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par Pierre Frackowiak samedi 22 septembre 2012 - 10 réactions |

Pilotage et lavage de cerveau

Chronique de la refondation n°7
J’écoute attentivement toutes les interventions dans les réunions de concertation, même celles qui font sans complexe le panégyrique des politiques destructrices des années précédentes, et même celles de certains syndicats d’enseignants qui tentent de dissimuler leur conservatisme dans des plaidoiries pour le saint savoir découpé en tranches. Il m’arrive quand même de chahuter un peu quand les paroles sont de la simple propagande politique pour le pouvoir battu aux élections ou l’expression d’angoisses personnelles face aux perspectives de changement. Je lis attentivement tous les comptes-rendus, les rapports diffusés par le ministère et ceux que m’adressent aimablement mes amis de la Ligue de l’Enseignement qui sont répartis dans tous les groupes et sous-groupes et ceux d’organisations qui proposent d’alimenter ma réflexion et de me donner des éléments pour les chroniques de l’éducation.
 
 
A quelques jours de la fin de la concertation, je constate que la notion de pilotage est complètement entrée dans la culture du système et dans le cerveau des enseignants. Elle a tellement été diffusée, répandue, imposée, souvent insidieusement, parfois de manière subliminale, plus récemment, avec le talent de la DGESCO et de Direction des Ressources humaines du ministère, de manière parfaitement structurée et assumée, qu’elle semble devenue normale et incontestable. On se sent presque gêné de l’évoquer et de la contester devant des interlocuteurs interloqués qui rétorquent comme des paroles d’évangile qu’il faut bien évaluer et qu’il est évident qu’il faut piloter, comme si le système allait à la dérive en raison d’une absence de pilotage.
 
 
Jusque dans les années 1990, le mot pilotage ne faisait pas partie du vocabulaire des enseignants, ni même des cadres. Inspecteur du premier degré de 1978 à 2008, j’ai vu arriver le pilotage au début des années 2000, comme un produit des politiques d’évaluation, comme une mode. On n’a pas inventé les évaluations pour piloter, on a exploité les évaluations pour imposer le pilotage. Au départ, les évaluations étaient destinées aux enseignants pour adapter leurs pratiques dans la perspective de l’amélioration de la réussite scolaire. Très rapidement, elles ont été utilisées pour techniciser, administratiser, gérer, se rapprocher de la culture dominante de l’économique. La notion et le mot se sont alors répandus souvent à l’insu de notre plein gré avec toute une série de mots empruntés au monde industriel et financier : performance, compétition, production, diagnostic, feuille de route, contrôle. L’économique prenait le pouvoir. L’humain, la pédagogie, disparaissaient.
 
 
Tout a été savamment mis en œuvre pour rendre évidente et indiscutable une notion qui n’avait jamais fait l’objet de débat ou de concertation, d’aucune formation, d’aucune mobilisation de l’intelligence collective. On a subi un véritable lavage de cerveau :
 
1°résultats, sans contester les finalités, les conceptions, la validité des outils, la pertinence des méthodes
 
2° diagnostic descendant non partagé et feuille de route sans s’intéresser aux pratiques qui ont produit les résultats et aux conditions de leur évolution
 
3° réparation des pannes apparentes sans action sur leurs causes réelles (aide individualisée)
 
4° contrôle et constat que « cela ne marche pas ». Le lavage de cerveau est tel que personne n’ose dire qu’il faudrait remettre tout à plat et réfléchir ensemble.
 
 
Le lavage de cerveau a été largement facilité au niveau de l’encadrement soit par la tentation du snobisme (piloter donne une image plus glorieuse), soit par choix opportuniste, le pilotage venant à point nommé pour redonner une apparence de sérieux à des corps dont les pratiques infantilisantes et autoritaristes étaient devenues obsolètes et sans effet. Dans le même temps, la formation des cadres est devenue un formatage. On voit que des promotions entières ont exactement les mêmes pratiques, les mêmes exigences, les mêmes excès d’autorité, les mêmes inflations paperassières. Le phénomène en devient parfois surprenant, le mimétisme produisant des comportements aberrants.
 
