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«  Que le psychanalyste doive se faire psychanalyser, c’est une exigence à laquelle il est toujours prêt à se soumettre traditionnellement, mais moins volontiers à soumettre ce qu’il sait et la forme dont il le sait : comment se psychanalyser de son savoir et dans ce savoir même ? » - BLANCHOT M., 1964 in L’Entretien infini, Gallimard, p. 343-354.

Ce texte, probablement trop ambitieux, fait le pari d’établir les points communs existant entre l’expérience de l’animation de groupes d’analyse des pratiques professionnelles (GAPP) et celle de la conduite d’une cure psychanalytique. Ces similitudes, en raison de leur objet et de leurs mécanismes, justifieraient l’importance d’un contrôle pour un animateur de GAPP comme c’est le cas pour un psychanalyste. Il ne prétend pas prescrire mais au contraire ouvrir un champ de questions théoriques afin d’étayer les espaces vides et sans réponse d’une pratique professionnelle.

Il n’est pas besoin de s’appesantir trop pour déterminer ce que la conduite d’une cure analytique a de commun avec l’animation d’un GAPP. Le principal ressort de ces deux types d’expérience est l’usage, dans la relation à l’autre, de la parole structurée par le langage. Il s’agit donc d’une relation possiblement marquée par le sceau des formations de l’inconscient.

Dans un cas comme dans l’autre, cette relation est travaillée par les effets du transfert et du contre-transfert.

Il est question de construire « un savoir de l’intérieur » (CIFALI M., 1994, p.10)[1], d’accepter en premier lieu son incomplétude, ses tremblements, d’apprendre aussi à se connaitre afin de rester ouvert à la venue de l’autre incarné dans un corps, un regard et une voix, un autre porteur aussi d’une demande et d’une singularité énigmatique. De surcroît, il peut advenir des effets thérapeutiques bénéfiques.

En revanche, si la cure analytique se passe à deux, j’entends ici deux corps en présence, l’animation de groupes d’analyse des pratiques professionnelles quant à elle se déroule à plusieurs, multipliant et complexifiant le nombre et le type de relations intersubjectives qui se tissent. Le groupe comme entité apporte donc une dimension nouvelle avec sa dynamique singulière. Inévitablement, le sujet mais aussi le groupe sont travaillés par l’inconscient, le fantasme et l’imaginaire. Comme l’a établi Didier Anzieu, le groupe devient le lieu du travail de l’inconscient (ANZIEU D., 1999)[2].

Dans la conduite de la cure comme dans l’animation de GAPP, la question de l’intimité et de la singularité du sujet de l’inconscient demeure incontournable. Cette dernière prend généralement une place moins importante dans un groupe d’analyse des pratiques professionnelles, son premier objet manifeste étant précisément professionnel. Le professionnel, par un abus conventionnel de langage, est généralement opposé au personnel pour les différencier. Pourtant, l’un comme l’autre demeurent intimement liés. La dimension clinique de ces deux types d’expérience pose l’étalon d’un seuil à dimensions variables entre le personnel et le professionnel dans un cas, entre l’intime et « l’extime »[3] dans l’autre. Mireille Cifali décrit à ce sujet « Une présence intérieure, manière d’ « être » dans un travail contraint par maintes directives, qui ne remplace pas les dispositifs, les mises en situation, les techniques, mais les porte, les transforme et évite que les outils mis à disposition ne soient considérés comme suffisants. ». (CIFALI M., 2020, p.9)

Prolégomènes : la singularité de l'animation d'un groupe d'analyse des pratiques professionnelles (GAPP)

Animer un groupe d’analyse des pratiques professionnelles produit des effets de subjectivité sur les membres du groupe qui le constituent. Ces effets sont dus aux diverses modalités d’une expérience de la parole adressée : narration, témoignage, évocation, questionnement, élaboration de propositions, etc. Ils agissent et se produisent également sur le formateur qui anime des GAPP. Une possible élucidation de ces effets relève des divers nouages transférentiels et contre-transférentiels qui se mettent en place dans le « tourbillon »[4] des relations intersubjectives qui se tissent. Considérons ici que la circulation de la parole, sous sa forme de témoignage notamment, fait tourbillon en ce qu’elle passe entre les personnes présentes qui s’en saisissent de l’intérieur.

Qu’induit l’expression « contrôle » ? Elle induit le repérage et l’analyse des effets de subjectivité produits dans sa pratique professionnelle par le travail avec les stagiaires, du fait même que ces derniers sont également en réflexion et susceptibles d’un « bougé subjectif ». Ce changement de point de vue est provoqué par l’expérience de l’Analyse des Pratiques Professionnelles. Fréquemment, les stagiaires comme le formateur ne repèrent pas et n’identifient pas ces effets lors de cette expérience. Le contrôle se présente probablement comme un moyen de les dégager et de les porter à leur conscience. En ce sens, il constitue un instrument de formation et un étayage, permettant d’éviter les effets indésirables de certaines formations inconscientes liées aux frottements de l’intersubjectivité et à l’émergence de symptômes qui peuvent faire souffrir.

« Le contrôle » s’invite donc en raison des responsabilités prises par les formateurs qui animent des groupes d’analyse des pratiques professionnelles, quels qu’ils soient. À partir de là, chaque acte professionnel qu’un formateur exerce dans ce cadre, notamment quand il parle, peut être considéré comme une « interprétation », au sens analytique du terme. Il est possible qu’il devienne « un acte analytique »[5] produisant des effets. Il importe donc de mettre cet acte en perspective car l’analyse des pratiques professionnelles produit également des effets dont l’animateur devrait pouvoir apprendre à « faire avec » en les travaillant.

Le contrôle pourrait alors être assimilé ici à une méta-analyse des pratiques professionnelles et il en constitue, à ce titre, une garantie.

La supervision est une autre version, légèrement différente, d’un contrôle. Elle est un dispositif de formation professionnalisant et met en place un ensemble d’opérations critiques (observation, analyse, jugement, intervention) par lesquelles une personne en situation de responsabilité dans un groupe d’analyse des pratiques professionnelles cherche à améliorer la qualité de son acte professionnel ainsi que celui des personnes dont elle est responsable. Une de ses finalités est d’assurer la plus grande cohérence possible entre les savoirs référentiels en jeux, notamment théoriques, et sa pratique. Ses principes fondamentaux sont l’analyse, la réflexion, la construction d’un « savoir de l’intérieur »[6], l’assomption de son état de sujet divisé par son inconscient et enfin l’intégration et la conceptualisation d’un contexte professionnel complexe (ici, l’animation d’un groupe d’analyse des pratiques professionnelles).

Avant toute tentative d’établir la nécessité et l’importance d’un contrôle pour les formateurs en analyse des pratiques professionnelles, un bref historique de l’émergence de cette pratique dans le milieu de la psychanalyse pourra éclairer ses enjeux.

Histoire brève du contrôle : un enjeu d'école 

Une des formes inaugurales du contrôle, même si cette pratique ne portait pas alors ce nom, trouve sa source dans le fameux « cas du petit Hans », développé par Freud dans Cinq psychanalyses en 1909 (première édition)[7]. Le petit Hans, de son vrai nom Herbert Graf souffrait d’une phobie qui l’empêchait de sortir de chez lui, tant il avait peur des chevaux[8]. La cure du petit Hans a été conduite par son propre père, Max Graf, sous le contrôle de Freud qu’il rencontrait régulièrement pour faire état de ses avancements et de ses difficultés.

Le contrôle fut au départ un enjeu d’école car il s’agissait, à travers cette pratique, de former les jeunes psychanalystes en conformité aux attendus de la théorie psychanalytique produite par le travail des psychanalystes au sein de ces écoles.

En 1910, Freud crée l’IPA (International Psychoanalytical Association) ou API (Association psychanalytique internationale) sur proposition de Sándor Ferenczi. Carl Gustav Jung en sera le premier président. Il n’est pas encore question de contrôle à cette époque-là.

Le terme « contrôle » sera utilisé pour la première fois par Freud en 1919 dans un article intitulé « Doit-on enseigner la psychanalyse à l’université ? ». Selon lui, cette nouvelle pratique est proche d’un acte de formation. Elle doit être centrée sur l’interrogation et l’autocritique.  

Par la suite, en 1920, apparaît le dispositif de « l’analyse de contrôle » avec la création de l’Institut de Berlin par Karl Abraham. Cet institut se situe dans une clinique où les jeunes psychanalystes débutants sont formés. Le contrôle y a pour premier objet une fonction de surveillance et l’analyse de contrôle manifestait la volonté institutionnelle de protéger les patients des erreurs possibles de débutants inexpérimentés. Elle fut alors obligatoire et visait un objectif de formation. Pour Freud, cette formation se caractérisait avant tout par la nécessité de se questionner plus que par celle d’adhérer à un modèle proposé par l’institution. Au contraire, il importait pour lui d’aider le jeune psychanalyste à se dégager des identifications, qui étaient d’ordre spéculaire et donc aliénantes, à son propre analyste ou à l’ordre institutionnel auquel il appartenait.

En 1926 apparaît la SPP, Société Psychanalytique de Paris, fondée par Marie Bonaparte. La formation des psychanalystes est aussi l’un de ses objets et elle y est structurée par la question de sa conformité aux orientations théoriques et cliniques de la SPP. L’enjeu institutionnel de cette formation y est donc très important. Tout analysant ayant suivi une cure analytique auprès d’un psychanalyste membre de la SPP ou de toute autre association affiliée à l’API peut demander une formation afin de devenir à son tour psychanalyste. Cette demande de l’analysant, qui devient alors un candidat, est évaluée par une commission qui l’accepte ou la refuse. C’est un « analyste en formation » qui doit entreprendre une cure « supervisée » par un « analyste superviseur » et qui doit assister aux séminaires de formation. Plusieurs instituts de formation, dont l’institut de Paris sont affiliés à la SPP. Ce dernier fera l’objet d’une première scission en raison de désaccords importants entre Sacha Nacht, qui fut président de la SPP et Jacques Lacan, dont la durée variable des séances, c’est-à-dire leur scansion, fut critiquée. Derrière ce conflit d’ordre institutionnel et politique, dans lequel était également engagé Daniel Lagache qui a rejoint Lacan, se sont opposées des versions différentes de la formation du psychanalyste.

En 1913 est créée l’École de Budapest par Sándor Ferenczi. Puis en 1931, Vilma Kovacs, membre de cette école, fonde avec son mari la Polyclinique de Budapest. Analyse de contrôle et analyse didactique sont au centre des questions. À Budapest, l’accent est mis sur l’analyse du contre-transfert des psychanalystes. La formation de l’analyste y est également centrale. Voici ce qu’écrit Vilma Kovacs dans un article intitulé « Analyse didactique et analyse de contrôle »[9] et dans lequel elle insiste sur la nécessité que l’analyste didacticien puisse entendre la pratique de son analysant candidat :

« Il est plus facile de décider du terme d’une analyse dans le cas où il s’agit de traiter un patient que dans celui où il s’agit de former un candidat. Lorsque les symptômes du premier ont disparu, qu’il a acquis la capacité d’adaptation à la réalité, on peut dire qu’il a obtenu tout ce qu’il pouvait attendre de l’analyse. Quant à nous, une fois ce résultat obtenu, nous pouvons le laisser partir sans plus d’inquiétude. Mais cela ne le qualifie aucunement pour analyser qui que ce soit, même s’il en est intellectuellement capable. Le but de l’analyse didactique est de révéler au candidat, en faisant accéder à sa conscience les tendances libidinales jusque-là refoulées et en lui faisant faire ainsi connaissance avec la structure de son caractère, la nature première et fondamentale de sa personnalité. Elle doit aussi lui révéler ce qui, sans être fondamental, est pourtant très important, soit une espèce d’adaptation au monde extérieur qui, bien souvent, ne fait que dissimuler sa véritable personnalité sous un masque rigide. L’analyse doit relâcher l’humanité étroite, rigidifiée à force d’habitude et de comportements automatiques du candidat, elle doit lui faire voir les multiples potentialités qui sommeillent en lui. Il pourra ainsi acquérir assez d’élasticité[10] pour pénétrer les difficultés de patients dont le caractère est totalement opposé au sien.

