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par Luc Renaud (son site) mercredi 20 juin 2012 -

L’emploi du blogue comme webfolio en langue seconde

Croissance personnelle et intégration : du récit de vie à la réflexion sur la pratique
Les professeurs de langue seconde aux adultes savent parfaitement qu’ils vivent une relation pédagogique de nature singulière : leurs étudiants sont invités à parler d’eux-mêmes, de leurs rêves, de leurs ambitions, etc., et à raconter des expériences vécues signifiantes. Tout cela comme prétexte à l’acquisition de compétences associées à des intentions de communication à travers des thématiques de la vie courante. Qui plus est, ce processus de réflexion a souvent lieu dans un contexte de relations interpersonnelles qui génèrent des alliances et des amitiés dans une forme de huis clos, comme j’ai voulu le démontrer il y a plusieurs années dans mon mémoire de maîtrise.
 
Une classe de L2 devient donc un milieu de vie propice au développement d’un outil de métacognition d’une grande valeur : le webfolio. Dans le présent article, je vous en propose une définition qui vise le développement de compétences en lien avec les aspirations profondes de la personne, avant de me pencher sur une démarche de réflexion métacognitive et sur le rôle du blogue, vu comme un moyen de réseautage exemplaire.

1. Une vision du webfolio au service de la réalisation de ses rêves

À la base, le portfolio électronique en langue constitue un répertoire des meilleures réalisations orales et écrites d’un étudiant et a pour but de susciter une réflexion sur le cheminement suivi, d’attribuer une note finale au travail accompli et de poser un verdict quant à la poursuite des études... Une vision nettement insuffisante, à mon avis, compte tenu du potentiel énorme de l’expérience humaine dont il est supposément le reflet.
 
- de l’outil d’évaluation à l’expérience de croissance personnelle
 
L’instrument électronique amène l’étudiant à prendre une part plus active à son apprentissage, à cibler ce qui a de la valeur pour lui et, éventuellement, à se doter d’objectifs de carrière en lien avec ses aspirations personnelles. Accessible sur le Web, il lui permet de se faire connaître d’employeurs intéressés à des personnes possédant le T-Shape requis pour les besoins de l’entreprise.
 
Ce simple outil d’évaluation peut en fait se révéler des plus riches s’il tient compte autant des apprentissages en situation formelle et informelle de l’étudiant que des expériences de travail rémunéré ou non de celui-ci. L’organisation du webfolio dans un tel contexte comprendra des rubriques qui tiendront compte des aspects suivants de la vie : 1) le domaine personnel et social, incluant les loisirs, 2) les stratégies d’apprentissage et les progrès scolaires et 3) le développement professionnel. Le premier point peut surprendre. À la Télé-Université (Téluq), Yanick Deschênes, par exemple, avait raconté combien la pratique du tennis de haut niveau lui avait permis de développer des savoir-être essentiels dans sa vie professionnelle. Il en va de même d’une femme au foyer qui aura acquis de grandes qualités tant en matière de gestion financière que de gestion humaine. Bref, toute expérience de vie compte réellement.
 
Pour en tirer profit en L2, je suggère une démarche de réflexion métacognitive en lien avec les intentions de communication propres à ce domaine d’études, lesquelles correspondent également à des stratégies cognitives : (s’) informer, énumérer, décrire, (se) raconter, expliquer un phénomène ou une procédure, forger et donner des opinions, constituer un argumentaire et argumenter, concevoir un projet et l’exposer de manière détaillée, etc.
 
On constatera que ces habiletés s’inscrivent dans un continuum progressif en matière de compétence en L2, ce qui me semble particulièrement utile pour passer d’un récit de vie à des exercices de réflexion sur la pratique, les deux étapes d’une démarche de réflexion métacognitive.

2. Passer de la théorie à la pratique

Le webfolio nécessite la collecte d’informations de nature qui peut être assez variée. De fait, l’étudiant est confronté à deux grandes catégories d’artefacts : ceux qui lui sont remis et le fruit de son propre labeur (des intrants et des extrants.)
 
Parmi les intrants, on compte des tâches scolaires obligatoires, des questionnaires sur la personnalité, les styles d’apprentissage, des études de cas, une photo ou une vidéo prise par un ami, une récompense inattendue, une médaille, des hommages, des lettres d’appui, etc. Chacun d’entre nous a un petit coffre de souvenirs qui nous porte à réfléchir ou à nous attendrir quelques instants à la pensée d’événements marquants. Les objets qui y sont rassemblés peuvent être reproduits dans un format accessible sur le Web. À ces signes provenant de l’externe, l’étudiant peut être appelé à produire ses propres artefacts : des photos, des vidéos, des animations, du texte, etc. En L2, il s’agit souvent de document en soutien à un exposé oral ou écrit personnel.
 
