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par Luc Renaud (son site) samedi 31 mars 2012 -

Pour un regard moderne sur l’autoformation en langues secondes

La virtualité au service de l’authenticité des situations d’apprentissage et de l’immersion en autoformation

Les TIC ont modernisé l’apprentissage des langues secondes en offrant une panoplie de moyens efficaces à l’école et aux étudiants autodidactes. Je me propose ici de vous montrer de quelle manière des innovations peuvent faciliter l’application pédagogique de quelques principes d’apprentissage de base, soit : l’authenticité des situations d’apprentissage et l’immersion ; et l’autoformation, incluant l’autodidaxie et la communication. Un bref recul historique nous fera ressentir l’ampleur du changement.

 

1-Perspective historique

 

Au cours des années précédant le nouveau millénaire, l’apprentissage d’une langue seconde se faisait principalement par le biais de cours, de méthodes audiovisuelles, de stages d’immersion ou d’autres formes de plongées dans la vraie vie. Je me rappelle, entre autres, avoir personnellement entretenu une correspondance avec plus d’une centaine d’amis répartis principalement en Amérique latine et en Europe afin de me créer un contexte signifiant pour apprendre l’espagnol et des rudiments de l’allemand et, surtout, attribuer une finalité à mon acte de correspondance : apprendre une langue pour communiquer.

 

L’authenticité dans une situation d’apprentissage constituait pour moi une source de motivation fondamentale.

 

Pourtant, la gestion de cette activité d’échange nécessitait un budget relativement élevé pour l’achat de fourniture : méthodes de langues, papier, enveloppes, timbres-poste, cartes postales et albums photo. Bien entendu, la correspondance demeurait un mode de communication asynchrone, avec d’importants délais, et reposait exclusivement sur l’écrit, ce qui réservait l’activité aux seules personnes voyantes. Il était peu probable que mes correspondants se connaissent entre eux, limitant ainsi l’échange à une dimension bidirectionnelle.

 

2 - La révolution numérique et l’apprentissage des langues

 

D’un coup, l’ère numérique fait exploser ce système, qui s’ouvre et s’enrichit grâce à la mise en œuvre d’une multitude de cours de langues ou de banques d’exercices en ligne, des logiciels sociaux comme Facebook, ou Skype et, bien entendu, l’avènement de l’appareil-photo numérique qui permet de diversifier les modes de communication. Ce progrès contribue à mieux opérationnaliser les principes d’apprentissage mentionnés, soit : l’authenticité des situations d’apprentissage et l’immersion ; et l’autoformation, incluant l’autodidaxie et la communication.

 

2.1- L’authenticité des situations d’apprentissage et l’immersion

 

Paradoxalement, le règne du monde virtuel se traduit par le renforcement et la diversification des situations d’apprentissage authentiques. Internet redéfinit le rôle des laboratoires de langues plongeant les étudiants dans des univers culturels réels (REAL, 2011). En 2004, Magali Lemeunier-Quéré élaborait une typologie en six e-documents authentiques provenant du Web : 1) purement authentique ou moment de vie courante, 2) d’origine médiatique, 3) interpersonnel simultané, 4) interpersonnel différé, 5) personnel voire intime, mais ouvert et différé et 6) vécu par simulation globale.

 

Les modes de transmission de ces e-documents sont : les vidéos en ligne ou sous forme de podcasts, les clavardages, les forums, les blogues et les mondes d’immersion ou de réalité virtuelle. Au cours des dernières années, la réalité augmentée (Mathias Ervyn, 2011) formule de nouvelles promesses au monde de l’éducation, offrant éventuellement la possibilité de quérir des informations culturelles sur un lieu visité en y pointant un simple téléphone…

 

Cette diversification de moyens couvre l’ensemble des besoins en matière d’habiletés langagières. Aux efforts de compréhensions et de productions écrites de la correspondance traditionnelle, l’étudiant bénéficie d’outils performants pour l’acquisition de compétences en interactions écrites, et surtout en interaction orale. Bref, la table est mise pour quiconque souhaite se créer un milieu d’apprentissage immersif.

 

Si les TIC libèrent l’étudiant de contraintes d’espace et de temps, elles jouent aussi un rôle essentiel à l’inclusion des personnes handicapées. Les personnes malvoyantes disposent de logiciels de lecture d’écran, comme Jaws, qui leur donnent accès aux textes du Web en .PDF ou en .HTML, moyennant le respect de règles d’accessibilité de la part des créateurs des sites, alors que les personnes tétraplégiques disposent d’une licorne leur donnant droit aux mêmes ressources éducatives qu’à tous. Une banque de livres audio s’enrichit de jour en jour et se consulte aussi bien à l’ordinateur qu’en baladodiffusion (Renaud, L. 2012). Ainsi, une simple attente dans une file se transforme en activité d’apprentissage.

