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Durant deux longs mois de confinement qui ont rompu toute possibilité de lien pédagogique direct entre l’école, les enseignants et leurs élèves, les outils numériques ont été les seules modalités capables de retisser un lien, non plus seulement pédagogique, mais plus exactement éducatif, car partagé, entre l’école, les enfants et leurs parents.

Durant ces mois de chamboulement, la donne a changé et le lien éducatif a finalement survécu au prix d’un effort considérable du corps enseignants, au prix d’initiatives inattendues, d’innovations et de changements de posture qui ont totalement transformé la vie pédagogique dans un système éducatif alors en état de " réanimation numérique " dans lequel le smartphone a parfois été le seul lien numérique disponible entre la famille, les enfants et l’école.

Avec la crise de la Covid 19, les failles sont vite apparues : matériels et infrastructures, inégalités d’accès, manque de formation des enseignants, méconnaissance des outils sécurisés, réalités sociales avec des parents contraints à assurer l’école à la maison dans des conditions souvent difficiles

La crise a une fois encore et de manière brutale, pointé les inégalités dans les territoires, leurs investissements différents et surtout leur potentiel à condition que les moyens soient mis en œuvre rapidement et qu'un accompagnement soit prévu en matériel et en présentiel car nous connaissons bien les processus de décrochage. 

Qu’avons-nous appris de cette crise pour ré-apprendre à apprendre avec le numérique ? 

Enseigner et apprendre avec le numérique 

- Les Espaces Numériques de Travail (ENT), lorsqu’ils étaient disponibles, ont offert une plateforme intéressante, gratuite (pour les enseignants et les élèves), qui a permis le maintien des liens entre l'école, les élèves et les familles. 

Au-dela des fonctions de messagerie, de partage, de dépôt de documents, de travail écrit en commun, Iles ENT manquent d’un outil simple et efficace de visioconférence, qui permette une communication directe, l’interaction et l’organisation des classes virtuelles par exemple et faciliter l’interaction.

Les plateformes pour déposer des cours en ligne sont très intéressantes, mais nécessitent une formation et une auto-formation des enseignants.

D’après certains retours d’expérience, la différence entre le groupe classe présentielle et le groupe classe virtuelle montre  le temps consacré au groupe classe virtuelle est chronophage car après la diffusion du message informatif il nécessite des prises de contact individuelles avec chaque élève ou étudiant  sans l’apport de la régulation cognitive et sociale faite par la collectivité. Ce constat nécessite donc une modification de l’emploi du temps de l’enseignant.

- Des enseignants formés au numérique et à la pédagogie qui en découle

Dans le cas du numérique, la formation des enseignants ne peut être que continue étant donné la rapidité des évolutions technologiques et l’influence des groupes d’intérêt financier, industriel et commercial dont il faut savoir se protéger. 

Une question se pose alors : l’enseignant ne devient-il pas un spécialiste des technologiques numériques et des enjeux des opérateurs au détriment de son activité d’enseignant? Afin de conserver toute sa capacité de réflexion et d’action pédagogique, l’enseignant doit pouvoir trouver l’aide dont il a besoin auprès d’un corps de personnels chargés de l’aide informatique pour un groupe de professeurs, comme c’est le cas des adjoints techniques dans les laboratoires en collège et lycées. Cette proposition permet de focaliser l’attention sur ce qui est de l’ordre de la didactique et de la pédagogie et moins sur ce qui relève de l’utilisation d’outils matériels tels que l’informatique.

La formation des enseignants à l’utilisation des plateformes et du matériel informatique comme le smartphone, l’écran, les tablettes (etc.) demande une réflexion sur la réelle valeur ajoutée de ces outils. Cette réflexion porte sur la place des outils numériques dans la pédagogie, sur une définition des didactiques qui les incorporent et sur les raisons de cette adaptation de l’enseignement à un produit industriel dont la maîtrise échappe en partie à la finalité de la formation des générations montantes.

