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Dans le cadre du Salon Educatec-Educatice, le 22 novembre 2018, sur l’espace « Banque des territoires », du Groupe Caisse des Dépôts, l’An@é a participé à cette table ronde sur le thème d’une ruralité réinventée dans le cadre de Territoires apprenants, dans ce cas portés par le numérique.

Participaient à ce débat : Thierry Beley, Directeur territorial de Canopé, Académie d’Orléans-Tours, Cathy Munsch Masset, Vice-présidente du Conseil Régional (Région Centre Val de Loire) déléguée à l’éducation et à l’apprentissage, Michelle Laurissergues, responsable éditoriale d’Educavox, Xavier de Mazenod, Président de l'Ecloserie numérique (écosystème pour entreprendre en milieu rural), éditeur du site Zevillage.net

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Nicolas Le Luherne, directeur de l’atelier Canopé de Chartres présente le débat qu’il place sous le signe de la "société apprenante", un concept qui émerge depuis quelques années, porté notamment par le rapport Vers une société apprenante [1]

 

Dans une société apprenante, chaque individu doit pouvoir à son niveau construire et partager ses connaissances et ses découvertes avec les autres, documenter ses apprentissages, disposer des ressources, des lieux et des accompagnements nécessaires pour progresser mais aussi pour permettre à d’autres de s’en inspirer et d’améliorer leurs pratiques.

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Cathy Munsch Masset - Michelle Laurissergues - Xavier de Mazenod - Thierry Beley

La ruralité, une réalité à redéfinir et à réinvestir

Cathy Munsch Masset affirme l’existence d’une force centrifuge forte qui amène les populations à rejoindre les métropoles. La ruralité s'est définie de manière négative par rapport aux métropoles, comme si le rural ne disposait pas des richesses présentes dans les métropoles. Les ruraux se voient un peu comme des citoyens de seconde zone. La région Centre Val de Loire présente une grande diversité avec deux métropoles Tours et Orléans et des territoires ruraux. On voit bien que la ruralité détient des potentiels que n'auraient pas les zones urbaines et que les zones rurales doivent développer leur propre modèle.

Michelle Laurissergues considère que la ruralité est trop souvent envisagée comme un milieu qui présente des problèmes, alors qu'elle peut proposer énormément de richesses et de philosophie de vie liées à la nature. Tout dépend pourtant aujourd'hui de la présence du Très Haut débit qui donne la capacité de s'organiser et d’innover. Elle rappelle les activités en cours de l'An@é [2] et les publications d’Educavox concernant la ruralité.

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Les acteurs des territoires rencontrés par l'An@é souhaitent une stratégie complète sociétale globale qui dépasse la ruralité.

" Paroles de territoires " Action en cours en Nouvelle-Aquitaine

Xavier de Mazenod est un Parisien qui vit à "la campagne": 80% du territoire sont oubliés du numérique. Cela s'est amélioré avec la montée en puissance des régions. On a moins de ressources humaines, donc on est obligé d'innover. Nous nous occupons des « tiers lieux ». Le côté positif est que c'est plus facile d'entreprendre ne milieu rural où les élus sont plus proches aussi. On n'est jamais à plus de 20 km des services. Le numérique est la nouvelle donne qui rééquilibre le rural et l'urbain. On commence d’ailleurs à parler d'exode urbain, car la qualité de vie baisse en ville, elle est plus chère, plus polluée.

Thierry Beley considère que l'organisation apprenante est la réalité qui se met en place pour résoudre des problèmes. Faut il séparer ce qui est rural de ce qui est urbain, ou entrer dans un équilibre où des échanges sont produits, compris par tous et pas de même nature, chacun à sa manière.

Xavier de Mazenod voit une difficulté en zone rurale de par la représentation des acteurs publics qui ne sont pas tout à fait en phase avec le numérique. Les élus sont en difficulté et il est donc difficile de faire comprendre aux aménageurs les enjeux de ces équipements. L'Ecloserie numérique a été lancée en 2010 avec un espace de coworking. Plus tard un Fablab a été mis en place avant d’aller rechercher des fonds d'entreprise pour des partenariats (Fondation Orange). L'Ecloserie numérique [3]ne reçoit pas d'argent public qui serait en fait le meilleur moyen de tuer le projet. Le but est d'abord de créer une communauté humaine qui vise à s'investir dans le projet.

Cathy Munsch Masset relève pourtant que l’action publique est indispensable.

Mais il faut d'abord se reposer sur les acteurs locaux pour chercher des réponses aux sujets de pouvoir d'achat, de mobilité.

