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Publié par par Karim Elouardani sur Edupronet.com. Quel type d’activité mettre en place pour pouvoir enseigner avec les tablettes numériques ? Une question récurrente pour de nombreux enseignants qui souhaitent intégrer l’utilisation des appareils mobiles en classe et renforcer la motivation de leurs élèves. Christophe Alpacca, professeur de mathématiques et coordinateur à l’école européenne de Varese en Italie, a répondu à la question en travaillant en coordination avec une enseignante de français, madame Benhassine sur un projet d’utilisation des tablettes numériques en cours avec des élèves de lycée.

Pour enseigner avec les tablettes numériques, Christophe a tout simplement créé une chaîne de vidéos de mathématiques

Elle est animée par un avatar du nom de « Henri » afin de faire réviser les élèves ou de leur faire découvrir de nouvelles notions. Ainsi, les élèves peuvent suivre le cours selon leurs dispositions et leurs disponibilités. Ils maîtrisent le rythme d’acquisition des notions et peuvent à tout moment revenir sur une leçon et prendre le temps qu’il faut pour la comprendre. Avec les vidéos, l’enseignant a recours à la fois au registre visuel et auditif.

Il me semblait intéressant que les élèves ne voient pas leur professeur, même si le petit avatar a ma voix, bien sûr

Pour Christophe Alpacca il est essentiel que les élèves n’aient pas dans ce cadre affaire directement à leur enseignant, mais qu’ils puissent gérer par eux-mêmes leur apprentissage. Pour la classe de mathématiques, l’enseignant a également créé un site internet où il poste certains cours, des exercices corrigés, des tests et des examens pour que les élèves puissent travailler en autonomie. Pour faciliter la compréhension et l’assimilation de certaines notions délicates, l’enseignant a agrémenté les cours de liens vers sa chaîne de vidéos.

Utilisation des tablettes en cours de mathématiques

Avec l’enseignante de français, Christophe Alpacca a créé un autre site géré conjointement par les élèves et les professeurs.

Dans ce site, l’élève qui obtient la meilleure note à un test poste sa copie pour que ses camarades puissent avoir un « modèle » et comprendre les erreurs qu’ils ont commises. En cours, l’élève qui a réussi un exercice, validé par l’enseignant, peut transférer ses résultats à ses camarades sur leurs tablettes (cela fonctionne avec Bluetooth et ne nécessite pas forcément de connexion internet).

Un élève peut également poster un exercice résolu sur le site afin que ses camarades puissent le retravailler à la maison. Les élèves sont ainsi acteurs de leur apprentissage et participent activement à la gestion du site élèves-enseignants.

Ce projet assez ambitieux, nécessite d’avoir des élèves motivés et impliqués. Il faut également une forte préparation en amont de l’enseignant et du temps pour familiariser les apprenants avec les outils numériques utilisés.

Cours sur tabeltte

Ensuite, Christophe a encouragé ses élèves a créer et produire leurs propres vidéos, par binôme.

Pour cela, il les a formés à l’utilisation des tablettes et les a familiarisés avec les différentes applications indispensables pour la création de contenus vidéos.

Puis, je suis parti du principe qu’un élève qui sait expliquer une notion ou une résolution d’un exercice est un élève qui a du recul et qui maîtrise la notion qu’il explique.

Le résultat obtenu étant de très bonne qualité, l’enseignant a décidé de poster les vidéos des élèves sur sa chaîne Youtube, en mentionnant avec l’accord des parents le prénom et nom de l’élève (leur visage n’apparaissant pas puisqu’ils utilisent un avatar), pour les valoriser après de nombreuses heures de travail.

Cette activité permet également aux élèves de se rendre compte de la quantité de travail que cela demande. En effet, selon Christophe, généralement la production d’une minute de vidéo demande environ une heure de travail. Ceci si tout se passe bien, car une erreur dans la vidéo implique parfois un travail de correction de plusieurs heures.

Cours de mathématiques avec les tablettes

Les vidéos des élèves sont diffusées en accès public afin d’en faire profiter le maximum de personnes et de valoriser encore plus le travail de la classe.

Pour s’assurer de la qualité du contenu, les élèves envoient leur production à l’enseignant par mail, afin de les rassurer et de corriger d’éventuelles erreurs. De même, lorsque les élèves ne disposent pas ou ne maîtrisent pas les outils adéquats, l’enseignant peut leur créer un document ou un graphique. Dans l’optique de récompenser les élèves pour leur travail, une note leur est attribuée. Si la vidéo et de bonne qualité, la note maximale est accordée. Ceci est toujours le cas car les élèves s’auto corrigent jusqu’à ce qu’ils estiment que leur travail est de très bonne qualité.

Enseigner les mathématiques avec la tablette

De manière générale, les vidéos diffusées servent pour les révisions et la préparation des examens. C’est une méthode plus ludique qui permet de sortir du traditionnel exercice au tableau.

