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Travailler la littérature en classe dès la maternelle mais pour quels objectifs ? La littérature pour apprendre, la littérature pour grandir, la littérature pour se questionner, la littérature pour aller vers une culture commune, la littérature pour rêver, la littérature pour réfléchir et ouvrir son esprit, la littérature pour jouer…la liste est sans fin…

Conférence à Canopé 47 de Christophe Lécullée, Auteur, Professeur de Lettres dans l'Académie de Créteil, expert en Littérature de Jeunesse : le mercredi 30 janvier, journée organisée en partenariat avec la DSDEN 47.

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" Rêver avec la littérature, se construire une première culture commune "

Christophe Léculée a débuté son intervention en faisant un bref rappel de son cursus et en précisant avant tout qu’il est un enseignant et qu’il a été amené à se poser les mêmes questions que nous sur les difficultés qu’ont certains enfants pour comprendre et raconter des histoires d’où une présentation étayée de ses recherches.

Il a pu constater notamment une absence de repères pour les enseignants débutants dès le cycle 1, une absence également de progressivité, des objectifs parfois peu clairs, des pratiques parcellaires, une réelle méconnaissance des obstacles rencontrés par les élèves et une nécessité de réactualiser les pratiques des enseignants.

Les obstacles rencontrés par les jeunes enfants sont des obstacles liés à l’attention, à la culture ; d’autres liés à la compréhension de l’histoire, aux différents constituants de l’album, au vocabulaire et d’autres liés à l’implicite.

" Les obstacles à la compréhension de nos élèves représentent notre pôle d’intérêt en tant qu’enseignant et en tant que chercheur ".

Christophe Léculée fait un rappel des différentes façons d’entrer dans une histoire, en travaillant l’unicité et la permanence du personnage, en situant l’univers de référence, en analysant les situations initiales et les situations finales, en définissant les actions et leurs enchaînements.

Il attache une attention particulière à l’étude des états mentaux des personnages pour comprendre notamment les contes de ruse. Il souligne par ailleurs la sur exploitation de certains albums et l’excès parfois d’importance donnée à la restitution de l’ordre chronologique d’une histoire. " Ce n’est pas parce qu’on a remis des images dans l’ordre qu’on a compris l’histoire ".

Un livre est un objet de réflexion qui permet aussi d’aborder avec les enfants des sujets importants tels que la séparation, la peur….

Permettre à nos élèves de mieux comprendre les histoires lues ou racontées passe par une appropriation des textes par l’enseignant : comment lire en faisant vivre l’histoire, comment permettre à l’enfant de mettre toute l’histoire dans sa tête, " de se faire un film " comme le suggèrent également Roland Goigoux et Sylvie Cèbe.

Être un narrateur ne s’improvise pas, cela s’apprend, cela se travaille et pour un enseignant qui débute, trouver cette posture n’est pas toujours facile.

Aider nos élèves à comprendre les histoires en grand groupe est également un obstacle à prendre en compte et il ne l’a pas écarté. Il encourage les enseignants à proposer à leurs élèves des jeux pour parler tels que les jeux memory, les planches de loto, les jeux d’appariement en lien avec les albums travaillés. L’enseignant doit en amont faire une lecture experte de l’album (quel est le sens ? quelle est la forme ?). Il doit faire une lecture exceptionnelle, c’est-à-dire, faire une lecture dite professionnelle et arrêter d’instrumentaliser un album, réfléchir en terme de littérature. Il doit présenter l’univers de référence si l’album s’y prête et permet ainsi une meilleure compréhension. Réfléchir en terme d’allègement cognitif en passant par la manipulation de marionnettes, de marottes ; faire mimer, jouer l’histoire, préciser certains mots de vocabulaire.

" Faire vivre l’histoire " est peut-être la meilleure procédure d’accompagnement !

Il est nécessaire de travailler sur les obstacles liés aux constituants de l’album tels que le texte, l’image, le rapport texte/image, la mise en page et le montage par exemple de la double page, la mise en page et le montage de l’ensemble de l’ouvrage.

Christophe Léculée a abordé avec beaucoup d’humour les obstacles liés aux pratiques de classe à savoir un manque de progressivité, des choix d’albums parfois trop difficiles, une surenchère dans l’utilisation des albums par thèmes ainsi que des objectifs mal identifiés.

Il insiste sur le fait qu’il est important de construire les archétypes avant de les détourner.

Faire d’un élève un lecteur, c’est lui apprendre à " se plonger " dans la fiction ; parvenir à entrer dans une immersion fictionnelle. Quoi de plus gratifiant que de réussir à " faire plonger " nos élèves dans le rêve à travers les livres. Cette immersion est primordiale que l’on soit un enfant ou un adulte.

Aider nos élèves à comprendre d’abord de manière globale une histoire est déjà un grand pas en maternelle ; axer ensuite son travail sur les " finesses et les subtilités " de l’album.

" C’est pas grave si on comprend pas tout… " C.Lécullée

Il constate souvent trop de présentation morcelée, discontinue, inadaptée ; à un moment donné, l’élève décroche et se perd. En se référant aux textes d’Eduscol, il ne rappelle " pas de lecture en plusieurs épisodes avant la moitié de la GS ". Il encourage les lectures spiralaires (relire un album plusieurs fois permet d’affiner la compréhension).

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Dans son ouvrage " La maternelle, une école de littérature ", il présente les objectifs par section, une programmation et une progression par section ainsi que des séquences sur différents albums connus ou non.

Quelles démarches pour enseigner et pratiquer pouvons-nous déployer dans nos classes ?

Deux objectifs sont à viser en priorité : inciter (développer des comportements de lecteur) et initier (apprendre à comprendre). Christophe Léculée précise que depuis 18 ans, les chercheurs travaillent sur " Apprendre à comprendre ". 

Les élèves ne sont pas intéressés de manière innée, il faut les encourager, les valoriser, les aider, " ouvrir des histoires fenêtres " vers le rêve… ; opérer des relectures de manière régulière, favoriser des lectures en situation duelle ou en petit groupe ; faire des choix judicieux d’albums.

"Faire vibrer nos élèves à travers des histoires… " un plaisir fondateur à développer à l’école et notamment en maternelle.

Laisser les élèves s’exprimer à travers les albums de littérature de jeunesse est aussi un point majeur.

Apprendre à donner son opinion, faire part de ses émotions, s’exprimer tout simplement reste aussi une priorité (référence à la mise en place d’atelier philo dans certaines classes : quel sujet de société émerge ? quelle valeur ?).

Il encourage également le prêt de livres aux familles qu’il faut continuer à développer et à encourager (avec des prêts hebdomadaires, des visites dans les médiathèques ou dans les bibliothèques de quartier). Afficher les couvertures des albums travaillés ; il faut que l’élève puisse se référer aux albums vus, garder en mémoire ses textes.

Il n’oublie pas de souligner et d’encourager des pratiques exceptionnelles telles que l’organisation de prix littéraire, d’exposition, de défi lecture ou rallye-lecture.

Cette conférence a permis aux enseignants des différentes circonscriptions du département du Lot-et-Garonne d'enrichir les réflexions sur les pratiques et les procédures d’accompagnement dans la compréhension d’albums par des élèves de cycle 1.

Sylvie Storti

En savoir plus : https://www.reseau-canope.fr/notice/la-maternelle-une-ecole-de-litterature.html

Dernière modification le jeudi, 31 janvier 2019
Storti Sylvie

PEMF, Enseignant Référent aux Usages du Numérique (ERUN) en Lot-et-Garonne, Sylvie Storti est également membre du Conseil d’Administration de l’An@é.

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