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par Jean-Paul Moiraud (son site) vendredi 6 mai 2011 -

Formation hybride dans le secondaire - Réflexions


N° 2 - La formation hybride dans le secondaire -

Des légos © et des simulations

 

La présence du numérique dans les formations du secondaire est d’une extraordinaire complexité, plusieurs raisons militent pour cette argumentation :

 

  • Le secondaire forme des élèves de la sixième au BTS (soit une amplitude de neuf ans d’études - Hors redoublement) ;
  • Les outils à disposition sont d’une grande diversité et leurs fonctionnalités disparates ;
  • Les programmes sont plutôt élaborés pour une situation en présentiel ;
  • Le temps de travail est organisé sur une base temporelle archéo-digitale ;
  • Les compétences dans le domaine du numérique sont partagées.

 

Ce billet tentera (modestement) de réfléchir à la question suivante - Peut-on développer une formation hybride ("blended learning") dans l’enseignement secondaire ?

 

Tout d’abord définissons la notion de formation hybride :

 

"Alors que la notion d’enseignement bimodal évoque la coexistence de dispositifs d’enseignement parallèles au sein d’un même établissement, la formation hybride (aussi appelée apprentissage mixte, ou Blended Learning) fait référence à l’intégration de ces deux types de formation, c’est-à-dire la présence et la distance, les technologies étant utilisées afin de soutenir le processus d’enseignement-apprentissage. 

 

Elle est orientée vers le suivi de l’apprenant, l’ouverture des ressources et le développement d’espaces de mutualisation et d’interaction. Selon la définition proposée par Charlier, Deschryver et Peraya, elle se caractérise par "l’introduction intentionnelle dans un dispositif de facteurs innovants : l’articulation du présentiel et de la distance soutenue par un EIAH"(EnvironnementInformatiquepour l’Apprentissage Humain)"

 
L’hybridation repose sur plusieurs paramètres : l’apprentissage visé, les caractéristiques des apprenants,le besoin et la facilité de mise à jour du contenu, la possibilité d’économies d’échelle, l’intégration organisationnelle et la gestion du changement, ainsi que les ressources disponibles. Elle s’effectue à plusieurs niveaux :
 
  1. Juxtaposition : l’hybridation peut être simple (chaque composante est utilisée de façon indépendante), en série (les composantes se suivent selon un ordre spécifique) ou en parallèle (les composantes permettent de réaliser la même tâche).
  2. Intégration : dans cette hybridation systémique, les composantes se soutiennent mutuellement et se renvoient l’une à l’autre.
  3. Collaboration : dans l’hybridation assistée, les composantes sont complétées par du tutorat, du coaching ou du mentorat, ainsi que des activités collaboratives. Elle se caractérise par l’émergence de communautés de pratiques.
  4. Expansion : dans l’hybridation implantée, le système inclut des ressources sur les lieux de travail, des médias électroniques, le Web et des équipements mobiles. Le transfert des apprentissages s’en trouve facilité." - Vers l’UQAM bimodale - site non officiel

 

- L’introduction intentionnelle dans un dispositif de facteurs innovants - Les acteurs du monde pédagogique sont maintenant imprégnés (sinon habitués) par ces environnements numérisés. Dans les collèges, dans les lycées les usages se développent grâce à des usages bricolés (les édupunks). Les collectivités locales sont largement engagées dans des programmes d’investissement et dans les développements des ENT . La construction de scénario a priori paraîtrait indiquée pour répondre aux enjeux de l’introduction de ces innovations.

 

- L’enseignement secondaire un système complexe qui articule présentiel et distantiel - Nos modes actuels de formation intègrent le numérique mais peut -on en déduire que nous sommes en présence de "blended learning" ? Sommes nous au début, au stade de la juxtaposition ou bien est -on capable d’aller jusqu’à l’expansion ? (voir supra) L’enseignement secondaire commence avec des élèves de sixième (âgés de 11 ans) et s’achève au post bac lycée avec les sections de BTS (âgés de 20 ans), il agrège le collège, le lycée, l’enseignement général, l’enseignement technologique et l’enseignement professionnel.