    - De la formation des enseignants, pédagogie hybride (en présence / à     distance)

Il est indispensable de former les enseignants au et par le numérique. C'est notamment l’une des missions confiées par l'Éducation Nationale à Canopé. A côté des formations à distance, telles que les propose M@gistère, Il ne faut pas oublier l'importance des formations en présentiel, car elles permettent des manipulations, des retours et des échanges immédiats sur les pratiques et les usages d'outils numériques. Le numérique en ligne a conduit à développer encore la relation humaine dans la pédagogie. Il y a besoin de s'interroger encore plus sur cette relation humaine en classe. D’où l’intérêt majeur par exemple du débat entre élèves en classe.

Pour ce qui est des usages numériques dans la pédagogie, trois éléments retiennent l’attention :

La connectique, qui est la compréhension des procédés et techniques qui permettent d’établir une connexion fiable entre des systèmes électroniques pour éviter d’endommager le matériel ou de ne pas avoir le réseau souhaité.

L’arborescence : Il est indispensable de ne pas se laisser influencer par des propositions qui ne correspondent pas à son objectif. Ces pratiques sont chronophages, si elles ne sont pas maîtrisée. Par exemple, souvent lors d’une recherche documentaire, l’utilisateur oublie l’objectif de la documentation recherchée suite aux différentes propositions affichées.

La dactylographie : Les neurosciences rejoignent les études historiques sur le développement du cerveau à partir de l’utilisation des dix doigts de la main. Qu’en est-il du développement de cette activité physique et neurologique de l’utilisation des 10 doigts sur le clavier ? L’utilisation seule des deux pouces ou une utilisation partielle de l’ensemble des doigts est contraire aux propositions des neurosciences et des historiens en particulier ceux de l’artisanat.

    - Décrochage et raccrochage scolaire 

Pour permettre une continuité éducative, il faut, entre autres, développer les compétences numériques des élèves au sein de l’école. Le décrochage scolaire ne doit pas être dû à un manque de formation technique. Il faut progressivement amener l’élève à maitriser par exemple un accès et une autonomie dans l’ENT de la classe : communiquer via la messagerie, collaborer à des activités en ligne, effectuer des recherches documentaires, vérifier les sources … Les élèves doivent dorénavant s’entraîner à évaluer leurs compétences numériques via la plateforme PIX afin de poser un diagnostic et de prendre conscience des lacunes qui sont les leurs pour engager une démarche volontaire et proactive avec l’aide des enseignants. La plateforme PIX semble être un outil prometteur pour ce qui est de résorber les fractures numériques constatées dans les classes. 

Les outils numériques, ENT et plateformes permettent d’effectuer un suivi personnalisé des élèves et ainsi de repérer très tôt les attitudes de relâchement, de difficulté, d’échec pour y remédier avant le décrochage scolaire. Certains algorithmes appelés « intelligence artificielle » sont parfaitement conçus à cet effet et doivent être utilisés pour assurer un suivi personnalisé.

Faut-il parler de décrochage, constat d’études sociologiques qui arrivent après coup ? Ne faut-il pas développer la persévérance qui intervient avant et après l’abandon de la scolarité ? Ce changement de paradigme, pour rester sociologue, a l’intérêt de ne pas se situer dans une attitude de rattrapage mais de comportement adapté ; Il permet de prendre en compte d’autres activités qui ne provoquent pas chez le jeune un décrochage et de réinvestir cette attitude dans le domaine de l’acquisition de connaissances académiques ou professionnelles.

    - Pour les élèves ayant des besoins particuliers : dys, handicaps, allophones...

Le numérique doit permettre avant tout d’aider les élèves, les familles et les enseignants. La question de l’inclusion est fondamentale. Il existe de nombreuses applications, sites, outils numériques, permettant la différenciation des apprentissages. Mais, la formation des enseignants et des Assistants de Vie Scolaire (AVS) ou Accompagnants des Elèves en Situation de Handicap (AESH), quand il y en a, reste encore grandement à parfaire.

Plus un enfant présente un handicap plus il a besoin des autres pour surmonter son handicap et réussir son insertion sociale.

Il conviendrait de faire en sorte que l’outil numérique soit un média qui permette de développer la relation présentielle humaine entre un enfant dit handicapé (car il est question de normes sociales et médicales) et un enfant dit non handicapé ?

L’enfant non handicapé apprend dans cette relation autant que l’enfant handicapé, bien entendu cela n’est possible qu’avec l’accompagnement des AESH.

