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Porter un masque n’est pas très agréable, mais il devient indispensable pour au moins de 18 mois à deux ans. Alors pas question de déprimer, de s’angoisser ou de se lamenter. Pour faire face à cette pandémie, il faut apprendre à le porter et à le supporter. La vie n’est pas toujours facile. Dans certaines circonstances, il faut se protéger et protéger les autres. Acceptons de faire les gestes ad hoc, avec le minimum de contraintes et si possible même en positivant. Essayons de trouver des « plus » dans ce contexte a priori insupportable.

A l’école

Les enseignants peuvent introduire de moments de détente pour rendre le masque plus tolérable.

Par exemple toutes les heures, en classe, l’enseignant peut proposer de courts exercices de relaxation. Les élèves ferment les yeux et le prof. peut suggérer : « je sens mon masque sur le visage, qu’est ce que je ressens », « quelles sensations je perçois sur mon visage, sur ma peau », « comment je me sens derrière le masque ».

Ensuite, l’élève se concentre sur sa respiration en s’installant bien sur son siège. « je prends conscience de ma respiration » : « est-ce que je respire par le nez, par la bouche ? » « est-ce que je respire par ma poitrine ou par mon ventre ». « Qu’est-ce qui m’est le plus pratique, le plus agréable, le plus confortable ?

L’élève apprend à respirer lentement et calmement : « j’imagine de respirer un parfum que j’aime » Il apprend à écouter les sensations de son corps, de l’environnement. « Lesquelles me sont plaisantes ?», « est-ce que mon corps est tendu ? « J’essaie de me détendre » L’élève imagine un moment de se trouver dans un lieu agréable : « au soleil, sur la plage » !

Au bout d’une minute, l’élève ouvre les yeux à nouveau et reprend conscience de son masque en se centrant sur ses aspects positifs : sa protection contre le virus, la liberté qu’il introduit malgré les contraintes : la possibilité de reprendre une vie presque normale, le geste citoyen qu’il permet et la responsabilité individuelle qu’il introduit.

L’activité prend en tout 5 minutes… Autre possible : par groupe de classes en fonction de l’espace, les élèves descendent dans la cour, se lavent les mains et enlèvent le masque un court instant en restant espacés. Ils peuvent alors faire des gestes respiratoires ou des jeux de gestes.

Tous ces points et les liens avec la pandémie peuvent être discutés à d’autres moments en classe pour favoriser la prise de conscience et le gain de responsabilité.

Ce virus et ses conséquences peuvent servir de base à des travaux de recherche interdisciplinaires : en SVT, on peut travailler sur la structure du virus, sa façon de s’introduire dans le corps, les questions d’immunité, etc.. En histoire, les grandes épidémies, leurs origines et leurs conséquences. En géographie, l’évolution de l’épidémie dans le monde, les voies de propagation. En économie, les conséquences sur l’économie, les métiers les plus affectés. En maths, les pourcentages de mortalité, de maladies récurrentes en fonction de la population du pays, de l’âge, du sexe. Etc... En éducation technologie et en éducation artistique, on peut confectionner des masques performants et les décorer. Et bien sûr, des temps peuvent être partagés sur les questions de citoyenneté et les gestes favorables. Le masque n’est pas une panacée, c’est un moindre mal. Il importe de voir les autres comportements à adopter ou à éviter…

Ces moments ne sont pas des pertes de temps, il favorise ensuite la reprise du travail et l’apprentissage. L’élève apprend à mieux se connaître, à mieux cerner ses ressources, et à se concentrer pour être plus efficace. Surtout, il apprend à se situer, à prendre du recul dans la masse d’informations, à dire stop à l’anxiété et au stress que crée la situation actuelle. Autant d’aspects qui manquent dramatiquement à l’école… Une autre façon de positiver.

A la maison

Certains parents ont préparé pendant l’été le port du masque. Ils ont proposé des temps à leur enfant pour le porter progressivement : une heure, deux heures de suite. On peut apprendre alors à s’habituer. Ils ont pu également expliquer les conditions et les usages du masque (voir ci-après).

Gestes favorables pour utiliser un masque de façon pertinente.

1. Lavez-vous les mains avant de mettre votre masque

2. Placez le masque sur votre nez et votre bouche en le fixant derrière vos oreilles à l’aide des élastiques (ou de la ficelle).

3. Ajustez votre masque sur votre nez. Dans les masque chirurgicaux, il ya une petite partie métallique que l’on peut ajuster.

