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L’orientation scolaire s’est développée dans notre pays dans le cadre d’une conception particulière de l’Etat. Il est non seulement éducateur mais aussi garant de la formation professionnelle, en très grande partie au travers des diplômes, mais aussi des modalités de formations. L’organisation de l’orientation initiale relevait de l’Etat. La loi pour la liberté de son avenir professionnel modifie le champ des acteurs et en donne la responsabilité à la Région.

Etat éducateur

L’idée que la nation doit éduquer ses enfants née avec la Révolution française se diffuse en Europe lors de la construction des états modernes. Mais il semble que la lutte contre l’emprise catholique est plus forte en France qu’ailleurs, et qu’elle renforce d’autant la conception étatique de l’éducation.

Aujourd’hui, cette conception « nationale » de l’éducation se trouve confrontée à deux évolutions fondamentales. D’un côté l’Europe formule des politiques éducatives, même si elle n’a pas de compétence sur ce domaine. Les Etats se sont engagés avec la stratégie de Lisbonne au début des années 2000, sur un mode de régulation : la « méthode ouverte de coordination » (MOC). De plus les Etats de l’OCDE en créant et finançant une enquête comme PISA se sont également soumis à la comparaison, une autre manière de réguler leurs politiques dans le domaine de l’éducation. D’un autre côté à la suite de la décentralisation de 1985 la France s’est engagée vers une organisation décentralisée de la République par la modification de la Constitution en 2003.

Ces transformations institutionnelles se doublent sans doute de modifications sociales allant également dans le sens d’une réduction du pouvoir de l’Etat en la matière.

Si le rôle de l’Etat est amoindri par cette tenaille, il faut relever également une modification concernant l’objectif du système scolaire. Avec le développement économique, notamment des Trente Glorieuses la nécessité de la fonction d’intégration nationale diminue et se trouve remplacée par celle de l’insertion professionnelle.

Etat formateur

La France se caractérise par un quasi-monopole d’Etat de la formation professionnelle initiale au contraire d’autres pays européens. Pourquoi ?

La suppression des corporations en France autour de la Révolution française a provoqué une rupture dans l’organisation de la formation. Au début du XXème siècle l’Etat a tenté de relancer l’organisation de l’apprentissage. Mais suite à l’échec de la loi Astier du côté des grandes entreprises qui ne relèvent pas le défi de l’apprentissage, l’Etat doit réagir et prendre un autre chemin. Il créé des établissements de formation et il intègre les dispositifs existants. Ce processus sera particulièrement important sous le régime de Vichy et se poursuivra après la Libération. On aboutit ainsi à deux systèmes initiaux de formation : les lycées professionnels intégrés à l’EN et les centres d’apprentissage extérieur à l’EN pour la très grande majorité.

Ainsi une forme de monopôle de la formation professionnelle initiale s’est installée dans cette période, et Vincent Troger fait le constat suivant[1] : « De ce fait l’enseignement professionnel n’accueille plus que les élèves ayant terminé la scolarité obligatoire au collège en situation d’échec, et les filières technologiques accueillent les élèves qui, en fin de seconde, ont un niveau insuffisant pour poursuivre en enseignement général littéraire, scientifique ou économique. Le sociologue Pierre Bourdieu a désigné les élèves de l’enseignement technologique comme les « exclus de l’intérieur » du système éducatif. »

Allons-nous vers un nouveau conflit démocratique autour de l’orientation ? 

Il n’est pas certain que ce monopôle puisse se maintenir encore longtemps compte tenu des deux évolutions signalées plus haut. Les tensions autour de la place de l’orientation et des personnels d’orientation au cours des débats autour de la « Loi pour la liberté de son avenir professionnel » en sont les signes ainsi que les débats autour de la responsabilité des régions vis-à-vis de l’apprentissage.

L’implication des « territoires » dans le champ de l’orientation pourrait apparaître à première vue comme une bonne idée avec retour au concret, au pragmatisme, au réel… à la vraie connaissance du terrain économique, etc… Mais il n’est pas certain que cette vision locale fasse consensus. L’école ouverte ainsi à son environnement se trouve potentiellement également ouverte aux conflits.

