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Ma conception : L’excellente et fort complète analyse de l’article Éducation aux données ou enseignement des données : quelles humanités numériques au lycée ? de Béatrice Drot-Delange et Françoise Tort a éveillé mon esprit à la question. J’ai partagé ma réaction spontanée sur Facebook :

Informer, instruire, éduquer quant aux données est un essentiel d’une éducation du 21ème siècle. S’imaginer qu’on peut réaliser cette formation en un seul cours, en une seule année est utopique quasi inconscient. L’éveil à ce qui forme un important fondement de l’informatique et de son influence sur nos vies, nos sociétés, la gestion de données massives, serait préférablement intégré au curriculum dès le primaire et tout au long du cursus.

BéatriceDrot-Delange et Françoise Tort, auteurs de l’analyse de l’enseignement des données dans le programme d’enseignement des sciences numériques et technologie (SNT) en classe de seconde générale et technologique en France écrivent …

Nos résultats montrent que l’entrée disciplinaire de l’enseignement de SNT a un apport limité à l’éducation aux données, notamment dans ses dimensions analytiques et critiques.

Le texte qui suit est le compte-rendu de la réflexion un peu plus profonde qui m’a mené à concevoir et à proposer le schéma d’un programme d’éducation aux données qui s’étend des petites classes de maternelle jusqu’à la fin du collège et qui s’intègre de manière interdisciplinaire aux enseignements actuels.

Éveil à la classification

Le concept de données en informatique est intimement lié au processus de classification.  C’est l’usage que l’ordinateur fait des données disponibles qui forme la base de toutes les interrogations liées à leur production et à leur potentiel d’influence tant sur la société que sur l’individu.

Pour les tous petits faire des tas représente un premier pas vers la classification. Si toute la classe s’active à faire des tas avec les peluches ou les mitaines et/ou les tuques ou les bas, comment ça fonctionne ? Quel est le but poursuivi par les enfants lorsqu’ils font ces tas ? Leur demander. Peut-on faire des tas à partir d’une caractéristique, d’une propriété de ces objets - couleur, texture, dimension …  On peut classer les livres dans la bibliothèque de la classe, les crayons, les papiers par couleur et par taille, les enfants par la couleur de leur cheveux, par leurs vêtements, leur taille.  Bref au fil des jours, on s’initie à classer, on s’éveille au concept de classification.  De telles activités, je le pense, initient graduellement sans le nommer, au concept de données telles qu’elles sont utilisées par l’ordinateur.

Plus tard, quand on sait lire, on peut classer les mots d’un petit texte : les verbes qui font agir, les noms qui désignent, les adjectifs qui qualifient, les mots qui unissent.  Puis, les données recueillies lors de nos observations scientifiques : les températures mesurées selon les conditions météorologiques du moment ou le lieu, les variations dans la croissance de la plante selon la nature du substrat, la vitesse et la longueur du déplacement du chariot selon l’angle de la pente, et autres.

La création de base de données

Vers la fin du primaire et les premières années du collège, c’est le moment de s’initier à la création de bases de données qui forment le fondement de l’archivage numérique.  Il est recommandé de faire travailler les élèves en équipe.  Expliquer aux élèves qu’une base de données est une façon de classer les informations. Vous pouvez dessiner un tableau à la main ou en projeter un au tableau numérique, le résultat est le même : développer avec les élèves une base de données sur le sujet de votre choix.  Chaque colonne représente un champ et chaque ligne horizontale représente un enregistrement. N’importe quelle information peut former une base de données.  Dans un premier temps on créera des bases de données fictives réalistes.  On apprendra à en déduire certaines corrélations.  Dans un second temps on créera des bases de données fantaisistes dont on tirera certaines corrélations tout aussi fantaisistes que les données qui les forment.

Prénom   Taille de chaussure Couleur préférée 1 Couleur préférée 2
Louise 34 Bleu Noir
Marie 28 Rouge Gris
Carl 39 Gris Jaune
Lucien 43 Brun Noir

 

 https://www.youtube.com/watch?v=kcqUxnu7ggk

Cette courte vidéo explique simplement ce que sont les bases de données (ii)

image005On peut classer les informations dans un tableur ou dans une base de données.  La vidéo suivante met en parallèle deux systèmes de classification des données : le tableur vs la base de données. (iii), suite bureautique Libre et Open Source (iv), dispose du tableur Calc et aussi de Base comme base de données et interface de base de données.

Quelle est la raison d’être de ces enregistrements?  Les équipes d’élèves préciseront à quoi servira la base de données qu’ils désirent créer. De quelles informations doit-on disposer pour la créer. Un cours de science est peut-être le cours le mieux adapté à la pratique de cette activité. Quoi que d’autres cours, tel la géographie ou même la littérature peuvent être intéressants si on se sert un peu de notre imagination.  Les élèves peuvent aussi participer à la mise-en-place d’une base de données utilisée pour la gestion d’une sortie - on y trouvera outre le nom de l’élève, le nom de la personne à informer en cas de problème, le numéro de téléphone de cette personne, l’inscription de divers problèmes de santé (allergie, diabète, etc.), préférences alimentaires (végétarien ou autre), inscription à l’une ou l’autre des activités proposées, etc.

Divers jeux seront proposés aux élèves à partir de bases de données fictives pour leur permettre de s’initier au pouvoir de ces outils de gestion des informations.

Mes données

Cette série d’activité s’adresserait aux élèves du collège.  Les adolescents.es aiment beaucoup penser à eux, s’interroger sur eux-mêmes : qui suis-je, qu’elle est ma place dans la société, etc.  Alors, quelques réflexions au sujet des données qui les concernent saura fort probablement les intéresser.