- Un équipement informatique en bon état de fonctionnement est  indispensable

Pour tous les acteurs de l’école : élèves, professeurs, écoles des équipements informatiques doivent être fournis (fourniture ou aide à l'équipement pour les familles).

L’expérience du confinement a démontré avec force le besoin de réactivité et de flexibilité des enseignants vis à vis des élèves. Lors du confinement, le manque d'équipement informatique et/ou de connexion internet de certaines familles a conduit les enseignants à s'adapter “comme ils ont pu” pour éviter au maximum le décrochage scolaire de leurs élèves : travail envoyé par la poste, récupéré à l'école pendant les moments d'accueil des enfants prioritaires…

En prévention d'un éventuel nouveau confinement, la DANE de Nouvelle-Aquitaine mène actuellement auprès des familles une enquête sur leur équipement informatique et leur connexion internet. Une aide financière et matérielle des collectivités territoriales, voire de l’État, est indispensable pour les familles, afin d’éviter au maximum le décrochage scolaire des élèves, en fournissant aux familles en précarité numérique des solutions adaptées (prêt ou don d’un matériel informatique de base et/ou d’une connexion internet gratuite ou à prix modéré par exemple).

Les enseignants doivent également recevoir de la part de l’Education Nationale du matériel informatique professionnel et performant, car beaucoup ont utilisé leur propre équipement, quand ils en avaient, pas toujours adapté ou adaptable.

Les enseignants sont des acteurs de terrain qui pratiquent quotidiennement une attitude de réactivité : transmettre des connaissances, permettre l’expression des générations montantes -,ce qui est nécessaire à leur développement cognitif - créer des situations pour qu’elles sachent confronter des idées. Ces actions sont, même si elles ne sont pas explicites, celles de tout enseignant qui anime une classe et qui enseigne à des cohortes de 12 à 40 enfants ou adolescents.

Ne faut-il pas leur reconnaître cette réactivé car à tout instant les enseignants ont à trouver des solutions à des situations inattendues qui, allant de soi, ne sont pas reconnues et qui dépendent de leur éthique et de la déontologie professionnelle. 

Souvent est proposée la pratique de la programmation qui peut être enseignée par une personnalité extérieure à la classe, ou être l’œuvre de l’enseignant. La programmation sert alors de régulation et de repère quand la vie de la classe submerge l’activité pédagogique et didactique.  C’est la réactivité de l’enseignant qui permet le déroulement du temps scolaire et conduit les élèves vers l’acquisition collective des connaissances, en apportant des solutions aux multiples microphénomènes de la vie d’un groupe humain. 

Il ne faut pas oublier que les investissements personnels de l’enseignant sont importants et qu’ils doivent être reconnus et régulés pour éviter soit le surmenage entrainant des conséquences médicales, soit le renoncement qui entraîne la perte des pratiques et les connaissances de cet enseignant. Ce renoncement pour cause médicale ou d’épuisement est un déficit important pour la société et un danger de récupération par d’autres acteurs qui les adapteront à leur propre objectif dont la finalité ne sera pas celle de l’acteur de terrain.

La flexibilité est une organisation du travail qui s’adapte aux évolutions d’un environnement et à la demande d’un employeur. Elle est distincte dans l’enseignement de la réactivité qui est soit une pratique de terrain, soit un comportement. Elle est dans l’enseignement une décision de modifier l’architecture de l’organisation du travail. De ce fait, elle concerne l’organisation d’une profession, elle nécessite un cahier des charges précis de la part de l’employeur et une négociation avec le personnel concerné.

Il est important de ne pas envisager qu’un enseignant subisse des décisions de flexibilité du travail, car cela serait lui enlever toute sa qualité humaine pour en faire soit un simple exécutant de décisions exogènes à son expérience professionnelle soit un pédagogue soumis à un groupe de pression.

Jacques Wittwer disait que le 20ème siècle était remarquable, car le pédagogue n’était plus dans l’antichambre des princes comme l’était jadis le précepteur.

Propositions 

  1. Intégrer aux ENT et plateformes partagées un outil simple et efficace de visioconférence sous contrôle du service public

  2. Créer corps de personnels techniques d’appui numérique aux écoles et établissements d’un territoire.

  3. Mieux appréhender et décrire la valeur pédagogique des solutions numériques utilisées. Edition d’un védemecum national et/ou académique.

