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L’exposition Gustave Fayet et ses jardins imaginaires à l’Abbaye Saint-André, située dans l’enceinte du Fort Saint-André, à Villeneuve-Lez-Avignon (Gard), est un hommage au mécène et artiste, pour le centenaire de sa disparition. Depuis 2025, sont organisées des expositions sur différents sites autour de la prestigieuse collection de Gustave Fayet et de sa production artistique. Cette programmation se conclura à la Fondation Louis Vuitton, à Paris, à l’automne 2026. Gustave Fayet s’est inspiré des motifs floraux pour réaliser des œuvres d’art sur différents supports : peinture, céramique, illustrations d’ouvrages, étoffes, tapis... 

Des jardins se mêlant aux ruines de l’abbaye

Gustave Fayet (1865-1925) n’a pas vécu à l’Abbaye Saint-André. Il l’a acquise en 1916 pour la mettre à disposition d’Elsa Koeberlé (1881-1950), une amie poétesse qui avait découvert ce lieu à l’abandon. Dès son installation dans cette abbaye du Xe siècle, Elsa Koeberlé réalise avec son amie Génia Lioubow des travaux titanesques, et elles aménagent le jardin à l’italienne. A son décès, Roseline Bacou (1923-2013), petite-fille de Gustave Fayet et Conservatrice au Musée du Louvre, continue la restauration de l’Abbaye Saint-André. Elle découvre de nouveaux vestiges, rénove le bâtiment conventuel et ses impressionnantes voûtes médiévales. Roseline Bacou reconstitue l’ancienne Nécropole, et des jardins se mêlant aux ruines de l’abbaye. Marie et Gustave Viennet (descendant de Gustave Fayet et petit-neveu de Roseline Bacou), les actuels propriétaires-gestionnaires de l’Abbaye Saint-André ont transformé l’appartement où vivait Elsa Koeberlé en salles d’exposition. Gustave Fayet et ses jardins imaginaires traite des sources d’inspiration, du déploiement des œuvres en résonance avec ses demeures et jardins d’agrément. 

A 1 Gustave Fayet motif floral aquarelle sur papier buvard 44X28 cmLa famille de Gustave Fayet fait fortune au XVIIIe siècle par le transport d’alcools via le Canal du Midi. Ses propriétés viticoles lui permettent une proximité avec la nature.

Des tableaux représentent les châteaux de sa famille à Béziers et Narbonne. Très tôt, Gustave Fayet est initié à l’art du dessin et à la peinture de paysage par son père Gabriel Fayet (1832-1899) et son oncle Léon Fayet (1826-1880). Il apprend la peinture sur motif. Deux tableaux ont pour sujet les pivoines. Si Gabriel Fayet réalise une peinture ordinaire, Gustave Fayet a une approche picturale plus approfondie et personnelle.

En 1899, il hérite de son père et de son oncle d’une fortune considérable qu’il fait fructifier par ses activités professionnelles. Il devient aussi collectionneur de peinture moderne dont des Van Gogh, Gauguin, Redon, Matisse… 

Un millier de cyprès, des rosiers…

A titre gracieux, il exerce comme Conservateur au Musée de Béziers. Mais ses goûts avant-gardistes ne correspondent pas à ceux du public et de la Municipalité. En 1905, il décide de quitter Béziers et s’installe dans un appartement rue Bellechasse, à Paris, où il fait découvrir sa collection d’œuvres d’art qui ne cesse de s’agrandir. Très rapidement, il la transpose au Château d’Igny – par la suite légué à la Ville d’Igny dans l’Essonne. Georges Moser (1899-1964), paysagiste reconnu et installé à Versailles, conçoit les jardins en consultant les plans proposés par Gustave Fayet. 

