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De 2015 à 2017, le robot Poppy part à la rencontre des élèves de 7 classes de la Gironde. Création artistique, pédagogie et recherche scientifique ont travaillé de concert durant deux années scolaires afin que ces élèves de la maternelle à la Sixième puissent se construire un « regard sensible », qu'ils découvrent l'univers des sciences et de l'innovation et celui d'un artiste/chorégraphe. L'ambition du projet était d'articuler sensibilité artistique et innovation technologique.

« Poppy entre dans la Danse » Poppy à la croisée de la science, de l'art et de l'éducation

Dans le projet « Poppy entre dans la danse », tout passe par le corps ; c'est ce qui fait son originalité. Qu'il s'agisse de danse ou de robotique, le corps est en jeu. Que ce soit le corps des élèves, celui du robot, celui du danseur ou plus largement celui de l'autre, le corps est au centre et prétexte à de multiples rencontres.


« Poppy entre dans la Danse » : un projet sous le signe de rencontres multiples

Ce projet a vu le jour, à l'initiative d' Isabelle Depaire, directrice de l'Atelier Canopé de la Gironde qui a proposé autour du robot Poppy un partenariat entre l'Atelier Canopé de la Gironde, INRIA Bordeaux (Institut de recherche scientifique), le CDC le Cuvier ( Centre régional de Développement Chorégraphique) et la DSDEN 33 (Services de l’Éducation Nationale). Arts et Métiers ParisTech Bordeaux a aussi contribué au projet lors de la deuxième année.

Dès la conception, et avec le soutien de la DRAC, ce projet regroupe donc de multiples acteurs ; les élèves des classes et leurs enseignants, des chercheurs d' INRIA, des chorégraphes et danseurs, des responsables de lieux culturels et des médiateurs numériques (Réseau Canopé).

Le projet a privilégié la diversité de ces rencontres :

• entre enseignants et chorégraphe en début d'année au Cuvier pour une séance de danse ainsi que pour un spectacle.

• entre enseignants et chercheur à INRIA pour une découverte de l'état de la recherche et des enjeux de la robotique.

• entre enseignants et médiateur en classe tout au long de l'année pour des échanges pédagogiques

• entre médiateur et chercheur pour préparer la programmation.

• entre élèves et chorégraphe pour une série d'ateliers danse en classe.

• entre élèves et chercheur lors de la mise en œuvre de Poppy en classe.

• entre étudiants (AM ParisTech) et élèves en classe.

• entre élèves et médiateur pour les ateliers de programmation en classe.

• entre élèves et enseignants et avec un lieu de diffusion culturelle (CDC Le Cuvier) pour le spectacle de danse, l'exposition et le spectacle de restitution.

• entre les parents et tous les acteurs lors de l'exposition et du spectacle de restitution.

Ces rencontres ont rythmé la vie des classes tout au long de l'année et ont contribué à faire que ce projet s'intègre et vive au sein de la classe. Leur diversité a pour sa part contribué à la vitalité du projet et suscité la créativité.

Poppy, plus qu'un robot : une plate-forme robotique Éducative Open Source

Le projet Poppy regroupe une communauté interdisciplinaire de débutants et d'experts, de scientifiques, éducateurs, développeurs et artistes, partageant une même vision : Les robots sont de puissants outils pour apprendre et être créatif ; élèves et enseignants l'on prouvé tout au long des deux années du projet.

L'objectif de cette plate-forme est de contribuer à l'appropriation par les jeunes des concepts et des techniques du monde numérique.

Pour cela le « Poppy Project » souhaite collaborer avec les enseignants, prendre en compte leurs besoins et les accompagner dans des projets pédagogiques, comme « Poppy entre dans la danse ». Les outils pédagogiques "Poppy Éducation" sont déployés directement auprès de ces utilisateurs et évalués en situation réelle par des expérimentations.

Poppy Éducation repose sur la plate-forme robotique Poppy, laquelle permet de construire différents robots.

Dans le projet « Poppy entre dans la danse » c'est principalement Poppy Humanoïd qui a été utilisé.

Poppy Humanoid, est une plate-forme expérimentale qui offre aux enseignants de tous les niveaux l'opportunité de créer tout aussi bien de de réelles expérimentations que des situations pédagogiques intégrant de la robotique tout comme dans ce projet. La variante Poppy Torso, un robot torse humanoïde peut s'installer facilement sur n'importe quel support stable. Des étudiants des Arts et Métier sont intervenus dans les classes pour présenter le "Torso" ainsi que le travail de recherche qu'ils avaient effectué .

Voir : https://www.poppy-project.org/fr/education/

« Poppy entre dans la Danse » au service des enseignants, de leurs élèves et des apprentissages

Les objectifs du projet étaient pluriels : pédagogiques, artistiques et culturels.

Chaque enseignant de ce dispositif aura dû faire entrer sa classe dans une démarche de projet.

Il aura eu à conduire un projet artistique en danse en l'inscrivant dans le projet culturel de la classe. L'objectif étant de permettre aux élèves de se construire un langage corporel et chorégraphique singulier. Pour cela le chorégraphe est intervenu à plusieurs reprises dans les classes et les élèves auront eu la chance de travailler avec lui dans des conditions professionnelles sur le plateau du Cuvier-CDC.

Lors de ces ateliers, le chorégraphe a eu aussi à cœur d'installer le travail proprement corporel dans une perspective culturelle.

La figure de « la Piéta » (comme forme sculpturale chère à Michel Ange) mais aussi des éléments d'architecture pris dans les locaux utilisés pour les ateliers, ont inspiré les créations chorégraphiques des élèves. Certains enseignants ont parfois choisi de développer ces propositions en classe dans le cadre de l'Histoire des Arts. Cela a pu donner lieu à des recherches et commentaires sur les «Pieta» comme motifs récurrents de la peinture et de la sculpture. D'autres pistes ont aussi été explorées sous forme de créations plastiques ou de travaux d'écriture.