Christophe Alpacca s’investit énormément dans la réalisation de ses projets et bénéficie de l’appui de l’administration, des parents et des élèves. Au final, enseigner avec les tablettes numériques représente un réel travail de collaboration et de coopération et demande quelques sacrifices. Néanmoins, il apporte une réelle valeur ajoutée à l’enseignement et des résultats satisfaisants pour les élèves.

5 Questions à Christophe Alpacca

1/ Pour commencer, comment vous est venue l’idée de créer des vidéos pédagogiques ?

Permettez-moi de vous expliquer comment j’ai été amené à enseigner avec les tablettes. Ma collègue de français, Mouni Benhassine, a utilisé l’iPad bien avant moi. En me présentant quelques applications, dont Notability et Explain Everything et leurs utilisations possibles dans une classe de français, l’utilisation de la tablette en mathématiques s’est avérée un atout en classe et dans la constitution de mes cours.

Nous avons dès lors envisagé de monter un projet dans une classe pilote avec le soutien de notre direction et de notre inspection. La tablette nous sert entre autres à transmettre des documents aux élèves via AirDrop, à corriger des copies, à les annoter à l’aide de Notability et à les poster sur nos sites respectifs de mathématiques et français. De plus, les élèves sont administrateurs d’un site au même titre que moi, ils ont la possibilité de poster sur ce site des corrections d’exercices que j’ai validées ou de poster la copie de l’élève qui a obtenu la meilleure note lors d’un test, pour que les camarades puissent en tirer profit et améliorer par exemple leur rigueur à l’écrit, ou tout simplement lire la réponse attendue par le professeur.

La découverte d’Explain Everything a laissé entrevoir la possibilité de faire des vidéos, dans un premier temps, surtout pour introduire ou rappeler une notion délicate, comme par exemple la découverte du radian puis du cosinus d’un angle orienté que l’on découvre en S5 (équivalent seconde française). Cela permet aux élèves qui ont besoin de plus de temps pour assimiler le cours ou une méthode de résolution d’exercice de voir plusieurs fois la vidéo, de faire pause ou un retour en arrière pendant la vidéo. Plusieurs registres interviennent dans le processus de mémorisation comme le visuel, l’auditif et la possibilité d’insérer de petites animations ou un curseur qui se déplace pour aider l’élève à suivre le déroulement de la vidéo.

Bien sûr, au départ, j’étais conscient que le temps pour maîtriser les applications et surtout pour constituer une vidéo serait conséquent. Cela dit, ce travail est réutilisable pour les futurs élèves et c’est un investissement à moyen ou long terme. Enfin les vidéos ont été créées aussi pour permettre aux élèves de réviser autrement pour préparer un test ou examen de fin de semestre, même s’il est clair que ces révisions doivent être complétées par un travail personnel à la maison.

2/ Aviez-vous, avant le début du projet, des compétences particulières en informatique, multimédia ?

J’ai bien entendu des bases en informatique, j’utilise l’ordinateur pour créer mes cours, mais j’ai dû apprendre les rudiments de l’utilisation de la tablette et surtout passer beaucoup de temps avant de pouvoir gérer les différentes applications utiles à la création d’une vidéo.

L’important était de pouvoir se former à l’utilisation de ces nouveaux outils. A cette occasion, je remercie M. Dominique Willé, Inspecteur français des Ecoles Européennes et M. Marc Neiss, Inspecteur délégué académique au numérique de l’académie de Strasbourg, de nous avoir permis, Mme Benhassine et moi, de rencontrer des collègues qui utilisaient les tablettes en classe et de pouvoir être formés.

Puis, pour pouvoir maîtriser l’outil, cela nécessite des heures d’utilisation.

3/ Combien de temps consacrez-vous par semaine à vos projets éducatifs numériques (vidéos + sites) ?

Il est difficile de quantifier le travail numérique, tant il fait partie de mon quotidien, en classe et à la maison. La partie la plus lourde à gérer est sans aucun doute la création ou la correction des vidéos. A vrai dire, j’utilise très souvent l’iPad pour les cours de S5, S6 et S7 (respectivement seconde, première S et Terminale S) mais sous différentes formes, en fonction des notions abordées et de la classe que j’ai devant moi.

En S5, je réinvestis les vidéos que j’ai faites l’an passé mais aussi celles que les élèves de la classe pilote ont constituées également l’an passé. Ces élèves bénéficient de tout ce travail et sont vraiment reconnaissants. C’est surprenant de constater qu’une notion qui a été mise sous vidéo est maîtrisée par tous ces élèves. Ils souhaiteraient vraiment que toutes les notions vues soient sous vidéos car ils adhèrent complètement. Les élèves, seuls devant leur vidéo avec leurs écouteurs, sont isolés du bruit et de leurs camarades, et sont très concentrés sur ce qu’ils font; de plus, ils ont bien sûr l’occasion de faire une pause ou un retour en arrière.

Les élèves de S6, la classe pilote, a quant à elle, le travail le plus exigeant car c’est elle qui constitue des vidéos, en binôme, à raison d’une vidéo par semestre. Les S7 bénéficient surtout de la touche AirDrop pour recevoir des documents, exercices ou cours, mais aussi pour recevoir les corrections du professeur, surtout les captures d’écran de l’application de la calculatrice TI-Nspire. Cela leur est très utile.