4. Ajustez également sous votre menton.

5. Lavez-vous les mains après avoir mis votre masque.

6. Changez le masque s’il est humide, souillé ou endommagé.

7. Ne gardez pas le masque accroché à votre cou ou pendu à une oreille. Gardez-le sur votre visage et évitez de le toucher. Si vous touchez votre masque pendant que vous le portez, lavez-vous les mains.

8. Pour retirer le masque, saisissez uniquement les élastiques (ou les ficelles) sans toucher le devant du masque.

9. Repliez les parties extérieures du masque l’une sur l’autre et déposez-le dans un sac propre. Lavez votre masque dès votre retour à la maison avec le reste de votre lessive.

Pour les masques chirurgicaux, les mettre directement à la poubelle.

Ils peuvent encore faire réfléchir aux professions qui habituellement vivent avec des masques de grands moments ou toute la journée. En bloc opératoire,  les chirurgiens et les personnels de salle peuvent le porter pendant 12 heures, et il n'y a pas de manque d'oxygène et encore moins de réserve de gaz carbonique qui se forme. C’est encore le cas chez les mineurs, les polisseurs, les peintres de voitures, les microbiologistes, etc… Eux l’ont en permanence. Certains masques sont encore plus contraignants, pensons aux soudeurs et aux plongeurs sous-marins. « Comment ont-ils fait pour s’habituer ? »

Les parents peuvent compléter le travail de classe. Ils peuvent partir de ce que l’enfant a pu comprendre pour ensuite rectifier ou compléter en dialoguant avec lui. Il se sentira plus concerné que s’il doit écouter sans rien dire pendant un long moment. Pour les plus jeunes, les parents peuvent s’appuyer sur le dessin, mettre en place un jeu de rôle, créer des affiches sur les gestes barrières à disposer dans plusieurs endroits de la maison, customiser ensemble des masques ou les bouteilles de gel hydroalcoolique. Pourquoi ne pas préparer ensemble le gel pendant le week-end…  Bien sûr, ils peuvent faire faire de la relaxation sur une durée plus longue.

Les enseignants

Pour les enseignants, cette pandémie est une « bonne » occasion pour s’interroger sur les lacunes des programmes et les limites des pratiques pédagogiques dominantes. En matière de contenu éducatif, ils peuvent constater le peu de place faite à la santé et à la connaissance de son corps pour lutter contre les microbes. Le choix de mettre en avant les savoirs seuls fait que la personne qu’est l’élève a peu de place à l’école. Elle n’est jamais travaillée. Pourtant celle-ci est primordiale comme moteur de l’apprentissage. L’adolescence de plus est une bonne période pour prendre conscience de ses ressentis, de ses désirs et surtout de son potentiel. Le civisme, la citoyenneté, le vivre ensemble de même sont peu favorisés.

Sur le plan des pratiques, même si le cours magistral est en perte de vitesse, les pédagogies descendantes –pédagogie dialoguée, classes inversées, classes accompagnées, classes par exercices- font perdre beaucoup de temps. Bien plus que celui consacré à la relaxation, versus masque. Les élèves attendent en permanence que le professeur enseigne : c’est-à-dire qu’il propose une activité. Passifs, ils deviennent des consommateurs et perdent le désir d’apprendre.

Les enseignants pourraient aller plutôt vers des pédagogies de l’autonomie, en mettant l’accent sur l’importance du questionnement et de l’investigation, en permettant un ancrage des savoirs dans le concret, la vie des élèves ou encore l’actualité qu’est la pandémie. Ce qui serait fort utile en cas de reconfinement de la classe. Ils pourraient en parallèle favoriser l’apprendre à apprendre : les élèves seraient ainsi équipés pour apprendre par eux-mêmes. 

Par ailleurs pour introduire un travail sur le masque (voir ci-avant), les professeurs peuvent se former ou demander à se former à la relaxation et à la pleine conscience. Toutes les activités de métacognition, c’est-à-dire de prise de conscience – du savoir, de soi, des rapports avec l’environnement,..- sont des facteurs stimulants pour apprendre.

Dernière modification le vendredi, 04 septembre 2020
Giordan André

André Giordan est le fondateur et directeur du Laboratoire de Didactique et Épistémologie des Sciences de Genève. Ancien instituteur, professeur de collège, animateur de banlieue, il  est l’auteur d’un nouveau modèle de l’apprendre (modèle d’apprentissage allostérique) et l’initiateur de nombreuses innovations scolaires, muséologiques et médiatiques. 

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