La présence du robot dans la classe, même inanimé, pendant de longues périodes, a pu permettre aux enseignants d'exploiter les nombreux questionnements et observations des élèves.

En classe, histoire de la robotique, travail sur le mouvement humain, créations plastiques à partir du robot, discussions philosophiques sur les relations entre l'homme et la machine deviennent de nouveaux champs d'investigation qui n'auraient pas été abordés sans la présence du robot. "Qu'est-ce qu'un robot ?", "Qu'est-ce qu'un artiste ?", "Qu'est-ce qu'un chercheur ?" sont autant de questions qui ont permis d'initier et de donner du sens aux activités proposées par les enseignants dans leurs classes.

        


Et la robotique dans « Poppy entre dans la Danse » ?

Le projet visait aussi à amener les élèves à se construire une première culture en robotique éducative, à acquérir des notions de programmation et à découvrir l'univers scientifique des objets programmés.

Le médiateur de l'Atelier Canopé de la Gironde, en intervenant dans les classes, aura permis aux élèves de s'initier à un langage de programmation simple. En l'occurrence le langage de programmation par blocks SNAP (de type SCRATCH). Lors des ateliers de programmation, les élèves ont été accompagnés dans la conception d'une chorégraphie de Poppy en vue d'un spectacle de restitution sur une véritable scène. Pour concevoir le programme du robot, ils ont puisé des éléments chorégraphiques qu'eux-mêmes avaient découverts et vécus lors des ateliers danse. Après avoir sélectionné certaines postures, ils ont modelé le corps du robot pour les lui « apprendre".

C'est une bien singulière façon d'aborder la robotique, en passant par le corps, le ressenti et les émotions.

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En créant des boucles enchaînant ces postures, ils ont eux-mêmes construit et programmé la chorégraphie du robot utilisée lors du spectacle de restitution.

Quand les enfants dansent avec Poppy

Dans le projet « Poppy entre dans la Danse », l'un des objectifs majeurs était de créer un itinéraire entre l'école et une structure culturelle dédiée à l'art chorégraphique. C'est ce qu'a permis le travail avec le CDC-Le Cuvier. Le projet a amené les élèves vers des lieux de culture à plusieurs reprises. Dans un premier temps pour travailler avec le chorégraphe sur la scène du Cuvier, puis pour assister à une représentation de « School of Moon » de la Compagnie Shonen pour 2 classes (Cycle 2 et 3) et de « Et Juliette » de Kitsou Dubois pour la 3ème classe (Cycle 1).

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Dans un troisième temps, lors d'une représentation sur la scène du Cuvier dans des conditions professionnelles en juin 2016 et 2017, les élèves ont pu restituer leur travail devant un public constitué de leurs parents et des élèves participant à d'autres projets chorégraphiques. La restitution sur scène rendait compte tout à la fois de leur travail de création en danse de leur programmation en robotique.

Cependant la démarche de création ne s'est pas limitée aux domaines chorégraphique et robotique ; enfants et parents ont aussi pu visiter, en parallèle des spectacles, l'exposition regroupant des créations plastiques liées au projet Poppy.

Poppy donne envie d'apprendre.

Durant les deux années du projet « Poppy entre Danse », grâce à la multiplicité des partenariats, le projet a véritablement nourri les sept classes qui y ont participé. Les enseignants ont pu accompagner leurs élèves sur des pistes très diverses mais toujours sollicitant leurs idées et leur créativité.

Si ces pistes ont contribué à construire chez ces élèves des représentations plus justes de la science et des robots en particulier, ainsi que de l'univers de la création artistique et du spectacle vivant, de nombreuses autres compétences transversales ont pu être développées chez les élèves. Les compétences transversales telles que la concentration, l’intériorisation, anticipation ont été aussi fortement mobilisées tant lors des moments de danse de ceux de programmation.

Le travail sur la lenteur proposé par le danseur dans les atelier est un travail rarement développé à l'école.

Ces élèves ont eu à apprendre la lenteur du geste contrôlé à l'image de celui du robot. Par là même, il ont dû apprendre le contrôle et la gestion fine de l’énergie déployée lors de ces actions. C'est une façon inédite d'aborder "l'inhibition motrice" indispensable pour un bon ajustement du mouvement et source de progrès moteurs. L'appropriation de ce "frein moteur" est particulièrement bénéfique en Grande Section maternelle, chez des élèves pour qui la dépense énergétique est volontiers explosive et rarement dans la retenue.

Cette lenteur également nécessaire à la manipulation du corps fragile de Poppy, a incité les élèves à prendre conscience de la fragilité du corps. Elle les a aussi invités à la rencontre et à l'attention au corps de l'autre, un grand pas vers l'empathie.

De l'avis unanime des enseignants, la venue de Poppy a pour les élèves, au delà de la découvertes et des apprentissages,  favorisé une dynamique d'apprentissage et  grandement motivé leur envie de chercher et de savoir.

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Rédaction Isabelle Depaire, Philippe Guillem /

Crédit Photo Corinne Gireau pour Réseau Canopé CC-BY-NC-SA et Olivier Callède


Publié sur Canoprof / Réseau Canopé le 29/09/2017 

https://philippe-guillem.canoprof.fr/eleve/Poppy_entre_dans_la_danse_2015_2017/index.xhtml   

Dernière modification le lundi, 09 octobre 2017
Philippe Guillem

Enseignant Maître formateur en Éducation Musicale. Pédagogie de la musique électroacoustique. Veille sur les nouvelles technologies. Médiateur de Ressources et Services Numériques. Atelier CANOPé de La Gironde 

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