Au sein des territoires, autour de l’expérience par exemple des « cités éducatives » se nouent des partenariats entre des organisations institutionnelles des territoires, et des mouvements associatifs en particulier sur le thème de l’aide à l’orientation et de la lutte contre les inégalités.

Ainsi Jules Donzelot conclu son article[2] par une affirmation et une prophétie : « Tout le monde peut aider les élèves à développer leurs aspirations: familles, étudiants, professionnels, universités, grandes écoles, associations, entreprises, collectivités locales, équipements culturels. Les points, les cordes et les passerelles formés par les réseaux d’égalité des chances commencent déjà à se rejoindre. Demain, ils formeront des toiles en archipel. Après-demain, sans doute, un filet territorial d’égalité des chances à même de réduire, enfin, les inégalités sociales en éducation. »  Vision peut-être un peu optimiste.

«  Les Cités éducatives sont un dispositif né à partir d’initiatives menées sur le terrain par les élus locaux, les services de l’État et les associations. Elles visent à intensifier les prises en charges éducatives des enfants à partir de 3 ans et des jeunes jusqu’à 25 ans, avant, pendant, autour et après le cadre scolaire. Le label « Cité éducative » résulte de la co-construction de la feuille de route gouvernementale pour les quartiers prioritaires menée par le ministère de la Cohésion des territoires. »[3]  Labellisation par l’Etat et responsabilité de la Région… Beaucoup d’agitations et de bonnes volontés devront s’arranger autour et dans les établissements.

La question de l’aide à l’orientation se pose aujourd’hui dans ce nouveau contexte. Il me semble illusoire, voir même dangereux de vouloir considérer que l’aide à l’orientation ne peut résulter que de « professionnels » internes à l’Education nationale. Au contraire, elle doit résulter de la convergence, de la combinaison, de l’organisation de l’action de tous mais en sachant que cette tension vers une harmonie démocratique sera nécessairement conflictuelle comme toute démocratie. « En même temps », si elle ne l’était plus ce serait un très mauvais signe.

Dernière modification le lundi, 16 septembre 2019
Desclaux Bernard

Conseiller d’orientation depuis 1978 (académie de Créteil puis de Versailles), directeur de CIO à partir de 90, je me suis très vite intéressé à la formation des personnels de l’Education nationale. A partir de la page de mon site ( http://bdesclaux.jimdo.com/qui-suis-je/ ) vous trouverez une bio détaillée ainsi que la liste de mes publications.
J’ai réalisé et organisé de nombreuses formations dans le cadre de la formation continue pour les COP, , les professeurs principaux, les professeurs documentalistes, les chefs d’établissement, ainsi que des formations de formateurs et des formations sur site. Dans le cadre de la formation initiale, depuis la création des IUFM j’ai organisé la formation à l’orientation pour les enseignants dans l’académie de Versailles. Mes supports de formation sont installés sur mon site.
Au début des années 2000 j’ai participé à l’organisation de deux colloques :
  • le colloque de l’AIOSP (association internationale de l’orientation scolaire et professionnelle) en septembre 2001. Edition des actes sous la forme d’un cd-rom.
  • les 75 ans de l’INETOP (Institut national d’étude du travail et d’orientation professionnelle). Edition des actes avec Remy Guerrier n° Hors-série de l’Orientation scolaire et professionnelle, juillet 2005/vol. 34, Actes du colloque : Orientation, passé, présent, avenir, INETOP-CNAM, Paris, 18-20 décembre 2003. Publication dans ce numéro de « Commentaires aux articles extraits des revues BINOP et OSP » pp. 467-490 et les articles sélectionnés, pp. 491-673
Retraité depuis 2008, je poursuis ma collaboration de formateur à l’ESEN (Ecole supérieure de l’éducation nationale) pour la formation des directeurs de CIO, ainsi que ma réflexion sur l’organisation de l’orientation, du système éducatif et des méthodes de formation. Ce blog me permettra de partager ces réflexions à un moment où se préparent de profonds changements dans le domaine de l’orientation en France.
Après avoir vécu et travaillé en région parisienne, je me trouve auprès de ma femme installée depuis plusieurs années près d’Avignon. J’y ai repris une ancienne activité, le sumi-e. J’ai installé mes dernières peintures sur Flikcr à l’adresse suivante : http://www.flickr.com/photos/bdesclaux/ .

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