  4. Adapter l’emploi du temps des enseignants afin de dégager des plages horaires dédiées à la collaboration/échange/formation entre pairs.

  5. Mettre l’accent en formation continue des enseignants sur les pratiques pédagogiques à distance et sur l’hybridation des enseignements.

  6. La plateforme PIX doit devenir obligatoire pour des bilans réguliers de compétence, pour élèves et enseignants afin de développer les compétences numériques des élèves et lutter contre fracture numérique et décrochage.

  7. Former les enseignants et des Assistants de Vie Scolaire (AVS) ou Accompagnants des Elèves en Situation de Handicap (AESH). Recruter en nombre, former et rémunérer correctement ces personnels souvent précaires.

  8. Equiper les enseignants et les lieux d’enseignement d’un matériel numérique professionnel de qualité. 

  9. Equiper ou aider à s’équiper les familles en outils informatiques indispensables (ordinateurs, tablettes, connexions)

Un égal accès au numérique pour tous

Pour une École de l’égalité républicaine 

L’accès au numérique pour tous est la condition indispensable pour une égalité républicaine dans l’accès à une éducation égale pour tous. Et cela doit être vrai quels que soient les territoires et les moyens économiques et/ou culturels dont les jeunes sont porteurs. Afin de lever les freins qui empêchent un égal accès au numérique pour tous, il est primordial d’agir pour résoudre la fracture numérique qui s’est installée entre les élèves, les familles, les institutions et les différents acteurs sociaux, au détriment des jeunes issus des milieux les plus défavorisés ou résidant dans des zones déficientes en matière de réseaux (zones blanches, ruralité, absence de 4G, absence de fibre optique). La faiblesse du réseau rend impossible l’inclusion à une quelconque activité pédagogique, éducative ou culturelle à distance. 

- Des équipements personnels performants et une éducation à une culture numérique partagée

Outre la fragilité des réseaux numériques, le manque d’équipements personnels de qualité est un frein sévère à toute activité éducative, culturelle ou pédagogique. Les familles dotées d’un seul accès au numérique ne peuvent en aucun cas assurer une activité individuelle aux enfants et aux parents. Des équipements doivent être fournis individuellement aux élèves qui n’en disposent pas, soit par le biais de la mise à disposition par les collectivités d’un matériel interopérable, soit par l’attribution d’une subvention sous conditions de ressources permettant l’achat des outils nécessaires. De la même manière, les enseignants doivent être dotés du matériel nécessaire à leur activité professionnelle de façon à être capables d’intégrer le numérique à leur enseignement, que ce soit en classe ou de manière hybride, alternant enseignement présentiel et à distance.

Lorsque des équipements personnels sont disponibles (smartphones, tablettes), il est tout aussi essentiel d’éduquer les jeunes aux usages éducatifs pertinents de ces outils et d’instaurer une culture numérique partagée.

Dans cet objectif, il est  également souhaitable que l’éducation à la citoyenneté numérique doit être mise en place dans le cadre des programmes  d’Enseignement moral et civique.

- Des environnements numériques de travail (ENT) mieux adaptés.

Les ENT se sont avérés être des moyens utiles de communication entre l’école, les élèves et les familles, notamment pour déposer des documents, consulter des supports visuels ou auditifs, et déposer des travaux effectués seul ou en groupe. Cependant leurs fonctionnalités ne correspondent plus aux besoins d’échanges directs et interactifs qui sont nécessaires aujourd’hui à une interaction entrée dans les moeurs, c’est à dire vocale et audio-visuelle. Les ENT devront être désormais dotés de moyens d’échanges instantanés de nature audiovisuelle. En effet, on a constaté durant le confinement qu’en raison du manque de robustesse de la classe virtuelle, les enseignants ont pris l’habitude de se filmer et d’enregistrer des vidéos qu’ils déposaient sur Youtube. Cela a permis de maintenir le lien, mais il est incongru que cette fonctionnalité soit assurée par un canal privé qui ne garantit pas la confidentialité des relations pédagogiques. Cette responsabilité incombe à l’État et aux collectivités territoriales.

