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par An@é (son site) jeudi 17 mai 2012 -

La revue de presse du 16 mai de Philippe Watrelot

Rendre confiance à l’École – 3 (voire 4 ou même 5…) – Et maintenant au travail !
 
Publié par Philippe Watrelot sur son blog (Accès aux articles originaux)

 
Rendre confiance à l’école
 
On peut y voir un écolier avec son cartable, une institutrice tenant un livre et qui prend la main du jeune enfant. Au dessus, comme protégeant l’enfant, on voit Marianne soulevant le voile de l’ignorance. Et au dessus, de cet ensemble, Jules Ferry la main sur un texte dont on peut supposer que ce sont les lois de 1881 et 1882 organisant l’école publique laïque et obligatoire.
 
 
C’est au pied de cette statue érigée dans les années 10 dans le jardin des Tuileries grâce à une souscription des enfants des écoles organisée par la Ligue de l’enseignement que François Hollande a prononcé un discours sur l’éducation le jour de son investiture. Le symbole est fort. Dans le public rassemblé en cette journée à la météo erratique on trouvait hormis des enfants des écoles, les principaux représentants de la communauté éducative : syndicalistes, responsables associatifs (dont le rédacteur de cette chronique), parents d’élèves, inspecteurs, intellectuels, anciens ministres de l’éducation.
 

Pour Claude Lelièvre, interrogé par le JDDFrançois Hollande veut montrer qu’il fait le choix de l’école primaire, puisque c’est l’homme politique qui l’a rendue obligatoire et gratuite. ”. Mais le choix d’honorer Jules Ferry a été aussi l’objet d’une polémique car le “père” de l’École publique a été aussi un colonialiste au nom de la nécessité d’éduquer les “races inférieures”.
 
L’historien revient aussi sur cette polémique sur son blog sur Médiapart où il y a aussi un commentaire d’Edwy Plenel qui rappelle que le personnage historique est plus complexe que cela et qu’à côté de Ferry ont travaillé des hommes tels que Ferdinand Buisson ou encore James Guillaume, bien loin des positions coloniales. Comme le souligne Plenel “Tout cela pour dire que, dans le choix d’un personnage symbolique, ce n’est pas seulement l’individu que l’on distingue (ce qui reviendrait à une histoire conçue comme celle des grands hommes) mais tout autant sinon plus la politique qu’il a incarné (ce qui ramène l’histoire à la société et à ses progrès).
 

Vous pouvez retrouver l’intégralité du discours en vidéo ici ou là et on peut lire le texte initial sur le site de l’Élysée. Le nouveau président n’a pas manqué pour débuter et couper court à la polémique de prendre quelques précautions avec le personnage de Jules Ferry. Il a rappelé "ses égarement politiques" et son rôle dans la colonisation, qu’il a qualifié de "faute morale et politique". Il a évidemment rappelé que la jeunesse était sa grande priorité et qu’il voulait "rendre confiance à l’école”. Il a aussi rappelé qu’il voulait mettre l’accent sur l’école primaire et les quartiers populaires. "C’est à cette tâche noble entre toutes que l’école se dévoue depuis plus d’un siècle : faire de l’école un lieu d’intégration de tous les enfants", a t-il déclaré. Il a aussi évoqué la nécessité de la formation et sa volonté de la reconstruire. Le discours a été fortement applaudi et a atteint son objectif symbolique.
 

Mais ce discours, très politique, est aussi marqué par quelques ambigüités.
La première est qu’il reste très “troisième république" même s’il y a quelques accents modernistes (les TICE ont été mentionnées). Quand F. Hollande dit “Je veux saluer l’école comme lieu d’émancipation, comme lieu de l’égalité, celle des chances, celle qui ne reconnait comme critère que le mérite car la naissance, la fortune le hasard »crée des inégalités que « l’école doit corriger »”, cela renoue avec le mythe de l’ascenseur social et fait vibrer la corde républicaine de beaucoup d’entre nous.
 
Mais on peut aussi se demander si le terme ambigu de “refondation” de l’école doit se limiter à restaurer la "méritocratie" et l’élitisme républicain qui consiste à élargir la base de recrutement des élites. Ou est-ce qu’il faut permettre une réelle réussite de tous avec l’ambition démocratique promise par le socle commun ? Une école “ républicaine” ou une école “démocratique” ?
 
