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par Charmeux (son site) vendredi 20 avril 2012 - 17 réactions |

Non, non et non ! La dictée n’est pas la solution !

L’affligeante circulaire du ministre

Depuis que le Ministre a découvert le problème de l’orthographe, au point d’envoyer une circulaire pour en informer tous les enseignants — comme s’ils ne savaient pas qu’il faut enseigner l’orthographe... Merci Monsieur le Ministre ! — le remède fleurit de partout, dans la presse et ailleurs : il faut faire davantage de dictées pour répondre à la baisse de niveau en orthographe, baisse présentée comme incontestable aujourd’hui, grâce à la fameuse expérience qui a "prouvé" que dans la même dictée de CM, on trouve actuellement beaucoup plus de "fautes" que jadis.
Outre qu’elle n’a rien prouvé du tout — on y compare ce qui n’est pas comparable — ce n’est certainement pas la dictée qui va résoudre le problème. S’il y a problème (et il y en a un en effet) il est dû non à une prétendue baisse du niveau, mais à la stagnation d’un niveau très bas bas, qui était déjà là il y a cent ans.

 


La croyance en la dictée, relève à la fois de la superstition, de l’ hallucination : c’est sorte de pathologie gravissime, espèce de cécité mentale incompréhensible, qui en a fait un dogme sacré. Quiconque ose la remettre en question est aussitôt excommunié, déclaré hérétique, laxiste, destructeur de l’école en général et de l’orthographe en particulier.

 


Avec la témérité de mon jeune âge, j’ose ce sacrilège et je mets au défi quiconque de me démontrer (je dis bien démontrer, pas "affirmer" seulement, à l’appui d’un exemple personnel...) une seule des vertus de la dictée.

 

Bien sûr, elle en a tout de même une, mais pour l’enseignant : l’incomparable plaisir que procure à tout enseignant — moi la première, je le confesse bien volontiers ! — cette situation de pouvoir absolu sur des élèves, soumis, visage baissé, au rythme de la voix du maître, seul à posséder légitimement le "corrigé"...
La dictée, c’est le symbole de l’école, de celle qui fait faire aux élèves ce qu’ils ne savent pas faire, pour les punir de ne pas savoir le faire, et leur révéler trop tard, lors de la rituelle "correction" (Ah ! la polysémie de ce mot !!), ce qu’ils auraient pu faire, si on le leur avait dit plus tôt.
Mais, pour les élèves et leur maîtrise de l’orthographe, c’est un néant absolu.



Voyons cela d’un peu plus près.
Activité symbolique par excellence de l’orthographe, elle est défendue au nom de deux grandes séries d’arguments :


• elle serait un exercice de contrôle indispensable, et même le seul sérieux : la preuve, tous les examens l’utilisent pour connaître le niveau des candidats en orthographe.
• Elle serait un exercice d’apprentissage de l’orthographe, dans la mesure où elle met en jeu la démarche par tâtonnements et erreurs corrigées : au moment de la correction, si celle-ci est menée avec rigueur, les principales caractéristiques de l’orthographe peuvent être acquises.


Examinons chacune de ces affirmations.
On peut toutefois souligner d’emblée, qu’elles ne peuvent être vraies toutes les deux : impossible d’être à la fois, un moyen d’apprentissage et un moyen d’évaluation : peut-on maigrir avec une balance ou se soigner avec un thermomètre ?



* La dictée est-elle un exercice d’évaluation ?
Un exercice d’évaluation est d’abord un instrument de mesure de ce qui a été effectivement acquis. Qui dit “mesure”, dit “étalonnement” précis, par rapport à une référence rigoureusement définie. La dictée, qui est notée par une curieuse opération de soustraction, répond particulièrement mal à l’exigence de mesure : cinq fautes dans une dictée confèrent la note zéro (donc nulle) à une performance qui contient au moins 95% de bon… Peut-on parler d’évaluation en ce cas ?. Quant à mesurer ce qui a été effectivement appris, la dictée en est bien incapable : comment un texte d’auteur, même s’il contient quelques allusions au travail effectué antérieurement, pourrait-il en mesurer les acquis, perdus que sont ceux-ci au milieu de tant d’impondérables extérieurs au travail ?



* La dictée peut-elle être un exercice d’apprentissage de l’orthographe ?
 

Certes, la correction des erreurs est le plus souvent la forme la plus efficace d’apprentissage. En mathématiques, par exemple, c’est en remontant le raisonnement effectué par l’élève, qu’on a le plus de chances de l’aider à progresser. Il en est de même pour tous les domaines où la solution est le résultat d’un raisonnement.
Or, une simple analyse du fonctionnement de l’orthographe met en évidence qu’aucun raisonnement ne permet de trouver la graphie de “théâtre” ou de “apéritif”, si l’on n’a jamais vu ces mots ou si on les a oubliés. Et même si l’on prétend que l’étymologie grecque et latine de ces mots permet de déduire leur orthographe, c’est une affirmation bien discutable. Rien ne peut être déduit ici : Même si je suis assez érudit pour rattacher le mot “théâtre” au grec θε′ατρον, et le mot “apéritif” au latin aperire (ouvrir), rien ne me permet d’affirmer que c’est vrai, ni que l’orthographe sera “théâtre” et “apéritif”.