Jusqu’où nous est-il possible de réaliser cet idéal ? - c’est là ce que l’on ne peut mieux découvrir qu’une fois que notre candidat est chargé de ses premiers patients. Cela, je crois, ne peut se faire tant que son analyse n’a pas atteint le point où son intérêt n’est plus focalisé sur lui-même mais l’est sincèrement sur le monde extérieur. Ce qui implique que le transfert a été découvert jusqu’à ses sources infantiles, et que donc son désir d’être normal ne signifie plus identification à l’analyste didacticien, mais une activité sublimée indépendante de l’analyste. Si le candidat poursuit son analyse tandis qu’il commence à analyser des patients, alors les deux fragments parallèles du travail éclaireront ces facettes de sa personnalité qui avaient jusque-là reçu trop peu d’attention, voire même aucune, ou qui du moins ne s’étaient encore jamais manifestées de façon aussi éclatante. Toutes ses qualités, bonnes ou mauvaises, ainsi que ses faiblesses, sont mises à jour ; par exemple, son incapacité à être objectif, à supporter la critique, sa vanité, son impatience, la tendance à ne remarquer que ce qui est en sa faveur et à négliger les accusations sérieuses que le patient porte contre lui, mais qu’il n’ose exprimer directement ; l’indélicatesse qui satisfait ses pulsions sadiques ou masochistes qu’il n’a pas su maîtriser ; sa dureté ou au contraire une sympathie et une tolérance excessives. Tout cela procure une occasion de montrer à l’élève la bonne façon de manier le contre-transfert, l’un des facteurs prédominants dans le travail analytique. » (KOVACS V., 1935) 

Ici l’approche est différente car la formation est centrée sur la connaissance de soi, en tant que sujet de l’inconscient pris dans la relation transférentielle et contre-transférentielle avec son patient. Elle embrasse donc une approche singulière et orientée qui finalement diffère d’une appropriation strictement théorique des orientations d’une école de psychanalyse.  

En 1953 est créée la SFP (Société Française de Psychanalyse) par Jacques Lacan et Daniel Lagache sous l’impulsion, notamment, d’une opposition à la Société psychanalytique de Paris dont ils faisaient partie. En effet, en 1953, un nombre important de membres, dont Lacan, démissionnent de la SPP car l’analyse dite « profane », c’est-à-dire une analyse pratiquée par des psychanalystes qui ne sont ni psychiatres, ni médecins, est contestée par une majorité de ses membres. Cette nouvelle association demande à être reconnue par l’IPA, reconnaissance qui sera soumise à une enquête préalable de La Commission Turquet. À l’issue de cette enquête qui dura 10 ans, Lacan fut gratifié d’une réponse négative.

L’IPA a donc refusé de reconnaître à la SFP sa qualité d’association affiliée à elle en raison de la présence de Jacques Lacan et de Françoise Dolto dans ce groupe. Elle a en outre retiré à Jacques Lacan son titre de didacticien. Devant cet échec et face à ce refus, deux écoles vont naître scellant la division entre Lacan, ses élèves et les autres, dont Didier Anzieu et Jean Laplanche.

Ces deux derniers donneront naissance à l’APF, Association Psychanalytique de France et Jacques Lacan inaugurera l’EFP, École Freudienne de Paris en 1964.

L’École Freudienne de Paris, EFP sera active de 1964 à 1980, date de sa dissolution. La formation du psychanalyste y prendra une toute autre dimension alors inédite. Il y sera moins question de formation que de désir du psychanalyste car une école ne saurait être garante de ce qui se passe dans l’intimité et la confidentialité d’un cabinet de psychanalyste. En 1969, Lacan y formulera la procédure de la Passe avec sa « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’école »[11].

La formation des analystes est donc abordée d’une façon différente des autres écoles et cet abord est inédit avec l’invention lacanienne de la Passe. Comment cette procédure fonctionne-t-elle ? L’impétrant analyste s’appelle le « passant ». La Passe, par le témoignage du passant, est une tentative de trouver et recueillir son désir de psychanalyste. Dans cet agencement, le passant témoigne de son désir auprès de passeurs qui à leur tour feront retour de ce témoignage avec leur parole singulière auprès d’un jury. Les passeurs (2 à 3 passeurs par passant) sont des analysants proposés par leur analyste auprès de leur école en fonction d’un moment particulier de leur cure. Cette circulation de la parole, sous sa forme de témoignages, fait alors « tourbillon ». Le passant pour lequel a été éprouvé, dans la passe, que son désir de psychanalyste est bien advenu, celui-ci, pour qui cela sera passé, pourra alors être nommé Analyste de l’École. C’est un analyste « …auquel on impute d’être de ceux qui peuvent témoigner des problèmes cruciaux au point vif où ils en sont pour l’analyse, spécialement en tant qu’eux-mêmes sont à la tâche ou du moins sur la brèche de les résoudre. » (LACAN J., 1967, p. 244).

Si cette procédure de la passe, régulièrement remise en cause, reste d’actualité dans les écoles d’orientation lacanienne, le contrôle des psychanalystes demeure une pratique habituelle car il n’entretient aujourd’hui aucun lien « a priori » direct avec les écoles de psychanalyse. La recherche d’un contrôleur est une démarche et un engagement individuels d’ordre éthique de la part des psychanalystes.

Nous voyons, après ce bref rappel historique des modalités de formation du psychanalyste, que les enjeux institutionnels et politiques sont importants et que la part singulière du sujet qui s’engage à devenir psychanalyste en « s’autorisant de lui-même … et de quelques autres », est incontournable. Une précision faite par José Attal à ce sujet lors d’une conférence à Buenos Aires en 2012 mérite d’être rapportée ici. En 1973, Jacques Lacan a dit précisément : « Le psychanalyste, tout en ne s’autorisant que de lui-même, il ne peut par-là que s’autoriser d’autres aussi »[12].

Ces divers aspects, intimes et institutionnels, sous une forme à peine voilée mais axée sur un objet de travail différent, font écho à l’expérience de l’animation de groupes d’analyse des pratiques professionnelles et aux possibles modalités de la formation qui pourrait être offerte à ces animateurs.

La cause [13] du formateur : un contrôlant en formation

La « cause du formateur » appelle ce qui, pour ce type de profession, doit être défendu comme fondamental, incontournable et constitutif d’une identité professionnelle. Elle pose notamment les bases de ce en quoi il peut se reconnaître. Par ailleurs, en référence à une certaine rhétorique de la production psychanalytique, « l’objet cause du désir », elle rappelle que la logique du désir du formateur y est incontournable. Quels sont donc les enjeux de cette cause ?

Les enjeux

Lors de l’animation d’un groupe d’Analyse des Pratiques Professionnelles, le formateur est actif, il s’y engage et y agit, réalisant parfois un acte de création[14] ou encore « un mouvement » de révélation et de dévoilement du sujet[15]. Ce mouvement peut être entendu comme un effet de sa parole singulière structurée par le langage.

Dans le contexte particulier de l’animation de groupes d’Analyse des Pratiques Professionnelles, une place spécifique et une responsabilité particulière incombent au formateur. Il est en effet le garant d’un cadre, responsable de ses stagiaires et doit être attentif à la parole qui y circule, ainsi qu’à ses effets. Son écoute devrait alors se situer à plusieurs niveaux, celui de l’instant en étant active et celui de l’ensemble, sorte de « bruissement de la langue »[16], en étant « flottante ».

« L’expérience montra rapidement que le médecin analysant se comporte ici de la façon la plus adéquate s’il s’abandonne lui-même, dans un état d’attention uniformément flottante, à sa propre activité mentale inconsciente, évite le plus possible de réfléchir et d’élaborer des attentes conscientes, ne veut, de ce qu’il a entendu, rien fixer en particulier dans sa mémoire et capte de la sorte l’inconscient du patient avec son propre inconscient. » (FREUD S. 1923)

[17]

L’animateur ne focalise pas systématiquement son attention sur l’anamnèse et essaie d’entendre ce qui est dit mais aussi ce qui ne l’est pas afin de repérer ce qui se cache sous le contenu manifeste du propos. Il doit, pour accéder à une telle écoute, chercher un lâcher-prise qui le libère de toute tentation de maîtrise, afin de ne pas orienter son écoute. Pour reprendre Freud, il s’abandonne à sa propre activité mentale inconsciente pour identifier ce qu’il perçoit de l’inconscient des personnes présentes avec son propre inconscient. Il est donc immanquablement confronté aux manifestations de l’inconscient qu’il est important de repérer et d’identifier dans le lien qu’il construit et entretient avec le groupe et ses participants. Cet aspect des enjeux de la relation à l’autre dans un cadre professionnel, induit inévitablement, au bout du compte, un engagement important du formateur. Le seuil « élastique » et « oscillant » entre la sphère personnelle et la sphère professionnelle accentue cette dimension de la nature de son engagement.

Je propose que nous distinguions trois enjeux, l’engagement du formateur, son désir ainsi que son éthique.

L'engagement et le travail

Le contrôlant est celui qui vient à la rencontre du contrôleur avec lequel il entre en relation et le contrôle arrive alors comme conséquence logique de son engagement, dans l’animation de groupes d’analyse des pratiques professionnelles. Il signe par cette démarche, qui parfois s’impose à lui comme une nécessité, la dimension éthique de son action professionnelle. Cet engagement subjectif témoigne d’un désir à l’œuvre qui se manifeste dans le travail qu’il y produit. Il trouvera dans le contrôle la possibilité de se confronter au travail d’un autre dans le même type d’expérience. Cette expérience de la parole orientée par un objectif professionnel et située dans une relation transférentielle participe d’un acte de formation. Le contrôle peut ainsi se constituer d’être une proposition de réponse à deux questions :

Comment dépasser les modèles et savoirs qui président à sa pratique de formateur et qui peuvent conduire à l’orgueil, sorte d’enflure narcissique ou au contraire à la dévalorisation de soi ? Comment construire un « savoir de l’intérieur »[18] qui marque la reconnaissance des manifestations de l’inconscient et l’assomption d’être un sujet divisé, notamment par le langage et les signifiants qui le représentent ?

Comment faire face à l’injonction surmoïque, parfois paradoxale, de l’institution ?

Idéalement, le formateur devrait parvenir, grâce au travail du contrôle, à « savoir faire avec » ce que ces deux questions soulèvent ; le choix de l’introspection et l’accueil du vacillement ; l’ouverture à l’autre et l’acceptation de la différence ; l’identification des effets de l’inconscient et le poids des mots ; l’assomption de son incomplétude ; la charge émotionnelle et énigmatique de la demande de l’autre ; l’illusion groupale et le fantasme ; l’impact surmoïque de l’institution pour laquelle il travaille, etc.

