La revue de presse du 19 septembre
180 jours
Le ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon, a estimé
dimanche 16 septembre sur BFMTV que l’année scolaire, qu’il juge trop courte, devrait être allongée. "
Il faut que nous remontions vers 180" jours pour l’école primaire,
a-t-il déclaré, alors que les écoliers français ont actuellement 144 jours de classe par an.
Comment arriver à180 jours d’école ? Majoritairement, les Français ne souhaitent pas que la demi-journée de cours supplémentaire ait lieu "
le samedi matin pour des tas de raisons et donc ce serait sans doute le mercredi matin, même si dans certains endroits certains veulent pouvoir déterminer eux-mêmes", a-t-il indiqué. Il a évoqué la possibilité d’une "
souplesse" au niveau d’un département ou d’un établissement. "
Je souhaite qu’il y ait quatre jours et demi à la rentrée 2013 et ce sera le mercredi matin", a-t-il ajouté.
On notera que la thématique de l’“accélération” touche aussi le ministère de l’ Éducation Nationale. Car ces annonces se font sans attendre la fin de la concertation pour la refondation de l’École dont les débats se terminent à la fin du mois. Le rapport du groupe de pilotage de cette concertation devrait, quant à lui, être remis au ministre le 10 octobre prochain pour qu’ensuite une loi d’orientation et de programmation soit proposée à la discussion parlementaire. On peut s’en étonner, mais, si l’on veut que la rentrée 2013 porte déjà les signes du changement, il y aura sûrement besoin d’accélérer. Concertation ou accélération ? Comment tenir les deux bouts de la corde ?
Violence scolaire
Comme le souligne
Luc Cédelle sur son blog “
En acceptant, en mars 2010, de présider le conseil scientifique des « états généraux de la sécurité à l’école » mis en place par le ministre Luc Chatel, l’universitaire Eric Debarbieux, figure des défenseurs de la place de la pédagogie dans l’école française, avait pris un double risque : celui de froisser ses amis en passant pour une tardive mais nouvelle prise de guerre de « l’ouverture » façon Nicolas Sarkozy, et celui de devenir une pure caution de communication destinée à masquer la dégradation du service public.”. Mais Vincent Peillon vient de le délivrer de cette malédiction en le nommant lundi 17 septembre, délégué ministériel “
chargé de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire".
L’idée est de créer "une nouvelle entité", a expliqué Eric Debarbieux, "Ce ne sera pas quelque chose de théorique", il s’agit au contraire de voir "comment on transmet la connaissance sur la violence à l’école dans l’action publique, au niveau national, académique, local. C’est la connaissance au service de l’action", a-t-il précisé. Eric Debarbieux va présenter jeudi 20/09 une enquête sur la violence scolaire à l’école primaire.
Par ailleurs, le ministre avait annoncé dès le mois de juin la création d’un corps d’assistants de prévention et de sécurité (APS). D’ici à la fin du mois, 500 APS auront été recrutés par les chefs d’établissement, les rectorats ayant préalablement fait remonter les besoins au ministère. Ces APS seront affectés dans les établissements les plus exposés aux phénomènes de violence. Rappelons que selon la dernière enquête du ministère sur le sujet, la moitié des incidents déclarés concerne 10% des établissements.
Une circulaire du 6 septembre (BO n°32) précise les missions de ces assistants de prévention et de sécurité. Placés sous l’autorité du chef d’établissement, les APS “
participent à l’action éducative, en complémentarité avec les autres personnels” et, “
en cas d’incidents graves”, avec “
les équipes mobiles de sécurité (EMS)”, ces équipes mixtes, faites de personnels de l’Éducation nationale et de policiers ou gendarmes, mises en place en 2009.
Le texte précise aussi leurs autres missions : sensibilisation des élèves au respect de l’autorité, information des personnels sur les facteurs de risques, gestion des situations de tension grave, participation à la “prise en charge des élèves très perturbateurs”. Vont-ils leur administrer aussi quelques cours de “morale laïque” ?
Prépas
Etait-ce un ballon d’essai ? Le 17 septembre dernier plusieurs journaux
dont Le Monde annonçaient que le gouvernement envisageait la fin de la gratuité des classes prépas. Mais dès le lendemain, l’information était démentie et le ministère de l’enseignement supérieur indiquait que cette possibilité n’était pas finalement envisagée…
D’après le Monde, cette mesure aurait pu rapporter 9 millions d’euros si les familles s’acquittent des 181 euros demandés à chaque étudiant qui s’inscrit en licence à l’université. Et 13 millions d’euros si les droits d’inscription étaient alignés sur ceux payés par les étudiants en master, soit 250 euros. Mais l’argumentation est aussi sociale. Faire payer pour les prépas serait considéré comme une mesure d’équité. "
Ce serait une mesure logique, estime le sociologue Eric Maurin, interrogé par
Le Monde Si l’on prend en compte l’argent public qui est investi dans le postbac, on constate de grandes différences." De fait, selon les statistiques
fournies sur le site du ministère de l’éducation nationale, quand l’Etat consacre 15 240 euros à chaque élève de prépa, il ne dépense que 10 180 euros pour l’étudiant d’IUT et d’université (qui, lui, paie des droits d’inscription. Et cette gratuité profite majoritairement à ceux qui en ont le moins besoin.
