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Cette année, s’est tenue la 4ème édition du festival Infilmement petit, un festival né de la réflexion autour des usages des écrans, du numérique. Organisé par l’enseignement privé, ce festival est pour moi la démonstration réussie de l’éducation à l’image, de l’accompagnement à l’usage numérique. Tant pour les élèves que les enseignants. Je vais vous expliquer pourquoi et comment.  

Voilà comment ça se passe : d’abord il y a le festival : http://departementeducation.enseignement-catholique.fr/infilmementpetit/edition-2015/

Chaque année, le festival Infilmement Petit propose aux lycéens de soumettre une production réalisée à l’aide de caméras et objectifs intégrés, à partir d’un thème, distinct pour chaque édition, qui fédère toutes les démarches.

Cette année le thème était "Sans intérêt"

Les élèves sont amenés, en faisant, à interroger leurs pratiques, à se poser des questions, à confronter leurs usages. Ils font ensemble. Ils comprennent et apprennent en utilisant tablettes, smartphones, ordinateurs, bref ce qu’ils ont. Et s’ils n’ont pas, ils inventent.

Les adultes eux, les accompagnent, certes, et constatent ce que les élèves font,  modélisent, observent comment ils s’emparent du matériel, des concepts. Bref ce cocktail qui réinterroge les pratiques pédagogiques, encore et encore.

Ce festival est devenu pour l’enseignement privé un vrai observatoire des usages.

Et c’est une manière de faire entrer le numérique dans les établissements, par la grande porte.

Comment ça se passe concrètement ce festival ?

Le travail en établissement, autour du concours pendant la période donnée pour présenter et soumettre ses projets.

Le jour J à Paris : les équipes finalistes se retrouvent pour une journée exceptionnelle.

Tout commence par une plongée dans les couloirs du temps avec cet espace à la fois dehors et dedans (entre deux bâtiments, dehors, mais protégé par un toit en verre) nommé la « zone du sans intérêt » toute personne souhaitant participer est invitée à s’assoir sur une chaise, et écrire à la machine à écrire un texte sur une feuille blanche. Des mots, des idées, des phrases, un poème, un texte. Libre. Libre d’inventer, de participer et d’utiliser ces machines qui aidèrent finalement à la production des premières écritures aidées, non manuelles, pour des intérêts particuliers et professionnels à grande échelle.

Intéressant de se mettre à la place de nos grands-parents, parents, arrière grands parents pour ces jeunes nés après les années 2000. Quand je fais une faute ou quand les touches s’emballent c’est plus compliqué à gérer qu’avec mon écran, quel qu’il soit…Chaque production est ensuite accrochée à un fil à linge, avec une corde à linge. Un magnifique effet visuel.

Ces écrits flottant au vent au-dessus de ces tables parées de machines à écrire et de feuilles blanches. Ces papiers froissés dans les poubelles.  

Ces productions serviront le soir pour la performance des artistes dont il est question plus tard dans cet article.

Quelques photos ici pour rendre compte de cette ambiance et de cette expérience :

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Ensuite, l’espace est divisé en plusieurs ateliers. Les élèves vont donc d’ateliers en ateliers pour… voir, faire, échanger. Et aussi rire, réfléchir, pas être d’accord…

L’atelier 1, cinéma d’animation. L’occasion d’entendre l’expérience de Paco, cet artiste qui a participé à de nombreux films d’animation. Il explique la technique d’animation traditionnelle. Et puis l’esprit collaboratif indispensable sur ce type de projet. Sans les compétences des uns et des autres, point de projet bouclé. Et puis c’est l’occasion de voir la différence de rendu entre les films réalisés avec une méthode traditionnelle et ceux réalisé de manière numérique. Entre Blanche Neige et La Reine des Neiges il y a quelques différences...

On ne fait pas les mêmes choses, et de fait le rendu n’est pas le même.

Les élèves ont l’immense privilège de pouvoir toucher les acétates, de voir les dessins signés Sylvain Chomet. Je ne sais pas s’ils mesurent leur chance à ce moment. Par contre je suis persuadée qu’un jour ils comprendront.

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Je vous laisse ici faire connaissance avec cet artiste, ce travailleur minutieux, cet être passionné qui incite les élèves à aller pousser la porte des studios d’animation avec verve, enthousiasme (svp mettez le son de votre appareil au maximum) :

L’atelier 2 c’est l’audiodescription. Vous savez, cette option dont vous ne voyez JAMAIS l’intérêt sur les DVD. Ici les élèves ont pour mission de décrire les scènes qu’ils voient à l’écran, pour des personnes qui seraient malvoyantes par exemple. L’occasion de travailler sa diction, son sens de la description, de se mettre à la place de celui qui n’a pas la chance de pouvoir voir les images. Un travail impressionnant à la fois en français, et en technologie : placer la voix sur les images grâce au logiciel et au matériel. Un travail considérable et un développement accru du sens de l’observation.

Il y a plusieurs mégots dans le cendrier de cette voiture. Le réalisateur a fait un plan d’à peine une seconde dessus. Faut-il en parler ? Quelle indication cela nous donne-t-il ? Il ne faut pas commenter, il faut juste analyser et retranscrire.

