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Les enseignants des universités, professeurs, maîtres de conférences, chargés de cours ...en ont pris leur parti : ils n'ont pu empêcher, comme certains l'ont un temps souhaité, que les amphis fleurissent d'ordinateurs que leurs étudiants manipulent à longueur de temps durant leurs cours. Certains m'ont confié, même parmi les plus prestigieux, s'être interrogés sur l'usage de ces machines pendant les cours.

Les étudiants prennent-ils des notes sur le contenu du cours comme cela s'est toujours fait, la machine remplacant simplement le papier-stylo d'antan ? Ou recherchent ils sur le Web des compléments au cours du prof sur tel point qui interroge ? Ou lisent ils leurs nombreux courriels pour se mettre à jour? Ou enfin, mais cela semble inimaginable....regardent ils une vidéo qui n'a rien à voir avec le cours du prof, car ayant décroché cela évite de s'ennuyer!
Les professeurs en lycee qui s'opposent encore à la présence de ces "machines" en cours se sont posé bien entendu ces questions méme si la dimension de la classe pourrait leur permettre d'en "contrôler" l'usage.

L'enseignant ou l'apprenant au centre ?

Dans un billet publié sur un réseau social, un enseignant disait récemment combien son plaisir d'enseigner sa discipline pouvait se lire dans le regard de ses élèves au moment où son "propos percuttait leur esprit ".
Philippe Watrelot dans un texte particulièrement riche décrit ce moment si particulier : "On peut guetter les déclics qui se font dans la tête des élèves. Et ça s'entend très bien ces déclics. D'un seul coup, untel qui bloquait, comprend."
Plus de 60% des enseignants disent être devenus profs par "amour de leur discipline" et la plupart veulent faire partager cet "amour" à leurs élèves précise Philippe Watrelot qui ajoute : "Je crois qu'il y a une composante narcissique forte dans le désir de devenir enseignant. Beaucoup souhaitent " être au centre" pour être écoutés. "

Mais alors comment concilier avec l'objectif d'un élève au centre ?

L'amphithéâtre un "tue-l'amour de l'interactivité" ?

Capter en quasi permanence , durant les 55 minutes d'un cours, l'attention d'une classe entière au lycée et à fortiori de plusieurs dizaines voire centaines d'étudiants en amphithéâtre, ce qui suppose que chacun d'eux progresse au même rythme, relève d'un pari difficile à tenir et la question malgré tout reste entière : le professeur enseigne mais tous les étudiants apprennent-ils ?

La passivité des apprenants généralement préoccupés a transcrire sous forme de notes l'essentiel du " cours " du professeur laisse peu de place à l'interaction, au questionnement.
Certes le cours " traditionnel " ne se résume pas à un monologue de l'enseignant mais en amphi c'est bien souvent le cas !
Le problème est posée :

Comment amener les étudiants à réfléchir et à verbaliser leurs apprentissages ?
Comment les inciter à réfléchir à leurs erreurs et à en trouver les solutions?
Comment maintenir le plaisir d'apprendre qui ne fait que décroître de la maternelle au lycée ?
Comment placer les étudiants dans des démarches d'apprentissage plus coopératives, plus interactives, plus personnalisées qui prendraient en compte la grande diversité des apprenants ?

La pédagogie active constitue une réponse à ces questions car, s'inspirant de contextes réels qui sont signifiants pour l'étudiant, ce qui peut augmenter son niveau de motivation pour les tâches qui lui sont proposées, elle favorise des apprentissages durables plutôt que de solliciter la mémoire à court terme.
Faire des etudiants des "apprenants pour la vie" ne peut se concrétiser sans leur engagement dans des situations d'apprentissage et dans les processus qu'elles déclenchent.

Leur rôle ne peut donc plus être celui d'auditeurs ou de spectateurs passifs.

Les enseignants du supérieur qui se sont lancés dans l'expérimentation de la Pédagogie de la classe inversée affirment tous s'être inspirés des expériences menées par des enseignants du primaire et du secondaire dont ils ont découvert la créativité et la richesse

Il est toutefois des situations où la "conférence" présente un réel intérêt en particulier quand elle permet d'éclairer des concepts, de les préciser ou de les contextualiser.
Le Numérique consitue un moyen facilitant la mise en oeuvre de la pédagogie active . Mais il ne saurait se résumer à des power-point , ou autres keynote ou prezzi...dont il faut reconnaître toutefois qu'ils constituent une aide à la mémorisation d'un cours traditionnel surtout si l'enseignant les communique à ses étudiants .

Des amphis de 450 étudiants en classe inversée

Carole BLARENGHEM-LEVEQUE est enseignante et directrice déléguée au laboratoire d'innovations pédagogiques de la faculté de droit de l'Université Catholique de Lille. Elle explique pourquoi et comment dans un cycle entier - la licence - mais aussi en master 1 les enseignants pratiquent la Pedagogie de la classe inversée sur toutes les matières fondamentales. Pour les enseignements optionnels l'enseignant garde le choix de la méthode Pedagogique.

