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par Pierre Frackowiak jeudi 6 décembre 2012 - 1 réaction |

Les mêmes finalités de la maternelle à la terminale.

Parlons - en...avec Pierre Frackowiak
En concentrant, à juste titre, la réflexion sur la refondation au niveau de l’école primaire, on a fâcheusement tendance à oublier le lycée. Il est vrai que l’on en parle peu, donnant à l’opinion publique l’image d’une situation sans problème et induisant la possibilité d’accumuler toutes les critiques et les procès sur l’amont. Le collège ? Passe encore. Mais l’école maternelle et l’école élémentaire, elles, seraient coupables de tous les maux. Tout en donnant l’impression de la protéger, le gouvernement les laisse maltraiter, renforçant la vieille tendance bien connue dans notre système de faire le procès de l’amont pour éviter de faire le sien.
 
C’est l’ensemble du système qui devrait faire, sans attendre, l’objet d’une refondation, faute de quoi on accable l’amont, et d’éminents leaders de l’aval se permettent d’exercer des pressions pour éviter toute réforme à leur niveau et de décliner leurs exigences pour l’amont.
 
Dans une classe de seconde d’un lycée huppé de la région parisienne, le prof de maths déclare aux élèves qui ne parviennent pas à le suivre, qu’ils ne travaillent pas assez (évidemment !) et qu’ils n’ont qu’à prendre des cours particuliers car ils ne sont pas au niveau. Il apparaît donc que, dans cette classe, il est hors de question de prendre les élèves tels qu’ils sont. On les prend tels qu’ils devraient être et ceux qui n’ont pas été formatés sont condamnés.
 
Dans la même classe, la prof de français, donne comme devoir à faire à la maison : « Comment La Fontaine met-il l’art de la fable au service de la critique ? ». Ecrasé de devoirs, l’élève qui ne peut pas faire 3 ou 4 heures supplémentaires après 7 heures de cours et 2 heures de transport, se fait naturellement aider par ses parents, comme la plupart des élèves quand les parents peuvent le faire. La mère, brillante intellectuelle, mais non prof de français, obtient un misérable 7 sur 20, aucun des autres parents impliqués n’obtenant la moyenne. Le jugement est sévère : l’élève n’a pas « vraiment répondu à la question. Le travail est bien écrit et documenté, mais il y a un problème de méthode » Encore heureux que la mère écrive bien sinon elle aurait eu une note négative. Quant à la méthode, que les élèves ne connaissent pas (encore la faute à l’aval !), le corrigé distribué, avec en pièce jointe un extrait des instructions officielles pour l’épreuve écrite de l’EAF et un rappel d’une lettre du ministre aux recteurs, devrait apparemment leur permettre d’aller directement en licence.
 
Les instructions officielles, destinées aux titulaires du CAPES ou de l’agrégation, sont limpides, et il faut vraiment être nul pour ne pas les assimiler : « Il convient d’identifier les procédés d’écriture les plus signifiants et les analyser pour chacun des textes proposés ». Comment a-t-on pu arriver en seconde sans savoir ça ?
 
Le corrigé est naturellement limpide : « L’art de la versification vient renforcer les choix narratifs. Le poète en appelle à l’alternance des mètres (oui, oui !),et passe sans crier gare (quelle audace !),de l’alexandrin à l’octosyllabe, pour donner plus de vivacité et de rythme au récit et créer des effets qui font surgir le sens (enfin, le sens !)… L’octosyllabe qui survient brusquement après onze alexandrins met en relief la brutalité du lion (ça fait peur !)…etc…etc.
 
Au fil du corrigé, on décrète que le lecteur est forcément « amusé, séduit, confronté à l’instabilité, intéressé, qu’il échappe à la monotonie ». Tant mieux pour cet hypothétique lecteur standard qui exulte à l’observation de l’alexandrin. On peut se demander si le lecteur/élève normal l’est autant. A écouter ses camarades lassés et les parents vexés, on peut en douter. Comme pour les programmes de l’école, on privilégie la technique plutôt que le sens et l’intelligence. On oublie complètement les finalités de l’Ecole. On est dans un illusoire entre-soi où l’élève n’existe pas, il est ailleurs, perdu, fatigué, déçu par l’école… et même par la littérature, décortiquée techniquement par les ultra disciplinaires qui oublient que le sens et l’intelligence sont plus importants que l’octosyllabe.
 
Oui, la refondation devrait concerner tout le système, toute la pyramide, tous les étages.
 
On ne changera rien si l’on ne change pas tout.
 
Et, si l’on ne peut pas faire tout d’un seul coup, qu’au moins soient tracées quelques perspectives identiques pour l’ensemble du système, de la maternelle à la terminale. Les finalités ne sont-elles pas les mêmes ?
 
Réactions à la vidéo
  • par Roger Nifle (xxx.xxx.xxx.48) 6 décembre 2012 11:40
    Roger Nifle

    Vous dressez un tableau réaliste de l’intellectualisme rationaliste qui domine le monde scolaire mais aussi universitaire. Un jour un académicien a dit qu’il ne comprenait rien aux cours de grammaire dans les écoles. Il faut comprendre qu’il y a un dogme philosophique derrière tout cela, de ceux que condamnait Ferdinand Buisson dont la stratégie a été de se focaliser sur l’école. C’est toute la structure de ce pays qui y est vouée avec l’Etat Jacobin et tous ses soutiens. Des alliances ont été faites avec le matérialisme pour se forger un ennemi commun le libéralisme historique (ex 1789) - le libéralisme spirituel a été tout simplement rayé des consciences) et avec l’individualisme pour soutenir "l’égalitarisme libertaire" dit aussi récemment libéralisme moral, a-communautaire et exonéré du bien commun.

    Le symptôme de sidération des consciences par la méthode que vous décrivez n’est pas un cas isolé. Comme il est impossible de confier à cet appareil d’Etat le soin de se refonder, les stratégies de détournement comme celle mise en oeuvre par Vincent Peillon sont indispensables. D’abord refonder c’est-à-dire reconstruire l’école primaire (et maternelle) écrasée par l’intellectualisme disciplinaire après avoir éradiqué les "leçons de choses" et le certificat d’études il y a presque un demi siècle. Cela va jusqu’aux écoles professionnelles de tous niveaux et aux apprentissages tout au long de la vie. Il faut tout reconstruire sur les ruines intellectuelles et morales qui se dévoilent d’article en article et que vous stigmatisez.


    Pour le secondaire (et l’université) une seule issue : Internet qui disqualifie les magistères antérieurs et ouvre à de nouveaux rapports à la connaissance, contenus et contenants, acteurs et professionnels.La discussion paradigmatique et épistémologique est impossible là où l’idéologie a pris la place. C’est l’arme décisive avec aussi les dispositions institutionnelles de la loi Peillon.

    Cela n’empècherait pas de créer des foyers de pensée du libéralisme spirituel, ses implications, la mutation et les révolutions coperniciennes paradigmatiques qui s’imposent (logique d’autonomisation généralisée) dons un contexte où les offres antihumanistes bien pensantes font florès.


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