« Savoir faire avec » peut alors être la marque d’une plus grande autonomie et d’une transformation. La relation avec le contrôlant peut éventuellement trouver une fin car au lien qui le relie au contrôleur s’attache une éthique. Ce lien, en effet, ne s’impose pas.

« Si un lien est alors dans un premier temps porteur, il devient en effet dangereux lorsqu’un professionnel l’utilise pour aliéner un autre à lui. Une éthique du lien vise, dès son commencement, à autoriser la séparation, à ce qu’un autre poursuive sa route sans notre présence effective, mais avec nous en présence intérieure. ». (CIFALI M., 2019, p.42)

En effet, le contrôleur doit pouvoir être déchu à son tour de sa place de sujet supposé savoir. Lacan propose un « désêtre »[19] du psychanalyste par la chute des scybales, ces déchets, qui constituent les restes de ce qui lui était supposé, pour sonner la fin du transfert. Il ne doit pas demeurer « sémiophore », c’est-à-dire le référent de toute signification à déchiffrer.

« Ce qu’il’(l’analysant) ne peut lui (à l’analyste) épargner, c’est ce désêtre dont il est affecté comme du terme à assigner à chaque psychanalyse…][… le désêtre dont c’est la question de savoir comment la passe peut l’affronter à s’affubler d’un idéal dont le désêtre s’est découvert, précisément de ce que l’analyste ne supporte plus le transfert du savoir à lui supposé. » (LACAN J., 1967)

[20]

Le désir du formateur en analyse des pratiques professionnelles est un point nodal de son contrôle, au même titre que celui d’un analyste ou d’un « non-analyste » engagé dans la procédure de la passe.

Le désir du formateur : s'autoriser soi-même

Pour Freud, le désir est choix d’objet. Supposons que cet objet soit, ici, l’animation de groupes d’analyse des pratiques professionnelles. Rien n’est moins certain. L’objet pourrait tout autant être, de manière plus générale, le choix des « métiers de l’humain »[21], dit autrement des « métiers de la relation »[22] au sein desquels il peut trouver son miel. Le désir constitue l’énergie qui oriente ce choix et qui permet, le moment venu, d’agir en tant que formateur. Pour pouvoir soutenir ce désir, il devient nécessaire de « s’autoriser soi-même »[23], manifestation d’une reconnaissance symbolique qui vient de l’Autre. Cette reconnaissance pourrait s’énoncer ainsi : « Tu peux y aller ! ». C’est, pour reprendre Moustapha Safouan, « un acte dont la responsabilité vous incombe seul, et dont le bien-fondé ne se mesure qu’à ses conséquences », (SAFOUAN M. 2010)

[24].

Pour Jacques Lacan, le désir du psychanalyste n’a rien à faire avec le désir d’être psychanalyste. Ce dont il est question se repère et se signale à partir de l’acte psychanalytique. Notons que la dimension de l’acte actualise celle du mouvement et de la circulation du désir. Elle laisse également entendre que la part d’inconscient inhérente à ce désir n’est pas cumulable ou stockable dans un quelconque réservoir de mots mais qu’au contraire, elle consiste en une circulation permanente par les signifiants qui représentent le sujet désirant pour d’autres signifiants qui ne le représentent pas (cf infra L’impossible Monsieur sujet, P. VALAS).

« C’est pourquoi c’est d’ailleurs, de l’acte psychanalytique seulement, qu’il faut repérer ce que j’articule du « désir du psychanalyste », lequel n’a rien à faire avec le désir d’être psychanalyste. » (LACAN J., 1967)

[25]

Il préfère d’ailleurs, dans le cadre de la passe comme quête pour l’école de psychanalyse des traces témoignant de ce désir, parler de « non-analyste en espérance ».

« Ce n’est même pas le non-praticien qui serait en cause, quoique admissible à cette place. Disons que j’y mets un non-analyste en espérance, celui qu’on peut saisir d’avant qu’à se précipiter dans l’expérience… », (LACAN J, 1967)

[26]

Il ne semblerait donc pas absurde d’envisager le désir du formateur en contrôle à partir de son acte de formation et d’animation d’un groupe. Son désir a dans ce cas à répondre au désir de l’autre, comme sujet et groupe, en s’en faisant la cause.

Mais le désir du formateur, par le biais du contrôle, a pour vocation de devenir un « désir averti ». Qu’est-ce qu’un désir averti ? C’est celui d’une personne sensibilisée et préparée aux effets de la parole et de l’inconscient. C’est un désir de l’objet comme manquant qui opère cette fonction de désirer. En ce sens, le contrôle vient en continuité, naturellement, de l’engagement qui fait suite au désir soutenu par ce dernier.

Le « s’autoriser soi-même » s’invite donc dans l’espace et le temps de la formation sans étayage sur la référence à un maître ou à une théorie. Le formateur devra « compter seulement sur sa propre activité psychique pour accueillir l’autre »[27].

Conscience professionnelle et cette responsabilité ne suffisent pas toujours pour susciter une entrée en contrôle. D’autres raisons peuvent y inciter.

Le formateur, par exemple, peut se sentir empêché et empêtré dans le transfert avec le groupe ou avec certains de ceux qui le constituent. La demande de l’autre, par exemple, « la sensation du désir de l’autre »[28], le « Ché vuoi » ?[29], peuvent faire surgir l’angoisse. Cette angoisse serait la marque, dans la relation transférentielle, d’être mis en position de « partenaire fantasmatique »[30] du groupe ou de certains de ceux qui le constituent.

Ne pas ignorer, mais au contraire repérer et identifier cette angoisse, constitue un point éthique de la démarche du contrôlant dans le contrôle.

L’éthique du formateur

Nous retrouvons ici cette nécessité impérieuse de savoir un peu plus y faire avec les manifestations de l’inconscient produites par l’expérience de la parole. Mireille Cifali parle d’œuvrer en tant que « sujet éthique ».

« Œuvrer en tant que « sujet éthique » serait la tâche d’un professionnel en relation avec un autre. Elle requiert des qualifications qui ne sont pas acquises une fois pour toutes, comme un savoir que l’on ne perdrait jamais. Ce sont des qualifications humaines qui sculptent notre vie, comme notre travail, constamment à retrouver et reconstruire suivant telle ou telle rencontre, telle ou telle confrontation, tel ou tel dispositif. Valeurs d’un « comment agir », d’un « comment vivre », que chaque civilisation tente de promouvoir quand elle a pour fondement la recherche d’un traitement « juste » et de l’ensemble des singularités, pour éloigner les forces destructrices. Des « manières d’être » (Macé, 2016). J’ajoute des manières d’être professionnellement, dans un rapport à soi, à d’autres, au monde.

Dans un premier temps, pour les décrire, il m’est plus facile d’avancer ce dont il s’agit de nous méfier au jour le jour : estimer que l’on a raison à soi tout seul ; prétendre savoir mieux qu’un autre en toute circonstance ; se centrer sur son moi sans possibilité de se déplacer quand un autre surgit là où on ne l’attend pas ; préjuger d’avoir la maîtrise de soi, de l’autre et de la relation ; être en arrogance vis-à-vis de qui est en position de vulnérabilité ; se défendre par l’attaque, le rejet, le mépris… Ces attitudes sont les nôtres et pas seulement les leurs. Elles sont ce contre quoi nous avons à lutter, situation après situation[31]. » (CIFALI M., 2019)

Le contrôle, au même titre que l’analyse des pratiques professionnelles, en tant qu’expérience vécue du « tourbillon » de la parole, est aussi un lieu d’acquisition de compétences fort utiles à titre personnel mais aussi professionnel. Elles sont le fruit de la répétition et de la scansion de cette expérience singulière. Notons ici que le terme « compétence » ne saurait se suffire à lui-même, car la compétence n’est pas une fin en soi mais plutôt un moyen qui n’opère qu’en étant articulé à un savoir. Ce savoir peut être théorique mais également un savoir sur soi ou un savoir de l’inconscient.

Tous ces enjeux repérés jusqu’ici nécessitent la mobilisation de nombreuses ressources de la part du contrôlant. Certaines sont déjà repérées, d’autres viendront à se révéler comme effet du contrôle.

Les ressources et compétences mobilisées par le contrôlant

L’expérience clinique du contrôle, nous l’avons vu, ne procure pas de compétences à proprement parler dans son but initial. Le contrôle met en exergue les manifestations de l’inconscient et leur reconnaissance par le contrôlant comme en étant le sujet.

L’analyse des pratiques professionnelles ayant un objet professionnel, elle requiert pourtant un certain nombre de compétences. En ce sens, le contrôle d’un animateur en analyse des pratiques professionnelles lui permet de développer, indirectement, des compétences de travail.

La ressource principale mobilisée est la parole comme énonciation singulière.

Laisser aller sa parole et son énonciation en confiance avec le contrôleur, c’est-à-dire en évitant l’autocensure, est une exigence vers laquelle tendre. Il est donc préférable d’écarter le plus possible les convenances et les usages liés à une profession, tant que demeure le respect de l’autre. Pouvoir faire librement des associations avec ce qui vient à l’esprit en le laissant surgir est un bon moyen d’accéder à une certaine compréhension des situations et du fonctionnement particulier de l’inconscient pour chacun. Selon Freud, cette façon de faire permet une investigation de processus mentaux et psychiques inconscients inaccessibles autrement[32].

Ce processus propre à la psychanalyse, telle que Freud l’a définie, recouvre en réalité deux aspects ; l’émergence et l’expression de ce qui vient spontanément à l’esprit sous forme d’expressions langagières, d’images, de sons, de manifestations psychiques etc. et le principe de leur libre association produite par les enchainements involontaires de ces surgissements de pensée. Voici ce que dit Jean-Luc Donnet de ce procédé :

« … Il fait appel à la capacité consciente d’un sujet à percevoir en lui et mettre en parole une suite de représentations psychiques, apparemment arbitraires et sans but défini.] [ Il existe donc un lien de détermination entre les représentations qui surgissent à la conscience et le « groupe inconscient », le « complexe », faisant l’objet de l’investigation. L’association dite « libre » se présente donc, paradoxalement, comme révélatrice d’un déterminisme complexe, indirect, mais contraignant. Cependant, le qualificatif « libre » pourrait faire référence à la suspension de l’inhibition régulatrice qui s’exerce d’ordinaire sur nos pensées : il se légitimerait par la fluidité particulière de leur cours ; il évoquerait aussi la liberté manifestée par le sujet quand, mettant réflexivement en jeu une pensée régressive, il transforme des « pensées non voulues », passivement reçues, en pensées voulues, subjectivables en après-coup. » (DONNET JL, 2012)

[33]

À ce titre, le contrôleur garantit la confidentialité et la sécurité de cet espace de parole. De facto, le contrôle doit être un espace en mouvement et un espace protégé.

Comme nous l’avons déjà dit, la parole est à prendre ici au sens large. Elle peut se manifester sous la forme du témoignage, de l’évocation, de la remémoration, de la simple narration. Il arrive aussi qu’elle surgisse sous la forme de manifestations de l’inconscient comme le lapsus, le trait d’esprit, le silence, etc.

Un travail de remémoration par l’évocation, au même titre que le narrateur en analyse des pratiques professionnelles, est attendu pour faire revivre et repérer ce qui n’a pas été perçu consciemment. L’évocation peut être entendue comme l’action de rendre vive et présente une expérience vécue et passée en actualisant les impressions et les émotions ressenties. C’est un appel de ces affects inscrits dans la mémoire et contextualisés par le souvenir du temps et du lieu de l’expérience. Tout en parlant, le contrôlant laisse aller ses impressions et les commentaires que cette anamnèse lui inspire de manière anachronique.