 

2.2- L’autoformation, incluant l’autodidaxie et la communication

 

La création d’un milieu immersif virtuel efficace nécessite des stratégies d’autoformation et des dispositifs éducatifs qui tiennent compte des besoins individuels et sociaux de la personne. Il est bien entendu possible de se procurer des logiciels éducatifs dédiés à l’apprentissage d’une langue seconde et de rassembler une multitude d’outils d’aide comme des dictionnaires et des conjugueurs en ligne dans le cadre d’un apprentissage purement autodidacte. Des stratégies comme la recherche d’informations et l’accomplissement d’exercices sont alors mises à contribution.

 

Ce modèle d’apprentissage correspond à dupliquer les tâches souvent accomplies dans un laboratoire de langues ou pendant la période des devoirs à la maison et risque d’en décourager plus d’un. À mon avis, il lui manque la valeur de l’authenticité et de l’immersion présentée précédemment ; le sens de l’apprentissage d’une langue, soit le plaisir de communiquer et d’œuvrer sur des projets en collaboration.

 

En plus des logiciels sociaux de type grand public comme Facebook, Twitter ou les blogues ; trois types d’environnement collaboratif répondent à ce besoin : 1) les logiciels de jumelage linguistique, 2) les communautés d’apprentissage et 3) les environnements de soutien à l’apprentissage ; en voici quelques exemples :

 

1. Les logiciels de jumelage linguistique.

 

Certains comme MyExchangeLanguage.com offrent la possibilité de trouver un correspondant ; d’autres comme Polyglotclub.com iront jusqu’à procéder à l’organisation de soirées de rencontres réelles dans un bar de Paris sur une base hebdomadaire ; Lexxing.com offre les mêmes outils que Facebook, mais s’adresse spécifiquement aux personnes intéressées par l’apprentissage d’une langue seconde ;

 

2. Les communautés d’apprentissage.

 

Des logiciels de communication sont conçus de telle façon que des étudiants assument le rôle de professeur en y déposant du matériel pédagogique de leur cru, qui servira à d’autres. C’est le cas notamment de Livemocha.com ; d’un fonctionnement différent, 12speak.com s’apparente davantage à une formation en ligne offrant des exercices et des jeux et l’encadrement pédagogique d’un tuteur ;

 

3. Les environnements de soutien à l’apprentissage.

 

Beebac.com est une communauté qui vise à accompagner des élèves tout au long de leur vie scolaire dès l’âge du secondaire. Des enseignants peuvent y déposer du contenu de cours, les élèves des travaux, des références, des conseils, etc. Les parents et tout professionnel de l’éducation peuvent y apporter du soutien par la création de groupes de travail.

 

Conclusion

Je crois que le succès dans l’apprentissage d’une langue seconde repose sur de bonnes stratégies d’apprentissage découlant de l’autoformation et de la collaboration. Le progrès technologique nous donne les moyens de réaliser ces ambitions. Mais toutes les ressources du Web ne me paraissent pas forcément des plus heureuses sur le plan pédagogique.

 

Par exemple, Duolingo.com (Renaud, L. 2012) est un environnement d’apprentissage de langues secondes visant la traduction du Web par des étudiants en langues. Vu sous cet angle, la méthode s’inscrit carrément à contre-courant des approches communicatives et par compétences (Beacco, J., 2007) largement répandues aussi bien dans la formation en classe qu’à distance, en plus de couvrir uniquement et partiellement l’habileté de compréhension écrite. Je suggère à cette équipe la formation d’une alliance tripartite avec des enseignants et des informaticiens qui, dans l’esprit de l’Open Source, pourraient transformer le Web en formations complexes incluant des périodes de jumelage linguistique. En échange de ce solide encadrement pédagogique gratuit, les étudiants se verraient par contrat moral dans l’obligation de procéder à divers exercices de traduction de pages Web.

 

Ainsi inscririons-nous l’apprentissage des langues non seulement dans une perspective de communication, mais aussi dans la création d’un projet socioconstructiviste planétaire.

 

Je me sens bien loin de mes lettres à la poste des années ’90.

 

Texte : Luc Renaud, M.A. Sciences de l’éducation

 

Référence

 

Logiciels et livres audio :


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