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Ce titre reprend celui d’un article de Réjean Bergeron paru dans Le Devoir du 17 janvier dernier.  https://www.ledevoir.com/opinion/idees/948741/quoi-servent-vieux? Les propos de monsieur Bergeron ont éveillé mon attention. Dans nos sociétés modernes les vieux, trop souvent considérés inutiles, sont parqués en marge de la société, à l’abri des regards, écrit-il.

On lit : Samuel Veissière, dans son intéressant essai " Homo fragilis. Aux origines évolutives de la fragilité humaine " , raconte que des anthropologues se sont déjà penchés sur une énigme toute particulière concernant l’évolution de l’espèce humaine, … dans un contexte préhistorique où les conditions de vie étaient extrêmement difficiles, où la nourriture se faisait rare et les prédateurs nombreux, comment se fait-il que la sélection naturelle ait permis à des personnes âgées affaiblies, et surtout incapables de se reproduire à partir d’un certain âge, de survivre pendant de longues années aux frais du groupe auquel elles appartenaient ? 

 

C’est par … la transmission d’une génération à l’autre des savoirs, tant techniques que symboliques, que l’espèce humaine a pu prospérer et améliorer son sort.

 

« L’évolution semble donc avoir favorisé des mécanismes de soutien intergénérationnel qui, de manière synergique, renforcent la survie du groupe tout en procurant des avantages en matière de santé, tant pour les plus jeunes que pour les plus âgés », souligne Samuel Veissière.

Dans plusieurs cultures, les personnes âgées sont très respectées, car elles sont considérées comme sages et importantes pour la communauté.

Par exemple, en Chine, elles sont vues comme détentrices de sagesse et d’expérience, et leur avis compte beaucoup dans les décisions familiales. Dans de nombreuses sociétés africaines traditionnelles, les aînés jouent le rôle de conseillers et de gardiens des traditions. Dans les cultures amérindiennes, les anciens transmettent les savoirs, les récits, la spiritualité et les valeurs, et sont considérés comme des guides pour la communauté. En Inde et au Népal, les personnes âgées sont très respectées au sein de la famille élargie et participent aux décisions importantes. Enfin, dans les cultures du Moyen-Orient, les aînés occupent souvent une place élevée dans la hiérarchie familiale, et leur expérience justifie un profond respect.

Que s’est-il passé chez-nous ?

Je suis vieille, ce que l’on appelle une baby-boomer, une enfant ayant grandi avec l’émergence de la modernité sociale, particulièrement après la Deuxième Guerre mondiale. Nous étions jeunes et nombreux. Nous avons été séduits par les aliments industriels au goût si attrayant, par ces magnifiques autoroutes qui invitaient à l’évasion au volant de nos jolies voitures, symboles de liberté. Les syndicats nous ont permis d’accéder à de meilleurs salaires, nous rendant assez prospères pour acquérir toutes ces machines censées nous simplifier la vie quotidienne. Nous vivions des jours plus faciles, plus heureux.

Comment aurions-nous pu comprendre ceux qui nous avaient précédés, eux qui avaient connu la Grande Dépression, les horreurs de la guerre, les famines et le dur labeur manuel, alors que la vie moderne nous offrait tant d’abondance ? Nous ne pouvions pas accorder de crédit aux vieilles idées de nos parents et les avons rejetées.

Lorsque le premier centre d’achat a ouvert dans ma région, je me souviens de ma mère annonçant la disparition des commerces locaux et la transformation de mon village en un simple lieu-dortoir peuplé d’inconnus. Aujourd’hui, Facebook propose des vidéos courtes appelées « Reels ». L’un d’eux, de Paul Harvey, intitulé Main Street: Cruel Irony, raconte (en anglais) la dégénérescence d’une petite ville américaine. Cette histoire pourrait tout aussi bien être celle de mon village et du vôtre car partout, le scénario se répète.

Paul Harvey - The Rest of The Story: main street cruel irony

https://www.facebook.com/share/v/1aD5RS8NHF/

La vie à la fin du premier quart du XXIᵉ siècle …

À la fin du premier quart du XXIᵉ siècle, le monde dans lequel vivent les moins de 40 ans est rapide, complexe et souvent incertain. Les technologies numériques, la pression économique et les inquiétudes environnementales façonnent le quotidien et donnent parfois l’impression que tout change trop vite. Dans ce contexte, le regard des personnes âgées, qui ont connu une vie très différente, peut aider à voir le monde autrement.

Les aînés ont vécu une époque où le temps semblait moins accéléré, où les relations se construisaient davantage dans la proximité et la durée, et où les repères sociaux étaient plus stables.

Leur expérience des crises passées, des périodes de pénurie ou de reconstruction leur permet de relativiser certaines peurs actuelles et d’offrir une perspective plus large sur les cycles de l’histoire. Ils rappellent que les sociétés ont déjà traversé de profondes transformations, qu’il est possible de s’adapter et d’améliorer notre présent. L’innovation ne consiste pas toujours à aller toujours plus loin en créant davantage de technologies censées nous faire gagner du temps et de l’argent.

L’innovation ne peut-elle pas être le recyclage créatif de différentes façons de vivre, un amalgame d’hier et d’aujourd’hui ?

Tout n’était pas toujours « mieux avant », mais en partageant leurs souvenirs, leurs savoir-faire, leurs erreurs et leurs réussites, les personnes âgées transmettent une forme de sagesse, une somme de connaissances qui ne s’apprennent pas dans les livres.

La participation des personnes âgées peut enrichir la vie des plus jeunes, ouvrir de nouvelles perspectives et nourrir l’espoir en montrant qu’un avenir différent, plus riche et plus humain, est possible. Ainsi, le dialogue entre les générations devient une richesse essentielle pour comprendre le monde d’aujourd’hui et celui de demain.

Dernière modification le mardi, 10 février 2026
Ninon Louise LePage

Sortie d'une retraite hâtive poussée par mon intérêt pour les défis posés par l'adaptation de l'école aux nouvelles réalités sociales imposées par la présence accrue du numérique. Correspondante locale d'Educavox pour le Canada francophone.