Il est important ou espéré que cette évocation puisse prendre, à un moment donné, la valeur d’un témoignage susceptible de s’offrir à l’analyse et à la réflexion. Comme le dit Lacan le 30 novembre 1955, séance de son séminaire sur les psychoses, le témoignage n’est pas un simple acte de communication, qui elle serait plutôt un témoignage raté tant elle met tout le monde d’accord. La communication induit en effet la reconnaissance et l’assentiment de l’autre. Ce propos fait écho à ce qu’avance Deleuze en 1987 lors d’une conférence à la Fémis intitulée « Qu’est-ce que l’acte de création ? ». Selon lui, tout acte de communication consiste à faire circuler une information, un mot d’ordre, c’est-à-dire à emporter l’assentiment de l’autre en tant que récepteur.

« Cela veut dire, il me semble que, en un premier sens, on pourrait dire que la communication, c’est la transmission et la propagation d’une information. Or une information, c’est quoi ? C’est pas très compliqué, tout le monde le sait : une information, c’est un ensemble de mots d’ordre. Quand on vous informe, on vous dit ce que vous êtes sensés devoir croire. En d’autres termes : informer c’est faire circuler un mot d’ordre. Les déclarations de police sont dites, à juste titre, des communiqués ; on nous communique de l’information, c’est à dire, on nous dit ce que nous sommes censés être en état ou devoir croire, ce que nous sommes tenus de croire. Ou même pas de croire, mais de faire comme si l’on croyait, on ne nous demande pas de croire, on nous demande de nous comporter comme si nous le croyions. C’est ça l’information, la communication, et, indépendamment de ces mots d’ordre, et de la transmission de ces mots d’ordre, il n’y a pas de communication, il n’y a pas d’information. » (DELEUZE G., 1987)

[34]

Mais revenons à Lacan. Pour lui, le témoignage engage le sujet de l’inconscient jusque dans son corps et réside en ce qui résonne de son énoncé. C’est le discours du sujet de l’inconscient, ce qui parle de lui et en lui. Ça parle, dirons-nous et cela se passe bien de la reconnaissance de l’autre comme adresse.

« Le témoignage est-il lui aussi purement et simplement communication ? Sûrement pas…][Le témoignage, il suffit d’en laisser se développer les résonances, ce n’est pas pour rien que ça s’appelle en latin testis, et que lorsqu’on témoigne, on témoigne sur ses couilles, c’est qu’il s’agit toujours d’un engagement du sujet dans quoi que ce soit qui porte la marque du témoignage, l’organisme reste toujours latent. ][… il y a toujours une lutte virtuelle dans tout ce qui est de l’ordre du témoignage, …][ La dialectique de l’inconscient implique toujours comme une de ses possibilités, l’impossibilité de la coexistence avec l’autre, c’est-à-dire la lutte.][ quelle est cette part dans le sujet qui parle ? L’analyse a dit c’est l’inconscient. ][ il y a quelque chose qui parle dans le sujet, au-delà du sujet et même quand le sujet ne le sait pas ; ça en dit plus qu’il ne croit. ] (LACAN J., 1955)

[35]

En cela consiste un des contenus de la mise au travail en contrôle. Il reste que dans un mouvement contraire au laisser dire, l’esprit demeure en éveil afin de repérer, identifier, entendre et analyser.

Le formateur en contrôle va mobiliser ses capacités d’observation, de repérage, d’analyse et de formulation, dans leur dimension clinique, du travail dans le groupe d’analyse des pratiques professionnelles. Ces capacités prendront en compte le point de vue de l’animateur, celui du groupe comme entité et celui des individus qui le composent. Il se centrera donc sur ce qui se passe dans l’interaction de sa relation avec le groupe, mais aussi sur la dynamique du groupe sans ignorer ce qui de son inconscient et de celui du groupe s’est manifesté.

Voici une version de ce que « savoir y faire avec » l’inconscient pourrait signifier, sans omettre l’assomption des possibles effets de l’inconscient comme celle de sa propre incomplétude.

Une des acquisitions attendues par le travail du contrôle serait donc de savoir identifier les effets de la parole et les manifestations de l’inconscient, qu’il s’agisse du sien, de celui du groupe ou de celui de l’autre. Cet élément est incontournable dans le maniement du transfert, du contre-transfert et de la dynamique de groupe.

Mais invoquer ici l’inconscient amène logiquement à la question du désir du contrôlant, appelée plus haut avec le désir du psychanalyste dans le cadre de la passe et celle de l’amour de savoir, une des issues intermédiaires qui peut en être la cause.

Une conséquence logique de l’expérience du contrôle, au même titre que celle de la cure analytique ou encore de toute expérience de la parole produisant un mouvement de subjectivité et un déplacement de l’inconscient, est la mise en mouvement d’un certain désir, « l’amour de savoir »[36]. Si ce mouvement-là existe déjà, ce qui est souvent le cas, ce dernier se verra alors renforcé.

L’agalma, que l’on trouve dans Le Banquet de Platon et que Lacan a utilisé dans son séminaire sur le transfert en 1960, constitue une version de cet objet cause du désir de savoir. Lacan a repris le mot « agalma » au « banquet » afin de lui trouver une signification analytique. 

En effet, alors que les convives devisent chez leur hôte, Agathon, chacun s’ingénie à faire l’éloge du Dieu Amour, s’interrogeant sur la nature de l’amour liant un maître à son élève, un éraste à son éromène. Quand vient le tour de Socrate, surgit alors Alcibiade qui l’interrompt et entame l’éloge de son éraste et non celui du dieu Amour. Pour lui, Socrate a l’apparence d’un silène qui sous ses abords peu flatteurs contiendrait à l’intérieur, en lui, des simulacres - des « agalmata » - de divinité. L’agalma ne se caractérise pas, selon Alcibiade, en ses beaux ornements divins, Socrate étant laid, mais en ce qu’il recèle de beau à l’intérieur, le trésor caché. Socrate est pour Alcibiade une « boîte rustique et grossière  ». Mais au-delà des apparences, en son sein, il y a des bijoux, des « agalmata », objets de convoitise, dont le savoir fait partie.

Lacan a fait de l’agalma une version de l’objet « petit a », un objet cause du désir énigmatique et manquant.

Cet amour de savoir constitue le ressort qui donne accès à certains référents théoriques utiles pour conduire un groupe d’analyse des pratiques professionnelles, par exemple.

Néanmoins, ces savoirs de référence ne doivent pas se muer en défenses consistant à empêcher l’analyse et la réflexion, ce à quoi est supposé veiller le contrôleur. Nous pouvons, afin d’illustrer ce dernier propos, citer Freud disant d’Otto Rank qu’il avait « déposé sa névrose dans une théorie ». Ce dernier remettait en question le complexe d’Œdipe.

Pour finir, nous pourrions dire que l’autocritique, que ce soit par le contrôlant ou le contrôleur est une ressource à laquelle il est souhaitable de recourir, si elle est constructive et qu’elle permet un réagencement qui transforme en tant que sujet. L’autocritique ne saurait donc justifier le prétexte à une jouissance symptomatique de la névrose. La ritournelle peut faire symptôme, même si elle réalise, comme dit Deleuze, une territorialisation rassurante.

Le savoir-faire et l’éthique du contrôleur sont donc également en cause. Comme nous l’avons vu, le contrôle est une continuation de l’animation des groupes d’analyse des pratiques professionnelles, mais par d’autres moyens et sur un nouvel objet. Si le contrôleur produit un effet de tiers, dans un premier temps, c’est la parole qui viendra jouer le rôle du troisième dans un second temps. Lors du contrôle, les qualités mais également les faiblesses sont mises à jour et il est important d’y confronter ses apories, ses points aveugles, ses impossibilités à l’autocritique et d’en supporter aussi la critique. Il faudra tâcher d’y dompter sa vanité, ses impatiences et ses doutes. Tous ces aspects sont invités à affleurer dans l’espace et le temps du contrôle car l’idée sera de savoir manier et supporter le contre-transfert et les effets du transfert.

L’ensemble de ces ressources ; la parole du sujet sous ses diverses formes ; le repérage et l’analyse de ce qui empêche ou fait énigme, savoir y faire avec l’inconscient ; l’amour du savoir et l’autocritique est mobilisé au sein de la relation entre le contrôlant et le contrôleur. Ce lien qui les unit est le ressort qui leur insuffle un mouvement de vitalité.

La relation contrôlant contrôleur : le ressort de l'analyse

Deux types de contrôle existent, historiquement. En effet, les diverses orientations du mouvement psychanalytique ont vu s’opposer, puis se combiner la Kontrollanalyse et l’Analysenkontroll. La Kontrollanalyse a pour objet l’analyse du contre transfert du contrôlant vis à vis de ses patients alors que l’Analysenkontroll consiste en une analyse de l’analysant du contrôlant.

« À ces deux manières de contrôle, on peut respectivement lier les noms de Ferenczi et de Berlin (plutôt qu’un nom propre, importe ici l’institution). Sans doute Lacan, pour l’École freudienne, n’a-t-il pas cru pertinent de trancher : acceptant d’engager une Analysenkontroll, il n’excluait pas pour autant que celle-ci puisse virer à la Kontrollanalyse et même, tout simplement, à l’analyse. », (ALLOUCH J., 2010)

[37]

Quel qu’en soit l’abord, le contrôle a un enjeu analytique à cause, notamment, de sa dimension clinique dont la raison d’être réside en la singularité de cette relation qu’entretiennent le contrôleur et le contrôlant. Il donne une place à cette relation, ce qui signifie, comme le rappelle très justement Mireille Cifali, qu’il accueille le corps présent avec sa voix et qu’il en accentue la part humaine.

« Donner place à la relation signifie ainsi ne pas évincer la présence subjective, le corps qui transmet, la voix qui s’adresse, la parole qui bégaye, l’humour qui résiste au tragique. C’est accentuer la part humaine, et s’opposer aux projets d’une humanité sans confrontation de présences, sans amour des corps. » (CIFALI M., 2019, p.24)

[38]

Cette relation que Freud a appelée de manière inaugurale « amour de transfert » en 1915 dans un article intitulé « Observations sur l’amour de transfert » (FREUD S., 1915)[39], est une manière d’orienter dans le champ de la névrose ce lien transférentiel et contre-transférentiel qui relie un contrôleur et un contrôlant, un psychanalyste et un analysant. Il appellera aussi cet « amour de transfert », « névrose de transfert », une névrose venant remplacer « la névrose ordinaire » afin de donner aux symptômes de l’analysant une nouvelle signification dans et par le transfert.

« Lorsque le patient fait preuve de suffisamment de prévenance pour respecter les conditions d’existence du traitement, nous réussissons régulièrement à donner à tous les symptômes de la maladie une nouvelle signification transférentielle et à remplacer sa névrose ordinaire par une névrose de transfert, dont il peut être guéri par le travail thérapeutique. » (FREUD S., 1914, p.124)

[40]

Le moteur de la relation entre un contrôleur et un contrôlant trouve donc sa source dans le transfert et le contre-transfert qui définissent deux éléments d’un amour de transfert comme une modalité de la relation à l’autre.

