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A quelques jours de la sortie des résultats PISA 2023, Coup dePouce, l’association nationale de référence sur la prévention du décrochage scolaire, fait le point sur les inégalités scolaires en France.

Tous les 3 ans, les résultats des enquêtes PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), qui évaluent les compétences des élèves de 15 ans en lecture, sciences et mathématiques dans l’ensemble des pays de l’OCDE, provoquent une réelle remise en question des pratiques éducatives françaises. Avec un niveau de maths en baisse depuis 2003, la France maintient un niveau légèrement supérieur à la moyenne des pays de l'OCDE, mais n’est jamais parvenue à arriver dans les premiers résultats de ce classement. Le 5 décembre sortiront les résultats de l’étude PISA 2022 sur les compétences mathématiques : nous proposons une analyse de la problématique de l'apprentissage des mathématiques et des pistes d'actions issues de notre expérience associative sur le terrain avec les enfants en élémentaire, là où tout se joue.

Une spécificité française

Les précédentes études PISA en faisaient déjà état : la France est un des pays de l’OCDE où les inégalités sociales exercent la plus grande influence sur les résultats scolaires, et c’est particulièrement vrai des compétences mathématiques etscientifiques des élèves ( PISA 2018 ). L’école française semble même amplifier les inégalités sociales de départ. Le sociologue Régis Cortesero explique ainsi : "Le systèmescolaire français présente un niveau élevé de « ségrégation académique » et de «ségrégation sociale » : il sépare fortement les élèves en fonction de leur niveau scolaireet de leur origine sociale.”

Faut-il s’inspirer d’autres pays ?

Si la France fait généralement figure de mauvais élève dans le classement PISA sur lescompétences mathématiques, Singapour s’illustre depuis 2008 par sa première place. Son programme national scolaire de mathématiques, de la maternelle à la fin deprimaire, a donné son nom à la “méthode de Singapour” en 1995, quand cette dernièrea gagné une notoriété mondiale suite au premier rang donné à Singapour auxévaluations internationales TIMSS (Trends in International Mathematics and ScienceStudy).

Un aspect fondamental de cette méthode lors des premières années de scolarité réside dans la manipulation d’objets, qui permet de confronter les élèves aux notions mathématiques : par exemple, ils apprennent l’addition en manipulant des cubes. Cette étape fondatrice permettra à l’enfant de passer du concret à l’abstrait : il faut manipuler pour comprendre.

Cette idée semble d’autant plus importante en France que la manipulation ne sert passeulement à comprendre, mais est essentielle pour donner du sens aux notions mathématiques qui seront vues en classe (à quoi sert d’apprendre à compter ?) etprendre du plaisir à jouer en utilisant ces notions mathématiques (en additionnant descubes, on fait une tour !). En bref : installer un rapport aux apprentissages positif quipermettra aux enfants de bénéficier des enseignements de l’école. Or, si l’origine sociale est si déterminante dans le parcours scolaire des enfants, créant ainsi unsystème où l’école ne joue plus son rôle d’ascenseur social, c’est notamment parce quedurant les premières années de scolarité se jouent ce sens et ce plaisir des savoirs fondamentaux, et la confiance de l’enfant dans ses capacités scolaires. 

Cécile Jéhanno, Directrice générale de l’association Coup de Pouce, explique : “C’est cesens, ce plaisir et cette confiance qui auront le plus grand rendement sur la réussitescolaire à long terme des enfants. Et cela ne se joue pas tant dans les classes d’école quedans l’environnement familial. Les milieux favorisés ont connaissance, consciemment ounon, de l’importance et de la manière de créer ce rapport de l’enfant aux apprentissagesde l’école : compter les canards sur un album jeunesse, suivre une recette de cuisine enadditionnant les aliments, jouer avec des cubes… L’importance de cet accompagnementfamilial n’est pas réellement explicité aux parents, créant ainsi un écart, dès le départ,entre enfants arrivant à l’école primaire avec le projet d’apprendre pour son propreintérêt, et les autres.”

Le jeu : la solution qui manque au système français ?

On comprend donc qu’il faut agir en priorité en complémentarité de l’école , pour accompagner non seulement les enfants dans leur rapport aux apprentissages, mais également les familles dans l’accompagnement de leur enfant. Et en particulier, lesenfants et familles de milieux défavorisés.

Le jeu permet ainsi de donner du sens aux apprentissages, en les ancrant dans lequotidien de l’enfant et en lui permettant de l’expérimenter par lui-même. CélineFerrier, docteure en sciences du langage et chargée d’études et de recherche pour Coupde Pouce, explique : "Le jeu est un excellent moyen pour les enfants de résoudre desproblèmes et d'émettre des hypothèses : si je pose cette brique, est-ce que ma tour vatomber ? Si je passe mon tour maintenant, je vais pouvoir gagner ensuite un point... Cescompétences sont essentielles pour réussir à l'école et en particulier dans lesapprentissages mathématiques."

Productrice de jeux pédagogiques depuis 30 ans, et organisatrice d’un Prix national des Petits Jeux Mathématiques, Coup de Pouce a ainsi développé une expertise mise à profit auprès de plus de 10.000 enfants et 15.000 parents chaque année, dans près de 240 communes métropolitaines et outre-mer. Et les résultats sont au rendez-vous: sur l’ensemble des 1290 enfants et 1930 parents ayant participé aux clubsMathématiques en CE1 de l’association sur l’année scolaire 2022-23 :

  • 100% des enfants affirmaient que le club Coup de Pouce leur a donné envie de faireplus d’activités mathématiques ;
  • 88% des enfants étaient plus à l’aise dans leur travail scolaire ;
  • 78% des enfants ont utilisé les objets du club à la maison (jeux mathématiques,revues…)
  • 71% des parents ont changé leur façon d’accompagner leur enfant dans sa scolarité.

Un enfant témoignait ainsi : « On s’améliore car on n’est pas nombreux. Quand on fait desjeux, on apprend des choses : à se concentrer, partager, être gentil... et faire les devoirs.On apprend en s'amusant, avec des jeux. »

Pour favoriser les apprentissages mathématiques de tous les enfants en France, quelle que soit leur origine socio-économique, Coup de Pouce préconise donc la mise enplace de programmes ludiques d’accompagnement, des enfants et de leurs parents.

https://coupdepouceassociation.fr/

Dernière modification le lundi, 04 décembre 2023
An@é

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