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Eléna Pasquinelli est chercheur en philosophie et sciences cognitives, professeur à l’école normale supérieure de Paris, membre de l’institut Jean Nicod ( ENS, EHSS, CNRS ), membre de « la main à la pâte », voilà pour la riche carte de visite.
Elle s’attache, depuis sa thèse, à montrer comment les apports de la recherche en sciences de la cognition et du cerveau peuvent permettre d’améliorer les pratiques éducatives à l’école et en dehors de celle-ci. Son parcours entre recherche et éducation l’ont conduite à publier « Les écrans, le cerveau et l’enfant » ( éditions Le Pommier 2012 ) et à participer à l’élaboration du rapport de l’Académie des sciences consacré au numérique « L’enfant et les écrans » ( éditions Le Pommier 2012 ), voilà pour ses publications récentes .
 
Son nouvel ouvrage « du labo à l’école : science et apprentissage » s’inscrit dans la même démarche. S’appuyant sur les découvertes les plus récentes de la recherche en sciences cognitives et neurosciences, elle s’interroge en philosophe sur qu’est ce que « faire de la science » et se penche sur l’enfant, sur son cerveau et sur sa relation à la science, pour nous conduire à la question : « comment enseigner les sciences à l’école ? ».

 
Comme à son habitude, elle combat les idées reçues. «  Il est tout aussi faux de penser que l’enfant a en lui tout ce qu’il faut pour devenir un futur scientifique que de croire que l’enfant n’a pas de prédisposition spéciale pour la science » affirme-t-elle dès son introduction.
 
L’apprentissage du petit scientifique pourra ( et devra ) ainsi être fondé sur les capacités constituant « le kit de démarrage » de chaque enfant mais Elena Pasquinelli insiste sur l’effort constant à fournir pour dépasser les limites de la cognition scientifique naturelle. « Le développement de la pensée scientifique demande du temps, un enseignement dédié et un effort ». Ce qui peut sembler une évidence est rappelé fréquemment au fil des pages comme pour déjouer un piège fatal. Pourtant si la sueur ne peut être évitée pour élever le niveau de cognition scientifique de l’enfant, les larmes, elles, doivent l’être : « le maître est un élément clé de ce processus, et une tâche clé du maître consiste à soutenir la motivation au cours de l’effort ». Ce n’est pas ou plus un simple « passeur de connaissance » mais un entraîneur et un médiateur. A lui de susciter et nourrir, l’envie, la motivation, l’intérêt et le plaisir de l’enfant, de manière à rendre possible l’effort d’apprendre. C’est la condition sine qua non pour que l’enfant joue un rôle actif dans l ‘apprentissage.
 
 
L’enjeu est de taille et clairement résumé dans les deux dernières phrases du livre : « La science est bien fragile : si la chaîne de transmission du savoir et du savoir faire scientifique n’est pas maintenue active, la science s’effondre …L’éducation aux sciences est un maillon de cette chaîne et elle est donc nécessaire à l’existence de la science ». Avec une rigueur sans faille Elena Pasquinelli fait la démonstration que science et éducation partagent le même avenir… et ouvre des voies pour que celui-ci soit plus radieux.
 
Ces propos ne suffisent pas à rendre compte de la grande richesse d’un ouvrage qui déborde largement l’apprentissage de la pensée scientifique. Puissent-ils donner l’envie de s’y plonger.
A celui qui ouvrira « du labo à l’école », il faut dire que l’apparente austérité de la présentation cache une organisation du texte aussi méthodique qu’utile et agréable. Chacune des six parties se décompose en chapitres eux-mêmes divisés en paragraphes titrés. Le texte de l’auteur est entrecoupé de récits d’expériences qui viennent étayer les affirmations énoncées. Ces récits sont dégagés du texte par une typographie différente. Chaque chapitre se termine par des notes denses, remarquablement documentées, assorties de toutes les références nécessaires et classées suivant les titres des paragraphes précédents. Ces notes bénéficient aussi d’un changement des caractères d’écriture.
 
L’auteur nous propose ainsi, en fonction de notre motivation et de notre culture, plusieurs niveaux de lecture pour chacun des paragraphes. Cela donne à son livre le double statut de l’essai qu’il faut avoir lu ( pour qui s’intéresse à l’apprentissage et l’enseignement des sciences ) et du livre de référence qui doit rejoindre la bibliothèque professionnelle des enseignants de tous niveaux.
 
456 pages Editions Le Pommier
Jacques Puyou
Dernière modification le dimanche, 12 octobre 2014
An@é

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