Cette relation peut se constituer de deux manières différentes ayant des effets différents : : « l’amour courtois » et « l’amour échange ». Cette distinction théorique trouve quelques difficultés à être repérée dans la pratique. Une oscillation entre l’une et l’autre de ces deux formes de l’amour de transfert est fréquente, notamment lorsqu’il s’agit du contrôle d’un formateur en analyse des pratiques professionnelles.

L’amour courtois est un amour non exclusif, faillible, topologiquement et temporellement limité. En effet, le transfert a une fin. Cet amour courtois[41], amour médiéval sublimé, a longuement été commenté par Lacan dans son séminaire L’éthique de la psychanalyse [42]. Mais avant lui, avec Freud, l’amour de transfert qui se montre au grand jour dans le cadre de la cure analytique est un amour authentique et véritable[43]. On aime celui à qui l’on suppose un savoir, notamment sur soi.

« En résumé, rien ne nous permet de dénier à l’état amoureux qui apparaît au cours de l’analyse, le caractère d’un amour « véritable ». ][ Quoi qu’il en soit, l’amour de transfert présente quelques traits propres qui lui assurent une place à part : 1) C’est la situation analytique qui le provoque ; 2) La résistance qui domine la situation l’intensifie encore ; 3) Ne tenant que fort peu compte de la réalité il s’avère plus déraisonnable, moins soucieux des conséquences, plus aveugle dans l’appréciation de l’être aimé, que ce que nous attendons d’un amour normal. N’oublions pourtant pas que ce sont précisément ces caractères anormaux qui forment l’essentiel d’un état amoureux. » (FREUD S., 1915, p. 124)

[44]

C’est donc un amour qui apparaît au cours de l’analyse, provoqué par la situation transférentielle qui s’y joue. De cet amour « provoqué », qui s’exprime dans la demande adressée au psychanalyste, doit pouvoir émerger un sujet désirant et à même de pouvoir sublimer. Le traitement analytique devrait permettre la transformation des pulsion en jeu dans cet amour en une certaine version du désir. Se transformer, muter, sublimer. La sublimation[45], au même titre qu’elle qualifie le passage d’un élément comme l’eau, de son état solide à un état gazeux sans connaître le passage par l’état liquide, est une transformation de ce qui fait symptôme en quelque sorte, comme le fait le désir qui réoriente le sens et le goût de la vie.

La comparaison avec l’amour courtois trouve sa source en ce qu’avec lui, l’objet d’amour est intouchable et inaccessible jusque dans son corps. Cette distance nécessaire met en exergue l’absence de satisfaction. C’est un amour impossible qui ne peut être satisfait et qui oriente la pulsion vers la sublimation. Transformer cet amour impossible et insatisfait en serait sa fin.

« Il est facile de constater que la valeur psychique du besoin amoureux baisse dès que la satisfaction lui est rendue aisée. Il faut un obstacle pour pousser la libido vers le haut, et là où les résistances naturelles contre la satisfaction ne suffisent pas, les êtres humains, de tout temps, en ont intercalé de conventionnelles pour pouvoir jouir de l’amour. » (FREUD S., 1912, p. 138)[46].

La règle est donc celle de l’abstinence.

« J’ai d’ailleurs déjà laissé deviner que la technique analytique fait obligation au médecin de refuser à la patiente, qui a besoin d’amour, la satisfaction qu’elle demande. Il faut que la cure soit pratiquée dans l’abstinence ; je ne pense pas seulement ici à la privation corporelle.][. Je veux au contraire poser ce principe qu’on doit laisser subsister chez la malade besoin et désirance, en tant que forces poussant au travail et au changement, et se garder de les apaiser par des succédanés. » (FREUD S., 1915, p. 135)

[47].

La pulsion dont la visée naturelle est d’être satisfaite coûte que coûte, peut, en raison de son insatisfaction, opérer sa transformation par la sublimation.

Pour Jacques Lacan, l’amour courtois est un amour dont l’objet est évanescent, un amour qui devient peu à peu absent. « C’est l’institution du manque dans la relation à l’objet comme étant l’ordre même dans lequel un amour idéal peut s’épanouir » (LACAN J., 1957, p.83)[48]. Il ne doit pas se donner à la jouissance afin de permettre une jonction entre l’amour et le désir. La sublimation serait alors une opération de transformation de la jouissance, dont le symptôme[49] est une modalité, en désir de l’Autre, « le trésor des signifiants ».

Cette insatisfaction crée du manque, une vacuité[50], c’est à dire un espace potentiel de création laissant une place au désir.

Quant à l’amour échange[51], une autre modalité de la relation entre contrôleur et contrôlant rappelée par Jean Allouch dans son texte, « La princesse, le savant et l’analyste », c’est un amour de puissant à puissant, d’égal à égal. Cet amour échange se retrouve dans le Banquet, où Pausanias en fait l’éloge. Il s’agit d’un échange entre ceux qui savent penser, les forts d’esprit, dit Lacan. On est entre soi. Il trouve cet amour dérisoire. Cet amour, quand il qualifie l’amour de transfert, est source de profits pour l’un comme l’autre, mais ce n’est pas sans risque. Par exemple, cette mise en commun, autour de l’analyse des pratiques pourrait donner lieu à une non séparation des enjeux institutionnels des enjeux personnels et singuliers engagés par les formateurs. Le piège pourrait être alors l’instrumentalisation du contrôlant au bénéfice de l’institution ou du contrôleur et au détriment du souci porté à ses apories singulières.

L’amour échange peut certes être utile, mais seul, il produit « un transfert sans analyse », c’est à dire « un acting out »[52], nous dit Jean Allouch. Cet amour échange ferait donc du contrôle une scène, pour reprendre Lacan en 1971, où faire passer le semblant et en faire exemple[53]. Il y a presque une équivalence entre le fantasme et l’acting out, nous dit Lacan (1958). Il est en effet structuré de telle manière qu’il se rapproche beaucoup d’un scénario. Il est du même niveau que le fantasme[54].

Ces deux aspects d’un amour de transfert, l’un asymétrique, circonscrit topologiquement et temporellement, l’autre entre savants égaux, se trouvent fréquemment intriqués dans la pratique. Ils le sont à plus forte raison quand il s’agit d’une activité professionnelle ayant une dimension clinique et qui engage la personne en tant que sujet. Mais alors quel sens, quelle orientation donner au contrôle d’un formateur animant un groupe d’analyse des pratiques professionnelles ?

Le sens du contrôle : pour un formateur en APP

Le contrôle est une pratique analytique ayant un caractère clinique, mais il est avant tout une modalité de rencontre. Il revêt plusieurs aspects qu’il convient d’identifier et différencier car il s’articule concrètement autours de certains points cruciaux qui se détachent de l’ensemble.

Le contrôle a pluqieurs aspects

Le contrôle est un acte de formation et se soucie de la singularité du formateur pris en tant que sujet. Ces deux points sont à différencier car la formation, qui suggère un acte volontaire, chargé d’intentions et constitué pour laisser sa marque, notamment à un niveau professionnel, est structurellement différente d’un abord du sujet de l’inconscient dont le trésor se situe dans ce qui de lui se laisse à dire et parle à son insu. Ce sujet-là fait la part belle à l’imprévu. 

Il est un acte de formation de celui qui s’engage dans la conduite d’un groupe d’analyse des pratiques professionnelles. Il devrait permettre de résoudre quelques difficultés, dont certaines sont urgentes, poseés par « la réalité » de tels groupes. Cette réalité se constitue de besoins qui résultent des impératifs de cette activité professionnelle, chaque fois que le formateur doit prendre une responsabilité. Inspiré par son analyse de la situation professionnelle, il pourra envisager un panel de réponses qui demeurent en accord avec les attendus institutionnels et avec ses propres aspirations. Ces réponses viendront enrichir le capital de ses compétences professionnelles, et lui permettront une meilleure adaptation à la diversité des situations posées par le cadre institutionnel.

Fort de son expérience, en tant que stagiaire dans un groupe d’analyse des pratiques professionnelles, il a déjà perçu ou ressenti les effets produits par l’expérience de cette pratique. L’idée est de profiter de cette expérience ayant une "dimension clinique", comme expérience de la langue et de la narration de soi, pour en tirer certains bénéfices que l’on trouve dans l’expérience de l’analyse. L’abord est ici principalement professionnel, mais la dimension personnelle reste, dans une certaine mesure, engagée. La part de subjectivité, c’est-à-dire tout ce qui du sujet engage son inconscient, y est tout à fait actuelle et constitue un point central de l’expérience du contrôle pour un tel professionnel. Le contrôle se soucie donc avant tout de la singularité du formateur comme sujet. Les manifestations de l’inconscient, du lapsus au symptôme en passant par le rêve, etc. pourront y être abordées. Ce souci de l’autre ne saurait être abordé sans en considérer son pendant, le souci de soi, précepte delphique développé par Michel Foucault dans L’herméneutique du sujet  en 1981[55].

Le souci du contrôlant introduit donc la dimension clinique qui le lie au contrôleur. Dans ce cas, le recours au contrôle se présente naturellement pour protéger le contrôlant de certains des effets indésirables provoqués par son activité, mais également pour protéger les stagiaires sous sa responsabilité. Il s’agit de s’intéresser aux effets analytiques produits par le groupe et par le formateur en relation avec lui. La santé et l’équilibre psychique du formateur constituent donc des points importants du contrôle car lorsque le formateur travaille, c’est aussi son inconscient qui le travaille.

Ce travail s’élaborera à partir de certains points saillants et incontournables liés à la nature et à la spécificité du contrôle d’un formateur animant des groupes d’analyse de pratiques professionnelles.

Les points saillants du contrôle d'un formateur en APP

Deux aspects appellent le contrôle, de manière inaugurale ; les empêchements, les impasses voire les souffrances possibles du formateur d’un côté et les énigmes qui l’interrogent, de l’autre.

Ces deux points, peuvent être appréhendés comme les effets cliniques d’une expérience de l’animation d’un groupe d’analyse des pratiques professionnelles.

Nous pouvons aussi avancer, sans trop de risque, que ce travail sur les impasses et sur ce qui fait énigme relève d’une certaine éthique du contrôle, que nous pourrions aussi nommer « éthique professionnelle » (CIFALI M., 2019, p.40).

« Dès lors, a minima, une éthique professionnelle vise à ce qu’une relation n’entrave pas le fait qu’un autre apprenne, grandisse, puisse si c’est possible quitter la maladie qui le rend vulnérable ou vivre avec elle. Une relation de mépris, d’agressivité, de rejet constitue un empêchement. », (CIFALI M., 2019, p.40)

[56]

Par ailleurs, posons qu’un tel travail ne saurait être opérant qu’en l’envisageant dans la relation transférentielle tissée entre le contrôleur et le contrôlant. Ici encore j’en réfère à Mireille Cifali pour qui « La relation est ce qui se tisse entre les humains, dans l’immédiateté de leur présence mutuelle. » (CIFALI M., 2019, p.41)[57].

Enfin, telle est notre hypothèse initiale, nous tenterons de voir en quoi ce qui du symptôme et de l’énigme, conservant son pouvoir de provocation (la « provocation »[58] de l’énigme) en raison de la surprise puis de la mise en recherche qui en découlent, fait du contrôle un lieu de transformation et de création du sujet de l’inconscient.

L’expérience d’un groupe d’analyse des pratiques professionnelles, en raison de sa dimension clinique, produit des effets sur celui qui l’anime.

