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l’évaluation d’un parcours d’apprentissage en utilisant la métaphore du voyage
Prenons un instant la métaphore du voyage pour expliciter l’apprentissage et l’évaluation :
 
« Pour déterminer comment atteindre un but, il faut savoir d’où l’on part, quel chemin suivre, quels moyens utiliser et quelle destination atteindre, le tout dans une visée réaliste, en tenant compte des limites, capacités et acquis des voyageurs. Il faudra aussi veiller à observer la progression sur un plan pour ne pas manquer l’objectif… ».


Partant de ce constat, nous devons qualifier chacun des aspects suivants (1) :
  • Point de départ : acquis, prérequis
  • Point d’arrivée ou destination : objectifs, « learning outcomes »
  • Le chemin et les moyens : Les tâches, procédures et outils
  • La correction de cap : autorégulation, métacognition et évaluation
 I. Point de départ : acquis, prérequis
Construire un apprentissage nécessite de savoir d’où l’on part, selon deux aspects :
  • Quels sont les prérequis du cours envisagé selon le curriculum ?
  • Quels sont les acquis des étudiants à ce propos ?
 
start-11266Cela signifie qu’un cours débute par une évaluation ! Cette évaluation appelée « évaluation diagnostique » permettra à l’enseignant de tester la présence des connaissances nécessaires pour la bonne suite du cours. Cette évaluation peut être formelle (passage de concours d’accès à une école par exemple) avec visée de filtrage, ou informelle (questionnement oral, QCM, test en situation, jeu de rôle, manipulations…) sans note ni filtrage.
 
Elle permettra à l’enseignant de positionner ou réorienter son cours en fonction du niveau des apprenants.
J’utilise le plus souvent trois modalités pédagogiques (2) :
  • Le QCM de positionnement via un outil en ligne
  • Le questionnement oral en classe
  • L’exposé avec jeu de rôle « Soutenant/Jury »
 
Le QCM automatique est très pratique pour obtenir rapidement une « image » précise de la classe, contrairement au questionnement qui reste peu précis car il ne tient pas compte des personnes qui ne s’expriment pas, ou est trop chronophage si exhaustif.
 
II. Point d’arrivée ou destination : objectifs, « learning outcomes »
Pour planifier un voyage, il faut connaitre le point d’arrivée, notre objectif d’apprentissage. Celui-ci sera défini et choisi dans le curriculum, puis travaillé et interprété par l’enseignant en fonction de son évaluation diagnostique et de son expérience.
S’ensuivra un découpage des séances de cours en séquences pédagogiques permettant de parcourir une partie du chemin envisagé vers l’objectif. Sans expérience de la matière et du niveau, il est très difficile d’évaluer justement et utilement nos étudiants. L’évaluation sera donc plus performante avec les années…
 
III. Le chemin et les moyens : Les tâches, procédures et outils
Durant le voyage, nous aurons à réaliser des tâches, selon des procédures diverses en utilisant certains outils. Pour rester un peu encore sur la métaphore du voyage :
-« As-tu acheté ton billet de train pour aller à Paris ? » = tâche : obtenir un billet de train

-« Oui, j’ai fait cela sur internet avec mon mobile, c’est très rapide ! » = procédure et outils (site+mobile)

 
Une fois les prérequis et objectifs définis, l’enseignant devra scénariser son cours en taches à réaliser (exercices, travaux pratiques…), nécessitant l’application de procédures librement découvertes, explicitées par l’enseignant ou déjà acquises. Des outils seront nécessaires le plus souvent pour parvenir à ses fins. Ces outils vont du cahier, tableau aux outils numériques en passant par le compas, la blouse, les éprouvettes, l’oscilloscope…
 
Prenons un exemple : « Groupez-vous en binôme pour réaliser l’exercice page 53, sans calculatrice ni rapporteur ; vous avez droit au compas et au dialogue avec votre binôme. Le résultat sera rendu sur une feuille volante et vous viendrez au tableau expliquer votre méthode devant la classe… »
 
chemin-0bcbaDans cet exemple, la procédure est une suite de consignes de réalisation visant à développer un apprentissage bien particulier selon des modalités collaboratives avec comme outils du papier, des crayons et un compas et en excluant d’autres outils pour éviter « certains raccourcis » à notre voyage pédagogique (comme prendre l’avion pour aller de A à B sans se soucier du « comment », en sous-traitant le voyage au pilote).
 
