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Y a -t-il monde d’après Covid ? Il y a beaucoup plus certainement un monde " avec ". Les urgences sont de plus en plus visibles, les sentiments sont plus exacerbés, les inégalités plus dures, les fractures générationnelles augmentent, le numérique inquiète…Le néant informationnel et les focus énormes sur des faits mineurs ou minoritaires nous détournent de l’info. Les blocs politiques des continents et des pays se durcissent, certains poursuivent leur développement nucléaire, d’autres leurs recherches au-delà de la terre, certains souhaitent les avions vitesse Mach3, d’autres souhaitent ralentir …on subit les violences, les océans de plastiques, les incendies, le permafrost en dégel, les espèces vivantes en extinction… Je continue ? Bien sûr que non. Tout ceci mit bout à bout est insupportable. Est-ce toujours le même monde aujourd'hui ? Oui ! Alors :  Quels espoirs ? Et quelles impasses à éviter ?

Il y a certainement un impérieux besoin de médiations, de partages, de discussions, et d’actions ! Ils sont nombreux ceux qui souhaitent apporter leur pierre à d’autres conceptions d’un autre monde. Ils sont journalistes, scientifiques, enseignants, élus ou responsables des mises en œuvre des politiques publiques, ils sont aussi des millions d’anonymes professionnels ou bénévoles…

En voici quelques échos :

Regards sur les médias

Jean-François Cauche : " En fin de journée, avant le confinement, j'avais environ 300 à 400 articles à trier dans mon flux RSS. Durant le confinement, ce chiffre était atteint en milieu de journée. Mieux valait donc fuir la pollution et s'en tenir à des médias plus spécialisés.

Ce que je retiens de cette expérience est que je ne suis pas moins bien informé mais que j'ai les grandes lignes de l'information sans les détails qui auparavant m'intéressaient déjà peu, ce qui n'altère pas la capacité d'analyser et de juger.

L'information est donc à mon sens le deuxième grand secteur où il convient d'intervenir en éduquant au maximum, en apprenant comment fonctionnent les fausses informations et comment les détecter, en apprenant même à analyser l'information plus classique, ne serait-ce que repérer les titres un peu trop orientés "buzz" ou les variations sur un même thème. Je voyais ainsi encore très récemment un même article titré "Invasion en Russie de tiques agressives et mortelles" puis le même jour "Alerte en Russie à des tiques agressives et probablement mortelles". Avec ironie je songeais que peu à peu cela pourrait devenir "Découverte en Russie de tiques Bisounours". J'exagère un tantinet mais il ne faut pas être devin pour imaginer ce que ce genre d'informations peut provoquer sur les réseaux sociaux."

https://www.educavox.fr/accueil/interviews/la-philosophie-des-hackers-savoir-faire-plus-avec-beaucoup-moins

Interview par Patrick Figeac : Gilles Van Kote, journaliste au journal "Le Monde" et Président du Festival international du journalisme de Couthures sur Garonne (47)

Ce festival, c'est la rencontre des journalistes avec ceux qui les écoutent, qui les regardent…Tout sujet est sur la table ! Rencontres indispensables dans ces périodes de défiance devant les médias... mais nous attendrons 2021 ! Covid exige...

Les quatre thèmes à retenir : Fin du monde : joue-t-on à se faire peur ? L’agriculture,  Le peuple a-t-il toujours raison ? Peut-on refermer la blessure coloniale ? (Discriminations, violences…) des thèmes qui seront dans l’actualité encore un certain temps…Des thèmes à approfondir !

https://www.educavox.fr/accueil/interviews/interview-de-gilles-van-kote-journaliste-au-journal-le-monde-et-president-du-festival-international-du-journalisme-de-couthures-sur-garonne

Ecologie, transitions et autres enjeux majeurs

Un enjeu majeur : l’eau

L'Humanité a autant le besoin d’eau que de la « qualité » de l’eau par Xavier Drouet