En fait, le seul raisonnement ici — et qui n’est accessible qu’à ceux qui ont étudié le latin et le grec…— est une recherche de probabilité, et n’a rien à voir avec un raisonnement déductif. Ajoutons que le th- de théâtre n’est pas sa seule difficulté, pas plus que le nombre de –p- d’apéritif. En fin de compte, ce qui tranche, c’est la mémoire visuelle que l’on a ou non de l’image de ces mots.
Donc, demander aux enfants de réfléchir pour écrire, c’est commettre une grave confusion, entre réfléchir et… se souvenir, lesquels sont en réalité le contraire l’un de l’autre. Quand il s’agit de se souvenir, auFormatiàoncune réflexion ne peut venir en aide à une mémoire défaillante, chacun le sait bien, pourtant ! Pire, demander à un enfant de réfléchir pour trouver l’orthographe d’un mot, c’est le confirmer dans une représentation erronée du fonctionnement de l’orthographe : on sait, depuis les travaux, notamment d’E.Feirrero qu’un petit enfant pense que les mots doivent ressembler à ce qu’ils veulent dire ; si bien que sa réflexion va naturellement le conduire à imaginer l’orthographe en fonction de cette représentation.
 

Et comme aucun raisonnement ne peut justifier les graphies en usage, la correction des erreurs orthographiques, même parfaitement menée, ne peut guère effacer l’empreinte d’une invention personnelle répondant à une logique, peut-être inadaptée, mais solide dans sa conception. En matière d’orthographe, seule la familiarisation avec l’usage permet la certitude, et l’on peut dire que toute graphie erronée est une entrave à l’acquisition de l’usage.


On peut donc affirmer que dans ce domaine, l’erreur, loin d’être fructueuse, a de fortes chances d’être catastrophique. Aussi est-on de plus en plus conduits à penser que la meilleure pédagogie de l’orthographe est une pédagogie de la prévention des erreurs. D’où l’importance de provoquer le plus tôt possible une parfaite aisance de la documentation orthographique et du dictionnaire d’orthographe en particulier.
La réponse à notre question-titre de ce paragraphe est donc :NON ! La dictée ne peut être un moyen d’apprendre l’orthographe, au contraire.



* Mais la dictée préparée… ?
 

On connaît cette version pédagogique de la dictée, très en honneur chez les enseignants, qui consiste à travailler préalablement le texte qui sera dicté le lendemain. Deux versions existent, différentes par le délai qui sépare la préparation de la dictée proprement dite.
Si la dictée est proposée peu de temps après la préparation, tout le travail effectué dont l’objectif — intéressant — est de mobiliser les connaissances nécessaires, mobilise en fait, la mémoire à court terme, et les connaissances n’y jouent qu’un rôle restreint. Pour l’élève, il s’agit de retenir jusqu’à la dictée la graphie des mots du texte ; et comme les enfants ont en général une mémoire visuelle assez développée, ils cherchent surtout à se rappeler, plus qu’à comprendre le discours du maître.


On croit travailler sur la COMPÉTENCE orthographique, en fait, c’est sur la PERFORMANCE qu’on agit, et comme cette performance est étrangère à l’enfant, le seul outil qu’il puisse utiliser, c’est la mémoire, non point celle des mots (qui pourrait lui être utile éventuellement) mais celle des mots de ce texte-là : c’est lui en effet, qu’il faut connaître et qui sera noté.
Si la dictée est proposée assez longtemps après la préparation, deux résultats sont possibles :
 

Ou bien les enfants ont une mémoire, notamment visuelle, assez développée pour avoir conservé les données de la préparation, et l’on se retrouve dans le premier cas.
Ou bien, les enfants n’ont point cette mémoire développée, (et l’on sait qu’ils sont nombreux dans ce cas) et la préparation n’a servi à rien, si ce n’est à culpabiliser l’élève qui se rappelle qu’on a préparé ce texte, mais qui en a oublié les contenus.



* La dictée dirigée ?


Il est vrai que c’est là une amélioration sensible des dictées traditionnelles, dans la mesure où ses présupposés sont beaucoup plus rigoureux. En fait, cette forme de la dictée, qui s’efforce de faire réfléchir les élèves au moment où il écrit, en attirant leur attention sur les problèmes à résoudre au moment de les résoudre, se propose de faire acquérir l’orthographe par une écriture totalement consciente. D’où la mise en œuvre de moyens divers, au cours même de la dictée : rappel de règles, rapprochements avec d’autres mots de la même famille, rappels de conjugaison etc. Cette volonté de rendre consciente une activité aussi importante que celle d’écrire un texte est loin de manquer d’intérêt.
 

Malheureusement, elle n’est guère adaptée à la situation orthographique : que dirait-on d’un moniteur d’auto-école qui exigerait de son élève qu’il commente et justifie au fur et à mesure tout ce qu’il fait quand il conduit ? Ne serait-ce pas confondre la possibilité de justifier (qui est un indice incontestable de maîtrise) avec le fait de justifier qui ne peut que gêner l’action ?
Le bon conducteur ne réfléchit pas à ce qu’il fait quand il change de vitesse ou effectue les manœuvres que la situation exige. Il peut toujours, néanmoins, après, justifier ce qui s’est passé : c’est toute la différence entre un mécanisme (toujours dangereux, puisque c’est un comportement fonctionnant sans le sujet) et un automatisme, qui est un comportement théorisé mais suffisamment intégré par l’entraînement pour fonctionner de façon très rapide, à la limite de la conscience.


Tout comme la conduite auto, la maîtrise orthographique apparaît lorsqu’on n’a plus besoin de réfléchir pour l’utiliser. Il est donc peu pédagogique de favoriser cette réflexion puisqu’elle n’est pas le but final recherché. Et ce, d’autant plus que la plupart des situations d’écriture exigent la rapidité (notamment les examens !). Aussi, obliger les enfants à réfléchir, donc à ralentir leur écriture, n’est certainement pas un service à leur rendre.



* Pourrait-il y avoir des formes satisfaisantes de la dictée ?