Le deuxième bémol concerne son credo pédagogique qui reste assez ambigu (ou “sybillin” pour Marie-Caroline Missir dans L’Express) : "Si le savoir n’est pas le monopole du maître, celui-ci doit avoir la responsabilité d’en ordonner le sens." . Cela ressemble un peu à un appel du pied au courant conservateur. Ca a du faire plaisir à Jean-Pierre Chevenement ou à Natacha Polony présente aux Tuileries qui s’empresse de relevercette ambiguité dans un article du Figaro . Il faut donner à chacun ce qu’il veut entendre.
 
 
Avant de repartir sous une violente averse glaciale , François Hollande a salué les représentants des organisations syndicales. "Je lui ai dit que faire un discours sur l’école le jour de son investiture était un signal fort", a déclaré Bernadette Groison (FSU) . "On attend maintenant la loi de programmation et d’orientation". "Après cinq ans de sarkozysme, les attentes sont fortes", a renchéri Frédérique Rolet, la responsable du Snes. En attendant les actes, les responsables syndicaux, unanimes, saluent ce premier signe présidentiel, où malgré les divergences tues pour l’occasion, ils ont tous trouvé matière à satisfaction. Pour l’instant.


3 (voire 4 ou même 5…)

En marge de ce discours, vous vous doutez bien que toute cette assemblée bruissait de rumeurs sur la composition du futur gouvernement. C’est le mercredi 16 mai peu avant 20h que le suspense a été levé.
 
Pour ce qui concerne le ministère de l’Éducation Nationale, Vincent Peillon, celui-ci était faible tant il s’était comporté déjà en ministre dans les derniers jours en annonçant par exemple que le décret sur l’évaluation des enseignants allait être abrogé.
 
Mais le ministre de l’Éducation Nationale est flanqué d’une ministre déléguée en la personne de Mme George-Pau Langevin chargée de la “réussite éducative” dont on ne sait pas bien encore quel sera le périmètre d’action ni les moyens dont elle disposera.
 
Il faut aussi évoquer la nomination de Genevieve Fioraso nommée ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Sans porter un quelconque jugement sur les qualités certaines de cette femme politique estimable, on peut s’interroger pour le déplorer sur le fait d’avoir nommé deux ministres distincts alors que les dossiers où il était nécessaire qu’il y ait une continuité (et donc un seul ministre) sont essentiels.
 
La formation des enseignants tout d’abord car si la formation et la préparation aux concours sont du ressort du supérieur, le cahier des charges de la formation des professeurs destinés à enseigner au primaire et au secondaire devrait du ressort du ministre de l’EN. La continuité était indispensable. Mais c’est aussi le même enjeu avec continuité bac-3/bac +3 et la nécessité de lutter contre l’échec en licence. Claude Lelièvre, décidemment très productif ne comprend pas non plus cette séparationet rappelle que c’est plus une exception que la règle dans l’histoire du système éducatif.
 

Trois ministres dont on espère qu’ils ne vont pas se gêner et travailler en intelligence. Mais il faut en ajouter une quatrième, voire une cinquième. Il faut citer en effet Valérie Fourneyron qui aura en charge le ministère des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associative.
 
Tous ces secteurs sont en connexion étroite avec l’éducation nationale. D’abord parce qu’ils concernent les mêmes destinataires. Les jeunes ne sont pas seulement des élèves mais s’inscrivent aussi dans des activités périscolaires ou sportives. Mais ce sont aussi les intervenants qui sont souvent les mêmes.
 
Le mouvement associatif est composé pour une bonne part d’associations qui interviennent de manière complémentaire à l’École. Il faudra là aussi une forte coordination avec les trois ministres précités.
 
On peut même rajouter une cinquième personne avec Fleur Pellerin, ministre déléguée à l’économie numérique . Si sa délégation est rattachée au ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, les nouvelles technologies touchent aussi l’École. C’est un chantier qui tient très à cœur au nouveau président. Celui-ci avait évoqué durant la campagne la mise en place d’une formation au numérique, tant pour les enseignants que pour les lycéens via une « spécialité numérique optionnelle ». A moyen terme, « l’enseignement numérique » devrait être entamé dès le collège et la primaire.
 