- Un accompagnement indispensable des familles

Il est indispensable d’accompagner les familles qui se trouvent dans des situations extrêmement diverses pour ce qui est de l’usage des outils numériques. Cet accompagnement peut être  assuré directement au sein de l’institution scolaire, ou via les dispositifs mis en place par les collectivités territoriales, que ce soit par des aides locales (animateurs, tiers lieux) ou encore par le truchement d’associations qui oeuvrent bénévolement pour l’aide aux devoirs et à la scolarité. Ces associations ont besoin d’être aidées par un dispositif conséquent de subventions afin de leur permettre d’acquérir du matériel et de faire face aux diverses dépenses liées à la vie d’une association. Des lignes budgétaires conséquentes sont indispensables pour la subvention des associations d’aide scolaire. Au sein des comités locaux de partenaires, des financements et des tiers lieux partagés doivent être mis en place afin d’accueillir les familles qui en ont besoin.

La plateforme de certification PIX doit permettre la montée en compétences de tous : enseignants, élèves, personnels d’encadrement. Ce dispositif d’auto-évaluation permet en effet de réaliser des bilans de compétences et de rechercher les moyens de pallier les carences constatées. Grâce à PIX il sera désormais possible de mesurer la fracture numérique et d’y remédier. 

- Les élèves ayant des besoins particuliers - dys, handicaps, allophones Ces élèves doivent pouvoir accéder sans discrimination aux outils numériques pour mener des activités pédagogiques et, comme les autres, profiter des nombreux avantages de ces moyens d’apprentissage. Pour cela, il faut que les Assistants de Vie Scolaire (AVS) et Accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) soient véritablement opérationnels pour être réellement utiles : ils doivent être formés, être plus nombreux, mieux rémunérés et leur emploi doit être pérenne, c’est à dire en CDI, et non  sous statut précaire de vacataires, comme c’est le cas actuellement. Leur rôle est essentiel pour l’égal accès des élèves à l’éducation via les outils numériques.


Propositions 

  1. Résorber les zones blanches et mettre un terme aux fractures des réseaux numériques dans tous les territoires, notamment ruraux.

  2.  Intégrer aux ENT et plateformes partagées un outil simple et efficace de visioconférence sous contrôle du service public

  3.  Doter en équipements personnels de qualité les élèves et leurs familles.

  4.  Recruter sur des emplois pérennes des Assistants de Vie Scolaire (AVS) et Accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH), mieux rémunérés et formés.

  5.  Accompagner les familles au sein de tiers lieux partagés avec des animateurs mis en place au sein des collectivités, via des comités locaux de partenaires.

  6.  Apporter des aides conséquentes aux associations qui oeuvrent bénévolement pour l’aide aux devoirs et à la scolarité. 

  7.  Utiliser massivement la plateforme de certification PIX pour assurer la montée en compétences de tous : enseignants, élèves, personnels d’encadrement.  

  8.  Eduquer les jeunes aux usages pertinents et éthiques du numérique afin de créer une culture commune partagée. 

Un numérique responsable et souverain

Face à l’irruption de la marchandisation de l’éducation et à l’hégémonie des entreprises privées qui sont devenues plus puissantes que les États et incontrôlables, il est nécessaire de préserver l’École des menées commerciales et insidieuses qui menacent l’intégrité éthique de l’éducation nationale. Les données personnelles doivent être protégées, le élèves ne doivent pas être soumis, via les canaux utilisés pour les échanges numériques, à des sollicitations inappropriées : harcèlement, propagande commerciale, complotisme, radicalisation terroriste, pornographie ...

Apporter une réponse à l’échelle européenne

L’échelon national ne saurait être pertinent, car les entreprises du numérique ne connaissent pas de frontière, et afin que la liberté des échanges soit préservée au sein de l’Union Européenne, il est indispensable d’apporter une réponse à l’échelle européenne. La question de la souveraineté du numérique dépasse l’école.

Compte tenu de la transversalité du numérique, il est impossible de travailler seulement au sein de l’école. Il faut dépasser les incohérences, associer à ces objectifs éthiques les familles et les différents échelons du pouvoir public et politique. La question de la souveraineté du numérique dépasse l’École.

