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C’est dans un format innovant, entièrement numérique, que s’est déroulé un grand moment d’information, d’échanges et de partage les 4 et 5 novembre 2020. La crise sanitaire liée à la COVID-19 interroge chaque acteur de la communauté éducative, sur la nature même de la transformation numérique de l’éducation. En France comme au niveau international, le passage rapide, massif et souvent subi à des modalités de travail à distance puis hybrides (présence et distance), a mis en relief des processus ou des réalités très variables selon les lieux et les personnes.

Ainsi, l’ensemble des acteurs de la communauté éducative, qu’ils soient élèves, professeurs, parents, agents ou personnels d’encadrement, sans oublier les collectivités territoriales, les associations et tous les autres acteurs éducatifs, ont dû répondre à de nouvelles attentes et relever un nouveau défi.

Un beau programme de conférences, tables-rondes, ateliers participatifs à distance et en visioconférence. Des acteurs, des experts, des politiques de tous horizons et territoires (commune, région, département, parlement, commission européenne…) étaient réunis pour échanger et faire émerger une vision partagée du numérique pour l’éducation.

Quelques éléments clés de ces États Généraux autour de cinq thématiques

Chacune des thématiques avait pour but de connaître la diversité des opinions, représentations et/ou pratiques d’enseignement de l’écosystème du numérique éducatif. Des propositions recueillies lors de la consultation ont été soumises au débat par des échanges de points de vue réalisés sur la plateforme, puis discutés pour être retenus en ateliers territoriaux et nationaux.

  • Travailler ensemble autrement / Culture numérique professionnelle commune
  • Un numérique responsable et souverain
  • Gouvernance et anticipation
  • Enseigner et apprendre avec le numérique
  • Un égal accès au numérique pour tous / Fracture

L’An@é était présente dans les ateliers et par la contribution présentée par son Conseil d’Administration qui peut être consultée sur l’emplacement dédié aux contributions globales proposées par les collectivités, les partenaires, les syndicats et les associations.

Les bases d’une ambition européenne pour le numérique.

Par Thierry Breton, commissaire européen chargé de la politique industrielle, du marché intérieur, du numérique, de la défense et de l’espace.

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Cette ambition européenne constitue la base fondamentale sur laquelle seront bâties toutes les transformations que le numérique permet d’envisager à l’échelon national. Quelles sont les orientations politiques qui seront déployées à l’échelle du continent ?

Un constat tout d’abord : l’importance déterminante que prennent les technologies numériques dans notre vie a été révélée par la crise.

En termes de projet, on doit distinguer deux aspects fondamentaux : l’organisation de l’espace informationnel dans lequel se déploie une grande partie de l’activité économique et dans lequel nos enfants passent une partie de leur apprentissage. Il s’agit d’un nouvel espace qui structure notre société : après l’espace territorial, l’espace maritime, l’espace aérien, voici le temps de l’espace informationnel.

Le deuxième pilier fondamental est la régulation de cet espace qui doit garantir l’indépendance, la souveraineté et l’autonomie de l’Europe : il faut maîtriser des clouds pour stocker les données privées et publiques, acquérir la puissance de calcul nécessaire qui passe par les processeurs qui sont les éléments clés de ces super-ordinateurs et qui doivent être produits en Europe.

Nous devons aussi nous organiser pour avoir une infrastructure accessible partout, à des coûts accessibles pour tous.

Il s’agit de bâtir une infrastructure qui permette de devenir le continent le plus connecté au monde.

L’éducation est un élément important qui se déploie dans l’espace informationnel, c’est une grammaire nouvelle qui faut acquérir.

Les modalités d’apprentissage changent, mais dans le même temps des éléments nouveaux entrent en jeu : apprendre à se déplacer, à évoluer dans l’espace informationnel. Il est nécessaire d’apprendre aux jeunes générations à choisir.

Il faut donc apprendre à lire, à écrire, à compter, à être citoyen et aussi apprendre à choisir dans ces multiples possibles qui s’offrent sur Internet. Pour cela il faut aider les jeunes générations à faire la part du vrai et du faux. C’est une grammaire nouvelle qui faut acquérir.

Il est donc aussi nécessaire d’aider les enseignants à acquérir ces outils et à transmettre avec ces outils. Il faut des apprentissages nouveaux pour devenir un citoyen du 21 siècle.

L’Europe prend en compte l’éducation à travers les plans de relance

750 milliards seront redistribués aux États membres, dont 100 milliards d’euros pour la France. Une part significative de ces fonds doit être attachée à la transition verte (37% avec l’objectif 2050 de l’Europe continent neutre en carbone) et 20% pour le numérique (soit 150 milliards), donc avec une part significative pour accompagner l’éducation et les infrastructures.

Cet effort vise aussi à mettre en place des plans de sensibilisation, d’information, d’accompagnement, d’éducation et de formation professionnelle et tout au long de la vie. L’outil numérique permet d’amplifier cette capacité d’accroitre nos savoirs au long de la vie. Il s’agit d’un « Pacte européen pour les compétences[1] » que nous développons secteur par secteur avec Nicolas Schmit, commissaire européen chargé de la dimension sociale et de l’emploi.

A l’issue des conférences et des tables rondes, les cinq thématiques ont ensuite été déclinées dans dix ateliers destinés à débattre pour faire émerger les propositions qui devaient être retenues.