Ce sont donc trois, voire quatre ou cinq ministres qui devront travailler ensemble de manière efficace dans le domaine de l’éducation.
 

Revenons sur le principal d’entre eux et le numéro 3 du gouvernement : Vincent Peillon. Maryline Baumard dans Le Monde retrace son parcours et en fait un portrait politique et intellectuel.
On pourra lire aussi une belle synthèse d’Isabelle Ficek dans Les Échos sur la personnalité de Vincent Peillon mais aussi sur ce qui l’attend.
Elle montre notamment qu’on retrouve chez le nouveau ministre une synthèse (ou une ambivalence c’est selon) que l’on pointait aussi plus haut dans l’hommage à Jules Ferry.
 
Avec d’un côté, souligne la journaliste, le Vincent Peillon des réformistes au PS, convaincu que les moyens doivent accompagner des réformes profondes, rassurant avec cette conception “ sociale et progressiste” soulignent-ils, les syndicats qui veulent transformer le système éducatif. Et de l’autre l’agrégé, parfaitement au fait des visions les plus élitistes et parfois conservatrices du système, sachant “ être à l’écoute, tout en restant ferme”, explique un syndicaliste. Ajoutant que si Vincent Peillon a martelé la nécessité de “ renouer le dialogue social, il a prévenu qu’il n’y aurait pas de co-gestion.”. Pour l’instant, l’homme semble plaire au milieu note le blogueur Lucien Marboeuf dans L’Express qui en détaille les raisons.
C’est un ancien prof (mais Darcos l’était aussi), il est bien entouré (mais Allègre aussi l’était …), il pratique le dialogue social (Jospin aussi…),… Mais attention le crédit s’use vite, nous dit Marboeuf , et sa marge de manœuvre est étroite. Car devant l’unanimisme de façade (ou plutôt de statue… !) les clivages sont réels au sein de l’école et des syndicats représentatifs. “Peillon, du pognon…”, la rime est riche et pourrait bien être scandée dans la rue, un jour ou l’autre…


Et maintenant au travail !

Comment donner à la rentrée scolaire 2012 un petit air de rentrée de gauche, alors qu’elle a été préparée par la droite ? ” C’est la (très) bonne question que pose Maryline Baumard dans un article du Monde paru le 10 mai dernier. Car c’est bien là en effet toute la difficulté. La rentrée de septembre 2012 est déjà “dans les tuyaux” et les mesures prises par le nouveau pouvoir ne pourront être que limitées. D’autant plus qu’une bonne partie dépend du vote à l’assemblée nationale d’un collectif budgétaire pendant l’été.
 

Pour infléchir un peu les 14 000 coupes de postes prévues pour la rentrée, le nouveau ministre va piocher dans la liste des 3 000 recalés au concours du professorat des écoles de l’année. Le nouveau président avait promis de recruter 1 000 enseignants en urgence pour donner un peu d’oxygène aux zones difficiles. C’est prévu pour début juillet, après le collectif budgétaire qui permettra de les financer. Comme les 2 000 assistants d’éducation et les auxiliaires de vie scolaire.
 

Sur la formation des enseignants, l’équipe de Vincent Peillon a déjà travaillé à un dispositif permettant d’offrir aux nouveaux titulaires plusieurs centaines d’heures de formation avant qu’ils ne prennent leur classe... On évoque aussi la possibilité de réduire leur temps de service d’un tiers. Voilà pour l’urgence mais sur le moyen terme on ouvrira dès cet été une concertation avec les syndicats "sur la formation initiale et continue des enseignants, la création des Ecoles supérieures du professorat d’éducation, le cahier des charges et la position du concours dans le cursus", rappelle M. Peillon.
 

Plus largement encore, en plus de la formation des enseignants il y aura aussi des négociations autour de la structure du système, du métier d’enseignant, des rythmes scolaires avec une modification de la semaine et le raccourcissement des vacances, etc... pour préparer la loi d’orientation et de programmation de l’école qui devrait arriver au Parlement à l’automne.

Jour d’investiture pluvieux, été studieux…


Bonne Lecture...

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