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Questionner l’histoire de l’orientation et des conseillers en France (V) des procédures d’orientation et des rôles professionnels - Après un petit intermède sur la continuité lycée-enseignement supérieur ici et , je reprends la publication de ma conférence à l’INETOP avec ce cinquième article. Je vais aborder l’évolution des rôles notamment des conseillers. Et le constat général que je peux faire c’est que les pratiques et la représentation des rôles ont éclatées.

Le déclin du pouvoir

Le principe du tout pouvoir au conseil de classe s’est donc dégradé. C’est le constat que l’on peut faire en observant l’évolution des procédures d’orientation depuis 1959. J’ai décrit le rôle des conseillers qui s’était mis en place à l’époque. Mais avec les nouvelles procédures d’orientation le rôle et la position des conseillers vont se trouver modifiés.

L’orientation devient un choix, en tout cas c’est ce que le ministère voudrait. Mais qui dit choix, dit information sur ce qui est à choisir. Les conseillers vont devenir des informateurs non plus à propos des élèves auprès des enseignants par le biais des tests qui vont disparaitre comme pratique collective systématique au début des années 80, mais des informateurs auprès des élèves et des parents sur les formations, les métiers, les professions. Donc informateurs sur le système scolaire, le conseiller devient un meilleur connaisseur du système que l’enseignant !

Plus grave, le conseiller va informer sur les droits des élèves et des parents, car ils ont des droits désormais, et le rôle des conseillers a sans doute été majeur dans l’application des différentes évolutions des procédures. Mais dans ce jeu, certains n’ont pu ou n’ont voulu prendre des risques. Le ministère lui-même n’a pas toujours recherché l’application de ses directives. Je raconte un épisode personnel dans ce billet : La suppression en 1982 du BEP comme orientation après la seconde.

Le triangle

Le conseiller sera également un intermédiaire entre l’élève parfois sa famille (il n’y a pas toujours accord), et l’établissement. Souvent il se trouve dans une position de messager : il transmet les désirs des parents ou de l’élève, mais aussi il les alerte sur la décision que va prendre le conseil de classe. Parfois on lui demande explicitement de « voir » l’élève ! Ah la magie du « voir » ! Il suffit de… et l’on est débarrassé du problème. Le conseiller pense d’ailleurs lui-même qu’il s’y prendra mieux que le professeur principal pour faire comprendre, faire accepter.

Du coup les conseillers, et souvent chacun d’entre-eux vont osciller entre trois postures, celle de l’avocat, défenseur des élèves et des familles, de l’orienteur, celui qui sait mieux que les autres ce qui est bon, ce qui est plus sûr pour l’élève, ou encore du médiateur, celui qui va permettre la paix dans le conflit d’orientation.

Un triangle s’installe : avocat, orienteur, médiateur. Il brouille les représentations de tous les acteurs. Qui ai-je en face de moi ? Comment l’autre va-t-il me percevoir ? Cette incertitude trouble les relations professionnelles.

Il faut se rappeler également que les conditions d’intervention dans l’établissement sont toujours à négocier avec le chef d’établissement et parfois les enseignants. Une position considérée comme trop critique lui fermera les portes de l’établissement. Lors de ma première année d’auxiliaire conseiller d’orientation en 1978, je remplaçais une collègue qui avait été retirée du collège par le directeur de CIO parce que le chef d’établissement lui interdisait de participer au conseil de classe !

Des pratiques individualisée

Du côté des pratiques, on peut également observer une évolution. Le testing systématique des élèves en classe était l’armature des pratiques. Il fut associé rapidement aux questionnaires de motivation, et toutes les informations ainsi produites et recueillies y compris dans les entretiens convergeaient vers le dossier individuel, enregistré et géré administrativement par le CIO et son secrétariat. Avec la réforme de 1973, on ajoute les séances d’information en classe. Ainsi une grande part de l’activité du conseiller est visible pour les enseignants.

Mais au début des années 80, après une période de critique des tests, les épreuves systématiques sont peu à peu abandonnées. Le débat sur quelle psychologie, la psychologie de la mesure ou celle de la relation (pour dire vite) opte pour celle de la relation. Puis c’est la revendication du titre de psychologue. Du coup on assiste à un retrait des interventions dans la classe (pratique collective et visible) pour un investissement du bureau et de l’entretien individuel (relation individuelle et protégée).

Rajoutons qu’à partir des années 80, le projet d’établissement se développe. A l’individualisation des établissements répond celle des modalités d’intervention des conseillers achevant l’éclatement de la standardisation des pratiques de ceux-ci. L’adaptation des pratiques aux caractéristiques des établissements était nécessaire, mais cela à contribuer à flouter l’image des conseillers.

Sur ce point, voir l’article rédigé avec Jacques Vauloup Déflouter le travail des professionnels de l’orientation.

Bernard Desclaux

Article publié sur le site : http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2015/10/23/questionner-lhistoire-de-lorientation-et-des-conseillers-en-france-v-des-procedures-dorientation-et-des-roles-professionnels/

Dernière modification le mardi, 27 octobre 2015
Desclaux Bernard

Conseiller d’orientation depuis 1978 (académie de Créteil puis de Versailles), directeur de CIO à partir de 90, je me suis très vite intéressé à la formation des personnels de l’Education nationale. A partir de la page de mon site ( http://bdesclaux.jimdo.com/qui-suis-je/ ) vous trouverez une bio détaillée ainsi que la liste de mes publications.
J’ai réalisé et organisé de nombreuses formations dans le cadre de la formation continue pour les COP, , les professeurs principaux, les professeurs documentalistes, les chefs d’établissement, ainsi que des formations de formateurs et des formations sur site. Dans le cadre de la formation initiale, depuis la création des IUFM j’ai organisé la formation à l’orientation pour les enseignants dans l’académie de Versailles. Mes supports de formation sont installés sur mon site.
Au début des années 2000 j’ai participé à l’organisation de deux colloques :
  • le colloque de l’AIOSP (association internationale de l’orientation scolaire et professionnelle) en septembre 2001. Edition des actes sous la forme d’un cd-rom.
  • les 75 ans de l’INETOP (Institut national d’étude du travail et d’orientation professionnelle). Edition des actes avec Remy Guerrier n° Hors-série de l’Orientation scolaire et professionnelle, juillet 2005/vol. 34, Actes du colloque : Orientation, passé, présent, avenir, INETOP-CNAM, Paris, 18-20 décembre 2003. Publication dans ce numéro de « Commentaires aux articles extraits des revues BINOP et OSP » pp. 467-490 et les articles sélectionnés, pp. 491-673
Retraité depuis 2008, je poursuis ma collaboration de formateur à l’ESEN (Ecole supérieure de l’éducation nationale) pour la formation des directeurs de CIO, ainsi que ma réflexion sur l’organisation de l’orientation, du système éducatif et des méthodes de formation. Ce blog me permettra de partager ces réflexions à un moment où se préparent de profonds changements dans le domaine de l’orientation en France.
Après avoir vécu et travaillé en région parisienne, je me trouve auprès de ma femme installée depuis plusieurs années près d’Avignon. J’y ai repris une ancienne activité, le sumi-e. J’ai installé mes dernières peintures sur Flikcr à l’adresse suivante : http://www.flickr.com/photos/bdesclaux/ .

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