 
Dans un groupe ce mercredi, le secrétaire général du syndicat majoritaire des inspecteurs, qui avait pourtant soutenu le développement de la notion de pilotage, plaidait pour une rédéfinition des missions, considérant qu’elle s’imposait si l’on voulait garantir la réalité de la refondation. Il a raison et je crois bien que ses collègues des autres syndicats partagent cet avis. Le problème, c’est qu’à la base des enseignants continuent de souffrir au nom de la continuité républicaine, et à perdre l’espoir.
 
 
Le pilotage n’est qu’une illusion ou une bêtise. Comme je l’ai écrit et dit des quantités de fois : on ne peut pas piloter si l’on n’a pas de cap (quelle école pour quelle société ?), si l’on pas de moyens autres que l’incantation et la coercition, si l’on n’a pas d’outils fiables, si l’on ne s’attache pas à l’analyse des pratiques qui produisent des résultats à long terme, si l’on ne fonde pas son action sur la confiance et sur l’accompagnement. On gère, on administre, on contrôle… On ne fait pas évoluer le système dans le sens de l’efficacité à long terme et de la mobilisation de l’intelligence collective
 
 
Evaluer. Oui, bien sûr, mais pas n’importe comment et non sans avoir engagé une réflexion approfondie avec les acteurs. En tous cas, pas avec les outils produits par des technocrates qui n’ont jamais mis un pied dans une classe, dans deux disciplines seulement, sans relation avec les finalités ; pas avec des méthodes qui génèrent l’angoisse et le sentiment d’échec ; pas en confondant sciemment évaluation (donner de la valeur) avec contrôle (exercer un pouvoir).
 
Piloter… Non. La feuille de route imposée par une personne qui ne sait pas faire l’école, qui serait incapable de réaliser elle-même les injonctions données, n’a pas de sens..
 
 
Accompagner, former, donner de l’enthousiasme, travailler ensemble en confiance… Oui. Ré humaniser l’école. Oui. C’est même urgent. Les dégâts dans les écoles ont été considérables.
 
 
On ne refondera pas l’école si l’on fuit ces questions comme cela semble être le cas à ce jour.
 
A suivre
Réactions à la vidéo
  • par Dominique Momiron (xxx.xxx.xxx.96) 22 septembre 2012 17:31

    Complètement d’accord !

  • par Roger Nifle (xxx.xxx.xxx.254) 22 septembre 2012 18:44
    Roger Nifle

    Oui, vous mettez le doigt sur des questions clés. Mais la logomachie domine les intellects dans le pilotage narcissique des postes et des fonctions avec ses propres critères d’évaluation. Sur le fond trois questions se posent mais ne sont pas problématisées.

    La question épistémologique, de la nature même de la connaissance objet des enseignements. Tout se passe comme si la question ne se posait pas et que des réponses anciennes sont caduques (puissance des savoirs).
    La question praxéologique de la nature des pratiques individuelles mais aussi collectives à grand échelle. Electro encéphalogramme plat ou bruit de fond du style "pilotage" comme le note Pierre Frackowick ? Ou encore des doctrines isolées, cloisonnées.
    La question axiologique des finalités et donc des critères de valeurs que semblerait vouloir poser la refondation.
    Les trois sont indissociables. Qu’est ce qui a tué la pensée à l’école ? Les certitudes in-questionnables ? des finalités restées dans le non dit ou l’incantation ce qui revient au même ? Ou bien un pragmatisme sans lumière au nom des Lumières en plus ?
    La masse de travaux sur l’éducation, l’école, la pédagogie, etc. produit aujourd’hui quelle lumière ?

    Pourquoi cette solitude des enseignants devant ces problématiques ?
  • (xxx.xxx.xxx.145) 23 septembre 2012 15:20

    Merci Pierre pour cet article si clair.