Si l’on tente de situer l’activité de dictée dans l’ensemble des activités de production d’écrits, on comprend à la fois pourquoi elle a tant de succès et pourquoi elle est aujourd’hui complètement inadaptée aux besoins en orthographe. Il y a cent ans, la situation de dictée appartenait à la vie quotidienne : peu de gens savaient écrire et la correspondance était le plus souvent réalisée par une personne extérieure, écrivain public ou autre, qui prenait le texte sous la dictée. On peut du reste nuancer d’emblée ce propos, car la dictée en question restait sensiblement différente de ce qu’on nomme ainsi aujourd’hui. L’écrivain sollicité avait non seulement la tâche d’écrire la lettre, mais presque toujours également celle de la rédiger : on lui disait en gros ce qu’il fallait dire et il devait organiser ces contenus de façon lisible. C’est aussi ce qui se passe dans le métier de secrétaire, volontiers cité comme justification sociale de la dictée : la secrétaire prend en sténo — ou à partir d’un dictaphone — les contenus d’ensemble de la lettre à envoyer, et la rédige ensuite, selon des modalités connues, et avec toute la documentation nécessaire (dictionnaires par exemple).
Donc, pas de justification sociale de cette activité !
Et même si l’on pousse plus loin l’analyse, on se rend compte que la mise en jeu de l’orthographe fait partie intégrante de la production d’écrits, exactement comme la prononciation fait partie intégrante de la production orale. L’orthographe est inséparable de l’énonciation écrite. Si l’on vise sa maîtrise, c’est donc nécessairement à travers l’énonciation écrite qu’il faut l’envisager. Or, la dictée est doublement étrangère à l’énonciation : parole extérieure, élaborée par quelqu’un d’autre, elle est reçue passivement, et à travers une oralisation du dicteur, laquelle n’a rien à voir avec la prononciation mentale qui accompagne l’énonciation. Pire , cette oralisation extérieure se substitue à la prononciation mentale et la bloque complètement — ou, tout au moins, la fausse gravement.

 

* Mais alors, l’auto-dictée ne serait-elle pas la solution ?


Il est vrai qu’en apparence du moins, l’auto-dictée, c’est-à-dire, la réécriture d’un texte mémorisé au préalable, semble répondre aux objections présentées plus haut. La mémorisation d’un texte, surtout si elle a été bien conduite en forme de reconstitution de texte, a pour avantage d’intérioriser le texte et de substituer à l’oralisation extérieure, quelque chose qui ressemble à la prononciation mentale dont nous avons parlé.
Pourtant, cette situation est loin d’être satisfaisante, et sûrement pas plus que les formes précédemment étudiées. Outre qu’elle n’est en rien une situation d’énonciation, elle a des aspects fort déplaisants moralement et psychologiquement. Si un adulte doit écrire un texte qui n’est pas de lui, il serait bien imprudent de se fier à sa mémoire : la sagesse lui conseillera de se reporter au texte original et d’en reproduire une copie scrupuleuse : affaire d’honnêteté. Il est tout de même gênant de mettre l’enfant dans des situations qui seraient jugées sévèrement venant d’un collègue.
Psychologiquement et pédagogiquement, elle présente un autre inconvénient : la faculté de mémoriser, surtout visuellement, n’est pas également répartie chez tous les enfants (pas plus que chez tous les adultes d’ailleurs !), sans que cela soit pour autant une marque d’infériorité ou de supériorité ; en proposant une activité dont la réussite dépend de cette faculté, on introduit une profonde injustice qui ne peut que fausser par avance toute forme d’évaluation.



Quelle que soit sa forme, la dictée repose sur la confusion “énoncé/énonciation”. L’orthographe appartient à l’énonciation. Reproduire de mémoire ou à l’écoute un énoncé n’a rien à voir avec l’énonciation et par suite, la manipulation de l’orthographe ne saurait y apparaître en situation valable. Elle n’est qu’un simulacre d’écriture, sans aucun intérêt.
Au fait, au lieu de perdre du temps à faire faire des erreurs qui vont s’imprimer dans la tête des gamins et y installer un bazar pas possible, si on essayait enfin d’aider les élèves à comprendre comment ça marche, l’orthographe ?

 

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Réactions à la vidéo
  • par sophie (xxx.xxx.xxx.183) 20 avril 2012 21:12

    Ecoutez, je ne suis pas une spécialiste, simplement une maman. Ma mère adorait les dictées et donc j’ai grandi avec... Pour des raisons familiales, je ne peux pas suivre mon fils pendant l’année scolaire mais quand il est venu l’été dernier, j’ai constaté qu’à 12 ans, il était incapable d’écrire correctement, donc je l’ai passé à la moulinette des dictées, une par jour, tout l’été. Avec explications de la grammaire, la conjugaison etc etc. Il ne s’agissait pas de reproduire de mémoire ou autre, juste l’application de règles. Le résultat a été flagrant. Son prof de français l’a félicité à son retour à l’école en France. bon, c’est juste un cas personnel....peut-être que tout simplement, tout le monde est différent...

    • par Lubin (xxx.xxx.xxx.66) 21 avril 2012 16:20

      Et dans le cas personnel que vous évoquez, ce sont les dictées ou plutôt les "explications de grammaire et de conjugaison" qui ont permis à votre fils de progresser ?

      Lorsque je vois des élèves littéralement assommés de dictées sans jamais progresser en orthographe, on se dit qu’il y a peut-être un problème...

      Un prof d’histoire-géo

  • (xxx.xxx.xxx.133) 21 avril 2012 10:10

    Dans les années 1980 ,Gilberte Niquet qui s’occupait surtout de formation continue avait élaboré une méthode intéressante se basant sur la phonétique entre autres .Cela nous avait permis de corriger de mauvaises" programmations"du cerveau acquises lors de l’apprentissage de la lecture par nos élèves :EXercice ,EXCellent par exemple...Elle ajoutait dans la progression qu’elle proposait de suivre, de la conjugaison , de la grammaire et la dictée devenait alors un outil d’évaluation .Je précise qu’il ne s’agissait pas d’un texte d’auteur mais d’une création réunissant les points étudiés lors de la préparation .

