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Le contexte est celui de la mise en place de la nouvelle réforme du lycée et du baccalauréat et la première question qui se pose est le choix d’un parcours dans le panel de matières qui remplace les séries encore actuelles. La table ronde organisée sous ce titre dans l’amphithéâtre du salon Educatec-Educatice, le jeudi 22 novembre a réuni Sylvie Charrière, député de Seine Saint Denis et vice présidente de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, Michel Quéré, directeur de l’ONISEP et chercheur au CNRS, François Xavier Beillon, co-fondateur de Humanroads et Boris Walbaum co-président d’Article1.

Les élèves sont invités à construire leur propre parcours sans reculer l’échéance du choix comme le permettait trop souvent l’entrée en section S.

Cela devrait les aider à arriver avec un meilleur niveau dans les études supérieures après avoir affiné leurs choix au fur et à mesure de leur scolarité. En lieu et place du « tri automatisé » auquel ils étaient soumis, les élèves entrent dans une logique de réflexion sur leurs intérêts, leurs motivations, leurs points forts (et faibles), voire même l’idée qu’ils se font de leur bonheur futur.

C’est un travail sur la connaissance de soi qui leur est demandé (" j’aime travailler en groupe, je suis à l’aise dans l’expression…"). Il nécessite un accompagnement de la part de tous les acteurs qui concourent à l’orientation : les parents en premier lieu, les enseignants bien sûr, les conseillers d’orientation…

C’est une multitude de combinaisons possibles qui s’offre au jeune. Or, choisir c’est, aussi, un peu, renoncer et l’accompagnement indispensable doit être étayé par une confrontation au monde réel : il faut un peu sortir de l’école pour cela.

Par ailleurs l’ONISEP a mis en ligne des outils d’aide sur son site accessible par " Seconde 2018/2019 ".

Connexe à l’orientation, le problème du décrochage scolaire interroge bien au delà du système éducatif.

En 2017 on peut estimer à 9% de la cohorte le nombre de décrocheurs entre la sixième et la terminale. Ce terme de décrocheur n’étant ni bien défini ni vraiment univoque, il est plus parlant de lui substituer des données sur les sortants sans diplôme du système éducatif. Les chiffres sont en baisse depuis une quinzaine d’années (18% d’une cohorte dans les années 90 contre 12% maintenant).

C’est encore trop évidemment et l’on peut d’autant moins se satisfaire d’un tel résultat que le phénomène touche majoritairement les couches sociales les plus fragiles de la population.

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Pour l’améliorer, il reste à faire un travail important sur les représentations dans deux axes : la confiance en soi, la confiance en l’école et les deux peuvent être reliés.

Il est des établissements scolaires dans lesquels un bon élève est mis en marge par ses condisciples sous l’appellation de " bouffon ". Cela veut simplement dire : " tu n’as rien compris, l’école ne te mènera à rien ".  Cette image est bien sûr à casser mais le chemin psychologique et sociologique à parcourir pour ce faire est énorme. Le travail d’associations complémentaires de l’école peut faciliter la construction d’une autre dynamique construite avec des pairs pouvant témoigner : " j’étais  à votre place et voilà où j’en suis maintenant " " c’est difficile mais possible ".

La confiance passe par l’humain et l’exemple de l’autre auquel on peut s’identifier est un élément qui tire vers le haut. Le projet " jeux olympiques citoyens " porté par l’association Article 1 va dans ce sens : il amène des étudiants de Science Po à motiver des jeunes des quartiers. Ces dispositifs sont là pour renforcer et non remplacer la parole des enseignants qui est primordiale dans la construction de la confiance pour peu que l’école soit bienveillante.

L’orientation se fait dans un monde en pleine mutation numérique, technologique, sociologique

Celle-ci remet en cause les compétences acquises voire la notion même de compétence avec une obsolescence réelle ou supposée de certaines d’entre elles. Le raccourcissement de la durée de vie des compétences touche effectivement les strates impactées par le numérique mais ne touche pas de la même façon d’autres champs d’activités. Pourtant, chacun d’entre nous, dans son domaine, perçoit l’impérieux besoin de s’adapter, d’évoluer en permanence.

Dans ce contexte et en forçant le trait on peut pointer un double écueil : faire acquérir des compétences qui seront obsolètes dès la fin de la formation ou même avant ou prétendre former à un métier qui n’existe pas encore. Paradoxe bien sûr mais qui induit un nécessaire effort de prospective réalisable en traitant avec les outils adéquats les masses de données disponibles pour dégager les compétences utiles à partir des analyses de terrain.

Il s’agit de définir ainsi des socles de compétences et des tendances destinées à permettre l’adaptation des formations. Il s’agit aussi de collecter des parcours réels pour mieux appréhender les futurs parcours de formation et aider ceux qui s’y engagent. On s’aperçoit alors que toutes les compétences ne sont pas à mettre au même niveau et il est possible de les classer en deux groupes : des compétences fondamentales et pérennes d’une part, des compétences  " jetables " à mesure que les technologies évoluent d’autre part.

Concernant la première des catégories citées ci-dessus, on sent bien que beaucoup de facteurs déterminants sont externes à l’institution scolaire et les mobiliser demande une réflexion sur les façons de former aujourd’hui. La césure actuelle entre la formation initiale assurée principalement sous l’égide de l’état et la formation continue globalement sous la responsabilité des employeurs est à minimiser à l’heure où l’on parle de formation tout au long de la vie. L’histoire a structuré ainsi le système éducatif mais cela doit évoluer et intégrer la notion de parcours personnel.

En conclusion c’est une individualisation du parcours de formation qui est proposé à chacune et chacun et sa construction doit susciter à la fois l’appétence et la nécessité de l’acquisition de tel ou tel savoir et de telle ou telle compétence.

Jacques Puyou

Dernière modification le vendredi, 30 novembre 2018
Puyou Jacques

Professeur agrégé de mathématiques - Secrétaire national de l’An@é

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