L’éducation numérique du plus grand nombre est un objectif prioritaire pour une citoyenneté numérique 

A l’heure où l’on parle de participation citoyenne augmentée, de Civi Tech (Technologies Civiques), d’Open data et de ville intelligente, l’éducation numérique du plus grand nombre doit être un objectif prioritaire, car elle est garante d’une politique inclusive à l’égard de tous les citoyens et de toutes les citoyennes, y compris et surtout des plus éloigné(e)s du numérique. Tous et toutes doivent comprendre les enjeux du numérique s’ils veulent participer à la vie de la cité.

Rendre plus transparente la relation du politique avec les grandes sociétés du numérique est aussi indispensable. Afin de construire un numérique transparent, il est nécessaire de savoir comment se situe le politique dans ses relations avec ces grands sociétés du numérique.

Responsabiliser les acteurs de terrain, cela est possible seulement s’il y a des échanges constructifs avec les grandes sociétés du numériques. Les politiques sont responsables de l’élaboration des questions éthiques et doivent les imposer aux GAFAM.

Il est indispensable que nos élus développent une vision politique de la société que nous voulons avec le numérique. 

Il est souhaitable que cette vision soit partagée au terme d’un débat national, au parlement ou sous forme de « Grenelle du numérique », afin que nous parvenions à une définition de ce que la communauté nationale juge indispensable, voire acceptable en termes d’évolutions prévisibles de notre société, de notre éducation et de notre économie nationale, voire européenne. 

Nous avons des outils qui fonctionnent à disposition, mais on constate un manque de transparence sur leur fonctionnement et l’usage de données à caractère personnel. On a besoin d’une définition des outils qui doivent être mis en commun dans le cadre de la co-éducation. Il serait utile que soit produit et publié un vademecum des solutions disponibles et recommandées, voire labellisées dans tous les domaines, notamment celui de l’éducation. 

Propositions : 

  1. Une éducation à la citoyenneté numérique doit être mise en place dans le cadre des programmes  d’Enseignement moral et civique.

  2. Il convient d’intégrer les transitions numériques et la sociologie des usages afin d’éviter la contamination de l’éducation par les logiques commerciales.

  3. La réflexion doit être menée à tous les échelons, y compris au niveau du parlement français, puis du parlement européen sur la société que nous voulons avec le numérique. 

  4. Une vaste consultation nationale doit être organisée afin de définir une vision prospective de référence en termes d’évolutions numériques.

  5. Un CLOUD SOUVERAIN européen doit être rapidement mis en place afin que les données de l’éducation ne soient pas commercialisées et utilisées hors de notre espace, dans le respect du RGPD.

  6. Élaboration et publication d’un vademecum des solutions disponibles et recommandées, voire labellisées par l’État dans tous les domaines, notamment celui de l’éducation. 

Gouvernance et anticipation 

Aucune gouvernance ni anticipation ne peut être envisagée en faveur de l’éducation en France sans un abandon explicite des idéologies politiques et des logiques individualistes, carriéristes de personnes morales ou physiques qui orientent trop souvent les choix des acteurs. 

L’expression des avis et des recommandations doivent obligatoirement se faire au bénéfice des 0-18 ans et non des entités en présence ou des partis politiques. Les besoins d’existence des entités en présence ne sauraient prendre le pas sur les besoins collectifs et individuels des citoyens.Les dossiers doivent être pilotés par sujets, par projets et non par idéologie. Les  projets doivent être exclusivement pensés, discutés, exécutés au bénéfice éducatif et culturel des 0-18 ans.

- Des Comités locaux des partenaires pour instaurer un continuum éducatif au service des jeunes

Il ne faut pas oublier que si la pédagogie est l’affaire exclusive de l’École, l’éducation est pourtant l’affaire de tous : l’affaire de l’école bien sûr, mais aussi celle des parents, des familles, des associations culturelles ou sportives, des médias, des collectivités locales via les programmes et les structures qu’elles mettent à disposition (médiathèques, centres culturels, musées, maisons des jeunes, Fab lab etc.). Cependant le lien entre tous ces acteurs de l’éducation des jeunes est ténu, distendu, voire souvent inexistant, car il n’est pas, le plus souvent, formalisé.