 

Une grande variété de situation pour lesquelles il faut penser le "blended learning" en tenant compte des contextes spécifiques (formation initiale, formation par alternance, VAE, période de stage, période de cours uniquement, période en entreprise et période en cours ...) et aux motivations des élèves.

 

L’objectif d’intégration du numérique dans un dispositif de formation est un pari constant sur la capacité d’autonomie des élèves hors la classe. Sont -ils suffisamment matures pour s’insérer dans un dispositif de "blended learning" ? Le rapport d’autonomie au travail est très différent pour un élève de sixième et un étudiant de dernière année de BTS, il s’agit donc de bâtir des modèles adaptés au public à former, une fluidité des scenarii adaptée à la fluidité des parcours.

 

- Une formation, des enseignants et des cadres, mutualisée ?

 

Les constructions des formations hybrides, dans le secondaire, sont parfois (souvent ?) pensées par une seule personne (l’enseignant). C’est probablement un contresens au temps du numérique de type web 2.0

 

Les modèles à construire impliquent les enseignants et leurs élèves et d’autres acteurs si besoin. J’ai eu le plaisir de participer à un "brainstorming" avec un programmiste dans le cadre des réunions de la 27ème région, le résultat m’a paru très enrichissant. 

 

Dans la mesure où les constructions numériques entrelacent les relations verticales et horizontales, l’efficacité du numérique pourrait passer par une formation spécifique réunissant en même temps des acteurs de la filière (élèves, enseignants, chef d’établissement, corps d’inspection). J’entends par là une formation transversale commune qui intègrerait dans une unité temps et espace, les enseignants, les chefs d’établissement et les corps d’inspection . Elle pourrait se fixer comme objectif final l’élaboration de modèles de formation / apprentissage. Dans cette perspective élargie, il serait possible de penser le "blending learning" dans sa richesse et diversité.

 

J’ai scénarisé des situations pédagogiques à l’aide de Légos ©, fruit de réflexions que je qualifierais de recherche / action. J’ai modélisé en évacuant les repères de spécialité et je n’ai conservé que des éléments invariants.

 

Le "blended learning" tel que nous le pratiquons dans le secondaire s’exerce dans la salle de classe et au domicile des apprenants. L’image ci contre représente les deux espaces. L’espace bleu, au fond, symbolise la salle de classe, l’espace blanc au premier niveau formalise le domicile des élèves. Deux lieux de formation spécifiques selon le niveau de formation. La notion d’espace, dans l’idée que je me fais de la formation, est limitée à l’espace école et au domicile des acteurs. La (presque) "démocratisation" des solutions mobiles (smartphones, tablettes, MP3) permet de concevoir des environnements de formation mobiquitaires ("mobiquitous learning"), travailler dans le bus, le train, le métro ... Le secondaire est cependant la période de fixation des fondamentaux (le socle).

 

Apprendre induit l’existence d’un environnement propice c’est-à-dire un endroit calme favorisant la concentration. C’est aussi disposer d’un temps suffisant long pour travailler efficacement. L’utilisation des temps interstitiels n’est pas une solution à rejeter d’emblée mais elle me parait plus adaptée pour un public engagé dans une démarche de L.L.L (Life Long Learning ou formation tout au long de la vie) ou pour un public étudiant capable d’autonomie.

 

La mise en place d’un cours qui "augmente" le présentiel doit être élaboré de façon globale : quels sont les outils et quelles sont les fonctionnalités induites ? Comment peut-on, doit-on articuler le présentiel et le distantiel ? Qui sont les acteurs impliqués ? Quelles sont les ressources produites ? La solution la "moins disante" étant de se contenter de mettre en ligne des ressources.

 

L’insertion du distantiel, potentiellement, transforme la nature du métier enseignant.

Il est nécessaire de maîtriser des compétences supplémentaires technologiques,rédactionnelles, organisationnelles, juridiques.

