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Par où commencer ? Comment décrire l’inexplicable ?

Vendredi 16 octobre, notre NOUS, nous tous, qui que nous sommes, de France métropolitaine, outre-mer, expatriée, de cœur ou d’adoption, avons été attaqués. Une partie de nous a été assassinée. Un bout de chacun.e de nous, qui que nous soyons, qui que nous ayons envie d’être, est mort en même temps que Samuel Paty, ce vendredi après une journée de cours.

Qui es-tu ? Qui suis-je ? Qui sommes-nous ?

En 2020, si, dès 18 ans nous avons le droit de voter, c’est parce que d’autres, femmes et hommes, se sont battus, au prix de leur vie parfois, pour nous permettre d’exprimer nos opinions dans les urnes. Nous avons même le droit de ne pas voter. Allons visiter la conciergerie à Paris, pour y lire les noms de tous ceux qui ont été dénoncés, ont été arrêtés, parce qu’ils pensaient qu’une France plus juste, plus égalitaire pouvait, et devait exister.

Pour eux, la naissance ne devait pas constituer les conditions d’un inéluctable destin.

Ce n’est pas parce qu’on naissait pauvre, qu’on devait mourir pauvre. La domination d’un seigneur sur ses terres et ses habitants n’était pas le modèle social dont ils rêvaient, mais celui qu’ils subissaient. Pour redistribuer les cartes, se donner les moyens d’un avenir plus radieux, ces personnes, dont les noms sont écrits sur les murs de la conciergerie se sont engagés, au péril de leur vie, qu’ils ont perdue. Mais leur énergie en a inspiré d’autres, au sein même de notre pays, et au-delà de ses frontières, pour, dans un premier temps, déjà, juste, pouvoir en rêver, obtenir le droit d’espérer, se réunir afin de construire un avenir meilleur, et passer à l’action.

Filles, si nous avons la possibilité de choisir et nous procurer un moyen de contraception, d’avorter, ou non, de voter, d’avoir un compte en banque à notre nom, si nos droits sont légalement similaires à ceux des garçons, c’est parce qu’avant notre naissance, d’autres femmes ont payé de leur vie, de leur réputation, par leurs actions, ces droits dont nous jouissont aujourd’hui.

Elles et ils ont pris leur courage à deux mains, et se sont jetés dans la gueule du loup.

Et ça a marché.

Cadavre après cadavre, réunion après réunion, action après action, nos droits d’aujourd’hui ont émergé.

Nous leur devons notre précieuse liberté, notre précieuse égalité et notre précieuse fraternité.

Notre vie ne nous convient pas ? Nous pensons que la justice sociale n’existe pas ? Créons notre association, rallions-en une, créeons notre parti politique. Aujourd’hui nous avons tous ces droits. Grâce à notre nous. Notre nous d’hier et d’avant-hier.

Je suis née à Trappes dans les années 80, et si toutes ces femmes, tous ces hommes ne s’étaient pas battus pour me permettre d’avoir le droit de vivre ma vie librement, je ne serais pas en mesure d’écrire ces quelques lignes. Je n’aurai pas le droit d’exprimer mes opinions, les publier ni même les diffuser. Je n’ai pas le droit d’inciter à la haine, d’insulter, de dire du mal d’autrui publiquement, avec ou sans fondement. L’exercice de mes droits s’accorde avec celui de mes devoirs. Ma grand-mère n’avait pas le droit d’avoir un compte en banque. Je ne suis pas en train de parler d’une lointaine aïeule. Je parle ma grand-mère. Celle qui chez j’allais en vacances quand j’étais petite.

Personne n’a le droit d’exercer un pouvoir dominateur sur moi. De me contraindre à m’habiller d’une certaine façon, de m’interdire de sortir, de m’empêcher de penser, dire, faire, écrire, m’exprimer en privé ou en public. Je n’ai pas le droit de contraindre quiconque à tout ça. Même mes enfants.    

Naître et vivre en France est une chance.

L’histoire de notre pays se mêle à notre histoire personnelle car nos droits actuels découlent des combats et des victoires citoyennes passés sur notre sol.

Notre combat à nous aujourd’hui est certainement déjà de permettre au plus grand nombre de comprendre cela. Ce n’est pas le hasard si « nous » est la somme de « je » et « tu ». Tous les « je » et « tu » réunis deviennent « nous ». Parfois, pour faire vivre le « nous » il faut renoncer à une partie du « je ». Et cela n’est pas une déception, car le « nous » est plus fort que le « je ». C’est notre contribution à l’Histoire de notre pays… et quelque part de l’humanité.  

Dernière modification le samedi, 31 octobre 2020
Elbaz Jennifer

Vice-présidente de l'An@é.

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