Le temps consacré au numérique et à la correction des productions des élèves est conséquent. C’est un travail de longue haleine.

4/ Quels impacts ces activités ont-elles sur vos élèves ? Y’a t-il un impact mesurable sur leurs résultats scolaires ?

Enseigner avec les tablettes a transformé mon enseignement. Les élèves sont beaucoup plus acteurs dans le cours et en dehors, surtout pour la classe pilote, la S6. Ils sont responsables de ce qui est posté sur le site car ils sont au même titre que moi administrateurs de ce site. Ils doivent soigner non seulement leur écriture ou leur dessin, mais surtout leur rigueur à l’écrit. La constitution des vidéos par les élèves est très exigeante. Cela leur demande un grand investissement, une anticipation et une maîtrise de l’outil numérique. Cela est aussi un gros travail pour le professeur car il faut beaucoup échanger avec les élèves en dehors des cours, par mails souvent. Il faut relire les documents créés par les élèves, les corriger, parfois créer des documents pour les élèves.

Il faut aussi analyser la vidéo proposée par les élèves. C’est un moment délicat car il faut être critique mais bienveillant car je sais que les élèves ont passé de nombreuses heures et que le moindre défaut peut engendrer des modifications qui prennent du temps. En ce qui concerne l’impact de ces vidéos, il est à l’heure actuelle difficile à apprécier en termes de notes aux tests car un chapitre comporte plusieurs notions qui ne peuvent pas toutes être abordées dans une vidéo.

En terme de motivation et d’enthousiasme pour la matière, l’impact est très positif. Comme je le mentionnais, les élèves de S5 adhèrent complètement et comprennent vraiment très bien une notion abordée en vidéo. Les élèves de S6, en faisant les vidéos, maîtrisent beaucoup mieux les notions et le vocabulaire mathématiques. Ils s’approprient vraiment les concepts et progressent également dans la formulation des explications. Ils sont fiers de la qualité des vidéos produites et mesurent la chance qu’ils ont d’être la classe pilote.

Cela dit, plus la banque de données des vidéos sera enrichie, plus l’impact en termes de réussite dans la matière (notes aux tests) pourra être mesuré.

5/ Quel conseils pourriez-vous donner à un enseignant qui souhaite réaliser le même type de projet ?

Tout dépend de quoi on parle.

Si c’est de l’utilisation de la tablette en classe, je l’encourage vivement car il est assez aisé de maîtriser les rudiments qui transforment déjà considérablement un cours avec l’utilisation d’AirDrop, Notability…

En ce qui concerne la conception de vidéos, c’est une autre chose. Tout d’abord je conseillerais à un collègue qui souhaite se lancer d’être formé par un utilisateur qui maîtrise déjà les applications nécessaires à la création de vidéos. Ce sera un gain de temps considérable. Ensuite, il faudra être passionné par le projet : une fois que le professeur aura maîtrisé l’outil, il faut compter entre 3 et 5 heures pour créer une vidéo, peut-être moins. Tout dépend de la durée de la vidéo, de la notion abordée et de la volonté du professeur de créer quelque chose d’original et de ludique.

Pour ce qui est de la création de vidéos par les élèves, cela nécessite d’avoir des élèves volontaires, courageux, travailleurs. Il faut avoir de bonnes relations avec ses élèves, être bienveillants avec eux car le travail demandé est conséquent. Il faut être prêt à consacrer une partie de son temps libre pour former les élèves, échanger des mails avec eux, les rassurer sur leurs choix d’exercices, leurs corrections. Il faut leur donner des conseils, leur rappeler que le travail en amont avant l’enregistrement est capital. Il est important que les élèves sollicitent le professeur avant l’enregistrement afin de demander des conseils, de proposer les exercices avec corrections pour éviter d’avoir à refaire intégralement l’enregistrement de la vidéo, ce qui est arrivé parfois à quelques binômes. Enfin, il faut savoir être présent pour maintenir leur motivation et leur enthousiasme.

Ce projet, bien qu’exigeant, est à mon sens un projet passionnant, fédérateur dans la classe. Il permet d’enseigner autrement les mathématiques, et contribue à établir une relation de confiance entre le professeur et les élèves. Bien entendu, c’est un projet qui, pour être viable, a nécessité le soutien de l’administration de l’Ecole Européenne de Varese et de l’inspection. A cette occasion, je remercie encore vivement M. Dominique Willé, Inspecteur français des Ecoles Européennes, M. Marc Neiss, Inspecteur du numérique, Mme Brigitte Wenner, Inspectrice de mathématiques de l’Académie de Strasbourg et M. Luc Louys, Inspecteur de mathématiques des Ecoles Européennes pour leur confiance dans ce projet.

Pour aller plus loin

La chaîne de Christophe Alpacca

La Chaîne de Mouni Benhassine

Dernière modification le vendredi, 01 décembre 2017
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