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par Pierre Frackowiak lundi 12 novembre 2012 - 6 réactions |

La formation des enseignants… On n’y comprend rien.

Parlons-en ! avec Pierre Frackowiak
On affirme dans les cérémonies officielles que la formation des enseignants est une priorité de la refondation. Tout le monde comprend cela. On n’imagine pas un médecin lâché dans un cabinet ou un hôpital, sans formation, accompagné épisodiquement par un vieux médecin expérimenté – les maîtres de stage sont majoritairement vieux par l’âge ou par les conceptions, leur expérience étant un gage de conformisme pour produire du conformisme -. Pourtant, on l’a fait sans provoquer de grands rassemblements dans les rues, il est vrai.
 
La mastérisation a permis de mettre en évidence ce que tout le monde savait, que l’on peut être brillant mathématicien et être complètement incapable d’enseigner les maths. On imagine bien que si l’on persévérait dans cette erreur d’accroître la quantité de savoirs disciplinaires et de faire disparaître la formation professionnelle on finirait par voir s’enfuir des profs poursuivis par des hordes d’élèves en colère. Tout le monde comprend cela.
 
Mais alors, quand les experts commencent à élaborer et à présenter leurs propositions, plus personne n’y comprend rien. Recrutement à M1 ou M2, en fin ou au début de M1 ou de M2, universités ou écoles professionnelles, contenus disciplinaires ou compétences professionnelles, école universitaire ou école professionnelle, pré recrutement ou non. Et chacun de raconter savamment ses certitudes de spécialistes. Pétitions et motions s’entrelacent … Pour changer quoi ?
 
On affirme avec force que l’Ecole et l’éducation sont l’affaire de la Nation, de tous les citoyens et citoyennes, et on fait tout pour rendre les choses incompréhensibles. La formation des enseignants est affaire de spécialistes, d’universitaires patentés qui n’ont jamais mis un pied dans une école depuis qu’ils en sont sortis, d’experts, ces experts qui dans tous les domaines étouffent la démocratie en parlant au nom de ceux qui ne savent pas. Pour certains, on le voit bien, l’objectif est de pouvoir continuer à faire ce qu’ils pensent savoir faire, même dans un contexte restructuré.
 
En observant le spectacle, je repense à cette soirée à Arras, au moment de la mise en place des trois IUFM expérimentaux prévus au lendemain de la loi d’orientation de 1989, en présence de Joseph Losfeld, directeur de l’IUFM de Lille, et des sommités de l’Education Nationale, où je m’étais fait huer par un public de professeurs d’Ecole Normale et de maîtres formateurs, au moment où j’ai dit que pour réussir cette nouvelle formation, il faudrait un grand plan préalable de re-formation des formateurs. Ouahhh, la bronca !!! J’étais très fier de moi. L’échec partiel de cette belle idée de refondation de la formation trouve pourtant une explication dans le fait que l’on a changé facilement les frontons des établissements ou les épitaphes, mais que l’on a trop souvent persisté à faire « de la même chose » ou presque.
 
Va-t-on recommencer ?
 
J’observe que dans le clair-obscur des débats, personne (même parmi mes grands amis concernés) ne parle de l’adéquation des pratiques pédagogiques de la formation elle-même – mais, c’est comme pour l’école, pourquoi changerait-on quelque chose qui ne marche pas ? – avec les pratiques de l’école du futur. Personne ne parle de l’articulation pratique / théorie que l’on ne sait pas exploiter sérieusement. On juxtapose toujours stage dans une classe avec un prof et cours théorique essentiellement disciplinaire alors que l’on doit former au travail d’équipe et à l’analyse des pratiques. La pédagogie de résolution de problèmes appliquée aussi bien à la formation des maîtres qu’à la pratique pédagogique en classe, qui pourrait être une solution, avec une réforme des contenus (sociologie, philosophie, histoire de l’éducation et des disciplines, anthropologie…) est très éloignée des porteurs d’une culture exclusivement disciplinaire.
 
Alors, on pourra passer de l’EN à l’IUFM et à l’ESPE sans changer grand-chose et en laissant soigneusement les néophytes dans l’ignorance des vrais problèmes. On aura rétabli une formation. Et alors ?
Réactions à la vidéo
  • par André OUZOULIAS (xxx.xxx.xxx.53) 12 novembre 2012 16:30

    Merci Pierre, pour ce "coup de gueule" salutaire !