  • (xxx.xxx.xxx.33) 21 avril 2012 13:00

    Je ne suis absolument pas d’accord.
    D’abord sur la soit-disant satisfaction que le moment de la dictée procure à l’enseignant . Je fais des dictées toutes les semaines avec mes élèves, certaines préparées ou guidées, d’autres non, et je n’y trouve aucun plaisir ni aucune impression de pouvoir sur les enfants.
    Ensuite sur l’idée qu’elle n’est pas efficace. Quand on a travaillé sur telle ou telle notion d’orthographe, de grammaire, de vocabulaire ou de conjugaison au préalable, des exercices ciblés ne sont pas une véritable manipulation de la langue. Ils peuvent être utiles mais insuffisants. Les enfants doivent être capables, au bout d’un certain temps, de penser à plusieurs contraintes linguistiques à la fois, pour pouvoir produire un texte juste. Je pense sincèrement que la dictée peut les y aider, même si cet exercice-là n’est pas suffisant non plus. La production de texte est également nécessaire, mais il n’est pas toujours aisé de travailler à partir des productions de texte des élèves. La répartition des niveaux , l’organisation dans les classes, et l’intensité des programmes ne permet pas, à mon humble avis, de consacrer le temps nécessaire à un apprentissage de la langue par production d’écrits uniquement. D’autre part, la variété des situations ne peut être une mauvaise chose. La dictée est aussi une situation d’écrit que l’on peut rencontrer hors de l’école (comme dans tout travail de secrétariat, qu’il s’agisse d’un emploi de bureau ou d’une fonction éphémère lors d’une réunion quelconque).
    Enfin, lorsqu’on explique aux élèves que le but de la dictée hebdomadaire est de manipuler l’écrit, de se confronter aux difficultés de la langue et par là même, d’améliorer sa performance au fur et à mesure des semaines ; quand on leur dit qu’il est normal de faire des fautes, que c’est en se trompant qu’on apprend, et que la progression idéale est de faire de moins en moins de fautes et non pas de ne jamais en faire ; et quand on prend le temps de faire une correction collective, avec intervention des élèves au tableau, et retour sur les règles à appliquer, je trouve que la dictée est tout-à-fait utile et pas du tout traumatisante pour les élèves. Et OUI, j’ai bien parlé de performance, parce qu’il s’agit bien de cela : quand on acquiert des compétences, on devient plus performant, et je ne vois pas en quoi ce serait un sacrilège que d’affirmer cela.

    • par tanguy (xxx.xxx.xxx.247) 17 novembre 2012 08:51

      "La production de texte est également nécessaire, mais il n’est pas toujours aisé de travailler à partir des productions de texte des élèves. La répartition des niveaux , l’organisation dans les classes, et l’intensité des programmes ne permet pas, à mon humble avis, de consacrer le temps nécessaire à un apprentissage de la langue par production d’écrits uniquement. "

      Oh que si !
      Et c’est beaucoup plus efficace que des dictées , quel que soit le niveau de l’élève... Voir le site "apprendre en écrivant" http://aee.perso.sfr.fr/spip ....
      Il ne faut pas confondre "ne pas avoir le temps" et "garder une logique d’enseignement à tout prix"
      Contrairement aux dictées ou exercices structuraux, travailler en produisant de l’écrit mobilise l’élève sur l’orthographe, les problèmes de transfert de connaissance disparaissent. La dictée n’apprendra jamais rien d’autre que la dictée, elle n’améliore pas l’orthographe réel lors de production d’écrit : il n’y a qu’à regarder ce que donnent les résultats d’évaluations nationales ... L’avez-vous fait ?

  • par tunupa (xxx.xxx.xxx.43) 21 avril 2012 13:10

    J’ai arrêté la lecture de ce texte avant la fin. Car avant de donner des leçons d’orthographe, il faut apprendre la syntaxe. Un texte respire grâce à la position des virgules et celle-ci a une valeur grammaticale : on ne met pas de virgules entre le sujet et le verbe (1), entre le verbe et son complément d’objet (2), entre c’est et que (3), entre le nom et ce qui le complète (4), avant une conj. de coordinat°..... Et des phrases alambiquées....un texte non relu. 

    (1)La croyance en la dictée, relève à la fois de la superstition, de l’ hallucination : c’est sorte de pathologie gravissime (? ??? inintelligible)
    ou : Qui dit “mesure”, dit “étalonnement” précis
    (2) On peut toutefois souligner d’emblée, qu’elles ne peuvent être vraies
    (3) c’est en remontant le raisonnement effectué par l’élève, qu’on a le plus de chances

  • par u (xxx.xxx.xxx.153) 21 avril 2012 17:12

    Il me semble qu’en matière d’enseignement de l’orthographe, et de l’enseignement en général, il n’existe pas une solution mais des solutions. Les enseignants n’ont jamais arrêté de pratiquer la dictée, comme les contrôles de conjugaison et autres exercices de pratique de la langue. Personnellement, la dictée possède le même intérêt à mes yeux (de professeur de français) qu’une interrogation de conjugaison, c’est-à-dire qu’elle évalue une (ou des) compétence(s) sur laquelle (ou lesquelles) ont travaillé mes élèves pendant quelques séances. Mais j’oublie peut-être de dire que je pratique des dictées préparées jusqu’en milieu d’année de troisième -le brevet approchant, je mets les élèves en "situation d’examen".

