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Francois MULLER travaille au Département Recherche Développement Innovation Expérimentation du MENESR au sein de la DGESCO. Il est avec son équipe l'initiateur des journées de l'innovation qui chaque année depuis 7 ans valorisent la capacité de Recherche et d'Innovation du système Educatif en sélectionnant les projets d'équipes particulièrement engagées dans les grands domaines de la Refondation de l'école .

L'expérience de notre équipe c'est que l'innovation ce n'est pas du nouveau c'est du durable .

Affirme Françoi MULLER, également l'auteur d'un livre qui vient de paraître , véritable "compagnon de travail" des enseignants avec qui échanger tout au long de sa formation et de sa vie professionnelle : Des enseignants qui apprennent ce sont des élèves qui réussissent .

Dans cet entretien Francois MULLER s'appuyant sur les acquis de la DRDIE, qui émerge en 2010 avec la reconfiguration de la DGESCO au ministère de l'Education nationale, rappelle comment au sein d'une communauté qui s'élargit au fil des années ce Département a pu accompagner des équipes localement pour qu'elles puissent produire des choses de très grande valeur au niveau national.

L'intérêt de ces journées, dit-il, c'est de renforcer le capital intellectuel et professionnel d'enseignants et d'équipes qui sont en train de transformer l'école par leur pratique .

 

La Recherche & Développement au ministère de l'Education Nationale

Certains comme Francois TADDEI se sont étonnés que ce grand ministère ne disposait pas véritablement comme c'est le cas pour la Santé de larges moyens dévolus à la Recherche & Développement.

François MULLER retourne la question : Pourquoi n'y aurait il pas de Recherche & Développement au sein d'un ministère et particulièrement celui de l'Education Nationale comme dans n'importe quelle organisation, privée, publique, industrielle, intellectuelle, peu importe, pour améliorer son efficacité ?

Nous sommes une organisation nationale publique qui emploie 1 million de personnels intervenant auprès de 13 millions d'élèves. Sommes nous hors du temps et hors du monde ? C'est incompréhensible ! S'étonne François MULLER

On a trop diffèré la R&D dans l'éducation nationale. Elle s'impose aujourd'hui d'autant plus que les évolutions sont nécessaires et complexes. Les enseignants d'aujourd'hui ne sont plus les élèves de Jules Ferry. Il y a un travail de veille et d'appui attentif sur ce qu'il se passe, sur ce qui bouleverse et transforme l'école. La R&D c'est beaucoup d'écoute, beaucoup d'attention, beaucoup de repérage .. c'est un travail archéologique.

Pourquoi des enseignants qui apprennent ce sont des élèves qui réussissent ?

Des enseignants qui apprennent ensemble, qui apprennent sur eux mêmes, qui apprennent sur la façon d'apprendre des élèves, cela inscrit un processus très dynamique.

Plus les enseignants s'investissent dans leur travail, plus ils sont sensibles aux effets de leurs travaux sur les élèves , plus ils focalisent sur les élèves, plus ils se mettent en situation d'apprendre de nouvelles façons de faire ensemble et d'expérimenter.

Ce processus a été repèré par l'expérience de plusieurs milliers d'équipes recensées et documentées. La Recherche dispose là d'un capital de travaux particulièrement intéressants.

Ces expériences permettent enfin de reconstruire ensemble le métier d'enseignant mais également tous les métiers de l'éducation par l'analyse clinique, par la co-observation, par la mise en réseau et la coopération en particulier avec les Recherches françaises et internationales.

Le travail que nous avons fait affirme François MULLER, c'est une connexion à la communauté internationale de la Recherche qui dit la même chose : le développement professionnel c'est la clef de la réussite des élèves

Mais si les enseignants apprennent entre pairs, la mission de l'institution consiste alors à faciliter, à permettre..

L'organisation scolaire est encore héritée du XIX Siècle, elle est encore plutot tayloriste.
On peut prendre l'exemple de l'emploi du temps en établissement très segmenté qui émiette le travail. Il manque de souplesse et ne permet pas que les gens se rencontrent.
Or on sait que le développement professionnel n'est pas rapporté à l'individu ; il a une dimension très collective et très coopérative. On apprend par, pour et avec les autres.

L'enjeu du collectif c'est d'abord de partager les questions sans réponse en particulier avec d'autres personnes, expertes comme des chercheurs ou pas , pour chercher ensemble les bonnes réponses. On n'utilise pas la Recherche pour des gens qui savent mais plutôt pour des gens qui cherchent. En aidant les professionnels à partir de leurs questions et non pas forcément à partir des questions de la Recherche. L'apprentissage entre pairs se conçoit donc avec des regards variés, des points de vue qu'il faut confronter ; cela permet de progresser. C'est à l'institution de créer, de faciliter un écosystème plus ouvert plus communiquant plus interconnecté.

Que disent la Mission TADDEI et le rapport du CNIRE ?

Il y a convergence entre les deux rapports qui viennent de sortir, celui de la mission Taddei et celui du CNIRE. C'est comme une monnaie avec la face et son revers, c'est le même monde, la même nature mais regardée sous des angles différents.

Le CNIRE est très centré sur les conditions de la réussite de tous les élèves . Il propose des réponses à la question : Que faut il changer ou améliorer pour que des collectifs d'enseignants puissent approfondir leur propre développement professionnel ?

La mission Taddei adresse un message à la Recherche : prenez appui sur la question de l'apprendre des élèves et aidez les professionnels à mieux assurer cette mission en répondant à la question , c'est quoi apprendre ?

J'enseigne. Et j'espère qu'ils apprennent

A cette question essentielle que chaque enseignant se pose, il faut certainement ajouter une nouvelle question : Mais comment le savez vous ?

C'est cette dernière question qui devient le déclencheur de la Recherche et de l'enquête sur les pratiques .. on va chercher ensemble ...en particulier avec les élèves...

En posant d'ailleurs la question aux élèves on a toujours des réponses très étonnantes. La DRDIE a fait des centaines de consultations écrites avec les élèves après des entretiens qui ont été restitués aux équipes : c'est une découverte renouvelée qui permet d'ouvrir les regards chez les profs et les élèves.

Mais alors, faut-il donc que les enseignants apprennent des élèves pour espérer qu' ils puissent apprendre de leurs professeurs ?

Claude Tran

Dernière modification le mercredi, 13 septembre 2017
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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