A l’issue de la concertation, quarante priorités sont retenues

 

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Quels sont les axes majeurs de progrès ?

1. Mettre en place de nouvelles formes de gouvernance et de nouveaux outils d’anticipation.

Cinq propositions parmi lesquelles l’élément clé est la volonté d’organiser une nouvelle gouvernance plus participative au niveau national et dans les territoires. Il s’agit de prolonger la dynamique des EGNE en mettant en place une concertation ouverte, tant au niveau de l’expression des constats de besoins que des solutions à mettre en place. Il est à noter qu’une animation continue est demandée, visant à tester et à démontrer le déploiement du numérique qui doit être assuré dans une continuité pédagogique et administrative indispensables. La féminisation de la filière est et des métiers du numérique s’impose aussi naturellement.

2. Enseigner et apprendre le numérique et avec le numérique :

Une grande abondance de propositions complémentaires fortement adossées à la formation initiale et continue des enseignants notamment via le réseau Canopé, cette formation devant augmenter les compétences numériques des enseignants désormais certifiées via la plateforme PIX, à l’instar des certifications PIX, obligatoires celles-là, pour les élèves. Nous saluons aussi le retour du « chèque ressources » mis en place lors du Plan Dune (Luc Chatel en 2010[2]) qui consiste en l’attribution d’un budget pour l’achat de ressources et de services numériques dans lequel chaque enseignant pourra puiser pour acquérir des moyens d’enseignement de son choix dans un catalogue validé par l’institution. Ce dispositif, difficilement mis en place à l’époque, était une excellente idée qui refait surface pour donner les moyens d’une réelle liberté pédagogique numérique aux enseignants et renforcer la filière des Ed Tech productrice de ressources pédagogiques numériques.

3. Garantir un égal accès au numérique pour tous/lutter contre la fracture numérique.

Huit propositions majeures visent à garantir l’accès au numérique, à lutter contre la fracture numérique, voire même contre l’illectronisme. Toutes ces propositions sont complémentaires, indissociables et indispensables : elles ont notamment été portées par l’An@é dans sa contribution.

Il s’agit avant tout de soutenir élèves, familles et enseignants : détecter et prévenir les difficultés des jeunes et des familles, aider à l’achat d’un équipement numérique pour les familles en difficulté et pour les professeurs, garantir un socle numérique (équipement et ressources) minimal pour les écoles et établissements, fournir un « Pass’connexion » pour tous, ouvrir des tiers lieux (pas seulement pour  les lycées professionnels, proposition n°39), former les familles à la culture numérique en valorisant la plateforme PIX pour tous...

4. Travailler ensemble autrement et promouvoir une culture numérique professionnelle commune

Six propositions visant à mutualiser, échanger, collaborer entre professionnels grâce à la généralisation d’environnements numériques de travail à tous les niveaux : de l’administration au personnel enseignants, des bureaux aux écoles... Mieux se connaître et se parler pour changer de manière d’agir.

5. Favoriser le développement d’un numérique responsable et souverain.

Ces douze propositions sont groupées en cinq thématiques : responsabilité (transition verte), sécurité notamment pour la protection des données personnelles, innovation via la mise en valeur de solutions innovantes portées par les laboratoires de recherches ou par les enseignants eux-mêmes, interopérabilité à définir par un cadre général et l’accès au programme européen GAIAX cloud souverain pour l’hébergement des données d’éducation , avec la création d’un « Education Data Hub », plateforme de données d’éducation, socle par l’utilisation de logiciels et de ressources éducatives libres, la mise en place de tiers lieux numériques ouverts à tous et enfin la promotion de l’offre numérique française qu’il convient d’appuyer à l’international.

« Faire émerger une vision partagée du numérique pour l’éducation » : l’objectif a sans aucun doute été atteint. Cette grande concertation aura permis de poser les bonnes questions et de proposer des solutions pour une transformation numérique réussie en matière d’éducation. Cependant, la tâche est immense et difficile : elle devra être accomplie en étroite collaboration entre les autorités ministérielles, académiques, départementales et les collectivités territoriales autour d’un pilier qui n’a pourtant pas été mentionné dans les propositions des EGNE : des comités locaux de partenaires. Sans formalisation de ces structures indispensables de concertation et de coordination, des difficultés de mise en œuvre sont à prévoir.

Une tâche phénoménale a été accomplie par les EGNE : partant d’un constat de l’état du numérique pour l’éducation, un l’inventaire a été fait et des solutions participatives proposées dans une réflexion collective.

La mission a été bien accomplie, dans des conditions difficiles liées au confinement, par les équipes de la DNE, des académies et des institutions partenaires qui doivent tous et toutes être remerciés.

Pour retrouver le « replay » des journées des 4 et 5 novembre, cliquer ICI
Pour retrouver le dossier des 40 propositions, cliquer ICI


[1] un Pacte pour les compétences (qui sera officiellement lancé en novembre). Il s'agit d'un nouveau modèle d'engagement pour les compétences qui aidera à relever les défis de la COVID-19 et à réaliser les ambitions de la voie de la reprise, de la stratégie industrielle de l'UE et de la transition verte et numérique. 

[2] Rapport des Inspections générales : https://www.tice-education.fr/tous-les-articles-er-ressources/articles-informatiques/650-publication-du-rapport-sur-le-plan-dune-un-bilan-severe

Dernière modification le mardi, 24 novembre 2020
Pérez Michel

Président national de l'An@é. Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative.

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