    J’avais en effet remarqué au début de ma carrière (il y a maintenant 10 ans), que certains élèves étaient véritablement traumatisés de leurs notes catastrophiques - et l’on sait tous que, malheureusement, aux yeux d’un élève une note ne représente pas une acquisition partielle ou non d’une compétence mais ce qu’il vaut en terme d’intelligence. En leur donnant le texte à l’avance et en travaillant les compétences que celui-ci active par sa construction (conjugaison particulière, règle d’accord, mots résultats d’une graphie particulière etc.), j’essaie de mettre en valeur le travail de l’élève, car il est vrai que le système d’évaluation de la dictée est particulièrement ingrat : la note peut vite frôler le 0, alors que l’élève a paradoxalement réussi à orthographier certains mots, verbes et accords difficiles.

    Donc, même si je fais pratiquer de temps en temps cet exercice à mes élèves, je préfère me garder des heures de cours pour les faire rédiger des textes dans lesquels ils doivent exprimer leurs idées à partir d’un vocabulaire, d’une conjugaison, d’un thème ou d’un genre littéraire travaillés en classe. Puis, après correction de leur devoir et l’obtention d’une note que je leur attribue, je les fais retravailler sur la syntaxe, l’orthographe, la conjugaison, les idées pour qu’ils me rédigent un texte amélioré - et j’augmente leur note au prorata des modifications apportées.

     Avec 4 ou 4h30 / semaine de français par classe au collège et au vu du temps que demande le travail de rédaction, mon choix est vite fait. Certes, les dictées sont plus rapides à corriger (25 copies en 1h30) qu’une rédaction (20 min par copie), mais les élèves eux-mêmes comprennent quel exercice les fait réellement progresser (et j’enseigne en région parisienne dans un collège que l’on dit APV- Prévention Violence).

    Je déplore juste, comme beaucoup de mes collègues, que la solution miracle soit apportée avant même un débat, une recherche, des propositions, des consultations sur cet aspect du "problème". Nous-mêmes enseignants avons des idées à apporter, des interrogations à résoudre, des échecs à élucider concernant des élèves que nous avons pourtant accompagnés du mieux que l’on a pu (avec aussi une grande part de dialogue avec l’élève pour lui donner confiance ou le gronder pour qu’il se concentre...). La solution paraît bien simple, par conséquent...

  • par ericvottero (xxx.xxx.xxx.113) 21 avril 2012 23:52

    Bonsoir,

    Je me permets ce commentaire vespéral... Malgré mon relatif jeune âge !
    Vous croisant il y a une dizaine d’années en conférence pédagogique à Venissieux (Rhône), je me souviens vous avoir interpelée sur votre discours acerbe concernant les dictées.
    Je me doute que vous ne gardez pas souvenir de notre rencontre mais moi si.
    Surtout qu’après vous avoir reproché de tirer à boulets rouges sur un exercice sans expliquer les raisons de vos reproches, vous étiez venue à ma rencontre lors de la pause café. Je vous avais alors expliqué dans les moindres détails la façon dont je construisais mon travail autour des dictées et les progrès que je constatais pour chacun de mes élèves.
    Vous aviez alors reconnu que votre ton volontairement "virulent" était notamment dû au lieu et à l’exercice que constitue une animation pédagogique.
    J’en avais donc conclu que votre "diatribe" était volontairement mise en scène...
    Je constate que je m’étais trompé.
    Je ne me pose en aucun cas comme défenseur des dictées mais j’avoue avoir des difficultés à accepter des propos comme les vôtres "[...] pathologie gravissime, espèce de cécité mentale incompréhensible [...]".
    Me revoilà face à la diatribe d’antan !
    Certainement que je suis trop concerné par le sujet, certainement que je ne suis pas un grammairien reconnu... Toujours est-il que je propose des dictées à mes élèves et que, chaque année depuis 10 ans, je constate des progrès grâce à cet exercice...
    Vous serez peut-être tentée de me répondre que mes propos ne sont pas des "preuves" ("[...] je dis bien démontrer, pas affirmer seulement[...]"). 
    Auquel cas je vous inviterais avec le plus grand plaisir à vous rappeler notre discussion passée.
    Car les raisons de mon propos du soir sont tout autres : il me semble toujours très dangereux de dresser des généralités. C’est oublier que, selon certains contextes, certaines pratiques pédagogiques, certains dispositifs ou exercices peuvent se montrer efficients.
    N’oublions pas celles et ceux qui, sans besoin d’une lettre ministérielle ou d’un savant conseil, s’échinent à atteindre l’objectif que nous partageons tous : la réussite des élèves.
  • par alex (xxx.xxx.xxx.172) 24 avril 2012 17:21

    Plusieurs choses me font réagir.

    Premièrement, en aucun cas avec 5 fautes, on obtient la note de 0. On enlève 2 pts pour les fautes, dit les plus graves, soit 20 -10 = 10. La seule hypothèse est que l’auteur part sur une base d’une notation sur 10. Cela serait judicieux de le préciser car 99% des lecteurs partiront sur une base de notation sur 20. Pour continuer sur cet élément, 5 fautes n’implique pas obligatoirement 10 pts en moins (soit 2 pts/faute). Il y a une échelle de fautes. Par exemple, omettre un accent ne génère pas 2 pts en moins. Il faut être complet et totalement transparent dans ce qu’on décrit.

    Car la thématique du sujet est intéressante. Or omettre ces éléments est très préjudiciable dans la crédibilité de l’article.

    Ensuite, " La dictée est-elle un exercice d’évaluation ?" "comment un texte d’auteur, même s’il contient quelques allusions au travail effectué antérieurement, pourrait-il en mesurer les acquis, perdus que sont ceux-ci au milieu de tant d’impondérables extérieurs au travail ?"

