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Compte-rendu d'atelier Boussoles du numérique

Environnements numériques, objets connectés, 3D, comment ces dispositifs permettent-ils une continuité éducative? Avec Muriel Epstein, enseignante-chercheuse, présidente de Transapi, Maria Corona Fernandez, responsable des relations Internationale au lycée Gustave Eiffel, Emmanuel Prêt, Conseil régional Aquitaine, Stéphanie Lazaroo, Fondation Orange pour le programme « Fablabs SolidairesClaire Rivenc, présidente Coh@bit>. Cet atelier est animé par Laurence Bee, journaliste auteur de Parents 3.0.

Laurence Bee (Parents 3.0) permet par l’empathie de son animation que cet atelier allie une réflexion technique et une construction  innovante du rapport entre le numérique et l’éducation.

Un exposé d’Emmanuel Prêt pose la finalité de Léa de la région Aquitaine :

Il existe avec l'ENT (Environnement Numérique de Travail) Léa, un portail collaboratif qui donne la possibilité à l'ensemble de la communauté éducative d'accéder à divers services numériques : pédagogiques, administratifs.

Ainsi  une passerelle numérique au service d’une continuité de temps éducatif est disponible, elle est accessible  aux élèves, aux professeurs, aux directeurs d'établissements, aux personnels administratifs, aux parents et aux partenaires des établissements scolaires comme les tuteurs d'entreprise, les maîtres de stage. Elle témoigne d’une volonté des acteurs régionaux de s’engager dans un processus d’utilisation qui donne la possibilité d’une continuité éducative avec l’environnement numérique.

L’accord  signé en 2011 entre le Rectorat de l'Académie de Bordeaux, la DRAAF (Direction Régionale de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt d'Aquitaine) et la Région Aquitaine  en est un exemple.

Maria Corona Fernandez (http://www.eiffel-bordeaux.org/) décrit une formation à l’espagnol et à l’anglais qui  se développe grâce à l’existence d’une plate forme pédagogique entre un établissement scolaire français et des établissements anglais et espagnols.

Cette expérience sur 36 semaines met en évidence que l’ouverture vers l’international basé sur l’enseignement des langues nécessite des processus  qui mettent en œuvre une continuité éducative entre des temps de situations groupales (in praesentia) et des temps d’utilisation des pratiques numériques (in abstentia). Il ne saurait  y avoir une présentation hiérarchisée de ceux-ci car conformément à la théorie de la complexité ils sont tous porteurs des uns et des autres et de l’acte de l’enseignement dans sa totalité. Par nécessité d’explicitation, quatre processus sont présentés en fonction de leur spécificité.

Des séminaires intensifs regroupent élèves et enseignants. Ils permettent une dynamique dans la pratique de la langue basée à la fois par une forte mobilisation des activités cognitives et la création de véritables relations groupales et interpersonnelles : cette situation active la transmission des pratiques langagières. Ce caractère de travail intensif mobilisant l’attention des élèves se poursuit avec les pratiques proposées par la plateforme numérique avec son double aspect : des exercices d’entrainement réactivent l’apprentissage des structures linguistiques pratiquées lors des séminaires, la mise à la disposition de réseaux d’information entre les individus et les groupes développe les relations sociales qui débutent lors des séminaires.

Au cours de ces mises en situation, les aptitudes comportementales des élèves prennent nécessairement en compte trois composantes de l’acte d’enseignement : le développement de la capacité à la lecture, la compréhension de la fonction de l’écriture par l’acquisition des normes qui  permettent l’échange grâce à des codes partagés et le rôle de l’écoute des autres dans les processus d’acquisition des langues.

La formation est basée sur l’acceptation de la culture des autres, au sens des référents qui constituent leur appartenance à une société. Mais ce n’est pas une condition suffisante à l’apprentissage des langues, la pratique linguistique au sein de la vie quotidienne est une condition nécessaire qui, elle aussi, permet de saisir les spécificités culturelles des autres.

Pour montrer le nécessaire engagement des élèves dans cette procédure, un carnet de bord rend compte des activités et des acquis qui sont liés aux différentes actions et plus particulièrement aux séminaires.