Ces effets, effets de subjectivité, c’est-à-dire issus de manifestations de l’inconscient, doivent recevoir une réponse analytique située sur le terrain du sujet. L’attention devrait alors être centrée sur eux. À ce titre, le formateur en contrôle s’intéresse généralement à ce qui fait énigme dans le discours du groupe et dans les effets de ce discours. Il se dessine ainsi une double responsabilité, celle du formateur d’aller en contrôle et celle de l’institution d’organiser et de garantir ce contrôle.

Le formateur devrait y apprendre à supporter l’ébranlement de ses idéaux, le vacillement de quelques certitudes et la confrontation de ses savoirs.

Comme nous l’avons vu, ce type d’expérience devrait permettre de savoir-y- faire, notamment avec l’inconscient à travers l’analyse des effets de subjectivité produits dans et avec le groupe, sur soir et sur lui. Nous nous écartons un peu ici du Savoir-faire, tel qu’on l’entend habituellement car nous ne nous situons pas dans le domaine exclusif de la technique professionnelle. Il est en effet question de savoir y faire, dans l’instant, du mieux possible et d’accepter les possibles ratages. Cette acceptation est de l’ordre de l’assomption par le sujet de sa propre incomplétude constitutive.

La répétition de l’expérience du contrôle comme expérience de la parole située dans la relation avec le contrôlant peut produire des modifications intériorisées de la perception et de la compréhension. Elles peuvent se manifester sous la forme de fulgurances[59] qui, aussitôt apparues, s’échappent et disparaissent mais qui ont modifié la compréhension. Elle aide à repérer ce qui de l’inconscient se manifeste, à tenter explications et explicitations (même si elles ne sont qu’une nouvelle fiction inévitable) et à trouver des solutions singulières.

Ces solutions visent idéalement à surmonter les empêchements et à trouver des réponses à ce qui interroge. Elles sont la construction de possibles réponses à ce qui inaugure l’élaboration d’une demande de contrôle. Le contrôlant pourra, en tant que sujet, se dire et se transformer par la parole. Il me semble donc important que cette relation avec le contrôleur devienne une rencontre (CIFALI M., 2019, p.42-43)[60].

Comme nous l’avons vu, un point éthique du contrôle réside dans la nécessité de ne pas ignorer certaines positions subjectives sources d’angoisses et provoquées par la relation transférentielle avec les stagiaires.

En effet, ce type de situation est susceptible de mettre en échec le désir du formateur évoqué en amont. Il devient alors important de permettre au contrôlant de surmonter un état d’empêchement[61]. L’angoisse provoquée par cet empêchement se situe du côté du Réel et peut trouver un accrochage symbolique en faisant symptôme. Le processus d’élaboration par la parole permet un décodage, une interprétation du symptôme et un réagencement symbolique par le signifiant. L’inconscient est alors remis à sa place. Une version de ce qui ne peut se nommer, l’indicible, pourra trouver une solution du côté de la verbalisation, de la narration, de l’évocation, du témoignage sur le lieu du contrôle. Cette expérience sera l’occasion pour le formateur d’être sensibilisé à cette approche du sujet comme sujet de l’inconscient. Il apprendra à gérer et à « savoir y faire » avec les formations symptomatiques ou énigmatiques de l’inconscient. Cette sensibilisation qui vise à conforter le désir du contrôlant et sa mise en œuvre ne peut se faire sans la relation transférentielle qui lie le contrôlant au contrôleur. 

La nature de la relation transférentielle entre le contrôleur et le contrôlant n’est pas exactement la même que celle qui se joue entre un formateur et un groupe d’APP ou ses stagiaires.

Initialement, il s’agit ici d’une relation duelle qui finit par se jouer à trois au fil du temps, la parole constituant à terme, l’élément tiers. Le désir du contrôlant y est tout autant engagé que dans l’animation d’un groupe d’APP. Soutenu par la relation transférentielle, le contrôlant est supposé parvenir à supporter l’angoisse. Sans être écarté, son désir est porté et maintenu du côté de la pratique professionnelle. Par sa démarche, il permet de « mettre son désir inconscient à sa place »[62]. Sándor Ferenczi nous a proposé une formule qui sied assez bien à cette question du transfert du contrôlant qu’il a défini comme un « consentement critique, sans aveuglement, à une autorité fondée sur ses actes » (SÉDAT J., 2009)

[63].

Revenons maintenant sur cette mise en question provoquée par la surprise de l’énigme qui permettrait au contrôle de devenir un espace de création. 

Comme il a été dit plus haut, le contrôle s’intéresse à ce qui empêche, mais également, dans une autre forme d’intensité, à ce qui interroge et fait énigme :

« Ce qui est au centre entre le superviseur et le supervisé, c’est la question de l’énigme][…ce qui est central dans la situation de contrôle est la création chez le supervisé, mais également, et peut-être de façon encore plus fondamentale, chez le superviseur de la possibilité de se laisser étonner : possibilité qui implique non de retrouver dans les paroles du supervisé ce que l’on sait déjà de la psychanalyse, mais de s’autoriser à réinventer en toute rigueur la psychanalyse avec lui et à partir de ce qu’il en transmet. En d’autres termes, le travail du contrôle possède bien une dimension analytique, celle de la mise en question des savoirs établis, chez l’analyste et l’analyste en formation, qui se trouvent de ce fait, tous deux, en position de déséquilibre et de recherche. » (VIVÈS JM., 2010, p.31)[64].

L’énigme, αἴνιγμα, est ce qui, exposé de manière déguisée, possède un sens caché et qui requiert un certain savoir-faire, une certaine expérience de la langue, pour accéder à son dévoilement. L’étonnement et la surprise peuvent y trouver toute leur place comme étant le fruit de son pouvoir de provocation. À cette occasion opère une remise en question des savoirs établis et des références du contrôleur comme du contrôlant. Il en découle, assez naturellement, un travail de mise en recherche. 

Cette mise en recherche commence par un repérage des éléments et des circonstances qui engendrent l’interrogation et le questionnement. Très logiquement apparaît une phase de déconstruction de ce qui fait événement dans la narration du contrôlant, puis de reconstruction. Cette reconstruction par l’élaboration verbale produit un sens nouveau qui agit comme (une) vérité nouvelle et singulière. C’est par l’expérience vécue de sa parole mise en jeu dans l’espace du transfert que le contrôlant peut commencer un processus de transformation ou de « mutation ». 

Lors de cette étape, le témoignage devient pour le contrôlant une source de création dans le lieu du contrôle. En effet, la trouvaille d’un sens nouveau le conduit à envisager des solutions et des réponses nouvelles, voire inédites, qu’il pourra tenter de mettre en œuvre dans sa pratique de formateur.

« La situation de contrôle devient alors le témoin de la manière dont l’analyste] (pour nous le formateur en contrôle) [raisonne, résonne après avoir été sonné par la parole du patient. » (Pour nous la parole du groupe d’APP ou de certains de ses membres) (VIVES JM, 2010, p. 31)[65]

Les trouvailles du contrôlant, (comme celles du contrôleur d’ailleurs) ne peuvent être considérées comme de simples objets extérieurs ou encore comme les « ficelles » d’un métier. Bien plus que ça, elles l’engagent en tant que sujet pris dans son énoncé. Cet énoncé n’est pas pure forme d’une manifestation vocale, quelque chose de son auteur s’y trouve qui engage son inconscient et qui le met en mouvement.

À cet égard, le contrôle s’appréhende ici comme un lieu et comme un mouvement lié à un acte tour à tour analytique, réflexif, puis créatif.

Ce qui y est créé est au moins une nouvelle fiction nécessaire au contrôlant pour donner un sens à l’énigme. Cette dimension du mouvement est importante en car elle fait écho à l’aphanisis[66] du sujet, cette insaisissable présence/absence qui fait de son accrochage signifiant une dérobade. En effet, si le signifiant n’est qu’une trace, il est la trace du sujet dans le cours du monde[67]. Son désir ne peut se concevoir qu’en mouvement et en mutation. Le sujet est représenté par un signifiant pour un autre signifiant (qui ne le représente pas) ou plus précisément, « un signifiant c’est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant », a dit Lacan[68]. Je suis formateur, je suis un professionnel mais je suis aussi une personne de l’intimité, je suis un homme ou une femme ou encore un mari ou un fils ou bien un père, une sœur, un frère (Remarque : le frère, le mari, par exemple, ne représentent pas, « a priori », le formateur auprès de ses stagiaires) etc.

« Tel est le lot du sujet dans l’enseignement lacanien, ne pas pouvoir être autrement que toujours a priori déjà représenté par un signifiant pour un autre signifiant qui ne le représente pas, y compris lorsque c’est "le sujet" lui-même qui dit "je", il se trouve alors représenté par ce "je" (pour un Autre), séparé pour toujours de ce "je" par un souffle... ][Voilà pourquoi chez Lacan le sujet est barré et s’écrit $, il ne se fait jour qu’à travers le Symbolique (le défilé des signifiants) mais ressortissant en tant que tel du Réel, marqué toujours a priori du sceau de l’impossible. » (VALAS P, L’impossible Monsieur sujet)

[69]

Le contrôle, en tant que lieu, pourrait aussi être appréhendé comme un espace de création[70], de re-création qui tient en son centre ce qui fait énigme.

Dans un même temps, il peut devenir le contenant d’un espace tiers qui permet au formateur de « s’autoriser de lui-même » en repérant et validant la force de son désir. Ce désir-là y est entretenu par « le pouvoir de provocation »[71] de l’énigme. Le formateur en contrôle est finalement « … reconnu non dans un signifiant, ce qui une fois de plus l’aliénerait, mais dans le processus même de la signifiance. » (VIVÈS JM., 2010, p. 35)[72]. Cette phrase de Jean-Michel Vivès conforte cette approche du contrôle comme un lieu centré sur les mouvements (Si l’on pense, notamment, l’inconscient comme « L’autre scène »[73]) de signifiance et de création, c’est-à-dire comme un lieu de l’émergence d’un sens nouveau en ce qu’il est singulier.

Quelques remarques sur la question de la création sont ici les bienvenues[74]. La création est un acte en tant que mouvement fondateur d’un pas de plus, d’un « pas de sens  »[75], et ce « plus » de sens, nouveau, contient en lui une absence de sens ou de référents. La création ex-nihilo n’existe pas mais en elle gîte[76] une part d’inédit. Ce mouvement, contenant une part d’inédit sans référent, ne saurait s’offrir à des effets de signifiance qu’à passer par son interprétation. Nous pourrions avancer ceci : La création serait à l’interprétation, notamment du « regardeur »[77], ce que chez Freud, la « Bejahung[78] » est à la « Behauptung[79] » et à la « Verneinung[80] ». Comment ne pas s’interroger alors sur une possible création du sujet, fût-elle un éternel recommencement ?

« L’affirmation [Bejahung], comme substitut de l’unification, appartient à l’Éros, la négation, successeur de l’expulsion [Ausstossung], appartient à la pulsion de destruction »[81] (FREUD S., 1925, p. 138). Freud pose la « Bejahung  », comme le procès primaire de l’entrée dans le langage (et de la création du sujet de l’inconscient) et la « Verneinung » comme dénégation qui dévoile la structure du refoulement, pour ce qui est de la névrose. C’est par la « Bejahung » que se produit ce mouvement de division du sujet qui se trouve barré par le signifiant en entrant dans le langage avec, d’un côté, l’inconscient et de l’autre, le monde abrité par la structure des mots.