    La dictée est un excellent moyen de mesurer l’acquisition des connaissances d’orthographes et de grammaire. Comment mesurer l’acquisition de la conjugaison du passé simple ? Comment mesurer l’acquisition du genre et du nombre ? La dictée se révèle un excellent outil pour évaluer simultanément un ensemble de notions.

    Je fais des dictées régulièrement qu’elles soient guidées ou pas et je vous assure que je n’aie pas le sentiment de "cette situation de pouvoir absolu sur des élèves, soumis, visage baissé, au rythme de la voix du maître, seul à posséder légitimement le "corrigé".....

    Pour ma part, peu importe les outils pédagogiques employés par l’enseignant. L’objectif est et doit demeurer le même pour tous. Que tous les élèves sachent écrire avec le moins de fautes possibles. Or, pour suivre, l’enseignement au quotidien depuis bientôt 30 ans, je peux vous transmettre que pour ma circonscription péda, le niveau baisse. C’est simple, il me suffit de lire les dissertations pour me rendre compte que je relève de plus en plus de fautes.

    Alors oui, vous partez du postulat que le niveau n’a pas baissé mais demeure le même depuis 100 ans (très très bas). Mais est-ce une justification ? Doit-on niveler par le bas ? Le constat aujourd’hui doit être clair pour tous. Il faut absolument relever le niveau d’orthographe des élèves.

  • par Laurent C. (xxx.xxx.xxx.33) 26 avril 2012 19:38

    33

    D’autre part, la variété des situations ne peut être une mauvaise chose.

    Justement, où est la variété dans une séance hebdomadaire de dictée, activité traditionnelle et rituelle ?

    La dictée est aussi une situation d’écrit que l’on peut rencontrer hors de l’école (comme dans tout travail de secrétariat, qu’il s’agisse d’un emploi de bureau ou d’une fonction éphémère lors d’une réunion quelconque). 

    Une situation d’écrit vraie est une situation que l’on retrouve dans la vraie vie des adultes : rédiger un courrier, un article, remplir un formulaire, etc. On apprend à faire en faisant pour de vrai. On écrit pour un destinataire, dans un but précis et concret : communiquer. Quel est le destinataire de la dictée ? Qui est le lecteur de la dictée ? Dans un emploi de secrétariat de bureau, une seule personne, des prises de notes en sténo et une mise en forme ultérieure à la « dictée », avec la possibilité de reprendre et d’améliorer le texte par recours au dictionnaire, éventuellement à un traité grammatical. Le secrétaire éphémère d’une réunion est seul - il n’y a pas 25 secrétaires - il prend des notes sur brouillon qu’il relira et corrigera avant d’en faire un texte lisible et publiable. On apprend le métier de secrétaire, même bénévole, en pratiquant le secrétariat dans la classe pour la classe, dans l’école pour l’école. Rien de tout cela dans la dictée hebdomadaire traditionnelle. Pourquoi perdre autant de temps à faire des fautes sous dictée pour former des armées de secrétaires, dans des conditions de formation sans rapport avec le vrai métier ? Quand on rédige un texte personnel, on se confronte réellement et concrètement aux difficultés de la langue.

    Enfin, lorsqu’on explique aux élèves que le but de la dictée hebdomadaire est de manipuler l’écrit, de se confronter aux difficultés de la langue et par là même, d’améliorer sa performance au fur et à mesure des semaines ; quand on leur dit qu’il est normal de faire des fautes, que c’est en se trompant qu’on apprend, et que la progression idéale est de faire de moins en moins de fautes et non pas de ne jamais en faire ; et quand on prend le temps de faire une correction collective, avec intervention des élèves au tableau, et retour sur les règles à appliquer, je trouve que la dictée est tout-à-fait utile et pas du tout traumatisante pour les élèves. 

    Oui ! Mais alors, la dictée ne doit pas être notée. On apprend en se trompant quand l’erreur n’est pas sanctionnée et qu’elle n’est pas connotée moralement comme faute. La culpabilisation ne fait progresser personne. Par contre, les « bons élèves » qui font peu de « fautes » progressent par valorisation aux dépens des « mauvais » qui se font humilier. Si tant est qu’elle soit utile, la dictée profite à ceux qui en ont le moins besoin. En réalité, la dictée est destinée à faire faire des fautes et à culpabiliser ceux qui en font le plus.

     ericvottero

    Vous aviez alors reconnu que votre ton volontairement "virulent" était notamment dû au lieu et à l’exercice que constitue une animation pédagogique.

    Je ne me pose en aucun cas comme défenseur des dictées mais j’avoue avoir des difficultés à accepter des propos comme les vôtres "[...] pathologie gravissime, espèce de cécité mentale incompréhensible [...]".

    Me revoilà face à la diatribe d’antan !

    N’oublions pas celles et ceux qui, sans besoin d’une lettre ministérielle ou d’un savant conseil, s’échinent à atteindre l’objectif que nous partageons tous : la réussite des élèves.

     La meilleure façon d’apprendre à rédiger des lettres, c’est d’en rédiger. La pratique de la dictée n’apprend ni à s’exprimer, ni à se préparer à communiquer par l’écrit.

    « Pathologie gravissime » est un peu violent. C’est vrai. 

    Cependant, ce ne sont pas les propos virulents et les diatribes d’Eveline Charmeux qui posent problème aux élèves de la totalité des classes en France, c’est l’enseignement de l’orthographe par la dictée. Cauchemars, énurésie, coliques, migraines, boulimie, anorexie ne sont jamais provoqués par les diatribes de madame Charmeux, mais par l’hebdomadaire dictée, accompagnée de comptage des fautes soulignées en rouge, de commentaires humiliants sur la marge, d’un zéro encadré et de multiples recopies destinées à punir le fautif pendant la récré.

    Toujours est-il que je propose des dictées à mes élèves et que, chaque année depuis 10 ans, je constate des progrès grâce à cet exercice... 