    Vous avez raison, la réforme de la formation des enseignants doit être inséparable de la construction d’une école du peuple, d’une école de l’égalité. C’est du reste sur cette idée capitale qu’est fondée la proposition de réforme de la formation des enseignants élaborée par le Groupe Reconstruire la Formation Des Enseignants (GRFDE), mise en ligne le 19 septembre dernier par le Café pédagogique et signée actuellement par 150 chercheurs, formateurs et militants pédagogiques, dont JL Auduc, E. Bautier, J. Bernardin (militant GFEN), S. Boimare, R. Brissiaud, C. Chabrun (militante ICEM), F. Dubet, J. Fijalkow, R. Goigoux, S. Grandserre, D. Manesse, P. Meirieu, P. Rayou, B. Robbes, JY Rochex, B. Toulemonde, etc. Vous pouvez aussi retrouver ce texte sur le site du GRFDE où vos commentaires seront les bienvenus : http://grfde.eklablog.com/
    Malheureusement, il n’est guère possible de penser l’organisation d’un nouveau système de formation des enseignants sans entrer dans des questions d’apparence très technique, dont celles que vous abordez dans votre réaction de ce jour. Le texte du GRFDE est organisé en deux parties : la première énonce des principes à respecter ; la seconde décrit de façon précise (et technique donc) l’organisation de la formation et les modalités de recrutement et prérecrutement qui sont souhaitables à partir de là (rémunération, statut des jeunes, statut des écoles et lien avec l’université, place du concours, voies d’entrée dans le métier, articulation entre master et année de fonctionnaire-stagiaire, évaluation de la formation, etc.). Mais l’un (l’aspect technique des choses) conditionne la mise en œuvre de l’autre (les principes). Ce n’est pas à vous qu’il faut dire que laisser la question technique aux techniciens, c’est prendre le risque de voir les principes pédagogiques détournés.
    Encore merci pour vos réflexions et votre pugnacité.
    Bon courage à nous tous,
    André Ouzoulias 
    • par Jean Agnès (xxx.xxx.xxx.42) 13 novembre 2012 07:19

      A trop faire perdurer le mode de pensée interne au sérail (que nous connaissons par cœur) il faudrait peut-être se préoccuper de ne pas reconduire sur des instituts de formation relookés les lourdeurs et les impérities des précédents (ceci est simple à voir, je crois),
      à trop reconduire les postures et les idéologies qui ont accompagné - sinon créé - les "vingt piteuses",
      à se contenter de positions sans analyses sur le fond, les causes, les aspects,
      à ne pas envisager de modes d’action effective sur toutes ces questions,
      on prend le risque d’oublier une bonne moitié du ciel éducatif et social.

      Et qu’il y a des modes de travail dans la coexpérience, et des actions possibles...

      Cette assertion simple ne semble pas au goût du jour ! On peut continuer ainsi, on a bien donné depuis un demi-siècle. Mais cela s’appelle du cynisme, ou du discours paradoxal, dont nous fûmes et sommes encore abreuvés. JA

      ,

    • (xxx.xxx.xxx.251) 18 novembre 2012 10:59

      Je profite de ce message pour remercier ceux qui contribuent et nous permettent de réfléchir !

      Petite question pour une grande importance : la quotité de service des professeurs stagiaires du 2nd degré est-elle connue ? 6h ? 9h ? L’arbitrage m’a certainement échappé, merci pour l’info.
      Vincent Février
      @vfevriermados sur twitter

  • par Jean-Robert GAGNEUIL (xxx.xxx.xxx.14) 12 novembre 2012 19:37

    Mon très cher Pierre ;

     

    J’avais, en ces temps préhistoriques de l’expérimentation des IUFM, rencontré quelques maîtres formateurs et PEN convaincus qu’ils avaient besoin de se refaire une santé pédagogique. C’était dans le 62, dans mon premier poste d’IDEN (Lillers : 86/90). Je me souviens de Jean Longuet, PEN ENG Arras,entre autres lucides fondateurs ... Il admettait volontiers ses carences et se disait prêt à bosser avec les experts.S’il est encore de ce monde, il doit se poser plein de questions comme en 89... En tout cas, sache, Pierre, que tu dois continuer d’être l’aiguillon, la mouche du coche de gauche (quelle rime !!), quitte à passer pour un emmerdeur... Allez, va tu as l’habitude, vieille canaille.

  • par Nimier (xxx.xxx.xxx.25) 18 novembre 2012 10:10

    Oui c’est bien le problème, on s’intéresse aux structures et pas aux méthodologies de formation et aux contenue de la formation. Voir:Les différntes dimensions de la formation des enseignants http://www.pedagopsy.eu/formation_enseignants_diverses_dimensions.htm 

  • par Florence Saint-Luc (xxx.xxx.xxx.242) 19 novembre 2012 21:57

    Nous sommes plusieurs formateurs/chercheurs de l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne à avoir fait un texte pour les assises de l’enseignement supérieur et de la recherche ; des propositions permettent d’articuler théorie et pratique, en lien avec la formation des enseignants et de leurs formateurs.
    Ce texte peut être consulté en ligne :

    http://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/30857

     


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