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par Luc Renaud (son site) lundi 30 juillet 2012 - 2 réactions |

Les héros et super-héros dans la formation aux médias en L2

Analyse de contenu et scénario pédagogique
Jeu électronique, télé, cinéma, etc. ; chacun exerce un attrait sur des millers ou des millions d’amateurs beaucoup grâce à des héros ou des super héros qui permettent de rêver ou de se projeter dans une vie idéalisée. Dans ce contexte, un pan entier d’une formation aux médias comprend deux grands axes : une analyse de contenu portant entre autres sur la nature de personnages hors du commun et la création d’un scénario d’apprentissage qui permet de mieux en comprendre les valeurs et le sens des actions d’un point de vue politique, économique et social. Cet exercice peut aussi servir de prétexte à une réflexion sur soi dans la perspecive de changements personnels, qu’il est même possible de réaliser dans le cadre d’une formation en langue seconde (L2).
 
 
Premier axe : vers une analyse de contenus impliquant les héros et super héros
 
 
Peu importe le média qui présente le héros ou le super héros, il importe de se doter d’une vision claire de l’éventail de ceux-ci et de leur impact sur la personnalité et les comportements.
 

- Les réactions excessives et un cadre de réflexion sur les médias

 

Des réactions jugées excessives dans la population peuvent traduire des malaises et soulever des questionnements relatifs à la santé mentale et à des facteurs d’influence de nature socioéconomique. Il en va ainsi de la récente tuerie au Colorado (1) lors du lancement de L’ascension du chevalier noir (2) ou encore de ces gens qui déambulent dans les quartiers malfamés de certaines villes du monde en se prenant pour de réels justiciers. Bien que se situant dans une portion extrême et nettement minoritaire de la courbe normale, ces types de comportements pourraient guider la création de questionnaires sur les valeurs, la pauvreté, la psychologie, l’état de la civilisation, etc.
 
À l’opposé de la violence mentionnée ci-dessus, d’autres amateurs de héros et de super héros se laissent plutôt bercer par une atmosphère fantaisiste et sympathique, et remplissent les files d’attente des congrès Comiccon (3 et 4), Otacuthon (5), etc., vêtus des attributs de leurs personnages préférés. Plusieurs constituent en fait des encyclopédies vivantes sur les bandes dessinées (6) et les dessins animés. Il y aurait lieu dans ce cas de questionner sérieusement l’étendue et la précision de ce savoir, sachant que des fans font preuve d’ingéniosité dans la confection d’accessoires susceptibles de rendre jaloux les Spielberg, Lucas ou Stan Lee.
 

- Vers un usage éducatif des héros et super héros

 

Ces quelques exemples illustrent bien des besoins de rêver et de se transposer dans un monde idéalisé (7) ; à défaut, diront certains, de savoir apprécier sa propre vie, ou, plus positivement, afin de cultiver une passion. Les travaux de Benjamin Devienne (8) sur les jeux vidéos et le comportement humain vont plus loin encore. Le chercheur affirme que le monde virtuel peut contribuer de façon positive au développement de la personnalité, de rapports interpersonnels et à la prise de bonnes décisions en contexte d’urgence ou de catastrophes humanitaires. De tels résultats alimentent bien des argumentaires militant en faveur du jeu sérieux en éducation.
 
Convaincus d’un impact positif des médias sur les gens, des protagonistes de la télé éducative comme monsieur Marc Grenier de Fondation Lory (9) cherchent à développer des héros présentant des modèles de vie saine à des enfants. Rappelons que Fondation Lory est à la recherche de collarateurs dans la poursuite de cette œuvre amorcée il y a une dizaine d’années. Avis aux experts en éducation intéressés. En ce qui concerne les adultes, des penseurs et des artistes comme la conférencière Ariane Cloutier (10) invitent les gens à réfléchir sur les qualités de leurs héros personnels dans une perspective de cheminement de vie. Si certains amateurs s’intéressent à des pouvoirs surnaturels, d’autres s’inspirent plutôt de héros de la vie quotidienne. Ainsi existe-t-il une multiplicité de personnages pour répondre à un éventail considérable de clientèles, à la grande joie sans doute de l’industrie cinématographique ou des concepteurs de jeux électroniques.
 