    Puisse il aider le maximum d’acteurs de notre service public d’éducation à reprendre espoir relever la tête et agir pour que l’éducation retrouve toute sa place dans la société.

    résistance, confiance, espérance.

    Hugues L.
  • (xxx.xxx.xxx.75) 23 septembre 2012 18:14
  • par fontvenelle (xxx.xxx.xxx.40) 23 septembre 2012 18:53
    JLD

    DONNER DE LA VALEUR
    Le voilà, l’outil essentiel de l’évaluation.

    Si un regard extérieur est nécessaire, il doit avant tout être positif, bienveillant, motivant.

    Puis, la confiance établie, le respect réciproque reconnu, l’analyse des points à améliorer aura sa place et débouchera sur un échange constructif et utile.

    Il ne faut pas oublier que l’évalué alors que celui qui évalue sera déjà passé à autre chose(! !), se retrouvera, de toutes façons, dès le lendemain matin, devant sa classe.

    A moins qu’il n’en ait plus la force !

    Je pense surtout aux nouveaux collègues parfois dépassés, anéantis par la multiplication des tâches et en attente d’encouragements.

    Ré humaniser, je suis d’accord !

  • par Jean Agnès (xxx.xxx.xxx.194) 24 septembre 2012 07:48

    Merci pour ce message. C’est un bon volet de réquisitoire. Et une confirmation qu’on peut échouer à coup sûr en utilisant les vieilles recettes du genre. Il faudra bien que quelque chose se passe, qu’un collectif crédible travaille à des synthèse et hausse le ton.

    - A compléter donc par les autres facettes de ce qui ne va pas... Et ce à quoi s’accrochent et œuvrent les tenants de la "doxa". La question reste le "que faire" ?
    - sur un plan général, nous avons proposé une approche en termes de "soin" (v. Soin et éducation, prendre soin du sujet des médias etc.)
    - nous avons aussi proposé de ne pas attendre que le Prince daigne écouter ses philosophes pour proposer quelques lignes de type : inciter à l’expérimentation, laboratoire d’idées, auteur collectif. Ce n’est pas parce que la fenêtre de possibles d’il y a trente ans s’est tôt refermée qu’il ne fait pas en tirer quelques principes...
    - sur le plan pédagogique, c’est le marasme : alors que les choses, au fond, sont très simples, et nous disposons d’un riche-patrimoine de ressources expérientielles et méthodologiques inexploité (ce qui n’a rien à voir avec le fatras inutile de considérations verbalistes ou technicistes accumulé pendant les trente piteuses) ; les choses sont très simples, et la réussite tient à l’engagement - celui-ci ne peut s’exprimer avec succès que quand la hiérarchie et le milieu le permettent : la possibilité offerte par l’institution, l’état d’esprit et la déontologie de la communauté... A chaque fois que la situation a été favorable, ou permissive, nous avons réussi, même au sein d’un ensemble peu instruit ni acquis en ce sens.

    Enfin, j’insiste à nouveau sur le fait que rien n’avancera désormais sur la base des simples positionnement individuels, qui sont légion, ou mandarinaux, ou médiatiques, qui bloquent plus qu’ils n’entraînent. Sur les questions des "nouvelles donnes" et des possibles, seule une action concertée, un auteur collectif, pourront avoir une influence. Voyez aussi, en ce sens, comment la "philosophie de l’éducation" contemporaine, qui devrait éclairer, reste cantonnée et marginale. Un effort "à nouveaux frais" est nécessaire. Ni le "constat sec" ("il y a de la violence"), ni le vœu pieux ("il faut") ne mènent à quoi que ce soit. Comment passer à l’acte ?

    J.A.  

