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Ces propositions s’inscrivent dans le contexte de la tenue de la Conférence sociale du 7 et 8 juillet. Conférence sociale, dont le fil rouge sera en grande partie la jeunesse, avec notamment au menu des tables rondes le thème de l’école et l’insertion professionnelle des jeunes, comme l’a présentée le Premier Ministre, qui précisait "les chiffres de l’apprentissage sont inquiétants", et "la mise en œuvre du Pacte de responsabilité s’annonce comme le plus brûlant de la conférence sociale". Ces propositions se situent également au lendemain de l’appel de Louis Gallois à unemobilisation nationale en faveur de l’alternance.
Cela nous amène à formuler les propositions d’actions suivantes, regroupées autour des trois idées suivantes :
 
1- La première idée - développée dans l’Argumentaire ci-joint pour des réponses structurelles aux problèmes d’insertion des jeunes - part du constat que notre pays dispose d’un potentiel quantitatif de jeunes dans la voie professionnelle, qui n’est pas si éloigné de celui de pays comme l’Allemagne (1,5 million contre 430 000 apprentis stricto sensu en France, auxquels s’ajoutent les 700 000 lycéens professionnels, technologiques et BTS), si tant est que la voie des formations alternées sous statut scolaire évolue - en rapport avec le monde professionnel qui pourrait devenir partie intégrante d’une telle évolution progressive - de manière plus professionnalisée, plus qualifiante et ainsi plus reconnue du monde économique, permettant ainsi aux jeunes diplômés d’entrer directement sur le marché du travail. Nous la préciserons dans le premier groupe de propositions.
 
2- La deuxième idée pour cela, comme y appelle Louis Gallois parlant de l’alternance et de l’apprentissage, c’est la nécessité de changer l’état d’esprit des entreprises et de l’Éducation nationale. Et ce changement profond, pour qu’il réussisse, doit être aussi celui des familles et des collectivités territoriales. C’est aussi pour cela que l’État, les Régions et les partenaires sociaux doivent aussi s’emparer du sujet, et que soit ainsi créée une mobilisation nationale qu’appelle de ses vœux le Président de la République. Un outil réunit tous ces acteurs et peut favoriser cette mobilisation : le Conseil national éducation-économie. Ci-dessous nos propositions pour préparer cette transformation.
 
3- La troisième idée repose sur le besoin d’expérimenter ces propositions sur des territoires pertinents pour avancer dans ces changements. Il s’agit aussi d’agir auprès des plus jeunes dans les écoles et avec les familles pour prévenir le décrochage scolaire, les préparer à leur future insertion professionnelle. Nous verrons des propositions concrètes dans nos propositions territoriales. 
 
Ces trois idées sont à relier entre elles pour donner un premier contenu opérationnel à ces propositions. Elles s’appuient sur une dynamique de changement pouvant se développer à l’issue de la Conférence sociale, en réponse à l’appel de Louis Gallois et avec l’appui d’échanges entre partenaires au sein du CNEE. Elles ont l’ambition de s’appliquer et de s’expérimenter sur des territoires. Nous avons proposé initialement celui du Grand Roissy qui est particulièrement attractif et réceptif à ces idées. Ces propositions en faveur de l’alternance pourraient se décliner expérimentalement sur ce bassin d’activités et d’emploi.
 
 
 
Voici les grandes lignes des propositions correspondantes à ces idées : 
 
1- Développer les relations d’alternance qualifiante étroitement coordonnées écoles entreprises  :
Comme l’expliquait Monsieur Bernard Masingue, directeur de projet à Entreprise et Personnel, dans une réunion publique de l’AFDET sur les pédagogies de l’alternance : L’alternance est un process et un projet, à la fois pour l’école et pour l’entreprise. Ce projet, c’est un temps unique de formation, comportant deux séquences coordonnées, solidaires et interactives. Il nécessite un pilotage global du processus, qui soit coordonné et contractuel. Il comporte l’exigence d’un tutorat reconnu, qualifié et responsable. Il doit se dérouler sur une durée qui permet une évaluation professionnelle des compétences. Il nécessite la reconnaissance formelle et réciproque des deux points de vue académique et professionnel. Si elle respectait ces principes, l’alternance sous statut scolaire ferait clairement partie de l’alternance.
 
Professionnaliser l’alternance sous statut scolaire, dans un projet conjoint éducation nationale acteurs économiques, pour la rendre qualifiante et faciliter l’emploi.
L’enjeu dans cette proposition d’évolution des formations alternées existantes entre l’école et l’entreprise, c’est de passer de l’alternance dissociée ou formellement associée entre les partenaires de la formation, largement dominante aujourd’hui, à une alternance étroitement coordonnée entre les deux parties prenantes de la formation professionnelle.
 