Certains se considèrent peut-être comme leur propre héros…
 
 
Deuxième axe : quelques paramètres d’un scénario pédagogique sur le héros et le super héros
 
 
 
Vu l’ampleur du phénomène, deux questions se posent alors. Doit-on contrôler l’accès aux médias pour éviter d’éventuelles tueries ? Et plus pratiquement pédagogique : De quelle façon peut-on exploiter le concept de héros et de super héros en apprentissage ? Sans entrer dans le détail, je crois bien que ces deux questions de base peuvent alimenter une activité de communication dans le cadre d’une formation aux médias. Celle-ci peut viser le développement d’un sens critique chez de jeunes apprenants, contribuer à une réflexion sur soi dans une perspective de changement personnel et s’inscrire ou non dans le cadre d’une formation en langue seconde (L2). 
 

- Quelques paramètres de base du scénario pédagogique

 

 
Dans ce contexte, il me semble important d’appliquer une grille d’analyse qualitative des personnages et des actions posées par des héros ou super héros de jeux électroniques, d’émissions de télé et de films avant même l’élaboration d’un scénario pédagogique. À moins d’éduquer un apprenant à l’usage d’une telle grille d’analyse en vue de lui permettre d’opter pour le document de son choix dans le cadre d’une démarche davantage en autoformation.
 
Peu importe que l’on inscrive le scénario pédagogique dans une formule pédagogique ouverte, hybride ou directive (11), l’apprenant sera invité à formuler un compte-rendu de son étude.
 
Personnellement, je privilégie une approche comprenant les étapes suivantes :
 
  • choisir un média et des héros à partir d’une grille d’analyse ontologique ou socioéconomique ;
  • faire une réflexion personnelle à l’aide d’un questionnaire dont le contenu varie selon la finalité du projet éducatif. Formation aux médias : Quelles sont les valeurs socioéconomiques et culturelles véhiculées ? Qui finance le produit ? Quel comportement est attendu du spectateur-consommateur ? Que symbolisent les gestes ou les situations exagérées ? etc. Croissance personnelle : Pourquoi avoir fait ce choix de média et de personnages ? Quelles sont les qualités appréciées chez le héros ? Quelle est la part de réel et d’imaginaire ?, etc. 
  • partager cette réflexion dans une équipe dont les membres sont réunis en présentiel ou à distance par le biais d’une plateforme collaborative ou de logiciels sociaux.
 
Une fois ce travail d’analyse, de réflexion et de discussion réalisé, il me semble intéressant de demander aux apprenants de procéder à une étape de création collective qui peut prendre la forme d’un vidéoclip : inventer un scénario, y incluant des héros à jouer en suivant des règles théâtrales (12), filmer le tout et en faire un montage en vue d’une diffusion sur Internet (13). Pour conclure, l’apprenant est encouragé à tenir un journal de bord l’amenant à réfléchir, entre autres, sur les écarts entre la fiction et la réalité pour ainsi cultiver son esprit critique.
 
Conclusion
 
Je crois que l’on peut affirmer sans trop se tromper que les héros et super héros présentés dans les médias ont un impact sur le spectateur, mais que le comportement en cause revêt globalement des formes extrêmement variées. Si, dans de rares cas, la résultante en est une tragédie ou une marque de maladie mentale, comme le montre la triste tuerie dans le Colorado, de nombreuses dimensions des personnages extraordinaires font de ces derniers d’excellents instruments d’une formation aux médias pouvant s’inscrire dans un contexte de croissance personnelle ou d’activités de communication en L2.
 
Il me semble conséquemment beaucoup plus opportun d’exploiter le concept de héros et de super héros à l’intérieur de scénarios d’apprentissage constructifs plutôt que d’en exercer un contrôle coercitif (14). Après tout, ils sont le fruit d’une imagination qui peut traduire des désirs nobles ou à tout le moins nous éclairer sur l’état de la civilisation humaine.
 
Texte : Luc Renaud, M.A. Sciences de l’éducation
Dessin : Julie Renaud
 
Références
  1. La tuerie au Colorado
  2. La suite de Batman 
  3. Renaud, L. (2011) Comiccon 2011 : entre la fête collective et la fantaisie
  4. Renaud, L. (2011) Le Comiccon 2011, vraiment du show-business
  5. Otakuthon2012
  6. Renaud, L. (2011) Gribeault : un jeune bédéiste se construit un avenir
  7. Renaud, L. (2011) La dualité identitaire payante de Buffy à Batman
  8. Renaud, L. (2012) Le jeu éducatif en langues secondes
  9. Renaud, L. (2012) Fondation Lory : La télé et la webtélé pour le sain développement dès le bas âge
  10. Renaud, L. (2012) Des projets éducatifs et le livre numérique en langue seconde
  11. Renaud, L. (2012) Baladodiffusion, réalité augmentée, etc : la mort des salles de classe ?
  12. Renaud, L. (2012) Cinéma et théâtre : Les TIC et l’apprentissage en autoformation
  13. Renaud, L. (2012) Le gala Clip ton 514 démontre que la relève du 7e art se porte bien, dans Le blogue de Luc R
  14. Renaud, L. (2012) Du petit écran au multimédia interactif dès le bas âge ? Bien sûr !
 
