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Ce weekend, en raison du contexte sanitaire, le célèbre FOSDEM avait lieu en ligne. Ce n’est donc pas 8500 hackers, supporters et contributeurs du libre qui ont déferlé sur Bruxelles mais lors des pics de connexion pas moins de 11500 personnes qui se sont connectées du monde entier aux nombreuses conférences qui avaient été programmées.

Pas de spécialités locales, pas de frites – biki cheeseburger et sauce curry ketchup avalé entre deux confs. Pas de gaufres liégeoises. Pas de club Mate, la boisson énergisante officielle de l’événement. Et surtout pas de bières belges partagées entre amateurs éclairés. Nombre de participants avaient heureusement où qu’ils soient fait leurs provisions pour conjurer le sort. Et j’avoue bien sincèrement que mon frigo fut en partie belge le temps d’un weekend, histoire de retrouver l’atmosphère du FOSDEM.

C’est traditionnellement l’Université Libre de Bruxelles qui accueille l’événement au travers de ses nombreux bâtiments et, sur le chemin, les participants se reconnaissent à leurs t-shirts à l’effigie de logiciels ou de distributions Gnu/Linux, aux slogans militants ou à l’humour toujours présent.

Je suis tombé dans le libre il y a très longtemps, un peu plus de 20 ans, au travers d’un magazine qui présentait le mouvement et quelques-uns de ses logiciels phares. Cela a été une révélation…

Depuis le FOSDEM est un rendez-vous incontournable et « incontourné » même en période de pandémie, le moment idéal pour voir que le numérique n’est pas qu’un objet de consommation mais un outil de communauté, un moyen d’exercer sa curiosité, un objet de partage.

Les valeurs y sont importantes face à des outils et solutions trop souvent dévoyées. Les premières publicités vantant la 5G par exemple (sujet complexe…) nous montrent des besoins « vitaux » comme le fait de pouvoir regarder « son » film ou « son » jeu vidéo sur la route des vacances. Le FOSDEM est aux antipodes de cela et questionne d’ailleurs les différents enjeux de société. Plusieurs conférences étaient ainsi dédiées aux aspects écologiques du numérique et aux solutions permettant d’optimiser les pratiques.

D’autres étaient consacrées aux aspects rétro du numérique pour des questions nostalgiques, historiques mais aussi d’écologie afin de pouvoir travailler avec des anciennes machines et ne pas devoir sans cesse consommer plus.

Stéphane Botzmeyer, un nom bien connu dans le libre, présentait d’ailleurs le projet Gemini, un protocole léger destiné non pas à remplacer le web mais à vivre en parallèle afin de revenir aux fondamentaux de ce dernier qui, à l’origine, n’avait pas vocation à afficher moult publicités ni à tracer les visiteurs.

Je ne saurais faire une liste exhaustive des conférences données cette année (un peu plus de 600). Il y en a pour tous les goûts, toutes les compétences et vous pourrez retrouver prochainement l’intégralité des enregistrements en ligne sur la chaîne de l’événement.

Par ailleurs, la communauté se veut être un modèle d’inclusion et il est extrêmement réjouissant de voir combien les apparences physiques, les préférences sexuelles n’ont pas lieu d’y constituer des discriminations. Seules comptent ce que nous avons à échanger en termes de connaissances numériques et de valeurs. Ce n’est donc pas l’endroit où les valeurs machistes peuvent s’épanouir à leur aise.

Mais il arrive que l’extérieur nous questionne sur certains sujets qui continuent d’ennuyer les adeptes de la masculinité toxique. En particulier, Ada Lovelace (1815-1852) fut-elle véritablement le premier programmeur ?

Steven Goodwin y a répondu de manière brillante avec 4 arguments chocs après avoir analysé le code imputé à Ada qu’il avait retranscrit en Javascript :

  • il y a un bug dans le code d’Ada : tous les vrais programmeurs commettent des bugs,
  • sa boucle est quelque peu faussée : erreur de débutant que font tous les vrais programmeurs dans leurs premiers codes,
  • Ada a imaginé que ces machines permettraient d’écrire de la musique, de la poésie : elle était pionnière de la philosophie hacker,
  • enfin et c’est mon argument préféré, si Ada avait été un homme, personne ne se serait jamais posé la question.

Fin de la discussion !

Ce sont ces valeurs que je souhaitais mettre en avant mais le FOSDEM est un labyrinthe de connaissances, d’échanges où il est difficile de se rassasier, tant une question en amène une autre. J’attends donc avec impatience FOSDEM 2022 en espérant que l’on se retrouvera tous cette fois en chair, en os et en bytes.

---Publié précédemment sur Upcycle Commons---

Dernière modification le mercredi, 10 février 2021
Cauche Jean-François

Docteur en Histoire Médiévale et Sciences de l’Information. Consultant-formateur-animateur en usages innovants. Membre du Conseil d'Administration de l'An@é.

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