    La dictée n’est pas un exercice, mais un rite de passage. Proclamer vouloir la réussite de tous les élèves, quand on est croyant pratiquant des rites scolaires, parmi lesquels la dictée, rite dominant, matérialise le mieux la fonction magistrale traditionnelle : « le maitre est celui qui dicte, trie et élimine précocement, dès le CP », est un paradoxe nommé dissonance cognitive. En France conservatrice, les rites de passage scolaires se conjuguent avec la compétition, la sélection et le tri.

    « Selon Léon Festinger, l’individu en présence de cognitions (« connaissances, opinions ou croyances sur soi ou sur son propre comportement » 2) incompatibles entre elles, éprouve un état de tension désagréable : c’est l’état de « dissonance cognitive ». Dès lors, cet individu mettra en œuvre des stratégies inconscientes visant à restaurer un équilibre cognitif. Ces stratégies sont appelées « modes de réduction de la dissonance cognitive ». L’une des stratégies pour réduire la dissonance cognitive consiste à modifier ses croyances, attitudes et connaissance pour les accorder avec la nouvelle cognition ; elle est appelée « processus de rationalisation ».

    Oui, mais, plus l’investissement et l’engagement de la personne lui ont coûté, moins elle est prête à y renoncer. Selon Gregory Bateson6 :

    • Plus un apprentissage a été difficile, malaisé, douloureux ou même humiliant, moins l’individu est prêt à remettre en cause la valeur de ce qui lui a été enseigné. Cela signifierait en effet qu’il a investi et souffert pour rien.
    • Le bizutage, à l’époque où il était toléré, s’associait par la suite à un tel attachement à une institution que dès l’année suivante le bizuté devenait bizuteur à son tour7.
    • Les mécanismes des ventes pyramidales s’appuient fortement sur le refus irrationnel de faire marche arrière alors qu’on s’est sûrement fourvoyé.

    Le concept de Festinger s’appuie notamment sur l’étude5 d’une secte millénariste dont les membres prévoyaient la fin du monde pour une date donnée. Lorsque cette date arriva et que rien ne se passa, les membres de la secte ne se remirent nullement en question et transformèrent leur croyance en considérant que la Terre avait été sauvée grâce à leurs prières et qu’il fallait donc continuer.

    Ces phénomènes rejoignent aussi celui de doigt dans l’engrenage.  » Wikipédia

    Ces observations sont concordantes avec le phénomène « dictée » et les croyances qu’il entraine chez ses pratiquants. On veut sincèrement faire réussir tout le monde, mais on se croit moralement obligé de pratiquer la dictée qui trie et élimine, par loyauté envers le système scolaire qui nous a fait réussir personnellement. En tout cas mieux que nos anciens camarades. Alors, on s’autopersuade que la dictée est une « situation d’écrit que l’on peut rencontrer hors de l’école, que le but de la dictée hebdomadaire est de manipuler l’écrit, de se confronter aux difficultés de la langue et par là même, d’améliorer sa performance au fur et à mesure des semaines, qu’elle est un excellent moyen de mesurer l’acquisition des connaissances d’orthographes et de grammaire, qu’il est normal de faire des fautes, que c’est en se trompant qu’on apprend, et que la progression idéale est de faire de moins en moins de fautes et non pas de ne jamais en faire, que la dictée est tout-à-fait utile et pas du tout traumatisante pour les élèves. »

    Ainsi, on se voile la face sur ses effets dévastateurs et déstructurants pour la majorité des élèves. On se persuade que la dictée améliore l’orthographe et, même si les statistiques prouvent le contraire, c’est la faute de ceux qui n’en font plus ou pas assez.

     Si la dictée est seulement proposée, alors les élèves ne sont pas forcés de la faire ! C’est déjà mieux ! Je suppose que ce sont les « moins de 5 fautes » qui s’y soumettent.

     

  • par Eveline Charmeux (xxx.xxx.xxx.33) 26 avril 2012 19:59

    Je voudrais seulement dire à tous ceux qui montent au créneau pour défendre une pratique indéfendable, que je ne trouve là aucun argument réfutant les miens. 

    Je constate avec tristesse que chacun parle de "fautes", alors qu’il ne peut être question que d’ERREURS. Une faute ne se corrige pas... Elle peut être à la rigueur pardonnée, ce qui la rend indélébile, mais à part quelques "ave", elle ne donne lieu à aucun travail. En orthographe, comme dans tous les apprentissages, les élèves peuvent commettre des erreurs, non des "fautes". Les mots dirigent la pensée et celui-là est loin d’être innocent.
    D’autre part, les prétendues vertus affectées par mes lecteurs mécontents à cette activité sont autrement plus réelles et efficaces effectuées à propos de textes lus... Et puis surtout, les élèves ont alors le texte sous les yeux dans une orthographe impeccable, alors que le premier inconvénient de la dictée est d’offrir un spectacle d’erreurs particulièrement fâcheuses quand on sait combien les erreurs vues peuvent dérégler le savoir orthographier des plus costauds en la matière : quiconque a corrigé trente copies de géographie sur le monde méditerranéen ne sait plus du tout combien d’r ou de "n" on doit mettre et où...
    Se battre ainsi pour une activité de classe, inutile et comme le dit si bien Laurent, souvent traumatisante... alors qu’il y a tant de choses essentielles à faire, ne serait-ce qu’en orthographe... et qu’on ne fait pas parce que la dictée a pris le peu de temps qui restait... C’est affligeant.
    Merci infiniment à Laurent pour ses réponses percutantes.
  • par sciences et techno (xxx.xxx.xxx.86) 28 avril 2012 17:50

    La compléxité de l’orthographe donne un sentiment de supériorité à celui qui la maîtrise et un sentiment d’infériorité à celui qui ne la maîtrise pas.