 

Peut-on penser ce type de formation sans intégrer une dose de tutorat ? Si la réponse est non, il y a un changement de paradigme du métier, être professeur n’est pas être tuteur et inversement, ce ne sont pas les mêmes compétences, l’interaction n’est plus la même, les temps sont revisités.

 

Même si je suis convaincu des possibilités du "blended learning", en l’état il augmente la quantité de travail. Le temps de travail numérique hors classe est loin d’être pris en compte dans le service des enseignants du secondaire (en tout cas de façon formelle). Là ou l’université est en capacité de déterminer une chaine de la formation en ligne, et d’opérationnaliser les postes, le professeur du secondaire reste encore largement l’homme-orchestre (concepteur, enseignant, ingénieur pédagogique, tuteur).

 

Le "blended learning" en classe -

Premier espace de formation du dispositif. Il est modulable, on peut le concevoir comme un dispositif classique en opérant le choix de transmettre les savoirs frontalement, en instrumenté ou pas. Ou en tentant de développer des méthodes coopératives et / ou collaboratives grâce à la souplesse des fonctionnalités de divers outils numériques.

 

Le "blended learning" hors la classe.

Nœud gordien de cette réflexion pour le secondaire. La longueur du processus de formation, rappelé en introduction (formation étalée sur 9 ans) inscrit en toile de fond la difficulté de l’exercice. Comment trouver une trame commune ? Quels sont les modèles pertinents adaptés aux niveaux de formation. De mon point de vue dans un dispositif hybride, il faut encadrer les élèves pour la partie hors la classe, la mise en ligne de ressources ne se suffit pas à elle même. Il est par conséquent nécessaire de penser, d’organiser cet encadrement hors site , il faut l’expliquer précisément avant tout exercice du genre (je n’évoque pas les besoins en équipement mais ils sont implicites et complexifient d’autant l’analyse). Ce travail hors la classe trouvera sa cohérence, sa viabilité que si l’enseignant peut expliquer précisément aux élèves les enjeux de la construction élaborée. Il me semble que le stade du tutorat peut être difficilement mis en œuvre dans toute son ampleur puisque le professeur est aussi tuteur (or ce sont deux activités différentes)

 

Le blended learning et son organisation formelle -

Un dispositif hybride repose sur la construction d’un cadre technologique. Quels outils faut-il utiliser , quelles sont leurs fonctionnalités ? Il convient de lister les matériels à disposition - Simple à formuler, beaucoup plus difficile à mettre en œuvre. Les établissements scolaires sont gérés à la fois par l’État et les collectivités locales, les situations sont (sur le court terme) forcément hétérogènes. Il appartient aux équipes de calibrer l’existant et d’en déterminer les possibles.

 

L’expérience du C.G des Landes, un collégien, un ordinateur portable- La tablette Apple au conseil général de Corrèze - L’ENT la classe.com dans le département du Rhône - l’ENT Lillie en île de France ...

 

Le "ble

nded learning" est conditionné par la structure architecturale de l’établissement. Comment ont été pensées les salles de cours ? Sont- elles reliées à internet ? y a t-il des salles informatiques ? Comment peut -on y

accéder et selon quelles modalités ? Y a t-il un projet de rénovation de l’établissement ? Si oui comment l’équipe pédagogique et l’équipe de direction peuvent-elles faire des propositions pour associer les représentations architecturales et les représentations pédagogiques ?

 

Le dernier point que je souhaite aborder sont les moyens d’encadrement du travail des élèves hors l’établissement ? J’ai malheureusement peu lu de littérature à ce sujet, je resterai volontairement sur le mode de l’interrogation.

 

  • Comment éviter la fracture numérique au domicile des élèves, sachant que posséder un ordinateur n’est pas suffisant ?
  • Comment vérifier que les dispositifs construits permettent effectivement aux élèves d’apprendre ?
  • Commente expliquer aux élèves les enjeux et comment les motiver ?

 

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