  • par Eric BAUMANN (xxx.xxx.xxx.64) 27 septembre 2012 19:39

     Votre constat est tout à fait exact et votre analyse pertinente. J’avais au mois d’avril lu quelques uns de vos écrits et fait un constat très proche en tant que directeur d’école de celui que vous décrivez ici. J’avais publié un billet sur Médiapart dont voici le lien :

    http://blogs.mediapart.fr/blog/eric-baumann/120412/lecole-atteinte-par-la-frenesie-du-chiffre 
    Il est inquiétant de voir que les confrontations pour la Refondation soient arc- boutées sur un conservatisme archaïque ou une idéologie libérale inadaptée à l’Ecole de la République du XXIème siècle. Espérons que nos gouvernants sauront trouver une voie médiane adaptée à la réalité et tempérée. 
  • par Michèle Drechsler (xxx.xxx.xxx.66) 30 septembre 2012 12:29

    Je me permets de réagir à ce billet car nous risquons d’avoir une idée un peu faussée en voulant trop généraliser.

    Je suis cadre depuis 2001... Mais il y a "cadre" et "cadre"... Nous ne pouvons pas généraliser.

    Le lavage de cerveau n’existe pas chez tous les cadres éclairés qui prennent en compte leurs missions majeures axées sur l’accompagnement des équipes pédagogiques, le développement des compétences professionnelles.

    J’attire l’attention des lecteurs : tous les cadres ne sont pas atteints de snobisme.

    "On gère, on administre, on contrôle…" Il n’y a pas que cela. Les cadres accompagnent les équipes aussi. Il y a des évaluations d’école qui n’ont rien à voir avec des contrôles et des notes.Les équipes des circonscriptions sont là pour aider et accompagner, former. Il ne faudrait pas dénaturer le travail du cadre au primaire. A cela, on doit bien préciser que l’organisation et l’administratif deviennent des "mange -temps" au détriment de la pédagogie. Un équilibre devrait être retrouvé.

    Je me permets d’apporter une réflexion et quelques illustrations d’actions qui vont au delà d’un simple snobisme et qui essaie de faire évoluer le système dans le sens de l’efficacité à long terme et de la mobilisation de l’intelligence collective.

    J’y travaille depuis des années et j’ai écrit de nombreux articles à ce propos. Ma thèse de doctorat nous donne des éclairages sur les pratiques des enseignants autour des réseaux sociaux, la place de la formation informelle et de la formation formelle.

    Il m’est important de vous avouer qu’il y a "surpassement" pour pouvoir faire évoluer cette nouvelle vision d’un pilotage axé avant tout sur l’accompagnement des équipes pour lequel le numérique peut nous aider. Cela demande de la détermination, du courage, audace et témérité et générosité. Je m’y attèle depuis des années.

    Voilà ma vision de cadre qui joue un rôle majeur dans le domaine du numérique. C’est un article que j’ai écrit en 2004 dans la revue "Education et Management". C’est ancien mais cela reste d’actualité. http://www.educ-revues.fr/EM/A...

    Je mets en valeur les apports des espaces numériques.Voit-on apparaître là un nouvel art de manager ? Le système éducatif y gagnerait-il en "humanisme" ?

    Des perspectives nouvelles de travail coopératif se profilent avec les ENT ( ou des services plus simples) qui peuvent se définir comme étant un prolongement, sur les réseaux de la communauté éducative, de la pédagogie, de l’administratif et de la vie scolaire. Avec une plate-forme globale de travail collaboratif, les acteurs des écoles, les enseignants, les communes, les associations pourraient travailler ensemble avec une efficacité accrue. Favorisant la rencontre "des affinités d’apprentissage", proposant aux communautés d’utilisateurs des outils permettant de collaborer, de mutualiser, d’échanger, les ENT ( ou des solutions plus simples en attendant) permettront de développer une "culture de réseau" en intégrant le partage des ressources, des connaissances et des expériences.