    Nombreux sont mes étudiants (en IUT Génie Electrique et Informatique Industrielle) qui n’osent pas rédiger une phrase (de peur de faire des fautes) mais sont parfaitement à l’aise avec les équations mathématiques et les lignes de code informatique.

    Il me semble impératif de simplifier l’orthographe pour que l’écriture soit un outil de communication accessible au plus grand nombre et non pas un obstacle paralysant inutilement bon nombre de techniciens et d’ingénieurs.

  • par Eveline (xxx.xxx.xxx.33) 29 avril 2012 10:04

    @ Science et techno : L’orthographe est le système français de communication par écrit ; c’est un système qui s’appuie sur des repères visibles (des lettres et des signes ne correspondant pas à la prononciation), dont le rôle est de faciliter la lecture, en permettant de distinguer d’un simple coup d’œil les mots ayant la même prononciation mais pas le même sens. Il permet aussi de repérer les mots dépendant les uns des autres. 

    Toute simplification de ce système entraînerait immédiatement d’énormes difficultés de lecture, sans compter toutes les autres difficultés qu’il serait trop long d’énumérer ici. 
    La botanique est largement plus complexe que l’orthographe et personne ne songe à la "simplifier". On essaye seulement de l’enseigner de façon efficace. L’orthographe est une donnée comme la botanique — à ceci près que c’est une donnée sociale et non naturelle — mais ça ne change rien au fait que pour l’une comme pour l’autre, leur apprentissage appartient à celui des sciences d’observation. Le jour où on se décidera à enseigner l’orthographe par du travail d’observation des textes lus, et non à partir de règles fantaisistes, fausses pour la plupart, on constatera, comme je l’ai moi-même constaté dans les classes où j’ai travaillé sur cette hypothèse d’action, que la prétendue difficulté disparaît, au profit d’un intérêt évident, et d’une efficacité incontestable, sans dictées et sans exercices de Bled.
  • par lisa (xxx.xxx.xxx.174) 2 mai 2012 09:43

    Bonjour,
    Je suis une jeune enseignante qui cherche désespérément à faire progresser ses élèves en orthographe, grammaire, conjugaison...et qui constate que la dictée ne semble pas un remède miracle, bien au contraire. Les bons élèves seront toujours bons, les plus faibles toujours faibles...
    J’ai l’impression que le traumatisme de la dictée (ce mot paraît exagéré, et pourtant, nombre de mes amis dans la vie active conserve le souvenir angoissant du mot "dictée", et restent aujourd’hui bloqués lorsqu’il s’agit de rédiger un mail...) est lié à l’évaluation, au terme "faute", au jugement social (l’école est une instance sociale) qui dès les petites classes s’appliquent aux élèves. Un jugement qui perdure, et qui va de pair avec une impression de stupidité pour celui qui ne maîtrise pas la langue écrite. D’où, bien sûr, une non confiance en soi.
    Je ne crois pas que la dictée soit l’origine unique de ce traumatisme, même si pour moi, elle consiste en l’exercice qui appuiera là où ça fait mal.
    Je crois que l’évaluation, de manière générale, est à l’origine du traumatisme infligé par l’école (il suffit de discuter avec les parents pour s’en rendre compte...). Comment vouloir apprendre pour apprendre, et non pour la note (utopie ?) ce qui permettrait peut-être mieux d’affronter ses erreurs ?
    S’il y a bien une chose que je déteste, c’est donner une note. Ou un A/B/C, ou autre chose.

    Par ailleurs, avez-vous rédigé des articles concernant la façon que vous avez d’enseigner l’orthographe ? Le temps que vous y consacrez ? Des références bibliographiques ?
    Merci pour cet article très intéressant.

  • (xxx.xxx.xxx.87) 3 mai 2012 13:54

    Mon dernier ouvrage sur la question doit sortir cet automne aux Editions Chronique Sociale, sous le titre : "Enseigner l’orthographe AUTREMENT : sortir des idées reçues et comprendre comment ça marche". 

    En attendant je suis prête à vous donner des éléments de mes conclusions en réponse à vos questions. Vous pouvez me les poser directement sur ma boîte mail : eveline.charmeux@orange.fr
    Et merci pour vos remerciements !
  • par Humberto (xxx.xxx.xxx.158) 8 août 2012 22:47

    Mon avis sur la question est pour le moment assez tranché. En effet ayant été étudiant et écolier à mes plus jeunes heures, je pense que la dictée sert : si on apprend de ses erreurs, si l’écolier ne fait pas attention à la correction cela n’aura servi à rien... Ne dit-on pas qu’on apprend de ses erreurs ? Et si on ne nous force pas à écrire à quel moment les jeunes, de nos jours, feront-ils l’effort d’écrire correctement ? Sur le tchat Facebook, sur leur portable ? Non je ne pense pas.

    J’attends votre ouvrage avec impatience pour me faire changer d’avis !

    Humberto

  • par tanguy (xxx.xxx.xxx.56) 21 octobre 2012 08:51

    Bonjour,
    quelle levée de boucliers !
    A mon avis Evelyne n’insiste pas assez dans son article sur les ravages de la dictée sur une majorité d’élèves. Ceux que l’on pourrait décrire comme "d’esprit pas ou peu scolaire". Les ministres et les enseignants considèrent tous les élèves aussi "scolaires " qu’ils l’étaient à leur âge...Et c’est une grosse erreur . C’est ce qui justifie les leçons à copier , apprendre et appliquer dès le ce1, les "C’était mieux avant", etc...
    Les dégâts sont immenses.
    Il y a tellement mieux à faire, et pourtant on se rend compte avec cette dictée que l’école n’a pas évolué depuis...ouh là !


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