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La skhole de la création et du partage - L’Ecole 42 est-elle une véritable école ? Je pose la question à Nicolas SADIRAC directeur général de 42. Question ambigüe bien sûr, parce qu’est-ce qu’une véritable école ? Je voulais dire évidemment : est- ce une école comme nous l’entendons aujourd’hui. C’est à dire pour reprendre des définitions de la plupart des dictionnaires : « un lieu où on dispense un enseignement collectif de caractère général .. »
Alors non l’Ecole 42, n’est pas une école comme nous l’entendons aujourd’hui avec un enseignement collectif de caractère général.

Pour Nicolas SADIRAC, 42 peut revendiquer l’appellation d’école mais c’est l’école en général aujourd’hui qui a divergé fortement de la skholé, l’école grecque des origines. En grec ancien, la skholè c’est « le loisir » et par extension « l’occupation studieuse », le « lieu d’étude ». En latin, le terme équivalent est otium « temps du loisir studieux ». Le loisir, en effet, contrairement à une idée très répandue aujourd’hui, n’est pas chez les grecs, le divertissement : c’est le temps consacré aux études et aux affaires sérieuses de l’homme libre.

L’école est donc certainement plus éloignée de la skholé que ne l’est 42. Alors, un retour aux sources ?

Il semble que le sujet a fait l’objet de longs échanges au sein de l’équipe de créateurs réunis autour de Xavier NIEL ; comment nommer ce lieu de formation original et novateur. Pourquoi pas faire simple, va pour école mais surtout « Faire tout sauf une école » affirme-t-il....
C’est vrai qu’à 42 pas de salle de classe, pas de tableau noir ou blanc, pas de chaire ( je veux dire d’estrade). En fait rien de ce qui caractérise un lieu où chaque apprenant est tourné vers le sachant pour prendre le message que ce dernier lui transmet dans le silence et le respect dû au savoir que le maître maîtrise. Comme il est vrai dans une église !

Non !

Même pas un amphithéâtre, vous savez, cette arène antique « au centre de laquelle les romains assistaient à un spectacle »…pardon « cette salle de cours aménagée en gradins, d’abord autour de la salle de chirurgie, puis d’un seul côté » pour permettre aux nombreux étudiants d’apprendre en écoutant et en observant ce que dit et fait le maître.

Plafond bas, un peu d’éclairage naturel avec de larges baies vitrées sur trois côtés , et cela se remarque très vite plusieurs rangées d’ordinateurs flambant neuf placés en quinconces, comme pour faciliter l’échange entre pairs, dans cette salle de travail. Pas n’importe quels ordinateurs mais des iMac 27 pouces ; et l’on ne voit qu’eux en entrant car il y en a plusieurs centaines. Et sur trois étages la même configuration.

En arrivant à l’Ecole je suis frappé de constater que les « étudiants » sont partout. Sur le trottoir, devant le bâtiment, où les entreprises terminent peintures et aménagements extérieurs ; dans le hall d’entrée où la sécurité filtre les passages et où l’on peut grignoter un sandwich ; dans la salle de « travail », où les présents sont studieux et concentrés devant leurs écrans ou devisent en petits groupes certainement du problème qui leur est posé mais dans une ambiance plutôt « cool » car il semble bien que certains semblent bien jouer....

Il s’agit d’une « pédagogie différente » explique Nicolas SADIRAC, construite sur trois axes :

Axe1 : la connaissance n’a plus d’importance ; ce qui est important c’est la capacité d’utiliser cette connaissance d’où la pédagogie de projet qui rend l’étudiant actif et heureux.

Axe 2 : ce n’est pas suffisant, il faut aussi être capable d’innovation et d’inventer. On place alors les étudiants dans des situation de conflits psycho cognitifs en leur donnant à résoudre des problèmes où ils sont obligés, pour trouver les solutions, d’inventer. Pas de réplication mais de l’innovation.
Axe 3 : passer d’un apprentissage individuel à un apprentissage collectif.

Alors, pas de « professeur » qui professe ! Mais des « gentils organisateurs » chargés non pas de leur « apprendre des choses mais d’animer cette communauté pour qu’elle se développe elle-même ». 42 serait elle le lieu où on utilisera avec plus grand profit les MOOCs du e learning ?

42 est dit-il une « Ecole 2.0 où chacun est acteur de sa propre connaissance mais également de celle des autres ».Comme pour le logiciel libre où les utilisateurs peuvent être développeurs, en opposition avec le logiciel propriétaire. Il s’agit de développer une intelligence collective. Ils l’affirment tous, difficile de travailler en solitaire ; le partage est une nécessité. Et chacun participe par ailleurs à l’évaluation des autres dans un système d’évaluation centralisée sur la communauté.

Mais alors pourquoi avoir créé cette école certes très sélective mais gratuite ?

Pourquoi investir 50 millions d’euros pour la faire fonctionner sur une dizaine d’années ?

Est-ce pour répondre aux besoins de l’économie numérique qui aux USA constitue déjà 40% de la croissance et former les informaticiens dont les entreprises françaises manquent aujourd’hui cruellement ? « 70% des entreprises ne trouvent pas les talents dont ils ont besoin pour écrire les logiciels utiles à leur développement ». Cinquième puissance économique mondiale, la France n’est que 20e pour l’économie numérique. L’Education nationale n’a pas anticipé ces besoins en particulier en négligeant durant une dizaine d’années l’enseignement de l’informatique. Mais 42 ne formera qu’un millier de jeunes par an ce qui ne saurait suffire pour répondre aux besoins estimés à terme à plusieurs dizaines de milliers d’emplois. Ceux là vont travailler dans les métiers de demain, voire les inventer.

Est-ce pour montrer qu’une autre démarche pédagogique s’impose pour détecter des talents en particulier exclus du système éducatif en développant et en valorisant les capacités à créer, à innover, à inventer, à collaborer, à coordonner des équipes, autant de valeurs qui s’imposent dans le monde et l’économie du numérique ? « les systèmes scolaires ont aujourd’hui tendance à détruire et très tôt, la collaborativité et la créativité. »

Cette autre démarche peut se résumer ainsi : pas de sélection par l’argent ni par l’académisme et pas de diplôme accrédité en sortie. Il s’agit de former et développer des individualités dans la diversité, dans le plaisir, « en libérant la peur »

Ah ! j’oubliais de dire que ce qui m’a toutefois rappelé l’école traditionnelle, c’est la sonnerie stridente ....de l’alarme déclenchée pour un exercice d’alerte obligatoire dans les établissements qui reçoivent du public.

C’était la quatrième semaine de piscine pour les rescapés du millier de jeunes qui constituait la troisième « fournée de nageurs ». J’ai donné la parole à quelques uns d’entre eux.

Merci à Antoine, Stanislas, Léon, Nicolas et les autres
Paroles de "nageurs" dans la troisième piscine

Et merci à Nicolas Sadirac pour cet interview accordé à l’An@é pour Educavox
 
Dernière modification le samedi, 04 juin 2016
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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