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par Philippe Chavernac (son site) vendredi 19 octobre 2012 -

"Nouveaux supports, nouveaux espaces, nouvelles médiations"

5e Rencontres Savoirs CDI à Rennes (2011)

Les 5e Rencontres de Savoirs CDI se sont tenues à Rennes en octobre 2011. Cet événement a été l’occasion d’une réflexion collective autour d’une problématique intéressante et toujours d’actualité : « Nouveaux supports, nouveaux espaces, nouvelles médiations  ».

 

Chercheurs, inspecteurs, maîtres de conférences et professeurs documentalistes se sont penchés sur les nombreuses questions posées par le programme pour confronter leurs idées et élaborer des éléments de réponse à l’interrogation centrale : « Comment le lieu CDI est-il questionné par ces évolutions ? ».

 

Les discours introductifs des autorités académiques et nationales ont posé un premier cadre : Alexandre Serres a ainsi ouvert ce rendez-vous, et nous avons écouté avec attention Jean-Louis Durpaire (IGEN EVS), Patrick Dion (directeur général du CNDP), Anne Bilak (directrice du CRDP de l’académie de Rennes) et Alexandre Steyer (recteur de l’académie de Rennes). La première journée fut plutôt axée sur le lecteur, l’élève en particulier, sur ses compétences et pratiques, et ce que cela induit naturellement pour les enseignants documentalistes.

 

Le vectorialisme

 

Hervé Le Crosnier (maître de conférences à l’université de Caen) a créé un néologisme : « le vectorialisme », pour conceptualiser une pratique des acteurs du marché de l’Internet qui « capturent » les internautes dans tous leurs besoins. De la lecture du courrier électronique au stockage de photographies en passant par l’écoute de la musique ou l’échange entre amis… Tous les industriels veulent être la seule porte d’entrée pour monétiser leurs annonces publicitaires. L’école, consciente de ces arrières pensées financières, doit bien sûr éviter ces « interférences » économiques.

 

Les compétences du lecteur

 

Quelles sont les compétences du lecteur numérique ? C’est ce que Pierre Fastrez (chercheur belge au Fonds national de la recherche scientifique belge et chargé de cours à l’université catholique de Louvain) a essayé de détailler d’une manière très théorique… Le numérique, en effet, multiplie les compétences nécessaires pour le lecteur, tant au niveau sémantique (contenu) que matériel (interface), avec une « interface de la forme sur la compréhension des contenus ». Pour lui, avec le numérique, la lecture « se fait navigation » et peut être en permanence renouvelée, notamment avec l’introduction des données dynamiques (voir l’exemple datajournalism en anglais).

 

Le « copier/coller » chez les élèves

 

Comment ces compétences sont-elles mises en pratique ? Et comment caractériser les pratiques informationnelles des élèves ? C’est l’objet d’étude de Nicole Boubée (maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Toulouse) qui, dans ses travaux antérieurs, a montré la suprématie de la formulation de requêtes par rapport à la navigation pure et simple tout en pointant les nombreuses difficultés pour les élèves dans la recherche d’information, caractérisées par des requêtes pauvres, mal formulées (même avec l’aide du professeur), une faible évaluation des résultats (toujours l’omniprésence des recherches sur Wikipédia), et un « copier/coller » des résultats. Nicole Boubée conclut sur l’absence de validité du concept de « natif » numérique mais sur le constat d’un nombre important de « naïfs numériques », remisant l’idée reçue selon laquelle les « jeunes » seraient plus aptes à manipuler naturellement les objets numériques qui nous entourent. De la théorie à la pratique, de nombreux ateliers nous ont permis d’appréhender les problèmes sous une forme plus exemplifiée, dont notamment :

 

Le réseau social Twitter

 

Nadia Benyounes (professeur documentaliste à Le Blanc et interlocuteur académique des TICE pour la documentation dans l’académie d’Orléans-Tours) a présenté un exposé sur le réseau social particulier qu’est Twitter. Elle a montré comment y créer un compte, s’abonner à des listes, choisir ses abonnements et, à l’aide de logiciels, gérer ses messages. Elle nous a fait part de son expérience des approches pédagogiques envisageables, tout en soulignant la relative nouveauté de ce réseau dont les applications sont encore à explorer et à imaginer.

 

La médiation documentaire

 

Vincent Liquete (maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’IUFM d’Aquitaine) à son tour s’est interrogé sur la médiation documentaire. Il considère trois types de médiation : interpersonnelle, contextuelle et technique ; et quatre principes : l’effacement, la confrontation des subjectivités, la confiance à la dépendance, et l’accompagnement « médié » par anticipation. Il remarque que nous sommes passés d’une « organisation livresque à des démarches anthropo-centrées ». Pour lui, les mutations, notamment techniques, qui bouleversent la documentation en général et les renouvellements des modes de médiation conduisent aux conclusions suivantes : il faut sortir des « logiques centripètes », de « l’empilement des connaissances », pour imaginer une médiation documentaire qui prenne en compte le temps et l’espace hors de l’établissement scolaire.