Mais pour réellement apprendre de ces objets, je propose une démarche de réflexion en deux étapes : le récit de vie et la réflexion sur la pratique.
 
Le récit de vie et la réflexion sur la pratique
 
À un niveau peu avancé en L2, un ensemble de plusieurs énoncés simples permet la création d’un discours significatif ; alors est-il opportun de proposer à l’étudiant d’améliorer ses compétences en observation de divers aspects de sa vie personnelle, sociale et professionnelle et de produire sur eux des récits aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Cette tâche lui permettra principalement d’exercer ses habiletés à : énumérer, informer, décrire et raconter des événements, etc., et ouvrira la voie à une réflexion de deuxième niveau.
 
En effet, la constitution de tels récits devrait coïncider avec des améliorations substantielles sur le plan de l’expression personnelle et en communication. Ainsi amènera-t-on l’étudiant d’un niveau plus avancé en L2 à jeter un regard métacognitif sur ses réalisations antérieures en vue de : donner des opinions, formuler des hypothèses, développer des argumentations, etc. ; bref, de démontrer une bonne connaissance de ses aspirations et des stratégies déployées pour arriver à ses fins. 
 
Ainsi l’étudiant en arrivera-t-il à la formulation de projets bien éclairés par les apprentissages tirés des expériences et à posséder de meilleurs savoirs nécessaires à leur réalisation.

3. Le rôle du blogue dans la confection du webfolio

Tout cet exercice peut prendre la forme du scrapbook, conservé bien au chaud dans un tiroir secret. Et, de fait, des éléments de réflexion demeureront certainement confidentiels. Toutefois, le webfolio sous forme de blogue comprend deux avantages indéniables, particulièment pour des étudiants adultes immigrants. D’une part, il favorise les échanges avec des gens aux prises avec des interrogations ou un vécu similaire, ce qui facilite le réseautage. D’autre part, la formulation claire des aspirations personnelles et d’objectifs de carrière précis peut permettre l’établissement de relations professionnelles de qualité, entre des gens partageant les mêmes passions et une vision du monde compatible.
 
Les rubriques du blogue devront toutefois être identifiées de manière non équivoque, chacune d’entre elles comprenant une brève introduction. Je suggère les trois catégories suivantes : vie personnelle et sociale, apprentissage formel et informel, et activité professionnelle. Le blogue devrait également comprendre au moins deux pages distinctes de façon à bien distinguer le processus de réflexion des bilans et des projets mis à la disposition d’un lecteur collaborateur ou futur employeur.
 
Conclusion
 
Une classe de L2 est un terrain propice au développement d’une relation éducative de nature pédagogique, mais aussi interpersonnelle à l’intérieur de laquelle peut se déployer un processus de croissance personnelle. C’est du moins ce que mon mémoire de maîtrise a tenté de démontrer, et ce que j’ai essayé de favoriser chez mes étudiants. Il s’agit concrètement d’un endroit où foisonnent de multiples échanges de récits de vie ou de pratique dus à la fois aux thématiques abordées dans les cours et aux intentions de communication impliquées dans les scénarios d’apprentissage.
 
Dans ce contexte, il me semble intéressant de pousser l’expérience plus loin, de permettre aux étudiants d’approfondir leur réflexion dans un webfolio par la tenue d’un blogue, de sorte qu’ils puissent faire preuve d’une autonomie réelle, c’est-à-dire qui les conduise sur la voie de la réalisation de leurs aspirations les plus profondes.
 
Texte : Luc Renaud, M.A. Sciences de l’éducation
 
Références
 
Berthiaume R. et Peters M. Webfolio : guide de l’étudiant, Université du Québec à Montréal
 
Morin A. et Renaud, L. (2002) La recherche narrative au service de la recherche-action intégrale systémique : un apprentissage adulte réussi, dans Chemins de formation. Au fil du temps… Numéro 4
 
Renaud, L. (2012) Des applications pédagogiques du blogue, dans Educavox
 
Renaud, L. (2000)Modèle de communication éducative d’un environnement pédagogique informatisé (EPI) pour faciliter le passage de l’émigration à l’immigration, Département d’études en éducation et d’administration de l’éducation. Faculté des sciences de l’éducation. En version Web
 
Renaud, L (2011) L’apprentissage d’une langue (première partie) : de l’école à l’autoformation, dans Le blogue de Luc R
 
Renaud, L (2011) L’apprentissage d’une langue (deuxième partie) : les langues secondes et l’intercompréhension, dans Le blogue de Luc R
 
Renaud, L. (2011) Le récit de vie au service de l’apprentissage , dans Le blogue de Luc R
 
Téluq (2012) Yanik Deschênes, vice-président aux communications mondiales chez Sid Lee ; L’avenir des communications : blanc ou noir ?Pour la Soirée des grands communicateurs
 
Université Laval (2012) Pourquoi remplir ton webfolio ?

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