    Cela fait presque 10 ans que je me bats et que je développe de nouveaux concepts pour mettre en place des communautés de pratiques, de nouvelles modalités de formations à distance via le "blended-learning", la co-construction des savoirs. J’ai écrit de nombreux articles à ce propos. J’ai également participé à de nombreux colloques internationaux sur ces questions cruciales de la place des TICE dans le pilotage du système éducatif, les nouvelles modalités de formation à distance pour une meilleure professionnalisation des enseignants, la mise en place d’un ingénierie pédagogique du numérique dès l’école primaire.

    Quelques liens sur des travaux menés avec le terrain dans le département de l’Indre à titre d’exemples. ( Il y en d’autres). Notons que nous n’avons pas utilisé des "outils produits par des technocrates qui n’ont jamais mis un pied dans une classe" mais nous avons construit "dans le cambouis" avec des regards croisés de formateurs éclairés axés sur les pratiques enseignantes, les apprentissages et les démarches.

    Quelques exemples :

    Conception et coordination de stages hybrides de 3 semaines

    Formation continue à distance du 02 avril au 20 Avril 2012

    http://fr.calameo.com/read/00030226...

    http://groupes-premier-degre-36.tic...

    Voir le bilan quantitatif et qualitatif et le rapport sur la formation continue proposée disponible en ligne

    http://groupes-premier-degre-36.tic...

    Animation pédagogique « images et langage oral en maternelle 2011-2012

    http://groupes-premier-degre-36.tic... 36/IMG/pdf/FicheAnimationPedagogiqueLangageImage_4.pdf

    Animation pédagogique « géométrie à l’école maternelle » 2011-2012 http://groupes-premier-degre-36.tic... http://groupes-premier-degre-36.tic...

    Face à la complexité, Hervé Sérieyx dans son ouvrage, précise : "La pyramide hiérarchique, faite de décideurs, de transmetteurs, de contrôleurs, d’exécutants aura été l’outil spécifique de l’ère industrielle. [...] La pyramide est figée ; le réseau jouit d’une géométrie variable. La pyramide s’autocentre sur son fonctionnement ; le réseau ne cesse de co-évoluer avec son environnement." L’efficacité des organisations suppose une conjugaison dialectique de l’ordre et de la vie. La pyramide garantit l’ordre tandis que le réseau assure la vie !

    Pour mieux me connaître : http://micheledrechsler.posterous.com/ http://univ-metz.academia.edu/Miche... https://twitter.com/mdrechsler @mdrechsler fr.linkedin.com/in/mdrechsler https://www.facebook.com/drechsler.... http://www.diigo.com/profile/mdrechsler http://groups.diigo.com/group/ludol...

    • par Pierre Frackowiak (xxx.xxx.xxx.143) 1er octobre 2012 15:04

      Un certain nombre de mes anciens collègues sont agacés par mes commentaires sur l’évolution des pratiques des inspecteurs depuis quelques années et plus gravement depuis 2007.

      Certains boycottent les conférences-débats que j’anime dans toute la France et les DOM, ce qui n’a d’ailleurs pas un grand effet, au contraire. Tout récemment, l’une d’elles a même interdit que je vienne voir une séquence de classe « twitter », dialoguer avec les élèves et les maîtres… Rares sont ceux qui réagissent publiquement et acceptent de débattre. Les rares collègues qui s’expriment tiennent toujours le même discours : ils expliquent qu’ils travaillent des heures (et les enseignants ?), qu’ils produisent de nombreux outils (ignorant que leur multiplication et leur complexification sont en fait des moyens d’asservir), qu’ils forment, qu’ils accompagnent… et généralement que leur travail est remarquable.

      Ceux qui protestent contre mes excès de généralisation (pourtant fondée sur des tonnes de témoignages, de plaintes, de documents authentiques, notes de service, paperasse, etc..) ne disant jamais le moindre mot de leur attitude face aux indigents programmes de 2008, à l’évaluationnite angoissante qui n’est que du contrôle et pas de l’évaluation, à l’aide individualisée « vomie » par les enseignants (rapport Debarbieux/Fotinos) et qui fait l’unanimité contre elle, le pilotage technocratique par les résultats, la catastrophe des quatre jours, les pressions et les sanctions contre les désobéisseurs, leur passion pour les usines à cases, etc. Et même jamais un mot sur les modalités de l’inspection (annonce, exigences, réalités des pratiques) dont les responsables des syndicats d’IEN reconnaissent eux-mêmes le caractère infantilisant et obsolète, l’un d’eux allant jusqu’à proposer un code de déontologie.

