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par Claude TRAN samedi 2 février 2013 - 4 réactions |

Formons les enseignants comme nous formons les ingénieurs !


C’est ce que propose François DUBET qui regrette le choix fait par le Ministre de l’Education Nationale pour les Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education .

 

Professeur de sociologie à l’Université Bordeaux 2 et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), François DUBET, est bien connu du monde de l’Education en particulier pour avoir « dirigé l’élaboration du rapport Le Collège de l’an 2000 remis à la ministre chargée de l’enseignement scolaire en 1991 » mais également par ses très nombreux ouvrages et publications.

 

Persuadé que « l’enseignant n’est plus aujourd’hui défini uniquement par sa compétence disciplinaire, mais par son métier », il souhaite que le recrutement des enseignants se fasse précocement à bac plus un ou bac plus deux, comme pour les Ecoles d’Ingénieurs qui forment au métier correspondant, plutôt qu’un recrutement à bac plus quatre « avec une maîtrise disciplinaire et une année de stage » qui rappelle le modèle des IUFM. Selon lui, l’apprentissage du métier d’enseignant relève d’une « école professionnelle » qui bénéficierait alors d’un nombre plus important de candidats.

 

Jean François BOULAGNON partage ce point de vue en affirmant que le problème majeur de l’école concerne la formation des enseignants et en regrettant que « ce qui nous caractérise à l’intérieur de l’OCDE, c’est que depuis un siècle les professeurs déterminent leur identité professionnelle par le savoir et pas par la professionnalité ».

 

Cela « doit évoluer et les esprits y sont prêts » concède cet historien, philosophe, pédagogue « aux multiples casquettes », tour à tour enseignant, chef d’établissement, chroniqueur littéraire, journaliste, figure du courant innovateur à l’Education Nationale. On doit lui reconnaître en effet de faire « bouger les lignes » avec les projets qu’il a menés en particulier au collège qui représente aujourd’hui le lieu le plus difficile à gérer aussi bien sur le plan pédagogique que relationnel.

 

Ce fut la co-fondation du projet « déclic : Développement Expérimental d’un Collège Lycée d’Initiative Citoyenne  » en région parisienne, et surtout la création du collège expérimental Clisthène de Bordeaux.

 

«  Il faut recruter les professeurs à bac plus deux et leur donner deux ou trois années de professionnalité » affirme-t-il.

 

« Certes il y a le savoir, mais les professeurs sont concurrencés et n’ont plus le monopole du savoir » , alors se pose la question de la place de l’école dans la révolution anthropologique en cours ; « y-a-t-il encore une place pour l’école et quelle place ? »

 

Actuellement principal de collège, Jean François BOULAGNON propose un nouveau projet innovant au Ministère de l’Education Nationale ; c’est le projet Solon d’un lycée totalement numérique qui offrira à des élèves déjà décrocheurs des modes d’enseignement parmi les plus novateurs.

 

François DUBET et Jean François BOULAGNON qui ont accepté ces interviews, étaient invités par l’An@é, l’Association Nationale des Acteurs de l’Ecole au débat «  Paroles des Acteurs de l’éducation   », troisième d’une série ouverte à tous, où les protagonistes de l’éducation prennent successivement la parole pour exprimer, leurs interrogations, leurs souhaits et leurs propositions .

 

Le prochain débat, prévu le mardi 19 février qui, comme les précédents se déroulera au Bar de la Marine à Bordeaux, donnera la « parole aux élus ».

Claude TRAN

 

 

Réactions à la vidéo
  • par Jean Agnès (xxx.xxx.xxx.42) 4 février 2013 09:27

     "Ce n’est, sans doute, pas la fin des gens de lettres, mais l’avènement, à coup sûr, des ingénieurs de l’esprit". (Jean Gagnepain, Du Vouloir dire. Traité d’épistémologie des sciences humaines, 3.-p. 81. DeBoeck Université, 1995.

    - Sur le fond, par expérience (parmi toutes celles dont la communauté aurait à échanger et débattre) comme par nécessité théorétique (philosophique et anthropologique), il me parait qu’il conviendrait de revisiter la notion, difficile, de formation... C’est un travail spécifique.

    J.A.

  • (xxx.xxx.xxx.93) 4 février 2013 13:52

    "[Depuis un siècle], les professeurs déterminent leur identité professionnelle par leur savoir et non par leur profesionnalité. Cela doit évoluer (...)"

    Passons sur la laideur de la langue - "professionnalité" - qui est déjà un indice inquiétant, comme sur le curieux découpage chronologique (qui tend à faire accroire que l’identification du professeur à son savoir serait en somme récente), quelles raisons a-t-on de vouloir que cette situation "évolue", "bouge" ? Cette "évolution" nous est présentée comme une fin en soi, sans jamais être justifiée. On nous montre la terre promise où une sorte d’ouvrier pédagogique (plutôt qu’un ingénieur) aurait remplacé l’archaïque professeur, et nous sommes sommés de nous réjouir et de nous mettre en marche.

  • par Fiona (xxx.xxx.xxx.103) 5 février 2013 23:35

    Je suis d’accord avec vous que la formation de master MEF n’est pas suffisamment professionnalisante car actuellement elle est plus une préparation extensive pour le concours.

    Si "les professeurs déterminent leur identité professionnelle par le savoir et pas par la professionnalité", c’est en grande partie la responsabilité des IUFM qui contruisent leurs formations sur le savoir et non sur la didactique, ce qui conduit les futurs enseignants à perpétuer des modèles d’enseignement aujourd’hui dépassés.

    Par exemple, si on ne demande pas aux étudiants MEF un travail collaboratif, comment pourraient-ils l’enseigner à leurs élèves ?

  • (xxx.xxx.xxx.152) 6 février 2013 08:12

    Il est temps de se remonter les manches et d’agir. 

    Bien trop longtemps que le monde de l’enseignement somnole et se repose sur la transmission du savoir. Ce qui est proposé à notre jeunesse dans les salles de cours est bien souvent tristounet, enseigner n’est pas une accumulation de savoir c’est animer, développer l’esprit critique, donner confiance.
    Quel intérêt d’écouter quelqu’un vous parler durant 2 ou 4 heures ? Alors, oui, professionnalisons la formation des enseignants, arrêtons de laisser l’école en marge de la société et du monde de l’entreprise.

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