Comment voit-t-on la fac dans dix ans ?

Surtout pas comme aujourd'hui ! répondent les enseignants désireux de construire une démarche collective pour changer la manière dont on fait les cours notamment en amphi.

La solution de la classe Inversée a été retenue car elle permet de ne pas tout changer et surtout pas trop vite.

Penser et planifier une pédagogie active prend en effet du temps. Il n'est pas réaliste de changer sa pratique d'un seul coup. Il faut expérimenter, évaluer, améliorer. On doit donc encourager des changements graduels, mais constants.
Par ailleurs , les étudiants quittant le lycée après avoir subi les épreuves d'un baccalauréat dont il est difficile de dire s'il permet réellement d'apprécier les compétences nécessaires à des études supérieures, ne sont absolument pas préparés a des pratiques en autonomie, à des démarches de projet, à développer leur curiosité ou a contextualiser leurs connaissances.

Enfin, très peu d'enseignants - et particulièrement dans l'enseignement supérieur- ont réellement bénéficié d'une solide formation pédagogique. Ils sont souvent amenés à reproduire avec leurs étudiants des pratiques qu'ils ont vécues sur les bancs des amphithéâtres . L'acte pédagogique a longtemps été une question d'instinct et l'évaluation des enseignants -chercheurs qui s'appuie sur leur production de publications de Recherche n'incite pas à l'innovation pédagogique.

Pourtant, grâce aux découvertes continuelles sur le fonctionnement du cerveau, les enseignants reconnaissent plus que jamais l'importance d'intellectualiser leur pratique et de l'appuyer sur des cadres de référence validés par la Recherche.

Les enseignants de la faculté de droit de l'Université Catholique de Lille ont donc décidé de mettre dans leur enseignements plus d'interactivité, de participation et de mise en responsabilité des étudiants. Le cours est donné à l'avance et l'enseignant en amphi approfondit son cours en répondant aux questions posées par les étudiants grâce à la médiation de la plateforme Moodle. Par ailleurs chaque semaine est consacrée à une notion juridique abordée sous tous ses aspects en cours mais également lors de travaux encadrés en fin de semaine. Cela permet de contextualiser avec des cas pratiques.

Au bilan un taux de réussite nettement amélioré passant de 55% à 70% mais un taux de satisfaction des étudiants "pas génial au début de l'expérience car bien sûr il faut qu'ils travaillent plus " particulièrement en amont.
Quelques semaines toutefois permettent les ajustements de la part des professeurs pour que les étudiants "se mettent au diapason."
Le présentiel reste toujours plébiscité par les étudiants mais également par les enseignants car c'est ce "qui fait le lien."
La relation humaine reste essentielle entre enseignant et apprenant

La classe renversée...c'est renversant!

Jean-Charles Cailliez professeur de biologie moléculaire à l'Université Catholique de Lille pratique quant à lui la classe renversée .
"Les étudiants sont en do it yourself, on ne leur donne ni documents ni livres . Ils construisent le savoir tous seuls .....ils écrivent le cours, interrogent le prof et c'est lui qui a des devoirs à faire à la maison "affirme Jean Charles CAILLIEZ.

La classe renversée constitue un excellant laboratoire de pratiques permettant de rehausser les compétences disciplinaires traditionnellement privilégiées par le développement d'autres compétences clés comme la créativité, la collaboration, la gestion de l'information, la pensée critique, la résolution de problèmes, surtout s'ils peuvent être concrets et vraisemblables.

Les étudiants doivent en effet s'organiser et donc collaborer pour rechercher l'information et lui donner sens dans la création d'un cours à l'usage de tous .

Jean Charles CAILLIEZ précise toutefois " j'ai basculé dans l'innovation pédagogique mais je reste aussi dans l'enseignement classique."

et il ajoute :

"Le véritable enjeu de l'innovation ce n'est pas de faire des choses nouvelles, c'est plutôt d'articuler ces choses nouvelles avec l'enseignement ACADEMIQUE. La solution est dans l'hybridation !"

La véritable solution c'est la création d'une dynamique d'équipe avec des synergies complémentaires.
Et pour cela "il ne faut pas créer des équipes avec des gens qui sont à 100% créatifs et innovants"

Dans cet entretien réalisé à l'université de Paris Dauphine lors des Rencontres de la Think Education Jean Charles CAILLIEZ évoque également un autre aspect de l'innovation.

Quel est le modèle économique de la classe inversée? Faut il plus de moyens et plus de temps pour innover ?

Claude Tran
Vice président de l'An@é

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Dernière modification le lundi, 23 mai 2016
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, consultant.

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