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Par Fabien Pont, médiateur Journal Sud-Ouest : Le doute peut-il conduire  à une saine recherche de la vérité ou, au contraire saper notre vivre ensemble, voire les fondations mêmes de la démocratie?  Existe-il une frontière entre doute et complotisme ? Dans un monde où la voix de chacun peut être entendue par un très grand nombre d’individus, la parole des institutions est remise en cause; celle de la classe politique –mais ce n’est pas nouveau, est contestée.

Ce phénomène atteint en revanche des domaines qui jusqu’à présent avait la confiance d’un large public: l’école, la science, la médecine et bien sûr la presse. Cette dernière est particulièrement malmenée.

Le baromètre de confiance dans les médias réalisée chaque année par l’institut Kantar pour le groupe « la Croix » traduit cette méfiance. En 2019, 71% des personnes interrogées n’avaient pas le sentiment que les médias rendaient mieux et davantage compte de leurs préoccupations ». Seules 59 % d’entre elles déclaraient suivre l’actualité avec un intérêt « assez grand «  ou « très grand ». A la question « les informations  données par les médias sont-elles crédibles ? », presse écrite et télévision recueillaient seulement 50%, 46% et 40% de réponses favorables. De leur côté les jeunes répondent s’informer majoritairement sur internet et pas seulement sur les sites de ce que l’on appelle les médias mainstream (médias de masse à contrario des médias dits alternatifs).

Comment  inverser cette tendance?

Comment  redonner la confiance et couper court  à  ce doute, surtout, et c’est souvent le cas, lorsqu’il se transforme en soupçon, ce qui peut être l’objectif poursuivi par ceux qui les instillent.

Pour des médias traditionnels l’exercice est loin d’être simple.

La crise de la pandémie reflète cette confusion, faiseuse de doute, entre le croire et le savoir comme l’a très bien montré un sondage du journal « Le Parisien » en avril 2020. A  la question posée sur la chloroquine.  Près de 60% des sondés affirmaient qu’elle était efficace et 20% inefficace alors même que la majorité des scientifiques eux-mêmes n’osaient se prononcer. Cependant ce doute s’est aussi appuyé sur des faits bien réels. Tous les médias ont ainsi publié l’étude du « Lancet », la très sérieuse revue scientifique, sur l’inefficacité de la chloroquine avant  de reconnaître des « doutes » sur la méthodologie utilisée.

Un nombre très important de courriers adressés par des lecteurs réguliers et qui font à priori plutôt confiance au journal, nous ont accusés d’être « anti Raoult » et de faire le jeu des groupes pharmaceutiques qui financeraient la presse. Voilà comment à partir d’un fait réel –une étude pas assez vérifiée-  on y ajoute des assertions qui vont nourrir et justifier tous les doutes.

Rigueur et transparence.

 

Pour retrouver cette confiance, les médias doivent impérativement, jouer la carte de la transparence

Expliquer  en quoi consiste ce que l’on appelle « la fabrique de l’info » : identifier les sources, confronter les opinions, ne pas mélanger les faits et les commentaires, faire preuve de prudence, multiplier les vérifications avant toute publication, bannir la recherche du scoop à tout prix lorsque l’information n’est pas sure à 100%.

C’est la raison pour laquelle, les médias s’efforcent de consolider cette confiance. Le recours aux chroniques, aux tribunes libres, dans lesquels des personnalités faisant autorité dans leur domaine, est de plus en plus fréquent, mais aussi respecter le contradictoire afin d’aider le lecteur, l’auditeur, l’internaute ou le téléspectateur  à comprendre.  La création récente d’un conseil de déontologie de l’information devant lequel chaque citoyen peut avoir recours, témoigne de cette volonté de transparence.

Mais lorsqu’il ne cherche pas à alimenter des thèses complotistes, le doute est nécessaire.

 

C’est le travail du journaliste de vérifier par les faits ou la multiplication des témoignages une information.

Dans le cadre de la presse à l’école et du travail que l’on peut faire avec les élèves pour lesquels les réseaux de sociaux constituent une « source d’information », nous insistons auprès d’eux pour qu’à leur tour, ils vérifient  le message  qu’ils reçoivent. Qu’ils regardent sur d’autres sites, ceux de plusieurs médias, afin de juger par eux-mêmes,  de ne pas être manipulés. De développer leur esprit critique, à partir d’arguments solides et non à partir d’un texto de 150 signes venu d’on ne sait où.

 

C’est surtout les mettre en garde sur les dangers de certains messages, de certains sites. Comment distinguer le vrai du faux, l’incertain du sûr ? Leur dire qu’ils doivent se forger une opinion par eux-mêmes, de faire marcher les petits neurones que chacun d’entre nous possède.

 

Bref de leur donner des clés pour s’informer, de leur apprendre l’importance du débat démocratique.

Fabien Pont, Médiateur Journal Sud-Ouest

Selon Business Insider, 64 % des Américains jugent que les informations qu'ils lisent ou dont ils entendent parler sont biaisées3. D'après The Berlin School Of Creative Leadership, les journaux d'information tels que le New York Times, le Wall Street Journal, le Washington Post et la BBC sont classés parmi les organes d'information les plus impartiaux4. La BBC est jugée digne de confiance par plus de six personnes sur dix, ce qui est très élevé par rapport aux autres médias5.

De l'administration Bush, Blair et des autres pays impliqués n'ont pas été contestés, voire ont été activement promus »6, et la révélation des mensonges d’État orchestrés par l'administration Bush a entraîné un mouvement de défiance du public à l'égard des médias mainstream, et donc le succès de certains médias alternatifs. Selon Jeff Sparrow, contrairement à ce qui est souvent supposé, les lecteurs ne confondent pas les fake news avec les nouvelles « grand-public ». Selon lui, une partie de l'audience de ces sites conspirationnistes, comme Infowars.com, ne les consulte pas par accident mais précisément parce que ce sont des médias non officiels6.

Dernière modification le jeudi, 03 décembre 2020
An@é

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