      Mon interlocutrice ne dit pas un mot de tout ce qui a détruit le climat des écoles, découragé et démobilisé les enseignants. Elle se garde bien aussi de dire si elle fait partie de ces collègues zélés qui, malgré l’alternance et l’annonce de la refondation se sont empressés d’imposer à la rentrée la poursuite des politiques régressives des ministères précédents au nom d’une continuité républicaine qu’ils ignoraient en 2007.

      Dans un dialogue vif sur facebook, elle glorifie ses pratiques en affirmant qu’elle n’a pas été complice de fait des politiques régressives du pouvoir. Alors comment faisait-elle ? Et elle assène : « J’évalue et je précise les manques ». Tout un programme dans une seule phrase. En accord avec le pilotage : tableau de bord, diagnostic, feuille de route… Technicisme et déshumanisation. J’évalue… Je.. Mais au nom de quoi, comment, sur quelles critères ? Je… encore… Mais pourquoi les manques ? Pourquoi pas les réussites ? En fait, malgré les protestations courroucées, un certain nombre de mes collègues, pour des raisons diverses, se sont plu à rester sur des logiques de pouvoir plutôt que dans l’accompagnement, ils ont totalement adhéré aux politiques imposées, se sont réfugié dans le « hors-sol » ou dans l’apparence et éprouve de grandes difficultés à admettre qu’il va bien falloir changer, refonder, et que la refondation exigera une nouvelle définition des missions des inspecteurs et une réflexion croisée, conjuguée, sur les pratiques

  • par Michèle Drechsler (xxx.xxx.xxx.71) 3 octobre 2012 20:59

    Je pense que vous n’avez pas lu mes écrits où je fais une évaluation des actions mais aussi en terme de réussite. Cf les travaux menés

    "Tableau de bord, diagnostic" : je n’ai pas utilisé une seule fois ces termes. De quoi parlez-vous ?  Vous inventez des mots que je n’utilise pas.

    "Feuilles de route" : oui, terme utilisé pour gérer les formations de "blended learning" où les feuilles de route sont essentielles pour la FOAD et les activités de "Blended-learning". Cf les travaux de Ernst
    http://fr.calameo.com/read/00030226...


    Technicisme et déshumanisation. ?
    Vous n’avez pas lu mes articles et les recherches menées où j’évoque le contraire, justement à travers de nouveaux concepts que j’ai mis en place. 

    http://fr.calameo.com/read/00030226...

    Les environnements numériques de travail (ENT) font leur entrée dans les systèmes de pilotage... Voit-on apparaître là un nouvel art de manager ? Le système éducatif y gagnerait-il en "humanisme" ? Cf : http://www.educ-revues.fr/EM/Affich...

    "En fait, malgré les protestations courroucées, un certain nombre de mes collègues, pour des raisons diverses, se sont plu à rester sur des logiques de pouvoir plutôt que dans l’accompagnement"
    Mais je vous démontre qu’il y a aussi des collègues IEN qui ne sont pas dans des logiques de pouvoir comme vous le prétendez et qui "ACCOMPAGNENT". Cf les liens que je vous ai donnés.

    Vos généralisations sont hâtives et malvenues pour ceux qui oeuvrent dans "l’accompagnement" et essaient de mettre en place des dispositifs cohérents et innovants. Ce n’est pas ainsi qu’on fait avancer les choses, je pense. A force de "taper dessus", on n’apporte pas les solutions.

    J’ai l’impression que le débat ici ne sert à rien ici et qu’il vaut mieux débattre ailleurs.


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