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« Il faut laisser pousser, laisser germer, s’épanouir ces expériences …puis architecturer tout ça pour que tout le monde en profite. »
" La qualité des enseignants fait la richesse de la pédagogie en France. … ce sont des gens de très haut niveau .. qui sont des intellectuels et qui sont tout à fait capables de réfléchir sur leurs pratiques.. " affirme Catherine BECCHETTI BIZOT, directrice du Numérique pour l’Education au Ministère de l’Education Nationale dans le long entretien qu’elle a bien voulu nous accorder pour Educavox, et dont je publie aujourd’hui la dernière partie.

Comment détecter les initiatives de ces personnels enseignants comme Sophie GUICHARD qui crée des centaines de vidéos de mathématiques pour ses élèves, ou bien d’autres collègues, expérimentant dans leurs classes des pratiques originales et innovantes pour mieux faire réussir leurs élèves ?

Ils sont en effet nombreux, souvent de façon discrète voir même solitaire, à faire preuve d’esprit créatif et entreprenant, à s’essayer à de nouvelles formes d’évaluation, de progression, d’organisation pédagogique. Car c’est bien dans la classe, dans l’établissement que les pratiques évoluent.

Depuis toujours, l’enseignant, confronté aux instructions pédagogiques venues du sommet et souvent portées par les personnels d’encadrement, avait le sentiment, que sa " liberté pédagogique " se limitait aux contraintes d’une norme.

La Magie du Numérique, devenu aujourd’hui un formidable outil au service de l’échange des pratiques pédagogiques, c’est bien de permettre, par les réseaux, d’ouvrir les fenêtres et de libérer les initiatives. Les enseignants eux-mêmes découvrent qu’ici ou là d’autres rencontrent les mêmes difficultés et y apportent des solutions semblables ou imaginent de nouvelles stratégies.
Cela donne confiance et doit permettre d’oser.

Le rôle de l’Institution scolaire, qui a bien compris combien la mutualisation de ces pratiques est source d’enrichissement réciproque, c’est " de créer les conditions favorables à ce que ces pratiques puissent émerger, essaimer, puissent être partagées ", affirme Catherine BECCHETTI BIZOT, qui ajoute : " Il faut laisser pousser, laisser germer, s’épanouir ces expériences …puis architecturer tout ça pour que tout le monde en profite. "



Le discours est nouveau dans l’Institution ! Et semble bien constituer la véritable feuille de route de la DNE . Il s’accorde parfaitement à la réalité !

Car ce sont bien des enseignants dans leurs classes qui ont porté depuis une vingtaine d’années les innovations pédagogiques, éducatives que permettent ce que l’on désignait alors par les " TICE ". Ce sont bien des enseignants qui ont incité voire initié des cadres de l’éducation Nationale pour que se redécouvrent des pédagogies un peu oubliées que le numérique rend plus facile à déployer .Les réseaux numériques qui s’entrecroisent et se mêlent, facilitent, accélèrent les communications entre les acteurs et permettent ainsi de progresser.

Mais pour aller au-delà et donner à ces acteurs les outils de la réussite, les pouvoirs publics doivent investir dans la cohérence d’action et de moyen. C’est certainement le sens que prendra le plan numérique pour l’Ecole annoncé par le Président de la République.

A l’heure où les économies sont de rigueur, un nouveau plan d’équipement qui ne s’appuierait pas sur des actions permettant le développement des usages, qui ne permettrait pas que se structure et se consolide la filière industrielle française du numérique éducatif, qui n’offrirait pas à tous les enseignants une formation initiale et continue au numérique par le numérique, n’aurait guère de chance de faire bouger suffisamment et durablement les pratiques dans toutes les classes, dans tous les établissements, dans tous les territoires.

" La direction du Numérique fera tout pour que l’on ne dissocie pas les questions d’équipement et les questions d’usage pédagogique…Il faut vraiment partir des pratiques et des besoins des élèves pour que ce plan soit au service des besoins des élèves " insiste Catherine BECCHETTI BIZOT reprenant en cela ce qu’affirment toutes celles et ceux qui s’investissent pour que le numérique soit enfin au service du changement des pratiques pédagogiques qu’il permet.

On sait déjà que les tablettes numériques tactiles seraient généralisées dès la classe de cinquième, que la production de ressources numériques serait encouragée, qu’un plan de formation est à l’étude...

" Il faut que le cadre de références, les spécifications des outils soient formulés et mis en place par l’Education nationale " ajoute Catherine BECCHETTI BIZOT, préoccupée certainement par le développement " anarchique " des outils et leur manque d’"interopérabilité ".

 

" Comment faire pour avoir un plan massif de formation si demain on déployait les tablettes dans tous les établissements" ? 

Certes des formations plus lourdes seront nécessaires avec le concours de l’Université mais il faudra s’appuyer « sur ces enseignants (novateurs) pour nous montrer où il vaut mieux aller … où il y a des résultats, où les choses ont progressé et avancé… pour organiser les formations au niveau national ou académique  ».

On sent bien que 2015 se prépare comme une année dévolue au Numérique en France.

- Avec la préparation du projet de loi sur le Numérique confiée à Axelle Lemaire. Le Premier Ministre a inauguré le 4 octobre le lancement de la grande consultation numérique nationale qui doit conduire à cette loi. Pilotée par le Conseil National du Numérique, elle est ouverte jusqu’en janvier 2015.Les enseignants peuvent bien sûr y participer.

- Avec la publication des nouveaux programmes du socle commun de connaissances, de compétences et de culture pour la scolarité obligatoire ; ils feront bien sûr l’objet d’une consultation nationale des enseignants .

- L’enseignement supérieur bouge également avec la multiplication des MOOC sur la plateforme FUN, la modification des programmes des classes préparatoires aux grandes Ecoles, ladématérialisation complète des examens de médecine " permettant de diversifier les épreuves, d’harmoniser les chances de réussite, donnant accès aux étudiants à des mises en situation plus proche de la réalité, avec notamment l’intégration dans les dossiers dits « progressifs » de vidéos, de documents d’imagerie. " comme c’est déjà le cas en Lorraine…

Seul le lycée est jusqu’à aujourd’hui peu concerné par des décisions gouvernementales. Hormis la création de la spécialité Informatique et sciences du Numérique au bac S, intervenue en 2012, on parle en effet peu de l’impact du digital dans les programmes du second cycle !

La publication par le CNN du rapport du groupe de travail dédié à l’Education va certainement relancer le débat avec en particulier parmi les 40 recommandations regroupées en huit axes celles qui concerne l’enseignement de l’Informatique : une exigence et la création d’un nouveau baccalauréat général, le bac Humanités Numériques.

« Il faut créer nos propres outils et prendre nos responsabilités » conclut Catherine BECCHETTI BIZOT. »

Nul doute que si la réflexion et les évolutions sont bien avancées dans le premier cycle et le collège, dans ces classes aussi, où les adolescents d’aujourd’hui sont parmi les utilisateurs des réseaux sociaux les plus actifs, une inflexion s’imposera autant dans les contenus des programmes que dans les pratiques pédagogiques.

Claude TRAN
Dernière modification le jeudi, 16 octobre 2014
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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