 

L’économie de l’attention

 

Alain Giffard (directeur du groupement d’intérêt scientifique « culture-média & numérique ») dans une analyse de l’école et des lectures industrielles, montre que les acteurs du système économique travaillent sur les « traces » laissées par les usagers des nouveaux médias quand ils naviguent sur le réseau internet. Chaque utilisateur a une identité numérique, utilisée par l’industrie des biens culturels... De plus, la multiplicité des informations et données, des interfaces, des réseaux… entraine une surcharge cognitive pour les utilisateurs. Dans ces conditions, Alain Giffard nous invite à repenser notre rôle, et plus généralement le positionnement de l’école, dans les processus d’apprentissage afin d’éviter de « transformer les lecteurs en consommateurs », en utilisateurs de « lectures industrielles ». Il énonce quatre principes d’un guide de conduite : il faudrait d’abord perdre l’illusion d’une forte utilisation de TICE, pour s’astreindre à produire des contenus pour ces mêmes médias, puis reconsidérer l’école comme lieu de la répétition, du temps long, de l’exercice, du travail, pour enfin théoriser sur la lecture numérique.

 

Le livre de demain

 

La seconde journée a débuté par la conférence de Lorenzo Soccavo (chercheur indépendant en prospective du livre et de l’édition) avec pour thème : « La mutation numérique du livre ». Après un bref historique du livre, des incunables à l’iPad, L. Soccavo identifie plusieurs périodes pour s’intéresser particulièrement à ce qu’il appelle la période 1971/2022 : « les e-incunables ou la théorie de la singularité ». Cette période se caractérise par des pratiques fragmentaires, l’ouverture au multimédia que permet la navigation sur le réseau internet, l’échange communautaire grâce aux réseaux sociaux, qui englobe les blogs, le wiki… et le développement de nouveaux outils, supports et espaces. Il nous projette dans l’avenir en nous montrant ce que seront peut-être les appareils de demain et, ces changements entrainant des bouleversements au niveau des acteurs des biens culturels et sociaux, remarque que le monde de l’édition de demain ne ressemblera peut être pas à celui que nous connaissons. Les réseaux sociaux, les moteurs de recherche, les nouveaux diffuseurs, les libraires en ligne, les blogs… s’attaquent au marché économique autrefois réservé à un monde de l’édition structuré entre auteurs, distributeurs (librairies), et éditeurs. Ces nouveaux « entrants » et la numérisation entrainent une « digitalisation » de l’édition avec, pour conséquence, une métamorphose des livres en tant que contenant et une volatilité en tant que contenu. De plus les progrès techniques, dont notamment la réalité augmentée et la 3e dimension, associés à Internet nous amènent à penser une lecture « au-delà du livre ». Nous nous sommes vus projetés, le temps d’une conférence, dans un monde que nous ne connaissons pas encore mais dont nous percevons nettement les prémices.

 

Les tablettes numériques

 

Philippe Chavernac a parlé de l’expérimentation des tablettes numériques dans l’académie de Paris. Après avoir restitué le contexte - deux lycées participants, une société privée (Orange) fournissant le matériel, et le CRDP de Paris s’occupant de l’organisation de cette expérience - les participants ont pu poser de nombreuses questions. L’engouement pour les tablettes relayé par les médias et les industriels et ce nouveau support qui bouleverse notre approche de l’informatique suscite aussi des angoisses. La salle de classe, comme la souligné Jean-Louis Durpaire, n’a pas connu beaucoup de changements et, avec ces appareils, c’est « l’apport de la connaissance sur le pupitre de l’élève, le document est à portée de main ». Le tableau numérique interactif (TNI ou TBI) change la pratique des professeurs et leur permet d’accéder à une multitude de ressources via le manuel numérique « enrichi » ; de même, la tablette s’insère bien sur la table de l’élève et lui apporte des informations. Les avantages sont nombreux : nomadisme, multiple fonctionnalités, encombrement, ressources numériques en temps réel,… mais il reste à l’intégrer dans la pédagogie qui s’appuie sur les programmes officiels.

 

Le CDI de demain

 

Mireille Lamouroux (responsable académique documentation du CRDP de l’académie de Versailles) a développé le concept de Learning center comme carrefour d’apprentissage qui intègre des services et des ressources utiles pour la communauté éducative. Elle s’interroge sur les CDI de demain, à la fois lieu de vie et lieu de ressources essentiellement numériques. Le support numérique est plus qu’un support et permet un apprentissage « horizontal », en classe et hors établissement. Les professeurs doivent adopter une pédagogie active. J.-J. Pelle (directeur de l’éducation au conseil général du Finistère), après avoir rappelé son parcours, nous a expliqué les préoccupations des collectivités territoriales en matière d’éducation, notamment dans son département.

 

Enfin J.-L. Durpaire (inspecteur général de l’Education nationale, groupe EVS) nous a rappelé les grands axes de l’éducation et en particulier de se recentrer sur le système éducatif et de s’appuyer sur les programmes. Pour lui les nouveaux outils bouleversent le monde de l’école, l’innovation est un moteur et les outils nomades une révolution. Il nous suggère aussi de « penser » les lieux et en particulier le « hors classe », le CDI comme un lieu d’apprentissage, de culture, et d’ouverture. Il faut faire preuve d’imagination et de créativité, en intégrant le numérique, notamment en ce qui concerne les politiques d’acquisition. Alexandre Serres a conclu ces 5e Rencontres Savoirs CDI en mettant l’accent sur les pratiques informationnelles : connaitre, comprendre et analyser. Et en nous exhortant à réfléchir sur nos actes pédagogiques, leurs finalités éducatives, afin de former à l’esprit critique.

 

Philippe CHAVERNAC Professeur documentaliste LP Gustave Ferrié - Paris

Ajouter que les enregistrements vidéo et audio sont disponibles sur le site de Savoirs CDI : http://www.cndp.fr/savoirscdi/la-li...


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