Réactions à la vidéo
  • par Régis M. (xxx.xxx.xxx.148) 1er août 2012 12:33

    Malgré ses précédents articles, je trouve dommage que le sujet traité semble étranger à l’auteur qui ne relaie pas non plus le point de vue des passionnés. L’auteur se prend les pieds dans des interrogations détestables que l’on aimerait voir disparaître, un amalgame simpliste de culture audiovisuelle et vidéoludique avec la violence de quelques déséquilibrés. « Doit-on contrôler l’accès aux médias pour éviter d’éventuelles tueries. » Ou encore « la résultante en est une tragédie ou une marque de maladie mentale ». Permettez-moi de douter sérieusement de la responsabilité des super-héros et de leurs créateurs dans cette tuerie. Si un passionné de tricot assassinait sa famille à coup d’aiguille, penseriez-vous que le tricot serait porteur de facteurs de risque ? Allons-y franchement : si le tueur était homosexuel, ou juif, vous ne pointeriez pas aussi facilement ces caractéristiques du doigt parce que la loi vous le défend (et avant elle votre sens moral que je ne remets pas en question). Pourquoi le faites-vous aussi facilement avec les jeux vidéo, bandes dessinées ou séries télé pour lesquels vous n’avez pourtant pas d’aversion. Vous ne pouvez expliquer un geste désespéré d’une manière aussi grossière et fausse, ni même suggérer un quelconque lien de cause à effet. Où est passée votre rigueur scientifique ?


    Ceci étant dit, les concepteurs d’un scénario pédagogique puisant dans cette culture devraient consulter un passionné pour le valider ou laisser les jeunes suffisamment libres. Les super-héros porteurs de valeurs positives créés par des marketeurs ou des pédagogues sont généralement rejetés par ceux à qui ils sont destinés lorsque leurs créateurs n’ont pas compris ce qui était captivant en eux. Il y a beaucoup d’exemples de super-héros écologistes (Captain Planet) ou de jeux vidéo éducatifs oubliant la notion de plaisir (on ne dit plus jeu électronique depuis 30 ans, soit dit en passant) tombés dans l’oubli ou la moquerie kitsch. Dans tous les cas, l’objectif n’est pas atteint (et souvent pas évalué). Essayez d’abord de comprendre réellement l’intérêt que portent les fans pour ces personnages et univers avant de tenter d’en créer ou d’en utiliser. Ca me semble être le premier conseil à donner. 

    • (xxx.xxx.xxx.154) 6 août 2012 05:39

      1- En ce qui a trait à la partie du texte où je fais référence aux passionnés de super-héros, j’emploie des expressions comme "encyclopédies vivantes" et je valorise la qualité de leurs apprentissages ;

      2- En ce qui concerne les liens que je fais entre eux et la santé mentale : a) je parle de perception que pourrait avoir le public, b) d’impact très minoritaire, refusant justement de tomber dans le piège de l’escalade ; c) je fais référence à ceux qui se prennent pour de vrais justiciers (phénomène qui existe et qui a intéressé des psychologues ;

      3- En ce qui a trait aux impacts négatifs de la violence vue dans les médias et des héros positifs, je pourrais citer de très nombreuses études en bien et en mal ; je cite d’ailleurs un exemple de héros positif avec les travaux de M. Marc Grenier et Fondation Lory (à la recherche de spécialistes en éducation, si vous êtes intéressé...

      4- En ce qui concerne les questions que l’on souhaite voir disparaître ; je crois qu’il vaut mieux au contraire y répondre pour éviter de faire l’autruche et surtout éviter, comme je le mentionne, que des mesures inutilement coercitives soient prises par des bureaux de censure, etc.

      5- En ce qui concerne les scénarios d’application pédagogique, des milliers différents peuvent être créés ; les miens sont aussi valables que ceux d’autres.

      etc. etc. etc.


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