On pourra discuter des données biométriques dans le cadre d’un cours de biologie.  Pourquoi utiliser les données biométriques ? Est-ce négligeable de transmettre nos données biométriques sans souci de leur utilisation ?  Que penser de l’utilisation de nos données médicales dans le cadre de projets de recherche ? 

Quelles sont les données personnelles numériques d’éducation [i] ? Il existe en France un Comité d’éthique pour les données d’éducation [ii] dont pourraient être informés les élèves, les enseignants et les parents.

Les élèves connaissent-ils les types de données d’éducation ? L’article de Michelle Laurissergues paru sur Educavox en novembre 2021 les présente :

  • Les données des élèves et de leurs familles, identité, santé, suivi scolaire, etc
  • Les données des enseignants, données administratives, pratique pédagogique, etc.
  • Les données d’interaction, copies corrigées, échanges lors d’un travail collaboratif et quantité d’autres.

Et bien au-delà du domaine scolaire, le temps de connexion, les activités sur les réseaux sociaux, bref, toute communication à partir d’internet produit une donnée enregistrée quelque part par quelqu’un.

Puis-je m’assurer que mes données personnelles n’entrent pas dans le domaine public est une question que peuvent (et doivent ?) se poser les élèves du collège ? 

Une donnée personnelle est toute information se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable, une personne pouvant être identifiée directement ou  indirectement. [i]

Quelles sont les informations qui permettraient de m’identifier lors de recherches par des tiers ? Comment les liens entre plusieurs bases de données peuvent divulguer trop sur moi.

Quel est mon contrôle sur mes données ? Quelles sont les conséquences de nos vies constamment liées aux réseaux sociaux ?  Désire-t-on attirer l’attention sur soi ou vivre caché


[i]  Enjeux d’éthique des usages des données numériques d’éducation

https://www.educavox.fr/accueil/breves/enjeux-d-ethique-des-usages-des-donnees-numeriques-d-education

[ii]  Comité d’éthique pour les données d’éducation

https://www.education.gouv.fr/le-comite-d-ethique-pour-les-donnees-d-education-12146

Les données, l’informatique ubiquitaire, l’intelligence artificielle

Nous en sommes à l’ère de l’informatique ubiquitaire, cette étape du développement des systèmes qui suit l’âge des ordinateurs centraux et celui des ordinateurs personnels.

Outre le téléphone, ce terminal sans lequel il semble qu’on ne peut plus vivre et que plus personne ne se préoccupe que ce téléphone soit un ordinateur, nous sommes entourés d’appareils qui accèdent constamment à de l’information à notre sujet : où nous sommes, ce que nous consommons, qui nous sommes, quelle image projette-t on de soi, ceci en temps réel.   Quantité d’appareils communiquent discrètement entre eux. De minuscules pièces informatiques telles les puces RFID incrustent de l'intelligence un peu partout.  L’internet des objets : un nombre croissant d’appareils encerclent nos quotidiens, nos vies tels d’invisibles toiles au sein desquels nous sommes d’inconscients prisonniers.

Martin Bodin a schématisé ainsi les différents aspects de l’internet des objets.

Et Jeremy77186 a francisé la publication de SRI Consulting Business Intelligence en Historique de la technologie : la Connectivité des choses.

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À la fin du collège, tous les jeunes citoyens ne devraient-ils pas être correctement informés de l’univers technologique qui les entourent et passer quelques instants à y réfléchir ?

Une activité d’initiation et/ou de réflexion au sujet des données peut être dispensée aux écoliers une fois toutes les deux semaines.  Cette tâche pourrait être confiée à un professeur documentaliste qui travaillerait à préparer les jeux avec leurs confrères enseignants.es, car ces activités auraient peut-être plus d’influence si les jeunes s’y amusent. C’est assez facile d’imaginer des situations ludiques pour présenter ce sérieux sujet.

Le règlement général sur la protection des données (RGPD) (v) 

Ce règlement du gouvernement européen relatif à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données devrait être analysé et discuté avec les adolescents.es pour qu’ils en comprennent la portée.

Moi, qui avant la Covid payait toujours mes achats en argent comptant, je règle maintenant tout avec ma Carte Bleue et circule toujours avec mon téléphone en poche.  Tel le Petit Poucet je sème de petites graines d’information sur mon passage.  J’avoue, avec peut-être une légère honte, que je m’en fiche.  Par contre, je pense être consciente de ma transparence dans cette étape de ma vie où je suis cernée par les technologies numériques. Je suis une vieille personne et j’ai un recul sur la vie qui me permet de maintenir une certaine indépendance de pensée, ce qui est difficilement le cas des adolescents.es et des jeunes adultes qui baignent et circulent au sein d’une mer d’informations et de désinformations.  

[i] Éducation aux données ou enseignement des données - https://educavox.fr/formation/analyse/education-aux-donnees-ou-enseignement-des-donnees-quelles-humanites-numeriques-au-lycee?

[ii]   Les bases de données - https://www.youtube.com/watch?v=kcqUxnu7ggk&t=4s

[iii]  Tableur vs base de données https://www.youtube.com/watch?v=LLSXdF1XEiY

[iv] La suite libre Office https://fr.libreoffice.org/download/telecharger-libreoffice/

[v] Le règlement général sur la protection des données (RGPD) - https://fr.wikipedia.org/wiki/Règlement_général_sur_la_protection_des_données

 

Dernière modification le lundi, 12 décembre 2022
Ninon Louise LePage

Sortie d'une retraite hâtive poussée par mon intérêt pour les défis posés par l'adaptation de l'école aux nouvelles réalités sociales imposées par la présence accrue du numérique. Correspondante locale d'Educavox pour le Canada francophone.