Une enquête montre en effet qu’il n’y a que 15% d’enfants d’ouvriers alors qu’ils forment la moitié de la population active. Les enfants de cadres supérieurs représentent, quant à eux, environ la moitié des élèves, alors que leurs parents constituent 16% des actifs. Une telle mesure (assortie bien sûr d’aménagements pour les boursiers par exemple) n’est donc pas illogique
Mais très vite, on a assisté à de nombreuses protestations (notamment chez les enseignants). Le ministère a pu penser que cela allait être vécu comme une attaque contre les classes moyennes. Comme le disait Sylvain Grandserre
dans Rue des Écoles sur France Culture à propos de la réforme du système éducatif : “
Comment remettre en question un système qui vous a fait réussir… ?”
Décrochage
Les classes de troisième et de seconde constituent une période charnière propice au décrochage scolaire, selon une enquête publiée mercredi
à l’occasion de la 5ème journée de refus de l’échec scolaire.
Il s’agit d’une enquête, réalisée en mai et en juin 2012 auprès de 186 jeunes interrogés par questionnaire au sein de structures comme les micro-lycées et les missions locales. L’enquête pointe un engrenage : faible motivation pour l’école, découragement lié aux mauvais résultats, manque de confiance en soi... Par ailleurs, 37% citent un problème personnel. La moitié des jeunes disent qu’il leur a manqué à l’école quelqu’un qui les motive et leur donne confiance. Au moment du choix d’orientation en 3ème, 71% estiment avoir été mal conseillés et 59% disent avoir subi cette orientation.
Pour la sociologue Catherine Blaya, interrogée par le Nouvel Obs “
Le décrochage est l’aboutissement d’un processus qui démarre dès la maternelle”. Le sociologue Daniel Thin parle, lui, d’un “
casier scolaire” de ces jeunes dont les difficultés d’adaptation dès la maternelle se cumulent, année après année, jusqu’au collège où rien ne va plus.
Pour Catherine Blaya, qui intervenait lors de cette journée du refus de l’échec scolaire, il y aurait “quatre types d’élèves à risque. Le rebelle, qui a des troubles du comportement, qui se méfie de l’adulte, et refuse de travailler. Le dépressif, en retrait, dont le manque d’intérêt pour l’école se développe progressivement, mais à bas bruit. Le découragé, peu intéressé par l’école, qui n’arrive pas à se projeter dans l’avenir. Enfin le déviant caché, égocentrique, qui recherche avant tout l’approbation de ses pairs ”. Elle rappelle aussi que “la France n’est pas seule touchée, évidemment. L’ensemble des pays industrialisés est concerné par un phénomène multifactoriel, mais dans lequel l’école joue un rôle important. La recherche montre que le climat scolaire, la façon dont les jeunes se sentent ou non soutenus par les professeurs, le sentiment de justice ou d’injustice, tout cela joue beaucoup dans le décrochage. ”
Grand soir
Pour finir cette chronique, donnons la parole à
Louis Maurin interrogé par Rue89. C’est le principal animateur de
l’observatoire des inégalités, un site que je recommande. Dans cette interview, il revient sur la logique inégalitaire de l’École française. “
Toutes les études le montrent, rappelle t-il
la France est le pays qui a le système qui On a massifié l’école, on l’a démocratisée en ouvrant le collège et une partie du lycée, mais on n’a pas modernisé notre enseignement, contrairement à ce qu’ont fait la plupart des pays du monde.”. Et il poursuit “
Notre système éducatif reste un système ultra-académique, ultraformel, élitiste, anxiogène et évaluatif. C’est malheur aux perdants, à ceux qui ratent une marche, ne sont pas prêts assez tôt, c’est-à-dire les catégories sociales les plus défavorisées.”. Si les changements tardent à venir, selon lui, c’est aussi parce que “
même à gauche, certains n’ont pas intérêt à changer l’école ”.
Pourtant, il appelle de ses vœux une profonde transformation de l’École qui n’oublie pas les plus modestes et les “vaincus du système”. Mais, dit-il “je ne suis pas sûr que la volonté politique soit là. Qui a envie de s’opposer aux lobbies des conservateurs de l’école, les différentes sociétés des agrégés, les défenseurs des grandes écoles, toutes ces associations qui ont une audience médiatique inconsidérée par rapport à leur représentation ? Il n’existe malheureusement pas de lobbies des mères de famille caissières, des parents ouvriers non diplômés, des jeunes de Segpa . Je ne crois pas au Grand Soir de l’école. Il faudrait pouvoir agir dans la durée, sur dix ans, et modifier progressivement l’école en s’appuyant sur les enseignants, dont la grande majorité sont pour le changement.” .
Et l’on peut d’ailleurs rajouter que quelquefois l’attente du “grand soir pédagogique” et d’un changement social sensé suffire à rendre l’école plus juste, est le meilleur moyen de s’exonérer de commencer à changer ses pratiques, ici et maintenant.
Changer la société pour changer l’école, certes, mais aussi changer l’école pour changer la société…
Bonne Lecture...