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Cette année encore, Canopé 47 a proposé dans le cadre du printemps du numérique un choix d’ateliers intégrant à la fois des témoignages d’expérimentations au sein d’établissements et des propositions d’activités liées au numérique éducatif.  Un des ateliers a attiré mon attention :  il est animé par Aline Trabut et Manon Maury professeurs au collège Delmas de Grammont de Port-Ste-Marie en 47, il relate une expérimentation autour des questions vives qui animent les élèves d’une classe de 4ème.
 

Un horaire consacré au débat, à la recherche documentaire, à la réalisation d’enquête sur les questions controversées formulées et choisies par les élèves.

Une occasion d’expérimenter pour que la parole se libère, que les élèves puissent se lancer dans des recherches et construire l’évaluation de l’information, pour qu’ils argumentent à l’oral comme à l’écrit, qu’ils construisent à terme une cartographie de ces questions vives et pourquoi pas un scénario du futur.

Comment exercer son esprit critique ?

Suite à l’événement tragique survenu lors de l’assassinat de Samuel Paty, 2 enseignantes (professeur d’histoire/géographie et professeur de français) ont mené ensemble une réflexion afin de donner la parole aux adolescents dans un collège.

Constat et point de départ de la réflexion 

Les élèves n’ont pas un temps suffisant pour pouvoir s’exprimer en classe. L’école n’est pas perçue comme un lieu de débat et d’expression. Face au flux et à la masse d’informations disponible, les élèves éprouvent des difficultés à utiliser les informations, à les trier, à les sélectionner. Ils font une utilisation consumériste des médias sans pour autant être en capacité de les analyser.

On est en droit de se demander effectivement et étonnement, si nos enfants ont suffisamment d’écoute et de prise de parole au sein des classes, au sein de leur propre sphère familiale et cela bien avant leur arrivée au collège voir au lycée. 

Etant personnellement impliquée dans le développement des ateliers philos au sein du cycle 1, cette prise d’initiative m’a fortement intéressée et s’est développée dans d’autres établissements. 

Au-delà de la bonne volonté de chaque enseignante, il a fallu construire un projet pédagogique innovant et expérimental avec l’aide des enseignants intéressés, avec l’appui du chef d’établissement et un accompagnement par un enseignant chercheur. Trouver un créneau horaire sans trop perturber l’emploi du temps n’a pas été chose facile. Un temps dédié à l’exercice du développement de l’esprit critique, décroché des programmes, à partir de sujets de société, sujets parfois sensibles ou de questions vives soulevées par les élèves. Les parents sont informés des sujets abordés, des vidéos et des enregistrements ont été réalisées dans un cadre strict et pour un usage strictement pédagogique. 

5 étapes à définir

Etape 1 : les débats bruts

Les élèves ont échangé dans un premier temps pour faire émerger les sujets qui les intéressaient particulièrement et qui suscitaient le plus d’intérêt ou qui amenaient le plus de questionnement.

Dans un second temps, suivant le sujet choisi, ils devaient se mettre par groupe de 2 ou de 3 pour travailler ensemble sur les raisons de ce choix et comment le présenter aux autres.

Etape 2 : recherches personnelles

Les élèves ont dû se plonger dans des recherches afin de sélectionner les personnes qui pouvaient les aider à étayer leur sujet, à répondre à leurs questions. Il fallait également sélectionner des personnes ayant des points de vue différents et préparer les interviews.

Parallèlement, il fallait vérifier la fiabilité des ressources avant de rencontrer les personnes, un vrai travail d’amorçage du métier de journalisme, aller à la source de l’information, l’analyser pour pouvoir la diffuser. Développer un esprit critique commence d’abord par une analyse approfondie des informations reçues.

Etape 3 : recherches (compléments et témoins)

Un point régulier sur les recherches, un suivi, un complément de recherches pour répondre aux questions soulevées ont été nécessaires jusqu’à la réalisation d’un journal de brèves pour concrétiser ce travail. 

Etape 4 : reportages écrits et mise en forme

Les élèves devaient ensuite rédiger des articles, les retravailler, vérifier les sources. Ils ont créé un journal dont le titre est assez évocateur « Les impliqués ».

Etape 5 : bilans et perspectives

Un des projets serait de réaliser une cartographie des controverses de chacun des sujets sélectionnés. Il est même envisageable de créer un scénario où les élèves deviendraient acteurs en quête de solutions.

Afin d’accompagner les élèves dans ce travail de recherche, les 2 enseignantes impliquées dans ce projet ont mis en place des outils d’aide :

  • Carte mentale des débats

  • Fiche de collecte des recherches (restructurée régulièrement pour plus de lisibilité)

  • Fiche de recherche pour témoins ou experts à interviewer 

  • Mise en place d’ateliers spécifiques pour les élèves qui rencontrent le plus de difficultés (fonctionnement d’un moteur de recherche, types de sites à consulter, comment les sélectionner (la fiabilité des sources), les points de vue (image)

 

Les enseignantes ont remis en question leur manière de faire cours et choisi de s’adapter à la mise en place de ce type de projet.

En travaillant sur le développement de l’esprit critique de leurs élèves, elles leur ont donné davantage la parole ; elles les ont écouté d’une manière attentive, répondant parfois à des questions sociétales très délicates (comme la peine de mort). En favorisant leur autonomie, elles ont libéré de la confiance et les échanges ont pu se dérouler dans une atmosphère constructive. Elles les ont guidé sans pour autant intervenir à outrance et l’on sait combien c’est parfois compliqué de ne pas intervenir…

 

Elles ont pu constater au fil des mois pour cette première année d’expérimentation, un véritable plaisir de la part de leurs élèves à échanger entre eux, à se nourrir des questions et des réponses de chacun. 

 

Ce travail de développement de l’esprit critique a eu des répercussions sur d’autres matières enseignées dans le cadre des programmes : plus de débat, plus de recherches, analyse de texte plus poussée et plus critique, rédaction de texte plus organisée, plus structurée et étayée. 

Voici quelques sujets qui ont pu émerger lors des débats :

1 portstemarie« Peut-on avoir confiance en la médecine ? Les chercheurs, les médecins …les industries pharmaceutiques ? »

« Les inégalités sociales sont-elles inévitables ? »

« Les nouvelles technologies sont-elles bénéfiques pour l’Homme et pour la planète ? »

« Existe t-il dans la société une réelle volonté de mettre fin à l’exploitation (sociale et sexuelle) des enfants ? Cette exploitation peut-elle disparaître ? »

Rappel : la question doit être vive et faire débat dans la société actuellement.

Toutes ces recherches, fiches d’interviews, fichiers audios, vidéos sont déposés sur un google drive et alimentent les travaux de recherche menés avec l’enseignante chercheuse Anne Lehmans.

Au terme de cet atelier, les enseignantes nous ont confié que certains élèves découvrent le métier d’investigateur, de journaliste, de reporter, ce qui suscitera peut-être chez certains d’entre eux  une vocation.

Elles ont également évoqué le fait que les élèves pourraient se rendre éventuellement au festival du journalisme qui se tiendra à Couthures/Garonne les 15, 16, 17 juillet.

Bravo à ces 2 enseignantes, Aline Trabut et Manon Maury du Collège de Port-Sainte-Marie pour la mise en place de ce projet, qui ouvre des perspectives et répond à une vraie demande de la part de nos élèves, peu importe le cycle.

Sylvie Storti

Dernière modification le samedi, 02 avril 2022
Storti Sylvie

PEMF, Enseignant Référent aux Usages du Numérique (ERUN) en Lot-et-Garonne, Sylvie Storti est également membre du Conseil d’Administration de l’An@é.