L’évaluation peut prendre différente forme durant ce travail de scénarisation pédagogique : L’évaluation déclarative (portant sur la tâche), l’évaluation procédurale (portant sur le processus) et peut être formative ou sommative.
L’évaluation formative d’une tache est souvent déclarative « j’ai tel résultat, c’est juste ». Son objectif est d’accumuler des petits progrès (des étapes) sur le chemin de la réussite vers la destination envisagée. Elle ne doit pas être notée pour être efficace et donner une perception formative à l’erreur.
L’évaluation sommative permet de voir l’ensemble du chemin parcouru à un instant T et de le quantifier en Km ou en % : « tu as réussi les ¾ du travail demandé = 15/20, tu devras t’entrainer pour calculer plus vite et revoir telle procédure du chapitre 3 ».
L’évaluation procédurale permet de juger la méthode et son adaptation à la tache réalisée : « Ton résultat est bon, mais pourquoi as-tu utilisé cette formule trigonométrique pour calculer l’angle, cette formule ne te semble-t-elle pas plus adaptée ? »
 
IV. La correction de cap : autorégulation, métacognition et évaluation
Une dernière forme d’évaluation, de plus haut niveau, est nécessaire durant le voyage. Toute progression devra être quantifiée mais aussi qualifiée sur la carte de notre voyage pédagogique ! Il s’agira donc pour notre voyageur de gérer son voyage par lui-même et de faire face aux situations inhérentes, sans guide.
Voyage : « J’ai progressé de 10 km, mais dans la mauvaise direction ! demi-tour… »
Métacognition : « Maintenant que je sais utiliser ma calculatrice pour tracer des fonctions, je vais utiliser ce tracé pour vérifier mes calculs et anticiper les résultats… » 
Autorégulation et métacognition : « je bute sur cet exercice, laissons le de côté, j’y reviendrai plus tard pour ne pas perdre mon temps et maximiser ma performance à ce devoir… »
Autorégulation/direction : « Il faut que je révise ce chapitre avant le devoir, j’en ai besoin… »
Evaluation terminale : « Paul est en bonne voie ; il devra cependant revoir les fractions pour finaliser l’acquisition de ce cours. Je conseille les exercices page 77 »
 
Certaines évaluations relèvent de l’auto-évaluation. L’enseignant doit veiller par ses feedbacks réguliers à déclencher ces processus métacognitifs chez ses apprenants.
V. Conclusion :
arrivee-46710Evaluer dans le but de faire progresser est une pratique complexe. En effet, il ne faut pas tomber dans la facilité de la critique destructive, ni dans le compliment masquant le manque d’investissement dans la pratique évaluative (le « c’est très bien » qui n’apporte rien en terme de progression).
 
Donner un bon feedback (3), évaluer constructivement requiert de bien comprendre et jauger à tour de rôle les diverses dimensions explicitées plus haut (tache, processus, métacognition), d’utiliser un vocabulaire adapté à l’apprenant et de se focaliser sur les progrès et le travail et non pas sur une critique de la personne.
Bon voyage pédagogique !
 

(1) J. Hattie and H. Timperley, “The Power of Feedback,” Review of Educational Research 77, no. 1 (March 1, 2007) : 81–112, doi:10.3102/003465430298487.
(3) Voir article « Etat d’esprit et feedback : les clés d’un cours utile » :http://fr.slideshare.net/jf.ceci/essay1-fr-33291470
Dernière modification le vendredi, 03 octobre 2014
Céci Jean-François

Jean-François CECI est enseignant en Humanités et culture numérique à l'UPPA (Université de Pau et des Pays de l'Adour) et responsable pédagogique du DUTM (Diplôme d’Université Techniques Multimedia). Il encadre également une option « Ingénierie de l’éducation et de la formation » en licence 3 professionnelle « Métiers de la Formation des Jeunes et des Adultes ». Au sein de cette licence, il dispense un cours intitulé « enseigner à l’ère du numérique » à de futurs enseignants. Praticien-réflexif, il expérimente les pédagogies actives, l’évaluation par les pairs et l’usage efficient du numérique éducatif.

Il mène des recherches en sociologie du numérique et de l’éducation au sein du laboratoire PASSAGES. Il s’intéresse plus particulièrement à l’hyperconnexion et l’apprentissage, du collège à l’université.

Dans le milieu associatif pour la refondation de l’école, il est administrateur à l'An@e (Association nationale des acteurs de l'école), éditrice du site http://www.educavox.fr

Comme directeur du service numérique, chargé de mission TICE puis conseiller numérique, il a participé à la vision stratégique et au pilotage politique et technique de son université, en matière de numérique éducatif.

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