Le sujet se fonde en ce que la « Bejahung » s’entend comme un moment mythique situé à l’origine de la symbolisation ; « …un temps structural mythique » (LACAN J., 1956, p. 169)[82] dira Lacan. C’est le moment de l’entrée dans le langage, par le tissage d’un maillage signifiant. Selon lui, la « Bejahung » est « un précédent nécessaire à toute application possible de la Verneinung », c’est-à-dire à tout ce qui est rejeté de la chaine signifiante dans le réel et à tout ce qui est refoulé dans l’inconscient, dont une part de réel[83] pris dans une structure symbolique, comme le symptôme. Est propre au sujet son affinité avec le langage qu’il suscite et dans lequel il se dévoile (parole pleine) et se contient. Comme l’a écrit Heidegger dans Lettre sur l’humanisme  : « Le langage est la maison de l’être. Dans son abri habite l’homme » (HEIDEGGER M., 1946, p. 67)[84], une certaine version, anachronique, du sujet. Le réel, quant à lui, se définit d’être en buté par rapport au langage. La « Bejahung » est donc une affirmation inaugurale en tant qu’assomption du langage, mais qui ne peut être renouvelée si ce n’est sous des formes voilées et inconscientes. Cette « Bejahung » effectue un partage, un tri, entre « …ce qui est laissé à être, dans le réel » (BALMÈS F., 1999)[85] et ce qui réapparaîtra dans la vie du sujet, sous forme refoulée. Pour reprendre la métaphore du ruban de Möbius, elle opère un partage du dedans et du dehors. Lacan en fait une symbolisation première, partageant ce qui est assimilé de ce qui est rejeté et qui s’applique à un réel préexistant. Nous pourrions dire qu’elle procède de la création du sujet, création sans cesse renouvelée et en mouvement, lors de chaque interprétation de ce qui fait retour depuis l’inconscient, c’est-à-dire le refoulé[86]. Cette caractéristique du sujet le constitue en son essence comme apparition / disparition.

Si nous revenons à l’acte de création, celui qui peut produire une œuvre, nous retrouvons ce mouvement paradoxal d’apparition / disparition, car cet acte-là, à bien des égards, contient en lui des productions de l’inconscient. Nous y différencions le geste de la création et sa production, que nous pourrions qualifier de « contaminante » car l’idée d’une création en tant que geste est potentiellement contaminée par l’idée de sa production. Production s’entend ici comme le produit résultant d’une création. Cela peut être l’objet d’art, par exemple, l’œuvre.

Penser la création comme le geste d’un l’artiste, comme un mouvement de présence / absence, induit son antériorité, fût-elle artificiellement établie, à l’acte d’interprétation[87]. Cette gestuelle non décodée, ayant une part inédite et vouée à s’évanouir, lui confère une parenté avec l’inconscient : « Tout peintre se peint soi-même » (PONTEVIA JM., 1986), en tant que sujet de l’inconscient. L’interprétation inscrit alors la création dans l’ordre du symbolique, au même titre que certains traitements du symptôme dans la cure analytique. C’est ce qui me fait dire fréquemment qu’une image ne dit rien, si ce n’est ce qu’on lui fait dire et qui ne constitue qu’une vision très partielle du geste dans lequel s’origine sa création. Dans le meilleur des cas, pour reprendre Yves Rocher, enseignant de philosophie dans un lycée bordelais, « l’interprétation est idéalement l’essence manifestée de la création ».

La création, l’émergence du sujet parlant (en train de parler), par exemple, pourrait être un mouvement, celui qui définit un agencement dans l’espace et le temps, une œuvre, une structure singulière, un espace au sein duquel « circule » le désir. Cette assertion trouve des affinités avec le propos deleuzien : « Le problème du statut de l’esprit, finalement, ne fait qu’un avec le problème de l’espace »[88].

À ce titre et selon les mécanismes développés ici, le contrôle pourrait être considéré comme un espace de création en mouvement.Jean-François Ferbos

De l'importance d'un contrôle ou d'une supervision pour les formateurs en analyse des pratiques professionnelles
Prolégomènes : la singularité de l'animation d'un groupe d'analyse des pratiques professionnelles (GAPP)
Histoire brève du contrôle : un enjeu d'école 
La cause du formateur : un contrôlant en formation
Les enjeux
L’engagement et le travail
Le désir duformateur : s'autoriser soi-même
L’éthique du formateur 
Les ressources et compétences mobilisés par le contrôlant 
La parole16
Évocation, remèmoration, témoignage et travail 17
Repérage, identification et analyse de ce qui questionne ou pose problème 19
Savoir faire avec l'inconscient et désir 19
Le désir et l'amour de savoir : Agalmata 20
Lautocritique21
La relation contrôlant contrôleur : le ressort de l'analyse
Deux types de contrôle existent, historiquement 22
L’amour de transfert : deux modalités22
L’amour courtois :24
L’amour échange :26
Le sens du contrôle : pour un formateur en APP 27
Le contrôle a plusieurs aspects
Un acte de formation 28
Le souci de la singularité du formateur pris en tant que sujet  29
Les points saillants du contrôle  9
Les effets d'une pratique : la dimension clinique  29
L’éthique du contrôle : le travail sur les impasses  31
Le transfert dans le contrôle  32
Mise en question - surprise - créativité : le contrôle comme lieu  .32
La provocation de l’énigme.32
La mise en recherche33
Témoignage et créativité34
Topologie du mouvement : le contrôle comme lieu de création.35

Bibliographie :

Les références utilisées dans le texte 

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- VIVES JM., 2010, « L’analyse de contrôle : une façon de ne pas oublier », in Topique 2010/3 (n° 112), p. 27-36. Lien CAIRN


[1]CIFALI M., 1994, Le lien éducatif : contre-jour psychanalytique, Puf, éducation et formation.

[2] ANZIEU D, 1999, Le groupe et l’inconscient : l’imaginaire groupal, Dunod

[3] « L’extime », est utilisé ici pour désigner ce qui n’est pas intime (intimus est le superlatif d’interior). « L’extime » serait alors à prendre comme ce qui de soi est dehors sans exhibitionnisme, ni volonté narcissique, mais qui est pris dans les rets de la subjectivité. Il serait ce qui se dévoile sans un nécessaire accrochage symbolique par le langage et sans pour autant faire complètement énigme comme un symptôme. Pour certains, « l’extime », dans le cadre de la procédure de la Passe, est un symptôme de l’école de psychanalyse. Il est une forme aboutie de l’intime et permet le mouvement et la transition. Mis en relation avec l’intime il créé une topologie rappelant que le sujet est divisé par l’inconscient. Pour Patrick Monribot il est « une forme aboutie de l’intime qui, enfin, trouve à s’extraire de son cercle infernal par un saut, une solution de continuité. », in ACF, 30 septembre et 1er octobre 2000. cf ruban de Möbius.

[4] LE GAUFEY G., "Le tourbillon de la Passe", in L’accord d’accord. La Passe, une procédure d’école de psychanalyse où il est question de témoigner de son désir de psychanalyste.

[5] L’acte analytique a pour mission de révéler au sujet parlant, au même titre que la parole heideggérienne révèle l’être, sa propre division par l’inconscient. Il vient le questionner sur son désir. Cf LACAN J., 1967-1968, L’acte psychanalytique,

Lien psychanalyse et création

[6] CIFALI M.,1994, ibidem.

[7] FREUD S., 1909, « Analyse d’une phobie chez un petit garçon de cinq ans (Le petit Hans) », in Cinq psychanalyses, Paris, PUF, 1997, p. 93-198.

[8] Cette phobie est survenue après que Herbert Graf eut assisté à la chute d’un cheval tirant un carrosse et qu’il l’eut vu à terre se débattre, fouetté par son cocher, puis s’effondrer tout près de lui. Cf « la bêtise » in SOUS JL., 2006, « L’enfant supposé », EPEL.

[9] KOVACS V., « Analyse didactique et analyse de contrôle », Revue Ornicar ? N° 42, Automne 87-88.

[10] Je souligne. Cette élasticité pourrait tout à fait être mise en lien avec les notions de mouvement, de seuil, de tremblement du formateur, développées par Mireille Cifali dans son avant dernier ouvrage : « J’utilise ici des verbes plutôt que des substantifs car, à chaque fois, il s’agit d’un processus, d’une recherche. Non d’un établi, mais d’un mouvant. [] Dans les pratiques professionnelles, en insistant sur une constante mise en relation, je fais alors l’éloge du seuil (Bally, 2015, p. 129) comme position fragile qui évite un enfermement, souligne l’importance de ce qui relie et sépare. », CIFALI M., 2019, Préserver un lien. Éthique des métiers de la relation, Paris, PUF, p.11.

[11] LACAN J., 1967, « Proposition du 9 octobre 1967, sur le psychanalyste de l’École », in Autres écrits, Paris, Seuil, Le champ freudien, 2001, p. 243-259.

[12] José Attal : La passe, réinventer la psychanalyse à chaque fois, conférence à Buenos Aires, le samedi 3 novembre 2012 : http://ferbos.jeanfrancois.free.fr/...

[13] Une cause ainsi nommée pour la différencier de la cause de l’institution.

[14] Cf l’acte de création et création du sujet, infra : Topologie en mouvement, le contrôle comme un lieu de création. Cette partie est issue de mon travail sur psychanalyse et création.

[15] Cf La parole est « dévoilement de l’être et révélation de l’autre » HEIDEGGER M. (1950-1959), Acheminement vers la parole, Paris, Gallimard, 1976.

[16] « C’est le frisson du sens que j’interroge en écoutant le bruissement du langage - de ce langage qui est ma Nature à moi, homme moderne. », BARTHES R., 1964-1980, Le Bruissement de la langue. Essais critiques IV, 1984, Paris, Seuil

[17] FREUD S., 1923, « Psychanalyse » et « Théorie de la libido », in Résultats, idées, problèmes, t. II, Paris, PUF, 1998, p. 56.

[18] CIFALI M. 2019, ibidem.

[19] Pour la psychanalyse lacanienne, il est question de destitution subjective de l’analysant qui doit faire le deuil de ce qu’il supposait comme savoir à son analyste et de « désêtre » de ce dernier qui ne supporte plus le transfert de savoir qui lui est supposé.

[20] LACAN J., 1967, « Discours à l’EFP du 6 décembre 1967 ». in Autres écrits, Paris, Seuil, Le champ freudien, 2001, p. 273

[21] CIFALI M., 1994 Ibidem.

[22] CIFALI M., 2019 Ibidem.

[23] Une autre version de la formule lacanienne est l’analyste « …ne s’autorise que de lui-même » que nous trouvons dans la proposition de Jacques Lacan, en date du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École. Cette formule témoigne, dans la procédure de la passe, du désir de passer du divan au fauteuil, de l’analysant au psychanalyste. Cf également supra, José Attal.

[24] SAFOUAN M., 2010, « L’analyste ne s’autorise que de lui-même ». Sens de ce principe et ses répercussions institutionnelles, Moustapha Safouan, in Figures de la psychanalyse 2010/2 (n° 20), p. 11-18. Lien CAIRN

[25] LACAN J, « Discours à l’EFP du 6 décembre 1967 », ibidem.

[26] LACAN J, « Discours à l’EFP du 6 décembre 1967 », ibidem.

[27] SEDAT J., 2007, « La place du contrôle dans l’histoire du mouvement psychanalytique  », exposé du 25 mars 2007, lors d’un séminaire de l’association « Espace analytique ».

[28] Jean Clavreul cité par Danièle Lévy, in « Le contrôle s’impose », Topique 2010 n° 112.

