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Ils ont entre neuf et douze ans ; certains ont envie de devenir journalistes sans que le projet ne soit bien arrêté ; ils sont conscients de l’importance de l’info et veulent tout savoir sur les fake news ; ils sont engagés dans un programme original d’éducation aux médias et à l’information (EMI) ; ils sont Lot et Garonnais ; ils ont passé une journée au festival international du journalisme à Couthures sur Garonne.

L’histoire ne commence pas là, bien sûr ; elle s’inscrit dans un projet bâti par la ligue de l’enseignement de Lot et Garonne et sa déléguée culturelle Géraldine Martin, avec le soutien financier de la DRAC dans le cadre du plan EMI* afin de :

- Renforcer la connaissance des mécanismes de création de l’information aujourd’hui, le travail du journaliste ;

- Comprendre les algorithmes des médias sociaux et des dérives que cela génère lorsqu’ils deviennent le seul moyen de s’informer ;

- Etudier et décortiquer un fake new pour garder un esprit critique face à une information qui nous est donnée ;

- Rencontrer des professionnels de l’information et/ou des médias afin de renforcer la relation de confiance avec ce métier ;

Si les objectifs du projet sont classiques pour une action d’éducation aux médias, le public visé et les modalités sont beaucoup plus innovants.

Les jeunes qui y sont impliqués fréquentent le centre de loisirs de St Féréol à Bon Encontre.

Ils participent à des ateliers autour des médias sociaux, du journalisme, des fake news, sur des temps ludiques (on est dans un centre de loisirs) et courts (ce sont de jeunes adolescents) mais avec un axe de transmission important (la ligue de l’enseignement est un mouvement d’éducation populaire complémentaire de l’école publique). C’est une volonté de sa part d’éloigner la réflexion sur les médias du contexte scolaire et de bien montrer que ceux-ci font partie du quotidien des enfants et des adolescents en dehors de l’école comme à l’intérieur de celle-ci.

Pour ce faire, l’animateur qui conduit ce travail, Gauthier Lacherest, s’est inspiré des outils construits par l’association « Tralalère »dont la ligue de l’enseignement nationale est partenaire. En complément, les enfants créeront une « vraie » fake new avec le réalisateur Arnaud Boudon. Ils revêtiront la peau d’un complotiste pour réfléchir à une utilisation de l’image au service d’une « vérité » fut-elle construite de toute pièce à des fins plus ou moins louables. Trois jours d’ateliers sont prévus pour ce complot sans conséquences autres qu’éducatives.

Par ailleurs le centre de St Féréol a entamé depuis longtemps une réflexion autour du journalisme avec la rédaction d’un journal internealors la rencontre avec des professionnels s’imposait pour entretenir et conforter une logique de création…et les meilleurs journalistes du « Monde » et du monde se donnent rendez-vous à la mi juillet, tout près, à Couthures sur Garonne.

Les lecteurs assidus de la presse nationale le savent bien mais pas les petits lots et garonnais. L’occasion était trop belle de leur permettre cette rencontre, cet échange pour une meilleure compréhension du métier de journaliste et du rôle de la presse dans notre société, avec tous les enjeux démocratiques que cela comporte. Plus simplement l’occasion était belle de renforcer la confiance entre jeunesse et journalisme.

A leur arrivée sur le festival, les jeunes ont été accueillis par Jacques Billirit, vice-président de Conseil départemental 47 en charge de la culture.

Il s’est prêté très volontiers au jeu de l’interview par les journalistes en herbe : tracé de sa carrière politique locale ; des visées nationales ? Député ? Non ! Puis on entre dans le vif du sujet : « Quel est votre prochain projet pour la jeunesse ? », « Est-ce qu’il vous arrive de prendre des décisions difficiles ? », mieux encore, « Comment faires-vous pour vous informer ? »…

Rencontre ensuite, assis dans l’herbe, avec Assma Maad, journaliste au Monde, rubrique « les décodeurs, vérification factuelle ».

Elle leur consacre un peu de temps en marge de son intervention dans la table ronde : « l’objectivité est-elle un objectif » les vérificateurs de l’info s’expliquent. Assma Maad milite dans l’association « Entre les lignes » qui intervient gratuitement dans les établissements scolaires. Elle a l’habitude de ce public et fait une heure de questions réponses tout en prodiguant ses conseils : recherche des sources et de leur fiabilité, visite sur les sites des journaux pour vérifier une info et en avoir la genèse, croisement des informations, aspect législatif de la lutte contre les fake news…

L’échange suivant, c’est avec Charline Vanoenecker en charge d’un billet humoristique et d’une émission quotidienne sur France Inter et, par ailleurs, présidente de l’édition 2022 du festival.

L’humour est une autre façon de traiter l’information ; humour qui est également abordé par le dessin de presse et la visite de l’exposition qui lui est consacrée enrichie des réponses aux questions des jeunes fournies par le dessinateur Patrick Chapatte de Cartooning for peace.

Et puis, il faut bien mettre la main à la pâte : ils ont participé à la P’tite rédac, atelier de rédaction du P’tit Monde vendu le soir même dans les rues de Couthures. Ils ont fait du journalisme et comme le dit l’organisatrice Catherine Vincent : « le journalisme est un métier essentiel pour les valeurs démocratiques. Il est nécessaire que les enfants soient sensibilisés tôt à la liberté de la presse ».

Rassurez-vous, malgré tout leur sérieux, ils sont restés des enfants qui ont dévalisé avec un plaisir évident le stand des Paysans de Rougeligne qui offraient de goûter leurs tomates cerises…ils ont fait plus que les goûter avec la complicité manifeste des hôtesses.

C’était leur tour d’être interviewés et ils m’ont livré tout ce qu’ils ont déjà retiré de leur passage par l’EMI et de leur journée à Couthures. Ils m’ont dit simplement comment cela modifie leur façon de chercher l’info ; ils m’ont parlé d’esprit critique, de sources, de dessins, de fake news, de dangers, de projets…je n’étais pas là pour évaluer quoi que ce soit et les porteurs du projet s’en chargeront le temps venu mais j’ai vu dans les yeux de ces jeunes les lumières que l’on aime tous y voir.

Dernière modification le lundi, 25 juillet 2022
Puyou Jacques

Professeur agrégé de mathématiques - Secrétaire national de l’An@é