" Si à l’échelle planétaire l’Homme ne manquera jamais d’eau, l’eau potable va devenir plus rare, plus chère et plus inaccessible encore dans certaines régions du globe. Sans révision rapide significative de l’approche internationale de la gestion des ressources, près des deux tiers de la population mondiale pourraient subir des pénuries d’eau dès 2030 avec un creusement des inégalités d’accès à l’eau potable et une augmentation des besoins là où les ressources sont déjà faibles (Moyen-Orient, zones arides de l’Afrique…) ce qui est un facteur d’instabilité politique et d’aggravation des conflits."

https://www.educavox.fr/accueil/breves/l-eau-defi-majeur-de-l-humanite-durable

Catherine Pascal : " Transition, enseignement à la durabilité et contemporanéité "

" S’interroger, aujourd’hui, en 2020 après la crise sanitaire (Covid) vécue dans le monde entier, sur les valeurs de prise de conscience d’une nécessaire transition en écologie n’est plus une question anodine ou conjoncturelle.

En ces temps de remise en question de la pertinence des recherches scientifiques en risques environnementaux et sanitaires : travailler les enjeux primordiaux et les écarts ou risques possibles entre le droit à la science (écologie humaine incluse) et à la connaissance en transparence et en validité, questionnées par les pairs, est l’enjeu primordial de notre millénaire.

Ceci tend à dépasser toute stratégie économique, étatique ou individuelle, tant la variable mondialisation est opérante dés lors."

https://www.educavox.fr/innovation/recherche/transition-enseignement-a-la-durabilite-et-contemporaneite

Jennifer Elbaz : Tout est encore plus compliqué et demande plus d’énergie.

Son analyse enrichie par ses expériences notamment issues du monde de l'entreprise, de l'édition, des technologies et de l'éducation,  pointe les paradoxes et les risques de cette période qui ne sont pas seulement d'ordre sanitaire !

" Aux peurs du début ont succédé plusieurs sentiments je pense, et maintenant il y a une forme de lassitude, car tous les processus sont modifiés, empêchés.

Tout est encore plus compliqué et demande plus d’énergie. On s’est tous épuisés, moralement et physiquement, il me semble. Donc forcément les sorties de route des uns et des autres pour expliquer qu’il ne va pas y avoir de répit (congés) ou qu’il doit être réduit, ou que cette période était une période de pause sont plus que malvenus.     

De mon côté donc très subjectif, j’entends et lis beaucoup de voix, chaque voix veut être la plus forte, la plus audible, la plus crédible. Chacun veut obtenir gain de cause, et surtout continuer à exister. Plus la pression financière est forte, plus les propos sont violents. Il faut choquer, pour déclencher des réactions rapides.  

On vivait déjà, avant la crise sanitaire, une forme de crise existentielle, au niveau des structures, qu’elles soient politiques ou économiques, institutionnelles, publiques ou privées. Naviguer dans le brouillard total comme c’est notre cas aujourd’hui renforce cela. Il faut exister, au détriment de son voisin. Nous sommes en plein paradoxe. Personne ne vit seul en autarcie, cela n’existe pas. Nulle part. Sauf au fin fond des bois en vivant avec des outils fabriqués à base de pierres. Par contre chacun s’évertue à faire croire qu’il n’existe que par lui-même, grâce à lui-même uniquement. Le principe du jeu de dupes peut-être ? "

https://www.educavox.fr/accueil/interviews/jennifer-elbaz-s-inscrire-personnellement-et-collectivement-dans-les-valeurs-fondamentales-de-notre-pays

Un enjeu majeur : Modification des approches en formation

Jean-François Cerisier, directeur de l’unité de recherche Techné de l’université de Poitiers :

" Dans le champ de l’éducation l’hybridation était une notion plutôt confidentielle et réservée à une petite communauté de chercheurs il y a encore très peu. Aujourd’hui, elle est au cœur de toutes les réflexions sur l’adaptation des institutions éducatives aux contraintes imposées par la pandémie. Nécessité fait loi !

La distance ne s’oppose pas à la présence

Les techniques numériques de communication évoluent et nous disposons de plateformes de webconférence performants qui permettent les interactions et le partage de ressources.