[29] « Che Vuoi ?  », que (me) veux-tu ? Question posée par Le diable amoureux, de Cazotte. Cette œuvre est empreinte d’un siècle marqué par l’amour du savoir et sa constitution, le siècle des lumières. Ce siècle cultivait aussi, les savoirs et rituels initiatiques et une face plus sombre coexistait avec les lumières. Cazotte s’est rapproché, un temps, des sciences occultes. Son roman Le diable amoureux est en quelque sorte la recherche d’un secret en ayant recours aux esprits pour obtenir la satisfaction de ses plus grands désirs et souhaits. En effet, pour satisfaire son désir ardent, le héros de l’histoire, Alvaro, sollicite Belzébuth. À cet appel le diable répond sous les traits d’une horrible tête de chameau qui lui demande : « Che vuoi ? » « Que veux-tu ? ». Ce conte aux allures libertines opère un dévoilement des intentions du diable qui cache sa volonté de jouir d’Alvaro derrière d’innocentes questions. Le héros s’en rendra compte avec effroi. Pour parvenir à ses fins, le démon prend l’apparence d’une femme. Le « Que veux-tu ? » de l’un s’est transformé en « Que me veux-tu ? » de l’autre.

[30] CLAVREUL J., ibidem.

[31] CIFALI M., 2019, ibidem.

[32] FREUD S., 1922, in PERRON R., Histoire de la psychanalyse, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2014, 5e éd.

[33] DONNET JL., « Le procédé et la règle : l’association libre analytique », in Revue française de psychanalyse 2012/3 (Vol. 76), p. 695-723. Lien CAIRN.

[34] DELEUZE G., (17 mai 1987) Qu’est-ce que l’acte de création ? , Conférence « Les mardis de la fondation Fémis ». Lien psychanalyse et création.

[35] LACAN J., 1955-1956, séminaire, Les psychoses. P. 75 – 77.

[36] PLATON, 380 av JC, Le Banquet, Paris, Flammarion, 1964.

[37] ALLOUCH J, 2010, « La Princesse, le savant et l’analyste », in Topique 2010/3 (n° 112), p. 37-43

[38] CIFALI M., ibidem.

[39] FREUD S., 1915, « Observations sur l’amour de transfert », in La technique psychanalytique, Paris, PUF, coll. Quadrige, 2013, p. 129-141.

[40] FREUD S, 1914, « Remémoration, répétition, perlaboration », in La technique psychanalytique, Paris, PUF, coll. Quadrige, 2013, p.117-126.

[41] Cf, VIVÈS JM., 2011, « L’amour courtois entre fauteuil et divan : pour une lecture poétique de l’amour de transfert », in Cliniques méditerranéennes, N°84. Lien CAIRN

[42] LACAN J., 1959-1960, séminaire, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, Le Champ Freudien, 1986.  

[43] FREUD S., 1915, ibidem.

[44] FREUD S., 1915, ibidem.

[45] Cf l’œuvre passionnante de l’artiste bordelais, Jean SABRIER, avec son « Cristal liquide » (propriété du FRAC). Le « Cristal liquide » est une chambre froide transparente maintenant la température à 0°C et au sein de laquelle un mazzocchio de glace (coiffe de la renaissance représentée par Paolo Uccello dans « La bataille de San Romano » et dans « Le Déluge ») se sublime disparaissant au fil du temps, sans laisser une trace si ce n’est celle de cette impression rétinienne d’une dentelle ciselée. https://vimeo.com/32458593 (explication par l’artiste en vidéo), http://dda-aquitaine.org/fr/jean-sa... et http://ferbos.jeanfrancois.free.fr/....

[46] FREUD S., 1912 : « Du rabaissement généralisé de la vie amoureuse ». OCF/P, XI, PUF, p. 129-141.

[47] FREUD S., 1915, ibidem.

[48] LACAN J., 1957, séminaire La relation d’objet, version AFI, 1956 1957.

[49] La femme est le symptôme de l’homme et vice versa ?

[50] La vacuité est au centre du système des signifiants. Elle permet l’aphanisis du sujet (cf triade privation – frustration – castration, la fonction du langage qui barre le sujet) et la création du sujet (cf métonymie et métaphore (« Le pas de sens »).

[51] ALLOUCH J., 2010, in « La princesse, le savant et l’analyste. »

[52] ALLOUCH J.,2010, Ibidem.

[53] LACAN J, 1971-1972, séminaire D’un discours qui ne serait pas du semblant, P.29, Version AFI.

[54] LACAN J, 1957-1958, séminaire Les formations de l’inconscient, Paris, Seuil, P. 421, Version AFI.

[55] FOUCAULT M, 1981-1982, L’herméneutique du sujet, Paris, Hautes Études, Gallimard, Seuil, 2001.

[56] CIFALI M., 2019, ibidem.

[57] Dans ce passage de son livre (Préserver un lien, Étique des métiers de la relation), Mireille Cifali définit trois modalités du rapport à l’autre, la relation, le lien puis la rencontre. Ce faisant elle établit une sorte de graduation d’intensité. La relation se tisse entre les humains dans l’immédiateté de leur présence. Elle devient un lien quand confiance et estime sont réciproques pour enfin se muer en une rencontre quand opère une transformation de la vie de ceux qui y sont engagés.

[58] VIVÈS JM, « L’analyse de contrôle : une façon de ne pas oublier », in Topique 2010/3 (n° 112), p. 27-36 : « Si la supervision, loin d’être le moyen par lequel le jeune analyste est contrôlé, voire téléguidé, se révèle être l’espace où les énigmes continuent à garder leur pouvoir de provocation, continuent à effectuer leur travail de mise en cause, on comprend alors comment elle peut être une modalité de lutte contre l’oubli, une façon de continuer à interroger ce qui a été « durement conquis sur le divan » et ce, dans un dispositif différent permettant à l’analyste de se maintenir analyste dans son style et sa pensée. ».

[59] En allemand, Blitz, signifie la fulgurance de l’éclaire, que Lacan a rapproché du Witz (d’abord traduit par « mot d’esprit »), pour le traduire par « trait d’esprit ». LACAN J., 1966, Écrits, Paris, Seuil, Le Champ freudien, p. 522.

[60] Cf CIFALI M., 2019, ibidem.

[61] Impedicare : lien aux pieds, se prendre les pieds, être pris au piège.

[62] LÉVY D., 2101, Ibidem.

[63] Ferenczi après Lacan, 2009, ouvrage collectif, dont Jacques Sédat

[64] VIVÈS JM., 2010, « L’analyse de contrôle, une façon de ne pas oublier », Topiques, n°12.

[65]VIVÈS JM., 2010, Ibidem.

[66] LACAN J., Séminaire

Le désir et son interprétation 1958-1959 

version AFI : « Jones fait de l’aphanisis la substance de la crainte de la castration. - C’est parce qu’il peut y avoir castration, ][… que dans le sujet s’élabore cette dimension où il peut prendre crainte, alarme, de la disparition possible, future de son désir, c’est-à-dire que la prise de position du sujet dans le signifiant implique la perte, le sacrifice d’un de ses signifiants entre autres][Il est bien entendu que c’est un temps suspendu][Ce n’est pas en tant qu’aphanisis du désir, c’est en tant qu’à la pointe du désir il y a aphanisis du sujet. »

[67] LACAN J., Séminaire L’angoisse 1962-1963, p.92 version AFI

[68] LACAN J., « Subversion du sujet et dialectique du désir », in Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 819 et rappelé le 13 novembre 1968 lors de son séminaire D’un Autre à l’autre.

[69] VALAS P., L’impossible Monsieur sujet, Lien site de Patrick Valas

[70] Si tant est que l’on puisse dire que le sujet se créé perpétuellement, au fil du temps alors que l’idée de sa création initiale, « la bejahung », par son entrée dans le langage n’est que le commencement, mythologique, de l’entrée dans une série.

[71] VIVÈS JM., 2010, Ibidem.

[72] VIVÈS JM., 2010, Ibidem.

[73] Pour Freud le rêve, qui est un accomplissement du désir, est une manifestation de ce désir sur une autre scène, « der Andere Schauplatz ». FREUD S., 1900, L’interprétation du rêve, OCF/P IV, 1899-1900, Paris, PUF, 2003.

[74] La question de la création et de ce qui fait œuvre est une préoccupation vive de mes recherches depuis quelques années. Qu’est-ce qu’un acte de création et en quoi « tout peintre se peint, soi-même », comme l’a écrit Jean-Marie Pontevia ? Peut-on parler de création du sujet ? :

http://ferbos.jeanfrancois.free.fr/...

PONTEVIA JM., 1986, Tout peintre se peint soi-même. Écrits sur l’art et pensées détachées III, Bordeaux, William Blake & Co, 2001.

[75] Lacan au sujet de la métaphore. LACAN J., 1957-1958, séminaire « Les formations de l’inconscient », Paris, Seuil, 1998, p. 83.

[76] Gîter a deux significations ici propices au propos : 1, avoir son gîte, son terrier, habiter. 2, En navigation, c’est un mouvement par lequel un bateau se penche et se redresse successivement.

[77] Cf Marcel Duchamp, « C’est le regardeur qui fait l’œuvre ».

[78] La « Bejahung » est une affirmation comme confirmation, c’est à dire la reconnaissance d’une réalité ou d’une affirmation émise par un autre, ou la reconnaissance d’un processus interne, une assomption par l’entrée dans le langage.

[79] La Behauptung est une affirmation comme assertion issue d’une cogitation qui s’impose à l’autre.

[80] La Verneinung, ou dénégation est le retour d’un contenu refoulé dans le discours du sujet.

[81] FREUD S.1925, "La négation", in Résultats, idées, problèmes Tome II : 1921-1938, Paris, PUF, 1985, p. 138.

[82] LACAN, 1955-1956, Séminaire Les Psychoses, Paris, Seuil, Le Champ Freudien, 1981.

[83] Le réel est ce qui ne peut se nommer ni se dire et qui en tant que tel est exclu de la chaine signifiante. C’est l’impossible à dire en tant que limite, ce devant quoi tous les mots s’arrêtent. C’est ce qui ne parle pas. Le réel peut seulement être jouissance du corps. Et comme a dit Jean-Paul Abribat, « Le mot ment, de-là j’ouïs sens ».

[84] HEIDEGGER M., 1946, « Lettre sur l’humanisme » (Lettre à Jean Beaufret), Questions III, Francfort-sur-le-Main, éditions Vittorio Klostermann, trad. Jean Munier, 1946, p.67.

[85] BALMÈS F., 1999, « Ce que Lacan dit de l’être. 1953 », Paris, PUF, Collège international de philosophie.

[86] Distinction Réel et réalité : Le réel est expulsé ou retranché du symbolique alors que la réalité est à l’intérieur de la représentation, c’est à dire prise dans le maillage symbolique du langage et dans la représentation imaginaire.

[87] L’interprétation est une forme d’inscription dans le champ du langage.

[88] DELEUZE G., 1953, Empirisme et subjectivité, Paris, PUF, « épiméthée », 2010.

Dernière modification le mardi, 06 juillet 2021
Ferbos Jean-François

CPE, Référent vie scolaire et membre du CAVL Bordeaux, Formateur Climat scolaire, « Règles collectives et cohérence éducative » pour la DAFPEN, Formateur de Formateurs en APP pour la DAFPEN, Animateur de GAPP pour la DAFPEN, Peintre, Psychanalyste.