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par Christian Jacomino (son site) lundi 17 septembre 2012 - 2 réactions |

Pour en revenir à la radicalité du Socle commun

Toujours à propos de la Refondation

Dans une société marquée par une aggravation du chômage et de la précarité, de la violence aussi, l’école a une mission naturelle, qui consiste à donner à chacun en fonction de ses goûts et de ses aptitudes particulières les meilleures chances d’accéder un jour au marché du travail, de trouver un emploi et de mener grâce à cela une existence d’homme libre et responsable, d’acteur à part entière, plutôt que d’assisté. Or, l’école que nous connaissons échoue dans une large mesure à accomplir cette mission. Ou plutôt elle la néglige, manque à s’y affronter, en en préférant une autre très différente, qui consiste à transmettre à tout prix une somme considérable de savoirs dont il semble qu’on ait décidé une fois pour toutes qu’ils étaient indispensables. Des savoirs dont le découpage disciplinaire, le contenu et la forme, hérités d’un passé déjà ancien, définissent aujourd’hui encore le métier de professeur.

 
L’école ne peut se réformer sans faire son deuil d’un modèle industriel (agro-alimentaire) d’éducation, héritier du 19e siècle, où les élèves sont traités (nourris) en masses. Mais, pour cela, il faut que les professeurs acceptent de changer de métier (de changer leur métier). Et la réforme la plus remarquable qui soit allée dans ce sens, qui ait ouvert la voie, est celle, sans doute, instituée par le Socle commun de connaissances et de compétences, qui apparaît dans la loi du 23 avril 2005 (LIEN).
 
Avec ce dispositif, le professeur n’était définitivement plus en position de s’abriter derrière les Programmes officiels pour parler seul. Je veux dire qu’il n’était plus autorisé, en principe, à commenter indéfiniment le Supplément au Voyage de Bougainville devant tel groupe d’élèves dont il aurait su qu’ils ne savaient pas lire (ou qu’ils étaient de très médiocres lecteurs). Ce dispositif lui faisait obligation de continuer à leur apprendre à lire, et de leur apprendre la grammaire, et l’orthographe, même si ceux-ci avaient dépassé l’âge où il est convenu qu’un élève doit le faire, et même si, en ce qui le concernait, lui, le professeur, il n’avait pas été formé spécialement à cela mais plutôt à commenter l’œuvre et la pensée de Diderot. 
 
Mais on voit la difficulté : le Socle commun entrait en concurrence avec les anciens Programmes officiels, il supposait que ceux-ci, aussi vite que possible, soient abrogés. Or, cela n’a pas été le cas. Beaucoup trop de professeurs tenaient à commenter encore et encore le Supplément au Voyage de Bougainville, ou disons le Candide de Voltaire, même s’ils devaient s’adresser à des élèves qui ne savaient pas lire (ou étaient de très médiocres lecteurs). Parce qu’ils avaient été formés pour cela. Parce qu’ils avaient réussi un concours qui leur conférait à titre personnel (pour le restant de leur vie) un statut prestigieux, confortable, auquel ils ne voulaient pas renoncer. Et si une refondation de l’école s’impose bien aujourd’hui, c’est sans doute pour en revenir à la radicalité de 2005. Pour en revenir au point où le chantier avait été abandonné alors. Pour se refonder là-dessus. 
 
Pouvons-nous espérer encore que ce sera le cas ?
Réactions à la vidéo
  • par Prataine (xxx.xxx.xxx.194) 19 septembre 2012 07:21

    Conclusion étonnante !

    Votre texte semblait pourtant bien parti.

    Oublions cela, et surtout les intentions de cela, et reprenons le cours vertueux des choses. Autour de 2005, triste période pour l’école. Quant au "socle", pourquoi ce fétichisme ?

    Une analyse sérieuse s’impose : ne croyez pas tout ce qu’on vous dit chez Darcos ou aux Cahiers pédagogiques ! 

  • par philipp ROCHER (xxx.xxx.xxx.56) 19 septembre 2012 17:39

    Il ne faut juste pas oublier que le travail, l’enseignement... par compétences est né, de manière officielle, dans la loi d’orientation de 1989 et qu’il s’est concrétisé par un livret de l’élève (Edité dans les années 92 / 93 ) qui comptait plus de 300 compétences sur les 3 cycles de l’école Primaire.

    Pendant ce temps quid du collège et du lycée ? Rien... Le socle commun de compétences et de connaissances est arrivé et les collèges, en tout cas, se sont retrouvés confrontés au travail et à l’évaluation par compétence mais quasiment 20 ans plus tard que l’école Primaire.

    Aujourd’hui le socle commun est perçu par beaucoup d’enseignants du premier degré comme un SMIG du savoir et des compétences en regard de ce qu’il exige en terme d’acquis. Mais dans le même temps comment travailler efficacement ensemble (Premier et second degré) quand on appartient à 2 cultures professionnelles différentes ?

    Pendant la même période notre système éducatif a vu l’installation de la pédagogie par objectif et la massification des procédures évaluatrices à tous les niveaux. Ce qui fait dire à de nombreux enseignants : "On passe son temps à évaluer et qu’évalue-t-on ? l’évaluation précédente..."

    Alors, prudence ! Si la réussite passait par l’évaluation par compétences ça se saurait après 23 ans d’expérience dans le premier degré et 7 dans le second degré. Le socle est un outil, laissons lui sa valeur d’outil qui permet d’avoir un arrêt sur image pour un enfant à un instant T dans sa scolarité...

    L’évaluation est nécessaire, vraiment nécessaire mais ce n’est qu’une toute petite partie d’un travail qui se complexifie parce que les conditions d’exercice, les lieux d’exercice, les moyens d’exercice, les outils d’exercice... les publics sur lesquels il s’exerce, se complexifient aussi.


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