être un outil de communication et d’animation de la communauté scolaire, alors laissons l’État ou à défaut chaque établissement volontaire le mettre en place.

 

Bien que ce sujet soit réellement passionnant (pour en écrire 6 pages), je doute de notre système scolaire secondaire et de ses capacités à se transformer ou à être réformé indépendamment du contexte économique dont les contraintes s’additionnent à de réels problèmes structurels, mais cela relève davantage du champ de la politique nationale.

 

P-L GHAVAM

 
Réactions à la vidéo
  • (xxx.xxx.xxx.180) 17 juillet 2012 23:18

    Professeur de lettres, je tombe par hasard sur cet article à l’occasion d’une recherche sans relation avec le sujet que vous abordez. Je lis cet article, et je suis atterré par la distance que je vois entre vos préoccupations d’immédiateté numérique et la réalité de ce qu’est l’enseignement.
    Sachez bien que les professeurs ne mettront jamais leurs cours (si tant est qu’ils en rédigent un, ce qui n’a rien d’évident) sur le net. Ne serait-ce que pour des questions de propriété intellectuelle. Mais aussi parce qu’un enseignement se déroule en direct, en frontal, et que toutes vos dépenses - nos dépenses, pauvres contribuables ! - sont de la poudre aux yeux en face de la réalité de ce que nous avons à faire, qui ne s’apparente en rien à du gavage d’oies.
    Cordialement.
    Josselin Lecoutelier
    agrégé des Lettres
    professeur en lycée

  • par Scarabee15 (xxx.xxx.xxx.105) 18 juillet 2012 00:23

    J’étais pourtant de bonne volonté, utilisateur avertit des outils informatiques, moteur dans l’utilisation d’un ENT, convaincue de son utilité et convaincante auprès des élèves, des parents, des collègues... oui mais voilà, dans mon académie on nous a imposé la daubasse nommée Lilie. Nom mais sans blagues, on a consulté des profs et on l’a testé irl ce truc avant de le vendre et de l’imposer à toute l’académie de Versailles (voire la région Ile de France, j’ai un doute) ?

    Résultat des courses (après moultes tentatives, j’allais même jusqu’à publier mon cahier de textes en fichiers pdf partagés puisque l’application censée remplir cet office était tout bonnement inutilisable par les profs et incompréhensible par les élèves, un comble), le lycée s’est doté d’applications utilisables, achetées sur ses deniers, en plus du truc obligatoire qui décore notre site Internet sans servir à rien. Les admin réseau ne créent même plus les comptes utilisateurs, et c’est tant mieux.

    La base en ce domaine, c’est qu’une application doit répondre aux besoins des utilisateurs, et non créer des contraintes suplémentaires sans répondre aux dits besoins.

  • (xxx.xxx.xxx.49) 28 septembre 2012 11:03

    Bonjour,

    Vous dites " Il n’existe pas de chiffres des usages réels des différentes solutions déployées : logs de connexion pour chacun des acteurs de la communauté scolaire, fréquences et récurrence des connexions, etc.".

    En fait ce n’est pas vrai : ces données existent, car le dispositif de mesure d’audience des ENT mis en place par la CDC les fournit.
    Cependant, le taux d’usage moyen par ENT n’est pas et ne sera sans doute jamais donné, parce qu’il mettrait puissamment en lumière le fait que, si certains ENT ont aujourd’hui des taux d’usages très appréciables (supérieurs à 70%), d’autres, et pas des moindres stagnent à des niveaux inacceptables (de l’ordre de 20%) vues les sommes dépensées pour les mettre en oeuvre.

    A bon entendeur, salut !

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