Cette transformation, qui passe par des expérimentations, nécessite de :
- intégrer l’entreprise, dans ce process expérimental défini entre partenaires, en la désignant comme partie prenante dans l’ensemble du processus de formation alternée,
- développer des formations pédagogiques coordonnées, dans des parcours qui pourraient être conjoints, entre acteurs de formations alternées (enseignants et tuteurs d’entreprise)
- développer la formation des tuteurs
 
Il s’agit dès lors plus généralement de :
- donner aux stages le statut d’un véritable "contrat d’alternance" - engageant l’entreprise, le lycée et le jeune dans un véritable contrat pédagogique - qui offre au jeune avec son diplôme de fin d’étude, une certification d’alternance professionnelle.
- d’identifier les voies de construction d’un tel contrat d’alternance qualifiante sous statut scolaire. Faire que les stages en entreprise des lycéens aient une durée suffisante pour permettre l’évaluation des compétences professionnelles des jeunes. Permettre que l’attestation de l’évaluation de ces compétences professionnelles soit délivrée conjointement par l’entreprise d’accueil et l’établissement. Faire reconnaître la qualification de tuteur ou maître d’apprentissage.
- Développer la fabrication de ces qualifications professionnelles au sein des commissions professionnelles consultatives, associant les Ministères de l’Éducation nationale et du Travail, de certaines filières prioritaires.
 
Utiliser le cadre du Pacte de responsabilité pour
- financer ces formations de tuteurs (et maîtres d’apprentissage) dans le cadre des contreparties du Pacte de responsabilité
- proposer comme indicateurs à prendre en compte dans le cadre de ce Pacte : augmentation du nombre de tuteurs (et maîtres d’apprentissage) formés dans ces formations au cours de la période du Pacte ; augmentation du temps passé à former les jeunes par ces nouveaux tuteurs. 
 
 
Rapprocher la formation professionnelle alternée sous statut scolaire et l’apprentissage pour assurer le droit à la qualification par l’alternance
Cette deuxième proposition nous paraît stratégique dans le contexte actuel caractérisé par :
- le recul de l’apprentissage dans les plus basses qualifications notamment, au bénéfice l’apprentissage en formations supérieures, changeant de ce fait le processus de l’alternance rappelé ci-dessus,
- le besoin d’un continuum entre l’alternance sous statut scolaire et l’apprentissage, ces deux formes de l’alternance étant beaucoup plus complémentaires qu’opposées, comme le montre certaines expériences associant ces deux formules dans des lycées d’accueil d’UFA (unités de formation par apprentissage)
- le contexte politique et social de mobilisation pour l’alternance pousse à faire travailler ensemble, à l’instar du Conseil national éducation-économie, les administrations centrales, notamment de l’Éducation nationale et du Ministère du travail.
 
+ Réaliser un bilan d’expérience des unités de formation par apprentissage (UFA)
+ Sur la base de ce bilan d’expérience, viser à créer les meilleures conditions pour conjuguer alternance sous statut scolaire et apprentissage dans l’intérêt des jeunes 
 
La mise en œuvre de ces propositions pourrait s’inscrire dans une démarche en rapport avec la deuxième proposition suivante :
 
2- Engager un programme de mobilisation sur trois ans avec les partenaires éducation économie
Louis Gallois déclare le 5 juin dans l’Usine Nouvelle : "l’apprentissage aide à trouver du travail, et il facilite l’adéquation entre l’offre et la demande d’emplois. Le sujet semble consensuel, tout le monde est pour. Il faut passer à l’acte ! Comment ? J’appelle à un programme national en faveur de l’alternance, qui doit associer tous les acteurs, fixer des objectifs ambitieux et se donner les moyens de les atteindre. L’apprentissage doit devenir un problème politique. Il ne s’agit pas d’accumuler des mesures techniques, mais de changer l’état d’esprit des entreprises, de l’éducation nationale, des familles, des collectivités territoriales… Les partenaires sociaux, l’État et les régions doivent s’emparer de ce sujet. L’enjeu est suffisamment sérieux et important pour créer une mobilisation nationale".
 
Prendre l’initiative de proposer un projet de développement de l’alternance, incluant l’alternance sous statut scolaire, aux partenaires au sein du Conseil national éducation-économie, dont l’objet est de réfléchir de façon prospective sur la relation entre l’éducation, l’économie et l’emploi.
 