Le guidage de proximité étant plus facile à réaliser en présentiel qu’à distance, on confond souvent la question de la distance avec celle de la médiation. L’élève laissé seul dans l’écoute d’un cours magistral le serait-il moins en présentiel qu’à distance ? Inversement, le dialogue avec l’enseignant autour d’une tâche à réaliser par les élèves serait-il impossible à distance ?

De même, si les techniques numériques sont à l’évidence très utiles à l’instrumentation d’activités pédagogiques distantes ne le sont-elles pas en présentiel ? L’exposé élaboré à la maison et présenté en classe, par exemple, est un format hybride qui a longtemps été réalisé sans le support des techniques numériques même si elles y ont toute leur place aujourd’hui."

Les institutions éducatives à l’épreuve de l’hybridation ?

Jean-François Cerisier : https://www.educavox.fr/accueil/debats/les-institutions-educatives-a-l-epreuve-de-l-hybridation

Un rappel des conditions d’apprentissage dans les classes en relation distante

Par Amélie Vacher : Continuité pédagogique, fracture numérique et système D

" Ce que je retiens avant tout n’est ni la prolifération des plateformes et outils qui existent mais trois choses.

La première est qu’une des conditions de la mise en œuvre de la continuité pédagogique est, selon moi, l’établissement d’un lien durable avec les familles et par lien, j’entends échanges à double-sens. En effet, c’est grâce aux nombreux retours des familles que je parviens à faire évoluer petit à petit ce que je propose à distance.

La seconde est que, dans une certaine mesure, il existe des moyens de contourner la fracture numérique en proposant des moyens de communication diversifiés (sans excès) afin d’approcher au mieux les pratiques réelles des familles. Ce qui ne signifie évidemment pas qu’il ne faut pas chercher à réduire cette fracture.

La troisième est que faire « l’école à distance » ne fait pas partie de notre formation d’enseignant et peut-être même pas de notre conception du métier. Si la période est perçue de manière différente selon les personnalités, dans tous les cas, elle n’est pas facile. Merci donc à tous les enseignants !"

https://www.educavox.fr/accueil/breves/continuite-pedagogique-fracture-numerique-et-systeme-d

Continuité pédagogique, continuité éducative, comment le numérique peut-il faciliter un continuum, une culture commune ?

Lors des rencontres Ruralitic les 25, 26 et 27 août dont l’An@é est partenaire, de nombreux ateliers et tables rondes apportent quelques réponses. Nous pourrons suivre cet événement en présentiel et à distance et nous serons attentifs aux idées qui feront avancer nos démarches de réflexion sur cette question.

Michel Pérez : " Au sortir du confinement, il est indispensable de penser en termes de continuité éducative et non plus seulement de continuité pédagogique.  L’éducation est l’affaire de tous : de l’école, des parents, des familles, des associations culturelles ou sportives, des médias, des collectivités locales via les programmes et les structures qu’elles mettent à disposition (médiathèques, centres culturels, musées, maisons des jeunes, Fab lab etc.). C’est ce lien entre tous les acteurs qui doit être mis à profit pour assurer la continuité éducative des jeunes, via le numérique."

Michel Pérez : https://ruralitic-forum.fr/reanimation-numerique/

Le programme : https://ruralitic-forum.fr/programme-des-plenieres-et-tables-rondes-la-ruche-280-places/

Inscription pour suivre à distance : https://www.educavox.fr/agenda-2/entrez-dans-le-monde-virtuel-de-ruralitic-2020

Les collectivités ont en effet une grande responsabilité dans le cadre éducatif. Et les parents sont souvent désorientés, au point de ne plus faire confiance au système et avoir recours à du « coaching » pour leurs enfants !

Chronique de Patrick Figeac : l’école n’est pas une entreprise

https://www.educavox.fr/chroniques-de-figeac/a-l-ecole-de-l-entreprise

Les Etats Généraux du numérique (Qui nous l’espérons seront les Etats généraux de l’école avec le numérique) apporteront-ils quelques réponses ?

