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Comment le cinéma a abordé la numérisation du monde en nous appuyant sur Descartes et Leibniz  qui rêvait, déjà, d’une machine à produire des vérités en se passant de l’esprit humain : Présenté par Ollivier Pourriol, philosophe, romancier, essayiste et conférencier - Animé par Sven Ortoli. Sur l’écran de l’espace scénique une séquence de film, le théâtre à l’italienne de la ville d’Agen est comble, les places du paradis sont toutes occupées, la salle devient silencieuse, attentive.

Ollivier Pourriol apparaît et commente la séquence présente à l’écran. Peu à peu s’installe chez le spectateur, l’idée que « contrairement aux prisonniers de la caverne de Platon, les spectateurs de cinéma ne sont ni dupes, ni captifs, il en va parfois autrement sur l’écran… »[i].

Cette première séquence et la suite des séquences présentées extraites de cinq films.

Ils font partie de succès reconnus à la fois par la fréquentation des salles, par la profession et par les critiques.

La production américaine est représentée par « Demolition man » diffusé en France 1993, 19ème au box-office annuel et suivi d’un jeu vidéo, « Minority report » diffusé en France en 2002 avec un succès égal en fréquentation et en vente de CD, « Westworld », une série culte avec plusieurs épisodes, et « Terminator IV » en 2009 avec une fréquentation à celle de la première réalisation. La production française par « Les sous-doués passent le bac » régulièrement programmé à la télévision en 13ème position de tous les films regardés entre 1989 et 2014 récemment rediffusé en 2023.

Cette présentation des œuvres projetées montre que le travail de découverte et de réflexion sur ces extraits que nous propose Ollivier Pourriol concerne des séances de cinéma qui ont réuni un très grand nombre de spectateurs : il ne s’agit point de travailler à partir de produit cinématographique à diffusion limitée mais sur des succès populaires : la leçon, au sens noble du terme, s’adresse donc à tous et toutes.

Au cours de l’analyse des séquences choisies, Ollivier Pourriol va permettre au public d’approfondir sa compréhension des discours audio-visuels.

Si, comme il le dit, le spectateur n’est pas dupe d’être au cinéma, la fascination des images, les effets sonores et visuels, la surface écranique qui se détache dans l’obscurité, mettent à distance une analyse réflexive au profit d « un rêve éveillé », auquel incite le récit sous la forme d’une fiction.

En rappelant la construction filmique, Ollivier Pourriol incite le spectateur à prendre conscience d’un discours possible présent dans la continuité des séquences filmiques. Dans les scènes choisies, il aide le spectateur à passer de l‘effet fiction à une analyse du discours filmique qui, dans le cas présent, à pour sujets, des personnages captifs et dupes de l’utilisation de différentes technologies, en particulier celles basées sur des algorithmes.

Ce premier temps situe la question qui va se poser à partir du récit, support d’un discours :

Quand les promoteurs d’une technologie promettent de régler les problèmes de la société, tels que la violence, la disparition d’un être humain indispensable, l’apprentissage etc… que devient la société ?

Un deuxième temps permet un repérage des matières de l’expression, visuelles, sonores et orales qui sur l’écran mettent en scène la question.

Le conférencier présente deux pistes de réflexion.

L’une est propre à l’enseignement, le conférencier la formalise en référence à la philosophie, celle de Spinoza et celle de Descartes. Cet aspect didactique qui reconnaît une filiation a son importance quand les produits et les techniques qui traitent des informations pénètrent l’univers scolaire et qui laisseraient entendre que la réflexion sur leur utilisation n’a pas d’antériorité.

L’autre concerne la population dans son ensemble : en prenant des productions cinématographiques dites grand public, Ollivier Pourriol permet un débat intergénérationnel sur les promesses des technologies qui solutionnent les problèmes humains soit par la violence soit par la douceur : deux exemples cinématographiques forts sont présents dans les séquences et explicités par Ollivier Pourriol, celui de l’apprentissage et celui de la sécurité des populations.

Cette conférence à la fois incite au dialogue autour des films mais aussi à prolonger la quête de la filiation. Dans une filiation française et cinématographique, elle pourrait être représentée par « La Jetée » de Chris Marker, 1962 récit apocalyptique de la Troisième guerre mondiale où les vainqueurs soumettent les vaincus à diverses expériences scientifiques pour assurer leur survie et par « Ce qui me meut » de Cédric Klapisch, 1989, une supposition sur les possibles conséquences du chronophotographe de Jules Marey sur la physiologie et la médecine.


[i] Ollivier Pourriol, 2023, « « Matrix »et « Truman Show », le lieu de la révélation. » in Philosophie Magasine numéro spécial « Platon ».

Dernière modification le jeudi, 16 novembre 2023
Jeannel Alain

Professeur honoraire de l'Université de Bordeaux. Producteur-réalisateur. Chercheur associé au Centre Régional Associé au Céreq intégré au Centre Emile Durkheim. Membre du Conseil d’Administration de l’An@é.