Pour Maria Corona Fernandez, la réussite de ce lien entre la formation à l’international et l’enseignement des langues nécessitent un engagement institutionnel des structures, une volonté des enseignants de mener le projet à son terme, une motivation forte des élèves qui passe par le fait de s’inscrire au programme proposé et un soutien logistique d’une structure  numérique adaptée.

Stéphanie Lazaroo présente l’engagement d’Orange dans cette procédure, les liens tissés avec le Conseil Régional et le Rectorat. (http://orangesolidarite.com/fr/accueil)

Elle souligne que, si la cible est d’augmenter le taux de participation à la plateforme, il n’en demeure pas moins vrai que, dans l’immédiat, elle ne peut en être la seule évaluation à un moment où ces nouveaux outils commencent à pénétrer le milieu éducatif. Son intervention introduit les retours d’expérience de l’expérimentation des « Fablabs solidaires » et de « Coh@bit » présenté par Claire Rivenc.

http://www.cohabit.fr/ L’environnement de l’IUT de l’Université de Bordeaux est particulièrement propice à la création d’objets innovants, regroupant en un même lieu un carrefour de compétences sur l’électronique et permettant l’accès aux plateaux techniques des différents départements des différents de l’IUT.

Les caractéristiques de cette activité sont une participation active du public enseigné à la fabrication d’objets présents dans le numérique, un lieu de rencontre de publics issus de différentes structures allant  du public étudiant de l’université à celui des missions locales, une association qui possède son propre statut juridique.

La place donné au projet de production et à la fabrication d’objets dans le champ du numérique, machine à commande numérique, imprimante 3 D, crée une dynamique d’initiation à la pratique du numérique mais aussi une pratique manuelle d’agilité digitale dont  les sociologues du travail[1] et les spécialistes des neurosciences[2] signalent l’importance dans le développement cognitif des apprenants.

La rencontre sur un même projet de jeunes ayant des parcours scolaires et d’insertion professionnelle différents  développe un comportement d’altérité des uns vers les autres. Il offre aussi à certains la possibilité de découvrir que des savoirs acquis empiriquement et non reconnus institutionnellement peuvent se révéler comme porteur de nouvelles orientations professionnelles : l’exemple est ce jeune possédant un CAP de boulanger qui découvre sa véritable compétence en informatique au cours de sa participation à ce projet éducatif  et se réoriente scolairement et professionnellement vers une insertion dans une entreprise du numérique.

L’existence du projet éducatif nécessite d’associer l’Education Nationale dont la vocation première est l’enseignement et l’éducation, à une structure entrepreneuriale liée à l’objet de l’enseignement dans une forme juridique appropriée. Cette particularité correspond à une volonté d’insérer dans le tissu éducatif le caractère pragmatique d’un système économique.

Revenant sur l’importance de la connaissance de l’autre et de la place du corps dans les apprentissages, Muriel Epstein (Transapi)  fait participer les membres de l’atelier aux expérimentations qu’elle pratique dans des collèges parisiens pour faire prendre conscience de la place du corps et de mon corps dans le monde virtuel : comment au-delà des écrans demeure la mémoire du corps et de son corps ?  L’exercice auquel elle convie les participants fit appel à un jeu de miroir entre deux personnes.

Cet exercice qui conclut l’atelier est bien représentatif du déroulement de cette séance qui fait émerger les axes éducatifs de ces retours d’expérience. L’implication des uns et des autres doit être forte, la relation à l’autre et aux autres comme personnes sensibles est en permanence présente, l’activité corporelle est le lieu d’un développement cognitif et la continuité des temps éducatifs s‘inscrit dans une société qui reconnait la place du numérique et de son économie.

Ces retours d’expérience font saisir la place de l’Humain dans le jeu des passerelles numériques avec pour enjeu la formation des générations montantes.

Alain Jeannel


[1] Richard Sennett, Ce que sait la main, Albin Michel, 2010.

[2] Gazzaniga, Ivry, Mangun, Neurosciences cognitives, la biologie de l’esprit, De Boeck université et Larcin, 2001.

Equipe de la main à la pâte, Cognition, cerveau, éducation, Creative commons France, 2006

Dernière modification le jeudi, 07 décembre 2017
Jeannel Alain

Professeur des universités, cinéaste, médiatisation des connaissances, ressources numériques et formation à distance. Administrateur An@é.

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