Jean-Marc Merriaux : " une grande concertation nationale sur la place du numérique à l’école dans le cadre d’une gouvernance renouvelée "

L’An@é a souhaité rencontrer le directeur de la DNE afin de faire un bilan des mois passés qui ont vu l’émergence de ces pratiques totalement inattendues quelques mois seulement auparavant. Il importe de comprendre comment la DNE a géré ce bouleversement, comment elle a pris acte de ces changements et quelles seront désormais les perspectives des innovations pédagogiques et éducatives renouvelées que le ministère pourra promouvoir dans les prochains mois, notamment en lien avec l’ensemble des partenaires concernés.

Nous lui avons posé notamment ces deux questions :

Quelles sont les limites ou questions qui se posent et peuvent réorienter la politique éducative ?

Jean-Marc Merriaux : " On ne peut pas être dans l’idéalisation : on a pas mal de trous dans la raquette.

L’aspect le plus positif est la question de la collaboration entre enseignants. Ne pouvant plus se rencontrer, ils ont été amenés à travailler différemment ensemble en utilisant des outils collaboratifs. Cet enjeu est essentiel. Ces outils de travail collectif deviennent essentiels.

La question qu’il faut se poser est : Quelle est notre capacité à construire des communs de l’éducation numérique " pour l’ensemble des acteurs de l’éducation nationale, personnels administratifs ou enseignants ?  Des outils collaboratifs, avec aussi ce qui est fait par l’État, en tant qu’espace numérique de travail des agents.

Il faut absolument renforcer les compétences numériques des élèves, parce qu’il y a eu des élèves qui étaient en fracture numérique, de même pour les enseignants.

Il y a aussi une autre dimension importante : la place de la famille et des parents qui se sont trouvés confrontés à des choses dont ils n’avaient pas l’habitude, ils ont dû utiliser des outils et des situations inhabituelles. Certains ont mieux géré que d’autres. L’accompagnement des familles et des parents est essentiel.

Il y a eu aussi des enjeux de gouvernance : notre capacité à rencontrer tous les acteurs. On a beaucoup vu les collectivités, les comités de partenaires, les acteurs de la Edtech, tout l’éco-système avec lequel on doit pouvoir travailler différemment. Il faut que ce ministère soit en capacité d’anticiper ce type de situation.

Les Etats Généraux seront-ils suivis d’un plan d’action à court et moyen terme destiné à impulser une nouvelle dynamique ?

https://www.educavox.fr/alaune/jean-marc-merriaux-une-grande-concertation-nationale-sur-la-place-du-numerique-a-l-ecole-dans-le-cadre-d-une-gouvernance-renouvelee

 

Si chacun s’accorde sur les constats aujourd’hui, l’opérationnalisation sera une autre affaire ! Bien sûr il est normal qu’en éducation les diagnostics soient les plus justes possible cependant les mises en œuvre semblent toujours particulièrement longues et inadaptées ! Serons-nous capables d'aller au delà des constats, des conseils, préconisations et injonctions ? Aurons-nous les moyens d'innover et de mettre en oeuvre de réels changements ?

Il est peut-être normal aussi que les questions soient particulièrement nombreuses, parfois plus que les réponses : peut-être est-ce le signe d’une réflexion vivante, réactive et pleine d’espoirs pour l’avenir !

 

C’est ce que je souhaite retenir en ce début d’août 2020 bien particulier…En vous souhaitant de bonnes vacances au nom de l'An@é ! 

Michelle Laurissergues

Dernière modification le mardi, 04 août 2020
Laurissergues Michelle

Tout d’abord enseignante en école maternelle, directrice d’école, maitre formateur, directrice du centre Départemental de documentation pédagogique en Lot-et-Garonne (actuellement CANOPE),  responsable associative au niveau des écoles maternelles de 1973 à 1994, présidente nationale de l’An@é de 1996 à 2017 qui a créé le site Educavox dont je suis responsable éditoriale.

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