L’Abbaye de Fontfroide, à Narbonne, acquise avec son épouse en 1908, est le chef-d’œuvre de Gustave Fayet. Cette abbaye cistercienne alors en ruine est restaurée sur une dizaine d’années. Gustave Fayet compose les jardins avec l’implantation d’un millier de cyprès, des rosiers... En 1910 et 1911, il reçoit Odilon Redon (1840-1916), son principal modèle. Tous deux se lient d’une profonde amitié. Gustave Fayet acquiert ses Noirs, et puis des œuvres oniriques colorées. Pour la Bibliothèque de l’Abbaye de Fontfroide, Redon crée le majestueux décor : Le Jour, La Nuit et Le Silence. Ce peintre qui a participé à la genèse du Symbolisme perçoit le potentiel artistique de Gustave Fayet, et l’encourage. Gustave Fayet privilégie le buvard pour ses aquarelles, il est l’initiateur de cette technique. Ce qui lui plait dans ce papier très commun, ce sont les effets aléatoires de l’encre qui se diffusent. 

La Villa Costebrune, près de Toulon, lui inspire des jardinsA 2 Palais abbatial et parterre italien avec prairie de cosmos nenuphar cyprès arbre de Judée méditerranéens et des panneaux de décoration dont un a été préservé et est exposé. Gustave Fayet envoie une lettre à sa fille Yseult, le projet du jardin est dessiné et commenté. Cette lette inventive est aussi présentée, avec les nombreux carnets dans lesquels Gustave Fayet annotait ses observations bucoliques.

C’est près de cette villa qu’il rencontre Elsa Koeberlé pour qui il acquiert l’Abbaye Saint-André. Il s’y rend souvent pour rendre visite à son amie. Une aquarelle la montre en jardinière, poussant une brouette, au côté de Génia Lioubow. Le parcours propose de nombreuses photographies de Gustave Fayet qui s’est intéressé à ce medium. Ce sont des témoignages sur l’avancée des travaux, des photos de famille.

Passionné de littérature et bibliophile, Gustave Fayet illustre par des ornementations Les Fleurs du mal, des poèmes indiens, le Cantique des Cantiques… L’exposition rassemble des dessins préparatoires pour montrer l’élaboration de son travail d’illustration. L’ouvrage Fleurs qu’il réalise en 1925, l’année de sa disparition, est un album testamentaire de soixante planches, dédié à ses petits-enfants : « Sur la porte de l’enclos on peut lire : Ici ce n’est que rêve et fantaisie - c’est le jardin des bonnes fées, où les plantes sont heureuses et toujours parées des plus harmonieuses couleurs ; où elles vivent éternellement. » 

Fatma Alilate

Exposition Gustave Fayet et ses jardins imaginaires 

Abbaye Saint-André - Villeneuve-Lez-Avignon - Jusqu'au 2 août 2026

https://gustavefayet.fr/saison-fayet/

Commissariat de l’exposition : Pierre Pinchon, Professeur en histoire de l’art contemporain, Aix-Marseille Université, UMR 7303 TELEMME-CNRS et Olivier Schuwer, Responsable coordination générale, programme de recherche de la Saison Fayet, avec la participation d’Elodie Cottrez, historienne de l’art.

Panneaux de salle : les étudiants du Master 2 Histoire de l’art moderne et contemporain (Parcours 1 Recherche), Aix-Marseille Université : Olivier Barriol, Romane Chabin, Martine Chevallier, Loana Dumond, Erinne Guerit, Lilia Meier-Meunier, Marie Nerini, Noémie Van-Assche

Légendes photos :

Gustave Fayet, Bouquet aux bleuets, pastel, 63x78 cm Collection particulière (c) MAGFF

Gustave Fayet, motif floral, aquarelle sur papier buvard, 44x28 cm Collection particulière (c) MAGFF

Palais abbatial et parterre italien avec prairie de cosmos, nénuphar, cyprès, arbre de Judée (c) Abbaye Saint-André, Villeneuve-Lez-Avignon

Dernière modification le dimanche, 26 avril 2026