Ce projet s’appuierait sur un PROGRAMME D’ANIMATION ET DE MOBILISATION sur trois ans conjuguant :
enquêtes sur des pratiques novatrices en matière de formations alternées et d’analyse des freins à leur développement ;
débats, rencontres et colloques - associant responsables socio-économiques et éducatifs, Ministères, Régions, partenaires sociaux et familles - sur des thématiques spécifiques au développement de l’alternance.
expérimentations territoriales en accord avec des Régions ;
 
Parmi les questionnements auxquels ce programme pourrait répondre : quelles pédagogies pour réussir les voies de l’alternance, sous statut scolaire et apprentissage ? Comment favoriser des formations pédagogiques coordonnées entre formateurs et tuteurs de formations alternées ? Comment contribuer à la modernisation des diplômes professionnels, et coproduire la qualification des jeunes tout au long des formations alternées ? Cette revalorisation ne doit-elle pas s’accompagner d’un contrat d’alternance qualifiante ? Comment mieux structurer par la concertation des acteurs régionaux et académiques, les coopérations écoles entreprises dans les bassins d’emploi ?
 
Développer l’esprit de coopérations éducation économie et de partenariats avec les Régions
L’intervention ci-jointe de Bruno Racine aux journées de Centre INFFO et du CNFPT les 20 et 21 mars à Metz sur le thème : "L’ouverture des Régions vers de nouveaux partenariats Éducation Formation Économie Territoires, nouvel horizon pour l’innovation, la croissance et l’emploi" illustre bien notre proposition, visant à développer la mobilisation nationale autour de l’alternance et les coopérations éducation économie.
 
3- Favoriser une expérimentation territoriale de ces coopérations éducation économie 
 
Le territoire du Grand Roissy, sur lequel nous avons conduit divers projets de rapprochement écoles entreprises et de développement territorial (bourse de stages réalisée début 2000 avec tous les services de l’Inspection académique et toutes les fédérations professionnelles du Val d’Oise ; colloque CNFPT Paris Métropole sur les enjeux du nord-est francilien le 18-10-12) est un territoire particulièrement attractif et très réceptif aux problématiques développées ici pour le développement de la qualification et de l’emploi des jeunes. Plusieurs projets y sont en préparation, dans le cadre par exemple du Programme d’investissement d’avenir : 2014-2018, ou Initiatives du Comité d’Orientation Stratégique Emploi-Formation (COSEF) du Grand Roissy en rapport avec le conseil régional Île-de-France et les conseils généraux concernés, …
 
La participation active à ces projets du Ministère de l’Éducation nationale et de ses établissements locaux sur ce vaste bassin d’activités, d’emploi et de vie pourrait aussi être le moyen de mettre en œuvre et d’expérimenter les propositions ci-dessus, et de s’engager dans le programme national de mobilisation pour l’emploi des jeunes qui pourrait être proposé à l’issue de la Conférence sociale et avec les partenaires du Conseil national éducation-économie.
 
Participer dans une expérimentation sur trois ans sur le bassin duGrand Roissy - en relation avec le conseil régional Île-de-France et l’État, les collectivités concernées, les partenaires économiques et associatifs - dans les projets de développement du territoire, en y soutenant les différents projets éducatifs existants du Primaire, au collège et aux lycées, en y favorisant l’alternance et l’insertion professionnelle des jeunes.
- Soutenir le travail spécifique des établissements locaux du Projet Rallye Jardins de Villiers-le-Bel, pour prévenir le décrochage scolaire, en lien avec les collectivités, les associations et les familles. Ce projet guide les jeunes à présenter leur travail à l’année autour du développement durable, de l’ESS et de l’insertion, dans des groupes de travail, en classes ou en décrochage. Il est aussi illustratif d’une démarche et d’une dynamique exemplaire pour l’insertion. 
- Mettre en place un partenariat de proximité entre les entreprises et les établissements scolaires dans un même bassin d’emploi, avec l’appui de partenaires des coopérations écoles entreprises (AJE, 100.000 entrepreneurs, Fondation FACE,…), et en rapport avec les initiatives du COSEF du Grand Roissy.
- Travailler avec tous les partenaires locaux à la mise en place des formations nécessaires pour répondre aux besoins du territoire du Grand Roissy, dont le potentiel d’emploi a été chiffré à plus de 125000 emplois créés jusqu’en 2025. Travail en rapport avec le Programme d’investissement d’avenir : 2014-2018"Partenariats pour la formation professionnelle et l’emploi".
Racine Bruno

Bruno RACINE, AFDET - section de Paris, conseiller pour l'alternance-apprentissage, l'emploi et la formation professionnelle dans le développement des territoires.

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