Complètement génial cet atelier, n’est-ce pas ? Et à la portée de tout enseignant aujourd'hui. En français ou même en anglais, allemand, espagnol, italien etc... 

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L’atelier 3 : c’est le film d’animation. Ici on invente, et on fait. Ensemble. Quelques images ici :

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L’atelier 4 c’est celui des drones. Il s’appelle : Drônes : qui regardes-tu ? L’occasion de se poser quelques questions sur les différences de point de vue, et puis d’inventer une narration et de réaliser un petit film avec ces appareils d’un nouveau genre.

L’atelier 5 s’appelle doublage et détournement. L’intervenant a sélectionné quelques vidéos (des bandes annonces par exemple) et les élèves ont pour mission de réinventer le texte qui pourrait accompagner les images. Et d’enregistrer leur voix sur ces images. En faisant correspondre les deux, tous seuls comme des grands, bien entendu. Les élèves sont par 3, il faut se mettre d’accord sur le ton, puisque tout est permis : on part sur du comique, du dramatique ? on choisit quel langage ? Transdisciplinarité, vous avez dit ? OUI !

L’atelier 6 c’est celui du cinéma d’animation. Comment chacun va apporter sa pierre à l’édifice d’un film d’animation qui sera monté pour le soir même ? : chaque élève dispose de 10 feuilles blanches, il lui faut dessiner par étapes, dans le but d’une animation… se rendre compte en pratiquant concrètement le travail collaboratif, créer, et être fier du travail accompli. Un atelier d’une grande qualité, une fois encore.  L’intervenante de cet atelier est Florentine Grelier (https://www.youtube.com/user/cobayanim). Jeune femme passionnée et brillante, elle nous explique son point de vue :

 

L’atelier 8 s’appelle « du portable au polaroid ». Il est animé par Camille Millerand. Vous le connaissez sûrement. Les pieds dans la France ça vous dit quelque chose ? http://lpdlf.net/

Aujourd’hui on prend des photos à tout va, tout le temps, avec notre « doudou numérique » (expression empruntée à Marcel Desvergne).

On prend des photos, plusieurs pour un même sujet, on stocke des instants flous, mal cadrés, de tout et de rien. Dans cet atelier on va travailler à la fois sur la réflexion avant d’appuyer sur le bouton « capture » puisqu’on dispose d’un seul polaroid pour exprimer une idée.

Et il y a un autre travail, celui de l’anonymat pour faire passer une idée. Vous voyez pas le concept ? Parfait, regardez Camille en parler ;o) : 

Et puis il y avait la boîte à questions. Un placard aménagé en studio vidéo. Géniale idée, géniale réalisation. Les élèves s’y enfermaient à tour de rôle, de l’extérieur on entendait glousser, ils sortaient hilares. C’était magique à observer. Je serais curieuse de voir le résultat.

Je ne vous ai pas encore parlé de la caravane. Dans la cour, il y avait une caravane. Sur laquelle il était écrit : « Ceci n’est pas qu’une caravane ». Aménagée pour faire comprendre la technique sténopé. On rentre dedans et on ferme la porte. On se retrouve dans le noir. Alors on pousse un bout de bois. Un trou dans la carlingue laisser entrer la lumière. Sur le panneau blanc qui nous fait face dans la caravane, le paysage se situant à l’extérieur du véhicule apparaît. A l’envers. Tout doucement. La sensation est dingue. Les couleurs apparaissent au fur et à mesure. Il faut attendre un peu.

On peut prendre une photo, qui sera développée comme avant, dans un pièce que j’avais vue en passant. Ici les élèves découvrent comment on développe des photos à l’ancienne. Plusieurs bacs emplis de liquide sont disposés les uns à côté des autres. Une corde à linge et des photos qui sèchent. Ce que ces élèves ne connaîtront jamais dans d’autres circonstances. Comprendre la technique, faire de la chimie… décidément.. quelle journée !

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Quelle énergie, quelle magie pendant cette journée… Que d’apprentissages, que de travaux… ! Je suis allée discuter avec les élèves en fin de journée pour avoir leur point de vue sur la journée. La plupart des provinciaux ne connaissaient pas Paris, ils étaient d’autant plus plongés dans l’extraordinaire. Ils avaient tous cette fierté dans les yeux d’avoir participé à ces œuvres. D’avoir fait ensemble. Et d’avoir appris. Parents et enseignants, vous pouvez être fiers de ces élèves.

Et puis avant de se quitter, des artistes sont venus faire des performances réalisées dans la journée. Si si… ! Voici une œuvre placée dans « la zone du sans intérêt » : 

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Et voici le résultat du film d’animation coordonnée par Florentine Grellier, avec pour bande sonore la performance réalisée en live par les artistes qui avaient pour mission de créer une œuvre à partir des messages de « la zone du sans intérêt ». Attention oeuvre d'art. Et je ne plaisante pas. 

L’équipe qui pense, organise ce festival est juste merveilleuse. Un travail colossal est accompli, au service des élèves et des enseignants. Une énergie fabuleuse est transmise. Bravo, Bravo et ... Bravo ! 

 

Dernière modification le dimanche, 03 mai 2015
Elbaz Jennifer

Vice-présidente de l'An@é.

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