C’est ce lien entre tous les acteurs qui pourrait être utilement mis à profit pour assurer la continuité éducative des jeunes. Et aujourd’hui nous ne connaissons pas de meilleur vecteur que le numérique pour créer et enrichir ce lien via des outils appropriés : réseaux, espaces, matériel, didacticiels etc.

Ce lien suppose l’existence d’un culture commune qui transcende les frontières étanches mises en place par les différents acteurs institutionnels : une culture commune que nous appelons de nos vœux sous le terme de « continuum éducatif » qui est le véritable enjeu du numérique pour la jeunesse. A la recherche d’une cohérence entre tous ces dispositifs, tous ces outils, tous ces réseaux disparates et le plus souvent marchands, il importe de créer un véritable lien dédié à l’action éducative qui renforce le lien social entre les jeunes et entre les institutions, les citoyens via l’objectif majeur que représente la formation des jeunes. 

Suivant en cela les travaux de Milad Doueihi, nous savons que le numérique, ce n’est pas l’informatique, mais l’ensemble des usages sociaux et culturels que nous faisons de l’informatique. Il est donc temps aujourd’hui d’affirmer cette réalité pour engendrer une culture éducative commune autour des objectifs éducatifs qui sont les nôtres, ceux de l’An@é relayés quotidiennement par Educavox. Une culture éducative qui dépasse les clivages instaurés par le espaces et territoires clos générés par les différents acteurs institutionnels : il est temps aujourd’hui de réunir les différents acteurs autour de « comités locaux de partenaires » visant à mettre en cohérence et en synergie les équipements, les réseaux, les outils, les lieux, les ressources qu’il convient de mutualiser afin d’établir un authentique continuum éducatif tout au long de la période de formation des jeunes. Un continuum allant de l’école à la maison, en passant par les associations, les espaces publics d’éducation, les centres de ressources etc.

Pour atteindre ces objectifs, il convient que soit mise en place et signée une charte de gouvernance collective engageant les personnes représentant des entités à parler au nom du collectif et non au nom des intérêts de leur entités seuls. La priorité doit être donnée à l’intérêt collectif et non à l’intérêt particulier (souvent exprimé sous forme de serment ou de profession de foi).

Ce comité local de partenaires visera à l’optimisation des moyens humains et logistiques existants sur un territoire (commune, canton, département, région) et ce en dehors de tout parti pris politicien. Il agira exclusivement dans l’intérêt général des acteurs de l’École.

Il sera question de mettre en place une gouvernance partagée entre tous les acteurs et décideurs : autorités éducatives, collectivités territoriales, associations, un partenariat qui devrait inclure aussi les entreprises de la Ed Tech concernées. Des décisions collégiales permettront d’enterriner les engagements pris dans le respect de tous les partenaires dans la mise en oeuvre d’un plan annuel du territoire numérique éducatif. 

L’éducation ne peut être sujette à devenir l’appanage de tel ou tel acteur politicien, voire de telle ou telle entreprise.

Dans l’esprit des PEDT (Projets Educatifs Territoriaux), ce comité local des partenaires aura en outre pour objectif complémentaire de planifier l’acquisition et l’usage des outils numériques (équipement et logiciels) nécessaires au bon déploiement du Projet numérique éducatif du territoire.

Propositions : 

Les conditions nécessaires pour une gouvernance numérique éducative partagée sont de plusieurs ordres : 

  1. Les différents acteurs doivent se rencontrer au sein de comités locaux de partenaires, instances permettant de réunir les différents acteurs : régions, communes, parents d’élèves, élèves, autorités éducaties...

  2. Elaboration de projets numériques éducatifs de territoire. 

  3. Mise en place de lieux d’éducation, de culture et de partage, tels que ceux identifiés par la Mednum (La médiation numérique, https://lamednum.coop/ ). Il s’agit de tiers lieux (médiathèques, Fab Lab etc.) qui ont vocation à être mutualisés, éventuellement entre plusieurs communes.

  4. - Une veille technologique doit être mise en place à l’échelle des territoires afin de recenser et d’avaliser les solutions disponibles au regard des objectifs pédagogiques et éducatifs du territoire.

Dernière modification le lundi, 26 octobre 2020
Pérez Michel

Président national de l'An@é. Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative.

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