A titre d’exemple dans le domaine des transports, notamment transports scolaires gratuits, on peut citer la mise en place d'une plateforme numérique. La Région finance aussi des audits d'entreprises pour mettre en place des modalités de covoiturage. D’autres initiatives sont prises, notamment concernant les étudiants médecine à Tours qui sont essentiellement originaires de Tours, avec très peu d’habitants ruraux parmi eux : pour aider ces derniers, la Région a créé des plates-formes d'aide à la préparation des étudiants en premier année de médecine. La Région a aussi proposé la délocalisation de la première année de CAP pour permettre aux jeunes de faire leur première année sur place.

Thierry Beley rappelle la présence du réseau Canopé qui est là pour accompagner les acteurs au sein d'un même collectif et éviter ainsi la fracture numérique ou un sentiment de déconnexion.

L’école doit jouer son rôle intégrateur en affirmant sa porosité

Michelle Laurissergues croit en la nécessité de l’existence de médiateurs dont fait partie l'An@é qui milite pour enrichir les solutions territoriales intégrant l’ensemble des acteurs : l’école doit donc nécessairement être poreuse et ouverte sur le territoire en prenant en compte les temps scolaires et sociaux.

L’An@é fait des propositions dans ce sens qu’elle recueille auprès des acteurs du monde rural, avec par exemple : services de formation, de recherche et d’innovation, accompagnements de l’innovation sous toutes ses formes pour fournir un contexte propice à la création et au développement des acteurs numériques, lieux fournissant des services aux populations et une nécessaire "porosité" de l’école avec  un réel changement de posture, impliquant de prendre en compte de nouveaux rapports aux savoirs et aux autres, et de construire différemment les espaces éducatifs en prenant en compte les temps scolaires ET sociaux.

Xavier de Mazenod demande s’il faut ouvrir les écoles ou l'esprit des professeurs, car  l'école est encore trop souvent vue comme un sanctuaire du savoir. Des mondes parallèles s'ignorent. Il faut préparer les jeunes à leur avenir professionnel en les préparant à de nouveaux métiers. On monte des sessions de formation pour jeunes décrocheurs sur les réalités professionnelles du numérique. Le tiers lieu est intéressant car on n'y est pas tout seul. pose combien ça coûte?

Cathy Munsch Masset affirme qu’il est nécessaire de mener une réflexion globale autour de l'école du futur dans la Région.

On ne peut pas être dans l'adaptation au coup par coup : il faut voir plus loin. La dimension prospective est indispensable en s’appuyant notamment sur des lieux de bonnes pratiques qui visent à transmettre de bons réflexes (par exemple pour l’alimentation scolaire avec des circuits de proximité).

IMG 4193La transition numérique est un sujet complexe qui doit se réfléchir avec les enseignants. Mais l'équation est compliquée aujourd'hui avec la réforme du lycée. Il faut aussi prendre en compte l’enjeu de l'équipement matériel numérique (le téléphone portable est une solution) et des ressources numériques. Le lycée doit être davantage ancré dans son territoire. Deux nouveaux lycées en construction après un travail de concertation avec les acteurs professeurs, parents. L'ouverture doit être travaillée avec les acteurs et non pas décrétée. Quelle sera la place des parents? Elle sera forcément matérielle et immatérielle grâce au numérique. La transformation numérique est aussi celle des acquisitions des élèves en compétences et pas seulement en notes académiques : il faut être capable de tracer ces compétences et de les valoriser.

Dans le public, une représentante du Conseil Départemental du Val-de-Marne signale l’existence d’espaces dédiés aux parents dans les nouveaux collèges qui offrent aussi des ateliers numériques en direction des parents, les collégiens recevant pour leur part un ordinateur jusqu'en classe de 3ème.

Rassembler des acteurs qui ont envie de faire en décloisonnant est une absolue nécessité. Si on affirme que parents et les enseignants ont été formatés pour rester chacun à sa place, le décloisonnement est une nouveauté à inventer entre tous les acteurs de l’éducation sur un même territoire. C’est particulièrement vrai si l’on veut créer une ruralité apprenante, tout au long de la vie et de l’espace.

Michel Pérez


[1]Rapport Vers une société apprenante (2017), Catherine Becchetti-Bizot, Guillaume Houzel, François Taddei remis à la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem

Consulter le rapport "Vers une société apprenante"

[2]Ruralités :  Sélection d'articles sur Educavox

[3]Xavier de Mazenod https://www.educavox.fr/accueil/interviews/basculer-dans-la-societe-de-l-information-pour-affronter-la-mutation-du-travail

 

Dernière modification le vendredi, 30 novembre 2018
Pérez Michel

Président national de l'An@é. Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative.

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